Much Ado About Nothing

13 mars 2007

Chirac nous a volé douze ans, il n’est plus à dix minutes près, et la concision n’a jamais été l’une de ses vertus cardinales. Rien d’étonnant donc à ce qu’il transforme en interminable pensum une allocution qui aurait pu tenir en ces quelques mots: Je ne me représente pas. La France c’est un beau pays avec des valeurs et un modèle social formidable. Il faut croire en l’avenir. Le racisme c’est pas bien. Le libéralisme non plus. Je vous aime tous. Vive la République, vive la France. J’avais beau me dire que c’était la der des ders, qu’il n’aurait plus l’occasion de nous casser les pieds et que c’était - en étant optimiste - la fin d’une époque, ça m’a fait du bien quand ça s’est terminé. Quel ne fut pas mon étonnement de voir médias et commentateurs saluer ce grand moment d’emmerditude comme un “adieu réussi”, Chirac ayant su “admirablement” exprimer des “valeurs universelles”. Bon. J’avais sans doute raté quelque chose. Je me suis donc rendu sur le site de l’Elysée afin de consulter le texte intégral de ce grand moment de télévision qui m’avait semblé à moi pauvre bloggeur longuet, verbeux et farci d’idées reçues. J’ai bien fait, car j’ai pu constater qu’il ne s’agissait ni d’une impression, ni d’un malentendu. Les adieux chiraquiens sont effectivement longuets, verbeux et farcis d’idées reçues, et j’ai pensé que cela valait bien un fisking. Ce sera ma (petite) vengeance pour deux mandats abyssalement médiocres qui, c’est tout dire, m’auront fait parfois regretter son prédécesseur.

Mes chers compatriotes de métropole, d’outre-mer, de l’étranger,

Ce soir, c’est avec au cÅ“ur l’amour et la fierté de la France que je me présente devant vous.

L’introduction donne le ton. Chirac va faire dans le gnangnan: bons sentiments, patriotisme et humanisme dégoulinant au programme.
Avis aux hyperglycémiques: ce discours peut nuir gravement à votre santé.

La France est une Nation ardente et indépendante. La France, c’est une Nation engagée pour la justice et pour la paix. C’est une voix qui s’élève au-dessus des intérêts particuliers.

Si c’est être indépendant que de croire que l’on a raison contre tout le monde et ignorer, voire rejeter, tout ce qui vient de l’extérieur, alors oui la France est indépendante et ce n’est pas forcément une bonne chose. Mais est-elle “ardente”? On peut en douter. L’ambition des Français semblant ne pas aller plus loin qu’un emploi à vie bien payé sans être trop contraignant, une jolie maison et un troupeau de gamins à mettre dedans, l’épithète “ramollie” conviendrait peut-être mieux. Quant à “la voix qui s’élève au-dessus des intérêts particuliers”, Chirac veut sans doute parler des intérêts particuliers des autres.

J’aurais voulu, bien sûr, bousculer davantage les conservatismes et les égoïsmes, pour répondre plus vite aux difficultés que connaissent certains d’entre vous. Mais je suis fier du travail que nous avons accompli ensemble. Fier d’avoir restauré avec vous des valeurs républicaines essentielles, comme le principe de laïcité. Fier d’avoir conduit des réformes importantes, pour garantir nos retraites ou mieux aider les personnes âgées dépendantes et les personnes handicapées. Fier d’avoir combattu sans relâche l’insécurité et fait reculer la délinquance. Fier de voir les Françaises et les Français engagés sur les chemins de l’innovation et de l’avenir. Fier surtout d’avoir montré que, contre le chômage, il n’y avait pas de fatalité. Même s’il faut aller beaucoup plus loin, le chômage est au plus bas depuis un quart de siècle. La France tient son rang. La France affirme sa place dans le monde.

Je vais bien, tout va bien. On sait maintenant où Dany Boon est allé chercher son inspiration.
Rendons justice à Chirac: il est effectivement difficile de bousculer les conservatismes en France. Surtout lorsqu’on est soi-même un conservateur fini. Si ces réformes qu’il est le seul à considérer comme “importantes” ne furent le plus souvent que des réformettes, des pansements sur une jambe de bois, c’est parce que le Chef de l’Etat était là pour les empêcher d’aller trop loin et de verser dans ce libéralisme honni, pire à l’en croire que le communisme. Si le chômage, pour être au plus bas depuis vingt-cinq ans, nous place encore parmi les lanternes rouges de l’Europe et des pays développés, c’est parce qu’on a multiplié pendant douze ans les mesures ineptes inspirées de la pensée magique. Le chômage n’est effectivement pas une fatalité. Mourir de la rougeole non plus. Encore faut-il que le traitement soit le bon. Quant à l’insécurité… Bon, L’Elysée c’est assez loin de Sarcelles et du Val-Fourré… Et l’on veut croire que NPAT fait de l’humour lorsqu’il nous parle des Français engagés sur le chemin de l’innovation et de l’avenir alors que ses deux mandats, et surtout le deuxième, témoigne du contraire. Un peuple ouvert à la nouveauté, au progrès ferait-il un caca nerveux chaque fois qu’on lui parle de mondialisation, d’organismes génétiquement modifiés ou de flexibilité? S’offrirait-il un “non” capricieux autant que mal informé à un référendum sur un texte qu’il n’a même pas lu? Mais qu’importe. L’essentiel est ailleurs. Le principe de laïcité a été restauré (il avait donc été abandonné et nous étions revenus au Concordat: première nouvelle) et la France tient son rang - le dernier - et sa place dans le monde - celle du bouffon. Merci qui? Merci Chichi!

Tout cela, c’est grâce à vous, grâce à votre talent, grâce à votre créativité.

Heureusement que NPAT ne sollicite pas nos suffrages: quand on voit la lèche qu’il nous fait alors qu’il n’a rien à nous demander, on frémit à l’idée de ce que sa campagne aurait pu être! Le talent et la créativité dont il parle sont sans doute ceux des milliers de jeunes français qui chaque année vont les exercer… à l’étranger. Grâce à Chirac, le génie national rayonne dans le monde entier - pour le bénéfice des autres, mais c’est parce que nous avons le sens du partage et de la solidarité, même avec plus puissant que nous.

Grâce aussi, et je le mesure bien, aux efforts considérables que vous avez consentis.

Quels efforts? Consentis, vraiment? C’est ce que l’on appelle réécrire l’Histoire. Chaque esquisse de réforme, toute tentative de bousculer le status quo se sont invariablement heurtées à des grêves massives et des manifestations monstres, largement soutenues par l’opinion. Chirac a-t-il déjà oublié le CPE? Si oui, c’est aussi bien qu’il ne se représente pas. On ne peut tout de même pas confier les clés de l’Elysée à un homme souffrant de tels trous de mémoire.

Au terme du mandat que vous m’avez confié, le moment sera venu pour moi de vous servir autrement. Je ne solliciterai pas vos suffrages pour un nouveau mandat. D’une manière différente, mais avec un enthousiasme intact et la même passion d’agir pour vous, je continuerai à mener les combats qui sont les nôtres, les combats de toute ma vie, pour la justice, pour le progrès, pour la paix, pour la grandeur de la France.

Vous pensiez être débarrassé de moi, vous l’espériez même, et bien c’est raté! Certes je suis un peu moins jeune que VGE lorsqu’il a quitté l’Elysée, mais je suis en meilleure santé que Tonton! Eh non, Chichi, c’est pas fini! Je trouverai bien un autre moyen pour vous faire profiter de ma sagesse et de mes bons conseils. D’ailleurs en voici quelques-uns:

D’abord, ne composez jamais avec l’extrémisme, le racisme, l’antisémitisme ou le rejet de l’autre. Dans notre histoire, l’extrémisme a déjà failli nous conduire à l’abîme. C’est un poison. Il divise. Il pervertit, il détruit. Tout dans l’âme de la France dit non à l’extrémisme.

Tout dans l’âme de la France moins environ 20% si l’on en croit les résultats de la dernière présidentielle et si l’on s’en tient à la définition restrictive de l’extrêmisme qui est celle de Chirac. Pour lui, en effet, l’extrêmisme c’est Le Pen. Besancenot, Laguiller, connais pas. Ils ne font pas, eux, dans le rejet de l’autre, même si une bonne partie de leur discours consiste à flétrir les patrons, les bourgeois, les spéculateurs, et que ces derniers auraient du mouron à se faire si une marée rouge vif portait l’Olivier ou l’Arlette à la magistrature suprême.

Mon deuxième message, c’est que vous devez toujours croire en vous et en la France. Nous avons tant d’atouts. Nous ne devons pas craindre les évolutions du monde. Ce nouveau monde, il faut le prendre à bras-le-corps. Il faut continuer à y imprimer notre marque. Et il faut le faire sans jamais brader notre modèle français. Ce modèle, il nous ressemble. Et surtout il est profondément adapté au monde d’aujourd’hui, si bien sûr, nous savons le moderniser en permanence.

Ben oui, c’est logique. Le modèle français est profondément adapté au monde d’aujourd’hui. C’est pour ça qu’il faut le moderniser. De même que ma vieille 2CV est parfaitement adaptée à la conduite sur neige, c’est pour ça qu’il ne faut pas oublier les chaînes. On retrouve ici l’un des traits fondateurs de l’identité nationale, qui est le refus de confronter la théorie à la pratique. Si ça rate, ce n’est pas parce qu’on a fait fausse route, mais parce qu’on n’est pas allé assez loin, ou que la réalité n’a pas joué le jeu. Le modèle français prend l’eau de toutes parts, il a visiblement fait son temps, mais tout ce que Chirac nous propose c’est de lui coller une nouvelle rustine et de continuer jusqu’à la prochaine crevaison, et ainsi de suite. Comment, dans ces conditions, les français ne craindraient-ils pas les évolutions du monde, quand celles-ci lui apportent chaque jour une nouvelle preuve de la caducité de leur si beau “modèle”? Et pour imprimer sa marque, encore faut-il disposer de bons outils. Chirac ne voit apparemment pas la contradiction entre le modernisme des objectifs qu’il fixe et le passéisme de la méthode qu’il propose; cette contradiction est pourtant au coeur de son double mandat, et explique en grande partie son échec.

Nous devons poursuivre résolument dans la voie de la réforme, en faisant toujours le choix du travail, de l’innovation et de l’esprit d’entreprise.

D’accord, mais cela risque d’être difficile avec un peuple qui ne veut pas travailler davantage, même pour gagner plus, qui se méfie de toute innovation autre que dans le domaine des téléphones portables ou du home cinema, qui a une très mauvaise opinion - pratiquement unique au sein des pays développés - du capitalisme et de l’économie de marché, et qui ne comprend la réforme que comme un renforcement de ses avantages acquis, sinon dans la rue!

Lors du référendum, vous avez exprimé vos doutes, vos inquiétudes, vos attentes. Il est vital de poursuivre la construction européenne. Les nationalismes qui ont fait tant de mal à notre continent peuvent renaître à tout moment. Et ce n’est pas seuls que nous ferons face aux bouleversements économiques du monde. La France doit affirmer l’exigence d’une Europe puissance. D’une Europe politique. D’une Europe qui garantisse notre modèle social. C’est notre avenir qui est en jeu. Portons toujours cet idéal et cette volonté.

L’Europe c’est bien parce que ça met un frein aux nationalismes qui nous ont fait tant de mal - enfin, dans la théorie, parce que dans les faits ni le FN ni le Vlams Blok ne semblent l’avoir remarqué - mais c’est bien surtout parce que c’est bon pour la France, et la France doit y occuper une place prépondérante, voire dominante. Chirac se veut européen, il n’est que gaulliste. Espérons plus de sincérité, de passion et d’ouverture de la part de son successeur.

Mon quatrième message, c’est que la France n’est pas un pays comme les autres. Elle a des responsabilités particulières, héritées de son histoire et des valeurs universelles qu’elle a contribué à forger. Ainsi, face au risque d’un choc des civilisations, face à la montée des extrémismes notamment religieux, la France doit défendre la tolérance, le dialogue et le respect entre les hommes et entre les cultures. L’enjeu : c’est la paix, c’est la sécurité du monde.

Remplacez les Etats-Unis par la France, donnez au tout un ton plus guerrier, et vous avez un discours-type de Bush. Quand ce dernier adjuge à son pays une singularité historique, une mission civilisatrice et une obligation de leadership moral (et, le cas échéant, militaire) les français crient à l’impérialisme, à la bonne conscience exterminatrice, à l’hubris et j’en passe. Chirac fait de même, et ça passe comme une lettre à la poste. Voilà qui est très révélateur de l’idée que se fait Chirac de ce système multipolaire dont il nous a rebattu les oreilles pendant la crise irakienne: un système qui permettrait non pas l’existence de contrepoids, mais à la France de se mêler des affaires des autres et de leur imposer son modèle le cas échéant, ce qu’elle serait bien en mal de faire actuellement. Au vu des affinités géopolitiques de Chirac, on ne peut que s’en réjouir.

De même, il serait immoral et dangereux de laisser, sous l’effet d’un libéralisme sans frein, se creuser le fossé entre une partie du monde de plus en plus riche et des milliards d’hommes, de femmes et d’enfants abandonnés à la misère et au désespoir. Le devoir de la France, c’est de peser de tout son poids pour que l’économie mondiale intègre la nécessité du développement pour tous.

On savait déjà que le libéralisme était une déviance, pire que le communisme, on sait à présent qu’il est il est de plus immoral et dangereux. Et c’est un homme de droite - enfin, à ce que l’on dit - représentant un parti théoriquement conservateur, qui nous dégoise cette salade de platitudes altermondialistes digne d’un gueuleton d’après-FSE. Imaginez Mariano Rajoy, Jean-Claude Juncker ou Silvio Berlusconi tenant le même discours, et la tronche de leurs supporters. En France, toutefois, c’est on ne peut plus normal, et la relève est d’ores et déjà assurée avec François Bayrou, le démocrate-chrétien qui est pour la taxe Tobin. Oui, la France n’est vraiment pas un pays comme les autres…

Enfin, il y a la révolution écologique qui s’engage. Si nous ne parvenons pas à concilier les besoins de croissance de l’humanité et la souffrance d’une planète à bout de souffle, nous courons à la catastrophe. C’est une révolution dans nos esprits tout autant qu’à l’échelle mondiale qu’il faut mener. Pour concevoir un nouveau mode de relation avec la nature et inventer une autre croissance. Avec sa recherche, avec ses entreprises, avec son agriculture, avec l’avance qu’elle a prise dans le nucléaire et les choix résolus qu’elle a faits dans les énergies renouvelables, la France a tous les atouts pour relever ce défi majeur du XXIe siècle.

Après nous avoir joué les Chavez du Faubourg Saint-Honoré, Chirac se prend maintenant pour Al Gore et retrouve les accents de son fameux discours de “la maison qui brûle” au sommet de Johannesbourg. On lui saura gré de ne pas donner dans l’absolutisme vert et de mentionner le nucléaire au côté des énergies renouvelables chères à Nicolas Hulot et Corinne Lepage. Mais la rhétorique est celle d’un prêcheur de Central Park, à ceci près que la boîte en carton s’appelle ici l’Elysée.

Toutes les bonnes choses ont une fin. Les mauvaises aussi. Le discours de NPAT ne fait pas exception et c’est une déclaration d’amour:

Vous l’imaginez, c’est avec beaucoup d’émotion que je m’adresse à vous ce soir. Pas un instant, vous n’avez cessé d’habiter mon cÅ“ur et mon esprit. Pas une minute, je n’ai cessé d’agir pour servir cette France magnifique. Cette France que j’aime autant que je vous aime. Cette France riche de sa jeunesse, forte de son histoire, de sa diversité, assoiffée de justice et d’envie d’agir. Cette France qui, croyez-moi, n’a pas fini d’étonner le monde.

Ca je suis bien d’accord, la France n’a pas fini d’étonner le monde. Lors de la présidentielle, déjà. Nous tenons avec Sarkyou, Baryal et Ségozy une belle brochette de clowns, avec Le Pen en possible fée Carabosse. Ne t’en fais pas Chichi, ton oeuvre te survit. Et puis nous aussi on t’aime. On t’aimera même encore plus dans deux mois. See you later, alligator!

François Bayrou remonte dans mon estime

8 janvier 2007

Il faut dire qu’il partait de très, très, très bas.


Cachez cette tire que je ne saurais voir

8 novembre 2006

L’indispensable Perroquet Libéré nous apprend que les édiles parisiens, grands apôtres des transports en commun devant l’Eternel, ne pratiquent pas ce qu’ils prêchent. Il n’y a rien là de bien étonnant, ni de choquant: tous les usagers des transports en commun savent bien que seul quelqu’un qui ne les emprunte jamais ou de manière très sporadique peut exhorter les autres à choisir de s’enfermer aux heures de pointe dans un wagon bourré, bruyant et malodorant, sans même un strapontin pour s’asseoir.
Les transports en commun sont un pis-aller que tout individu sensé préfère éviter quand cela lui est possible, par exemple lorsqu’il dispose d’un véhicule individuel, moto ou automobile. On comprend mieux du coup la politique de la mairie de Paris en matière de circulation, qui consiste à faire de la vie des automobilistes un enfer, selon les propres mots de Denis Baupin. Puisque les Parisiens et les banlieusards refusent de s’aligner au garde-à-vous à l’entrée des stations de métro ou sur les quais des gares, on va les y forcer. On aura toujours l’alibi tout prêt de la défense de l’environnement.
Sauf que l’environnement, dans cette affaire, a bon dos. Nous avons bel et bien à faire à une démarche constructiviste sous couvert de purifier l’air et de freiner le réchauffement climatique, et Baupin ne s’en cache pas: “Quant à la mixité sociale dans les transports collectifs, je la revendique. Certes, il faut améliorer les conditions de cette mixité. Mais c´est un modèle de vie ensemble qui me plaît beaucoup plus que l´individualisme du chacun pour soit dans sa petite bulle automobile.”
On comprend mieux, du coup, pourquoi les Verts ne s’intéressent pas aux véhicules non-polluants et n’ont jamais soutenu la recherche dans ce domaine; leur ennemi c’est la bagnole en elle-même, pas seulement la pollution qu’elle génère. Et comme les gens n’ont pas envie de revenir sur un acquis (et la voiture individuelle en est un, n’en déplaise aux écolos-réacs) on en arrive à la situation actuelle: Paris, capitale européenne des embouteillages - avec les conséquences environnementales que l’on devine - et des automobilistes qui ne voteront certainement pas Delanoë en 2008. Parfois, la pureté idéologique nuit gravement à celle de l’air.

Un candidat qui a du chat

8 novembre 2006

Je vais peut-être bien voter pour lui, finalement…

Parlons franc

7 novembre 2006

Je ne suis pas libéral pour passer le temps. Mon libéralisme n’est ni une tocade d’adolescent romantique, ni une lubie abstraite d’idéologue. Ce n’est pas non plus une Table de la Loi inerrante et vouée à résoudre tous les problèmes. Si je suis libéral c’est parce que je pense qu’il y a pas mal de choses qui clochent dans notre vieux monde, surtout dans notre pays, que le libéralisme est mieux à même de remédier à certaines d’entre elles que les autres doctrines ou systèmes disponibles sur le marché idéologique, et qu’il coïncide de plus avec mes valeurs les plus profondes. Si quelqu’un trouve un jour quelque chose de mieux, alors je m’y rallierai; mais en attendant, je garde mon baril de libéralisme.

Cela ne veut pas dire pour autant que je le considère comme intouchable et au dessus de toute critique. Une telle attitude serait difficilement conciliable avec la liberté de penser qui, rappellons-le, est l’une des bases de la pensée libérale. Je revendique donc le droit d’inventaire et, s’il le faut, d’amendement. Je revendique également le droit de m’aventurer hors des sentiers battus si les chemins de traverse me paraissent plus prometteurs. Le libéralisme doit s’adapter à la réalité, non l’inverse, et il doit être ouvert aux apports extérieurs quand ces derniers sont susceptibles de l’améliorer ou de le rendre plus efficace.

Je pense enfin que le libéralisme est un sport de combat et que l’efficacité doit être son objectif premier. Cela implique de se focaliser sur les problèmes qui se posent, et peuvent être résolus, ici et maintenant et de laisser la théorie aux théoriciens et la philosophie aux philosophes. Cela implique également de dire les choses comme elles sont, sans s’excuser, sans chercher à toutes fins à se faire des amis, sans avoir peur de se faire des ennemis, mais en étant prêt à reconnaître ses manques ou ses erreurs et à les corriger. Bref, faire de la politique.

A cette condition, et à cette condition seulement, le libéralisme deviendra une réalité et le plus tôt sera le mieux car je suis fatigué d’attendre, et je ne pense pas être le seul dans ce cas.

(D’aucuns me demanderont plus ou moins poliment ce que je fais concrètement pour hâter l’avènement du libéralisme: je leur répondrais que je tiens ce blog, ce qui est déjà beaucoup. Et le problème du libéralisme en France ne vient pas tant de ceux qui ne font rien que de ceux qui font quelque chose mais le font mal ou n’importe comment.)

Encore une ordure qui nous quitte

1 novembre 2006

Après Stroessner voici quelques mois, un autre grand humaniste s’en va, sur la pointe des pieds.

Mort de l’ancien président sud-africain P.W. Botha

LE CAP (AP) - L’ancien président sud-africain Pieter Willem Botha est mort à l’âge de 90 ans, a annoncé mardi l’agence de presse sud-africaine SAPA. Le “grand crocodile” avait dirigé le pays de 1978 à 1989, pendant les années les plus dures de l’apartheid, au plus fort de l’isolement international et des violences raciales.

Le Congrès national africain (ANC) au pouvoir, qui était interdit comme organisation terroriste sous le régime de Botha, a été l’une des premières organisations à présenter ses condoléances dans un communiqué.

Pieter Botha s’est éteint dans la soirée à son domicile à Wilderness, où il vivait reclus ces dernières années, loin des changements de l’Afrique du Sud de l’après-apartheid.

Surnommé “le grand crocodile” et connu pour son style autoritaire, Pieter Botha avait résisté aux pressions croissantes pour la libération du plus célèbre prisonnier politique du pays, le futur président Nelson Mandela, qui fut libéré en 1990 par son successeur, le dernier président blanc Frederik de Klerk. Ce dernier allait engager l’Afrique du Sud sur la voie des premières élections multiraciales en 1994, portant au pouvoir Nelson Mandela.

P.W. Botha aimait à se présenter comme le premier dirigeant sud-africain à avoir engagé des réformes de l’apartheid, mais il avait pourtant fermement défendu le cadre du régime, refusant d’accorder le droit de vote aux noirs, restreignant considérablement les activités des organisations politiques noires et faisant arrêter plus de 30.000 personnes.

Il avait cherché le soutien des métis et des indiens avec des mesures de libéralisation, levant notamment les restrictions sur les mariages interraciaux. Mais chaque avancée était suivie d’un contre-coup: en 1986, il décrétait l’état d’urgence et engageait la pire répressions en plus de quatre décennies d’apartheid.

La commission vérité et réconciliation, instituée par le gouvernement de Mandela pour enquêter sur les abus sous le régime de l’apartheid, avait conclu en 1998 que Pieter Botha avait commis des violations flagrantes des droits de l’Homme. Mais sa santé défaillante lui avait permis d’échapper à des poursuites.

Né le 12 janvier 1916, Pieter Botha, fils d’un agriculteur de l’Etat libre d’Orange, abandonne ses études universitaires en 1935 pour travailler à l’organisation du Parti national. Durant la Seconde guerre mondiale, il rejoint la Ossewabrandwag, une organisation favorable aux nazis.

En 1948, Pieter Botha est élu au Parlement, l’année de l’arrivée au pouvoir du Parti national, qui commence à élaborer la législation de l’apartheid. Entré au gouvernement en 1961, il est nommé ministre de la Défense en 1966 puis Premier ministre en 1978 avant d’être élu président en 1984.

Victime d’une attaque en janvier 1989, Botha démissionne de la tête du parti National où lui succède De Klerk, alors ministre de l’Education. Mais il reste à la présidence et organise une rencontre secrète avec Mandela, dénoncée par ses critiques comme une tentative pour démontrer sa supériorité sur De Klerk.

“J’étais très nerveux de voir M. Botha”, a raconté Mandela dans ses mémoires. “Il me semblait l’incarnation de l’Afrikaner à l’ancienne, raide et entêté, qui ne parlait pas avec les responsables noirs mais leur donnait des ordres. Je me suis promis que s’il se comportait sur ce ton autoritaire avec moi, je devrais l’informer que je trouvais ce type de comportement inacceptable”.

Mais lors de cette rencontre, P. W. Botha se montre affable, courtois et respectueux, “désarmant complètement” Mandela, jusqu’à ce que ce dernier lui demande la libération de tous les prisonniers politiques, y compris lui-même, sans condition. “Ce fut le seul moment de tension de la rencontre et M. Botha m’a dit qu’il craignait de ne pas pouvoir faire ça”.

Un mois plus tard, Botha provoque et perd, un affrontement politique avec Frederik de Clerk. Il est contraint de démissionner.

En 1997, il refusera de se présenter devant la Commission vérité et réconciliation présidée par l’archevêque Desmond Tutu, dénonçant un “cirque”. Reconnu coupable d’outrage à la cour pour avoir refusé de témoigner sur son rôle en tant que président du redouté Conseil de sécurité sud-africain, il est condamné à un an de prison avec sursis, mais avait gagné en appel sur un point de procédure.

Dans son rapport final en 1998, la commission conclut que Botha a donné l’ordre de l’attentat à la bombe contre un immeuble de Johannesburg abritant un groupe anti-apartheid et est directement responsable de l’attentat perpétré en 1987 contre les locaux du Congrès national africain (ANC) à Londres. AP

Je n’ai pas pour habitude de me réjouir de la mort d’autrui, même et y compris quand cet autrui est un sale enfant de sa mère qui échappe définitivement à la justice des hommes - peu soucieuse d’ailleurs de lui demander des comptes. Mais je trouverais cocasse qu’aux funérailles du “Grand Crocodile”, un organiste facétieux décide de jouer ceci ou ceci. Histoire que les victimes aient, pour une fois, le mot de la fin.

Bye bye clope!

24 août 2006

On s’y attendait plus ou moins, vu le durcissement de la propagande antitabagique et le faible de nos gouvernants pour les lois scélérates: il sera bientôt interdit de fumer dans les lieux publics. Les bars-tabac, les discothèques et les casinos devraient bénéficier d’un (relatif) traitement de faveur, mais pour les autres, ce sera cigarette raus.
En tant que non-fumeur ayant souvent eu à endurer la fumée importune d’autruis mal élevés, je peux comprendre et même approuver l’esprit d’une telle décision. En tant que libéral attaché aux libertés individuelles, par contre, je ne peux que me rebeller contre son exécution. Si l’Etat souhaite interdire de fumer dans les lieux qui lui appartiennent (comme c’est le cas par exemple dans les hôpitaux et, plus théoriquement, les gares, les aéroports ou les bureaux de poste) il est parfaitement dans son droit. Enfumer la propriété d’autrui n’est pas un droit de l’homme. Mais étendre cette interdiction aux lieux publics ne relevant pas de la sphère étatique, comme les cafés ou les restaurants, relève de l’abus de pouvoir pur et simple et passerait pour tel sans la paranoïa savamment entretenue autour du “tabagisme passif” (qui ferait plus de 5000 morts en France chaque année, selon des statistiques sorties du chapeau de M. Bertrand et reprises docilement par les médias) Des bombinettes à la clope, faire peur au citoyen est toujours un excellent moyen de rogner sur ses droits.
Outre que personne n’est obligé d’aller dîner dans un restaurant aux allures de fog londonien, il existe des solutions beaucoup moins radicales qui pourraient satisfaire tout le monde sans restreindre les libertés de personne. La plus évidente serait l’extension du concept d’espaces fumeurs et non fumeurs aux établissements eux-mêmes. Certains établissements seraient interdits aux fumeurs, d’autres le seraient aux non-fumeurs, d’autres encore accueilleraient tout le monde, étant bien entendu que personne ne devra se plaindre de la fumée. Voilà qui serait de bonne politique, respectueux autant des impératifs de santé publique que des libertés civiles. Et c’est précisément pourquoi on ne le fera pas. Car il ne s’agit pas seulement pour nos maîtres d’éviter aux non-fumeurs d’être exposés contre leur gré aux nuisances du tabac. Non, il s’agit d’avoir la peau de la cibiche, tout simplement, tout comme les écolos veulent la peau de la bagnole en elle-même et non comme objet polluant.
Cette fureur tabacophobe est le produit néfaste (un de plus, diront certains) de l’Etat-providence modèle mamouth qui caractérise nos sociétés occidentales et qui trouve l’une de ses formes les plus achevées dans notre pays. Malgré tous les discours lénifiants sur le “service public” et contre “le règne de l’argent”, Léviathan n’est au fond qu’un assureur comme un autre: il essaie de réduire les risques afin de limiter les prestations. L’ennui est qu’il bénéficie de moyens de coercition hors de portée de ses collègues privés, et que ces derniers ne se sentent pas obligés d’assurer et d’indemniser tout et tout le monde. Partant, l’équation est simple:
Tabac=Danger=Indemnités à verser=Déficit=Interdire au plus vite
Le plus amusant dans l’affaire étant que les fumeurs sont souvent parmi les premiers soutiens du système qui les persécute - mieux, ils espèrent bien en profiter quand les premières conséquences de leur vice apparaîtront. C’est un cercle vicieux!
Une redéfinition des prérogatives et des limites de l’Etat-Providence s’impose plus que jamais, avant que de mêmes “impératifs de santé publique” n’aboutissent à l’interdiction des barres chocolatées ou au port obligatoire du préservatif. L’une des grandes leçons de la vie - de moins en moins entendue ces jours-ci - est que l’on ne peut pas tout avoir, et qu’il faut donc toujours à un moment ou un autre faire des choix. Celui-ci est simple: liberté ou protection sociale massive. A vous de voir dans quel monde vous préférez vivre, et si vous appellez ça “vivre”.

La farce tranquille

20 août 2006

Auréolée de ses 55% d’opinions favorables, Ségolène a déclenché une mini-émeute dans le bled paumé où elle était l’invitée d’honneur d’un jamboree socialo patronné par l’ineffable Arnaud Montebourg.
Ils étaient venus même de l’étranger pour voir et surtout entendre la possible prochaine locataire de l’Elysée, et ils n’ont pas été déçus, car la belle leur a offert un véritable festival. Dans un pays où la démagogie, les promesses tous azimuts et l’incohérence idéologique ont toujours été porteurs, Mme Royal s’affirme comme une candidate de poids.
Une louche de langue de bois garantie d’appellation contrôlée: Nous avons envie de voir en 2007 la France se relever et concrétiser ce désir d’avenir et de changement que nous voyons monter dans le pays. C’est même un devoir, une obligation morale de gagner”
Un soupçon de lyrisme électoral pour partielle dans la Mayenne: “Cette victoire et cette réussite, nous devons patiemment les construire car rien n’est gagné d’avance. La bataille sera rude mais exaltante. Je lance ici à Frangy un appel au rassemblement de toutes celles et toux ceux qui veulent que ça change et que la France se redresse. Avec vous, j’ai confiance”
Des promesses, toujours des promesses, assez floues toutefois pour ne pas être contractuelles: “Ce que je vous propose, ce n’est pas une politique au rabais, sorte de gouvernance aseptisée réduite à la simple gestion du désordre des choses. C’est de mieux partager l’exercide du pouvoir pour que la France saisisse toutes ses chances, en assument cette passion de l’égalité qui est la sienne”
Et, enfin, l’invocation des Grands Anciens: “Elle [Ségolène] avait auparavant évoqué l’héritage de François Mitterand “dans cette Bourgogne qu’il aimait tant”, revendiquant “la lignée mitterrandienne”. Citant une de ses dernières déclarations, en 1993, elle a fait la liste des valeurs qu’il défendait : “le devoir d’unité”, “le courage”, la nécessité de changements profonds”. “C’est ainsi que je conçois l’exercice de la responsabilité politique et le rôle d’un chef de l’Etat”, a-t-elle dit.
Mais sans en faire trop, histoire de ne pas passer pour une ringarde: L’ancienne ministre s’est toutefois accordée le droit, non pas de faire “l’inventaire” des années Mitterrand comme l’avait réclamé Lionel Jospin, mais celui de “revisiter” son héritage afin de “l’actualiser à la lumière de tout ce qui (…) a changé dans notre pays et dans notre monde”.
Bref, la débutante Ségolène maîtrise admirablement l’art délicat de ne rien dire avec le plus de mots et de conviction possible, comme un François ou un Jacques en leur temps. D’ici à dire qu’un destin similaire l’attend et nous attend, il y a un pas que chaque mois rend un peu plus facile à franchir. Désolé mon vieux Paul, mais il y a des moments où le pire pour n’être pas sûr est des plus probables.

Un hymne pour le Proche-Orient

20 août 2006

Approprié, n’est-ce pas?

Dray dans le texte

19 août 2006

Je ne suis pas favorable à l’euthanasie, mais quelqu’un devrait faire quelque chose pour abréger les souffrances du Parti Socialiste qui offre un spectacle de plus en plus affligeant. On reproche souvent à nos politiciens de ne pas avoir d’idées, mais cela vaut toujours mieux que d’en avoir de mauvaises - et qui datent en plus. La doctrine du PS, ses références, ses propositions, son logo même, n’ont pratiquement pas changé depuis Epinay (1971, pour ceux qui n’ont pas la mémoire des dates) C’est pourquoi il ne faut pas s’étonner de voir les gens de Solférino s’employer à ressusciter la défunte Union de la Gauche et nous préparer un second passage de la lumière aux ténèbres. Si vous ne me croyez pas, lisez donc cet entretien accordé par Julien Dray au Figaro dans le cadre d’une série sur les enjeux de 2007. C’est proprement fascinant - à la manière dont le sont les carambolages, les incendies ou les déraillements.

LE FIGARO.– Sur quel thème la prochaine présidentielle pourrait-elle se jouer ?

Julien DRAY. – Mon sentiment, c’est que la question de la précarité et de la sécurité, au sens large, sera au coeur de la campagne de 2007 : sécurité sociale, quotidienne, familiale… Les Français veulent être protégés tout en regardant vers l’avenir. On l’a vu cette année, avec des mouvements comme celui s’opposant au CPE. La société s’est mobilisée. La France est en attente. Si l’élection de 2002 était crispée, celle de 2007 marquera l’envie de s’en sortir sans abandonner notre modèle républicain. Ce sera une élection qui devrait être plus positive.

Alors que les sociaux-démocrates dans le reste de l’Europe parlent de rigueur, de réduction des dépenses publiques, de privatisations, Dray continue à promettre au bon peuple le beurre et l’argent du beurre, avec le sourire de la crémière en prime. Si vous votez PS, vous pourrez regarder vers l’avenir en toute sécurité, la France s’en sortira sans renoncer à son modèle républicain tellement parfait qu’il en est inexportable (les autres pays n’ont pas encore atteint notre niveau de développement, les pauvres) Que ce désir de protection tous azimuts et cet attachement bigot à un modèle qui prend de l’eau de toutes parts soient précisément les raisons qui empêchent la France de se projeter dans l’avenir et de sortir du marasme, voilà qui ne pose aucun problème au porte-parole du PS. Au contraire, il y voit un facteur positif puisque les jacqueries étudiantes anti-CPE lui paraissent des signes encourageants de mobilisation citoyenne.

-Conflits internationaux, terrorisme, crise de l’Europe… La campagne devra-t-elle annoncer aux Français des temps difficiles ?

- Depuis que je suis engagé en politique, on m’explique que l’avenir sera plus dur que le passé. Je n’adhère pas à ce discours selon lequel les marges politiques seraient réduites. C’est le discours de l’impuissance, c’est nul. Entre promettre n’importe quoi et ne rien faire, il y a un fossé. Nous sommes rentrés dans des temps incertains, tendus, mais une volonté forte peut faire bouger les lignes sur le plan national et international. Encore faut-il avoir un vrai projet et ne pas se contenter de gesticulation.

Dray a ici parfaitement raison, notamment sur le dernier point dont on regrettera qu’il ne se l’applique pas à lui-même, à son parti et à son camp en général.

- La réduction de la dette est-elle une priorité pour le PS ?

- Entre le pouvoir d’achat de nos concitoyens et le sourire des grands banquiers, mon choix est simple, il faut d’abord s’occuper des premiers en relançant une vraie politique de redistribution. D’ailleurs, c’est mieux pour la dette que la purge voulue par la hausse stupide des taux d’intérêt.

Ca en fait des mots alors qu’un simple “non” aurait été bien suffisant. Les socialistes ne sont même pas prodigues en paroles… Notons l’opposition entre les gentils “concitoyens” (on ne dit plus “travailleurs”, nous sommes en 2006 tout de même) et les méchants “grands banquiers” qui seraient seuls bénéficiaires d’une politique économique cohérente. En 1981 déjà, ce type de discours avait l’air bizarre; un quart de siècle plus tard, il relève carrément du service neurologie.

- L’élection de 2007 peut-elle aussi marquer une rupture pour le PS ?

- Avec douze ans de pouvoir chiraquien, oui, sans hésiter. Pour le reste, la ligne du rassemblement de la gauche reste notre horizon, point à la ligne. Les socialistes doivent rester eux-mêmes des réformistes conséquents. Maintenant, je vois deux éléments nouveaux. D’abord un contrat clair et explicite de gouvernement avec toute la gauche pour réussir une expérience de gauche prolongée au gouvernement. Ensuite, une volonté de ne pas tout attendre de la loi. C’est une société mobilisée où chacun est acteur de la réforme (vrai dialogue social, nouvelle compétence des territoires et, surtout, réforme profonde des institutions).

Toute alternance est une rupture avec la politique de la majorité précédente; ce que le journaliste voudrait savoir c’est si 2007 pourrait marquer une rupture idéologique pour le PS, c’est-à-dire l’abjuration des vieilles lunes marxo-jauréso-keynésiennes et la conversion aux réalités économiques amorcée depuis longtemps par les “camarades” des pays voisins. Et là encore, Dray utilise plein de mots pour éviter d’avoir à répondre non. C’est en fait tout le contraire qu’il préconise, à savoir une Union de la Gauche probablement très étendue (Dray parle de “toute la gauche”) ce qui ruine par avance toute possibilité d’un recentrage du PS, on voit mal comment les socialistes pourraient rester (devenir?) des “réformistes conséquents”. Quant à la rhétorique, c’est une nouvelle fois celle de 1981: société mobilisée, citoyens acteurs de la réforme, dialogue social, réforme des institutions, blablabla… Ami lecteur de gauche qui lis The Economist et fantasme sur Tony Blair ou José Luis Rodriguez Zapatero, m’est avis que tu fantasmeras encore longtemps…

- Quelle plus-value devra apporter le candidat PS ?

- La plus-value du candidat existe, mais, ce qui importe, c’est la qualité de son rapport à la gauche, donc à l’opinion. De ce côté-là, nous avons des données claires maintenant.

En d’autres mots, la personnalité du candidat on s’en fout, comme de son programme d’ailleurs. Tout ce qui compte, c’est sa capacité à brosser l’électorat dans le sens du poil, à lui dire ce qu’il veut entendre et si cela passe par la surenchère à gauche (ou même à droite, cf. Ségolène) eh bien qu’il en soit ainsi. Voilà qui n’est guère propice à un langage de vérité, prérequis de toute authentique réforme.

- Le candidat doit-il incarner une forme de renouvellement ?

- Oui, à mon sens. Comme dit l’Internationale, «il n’est pas de sauveurs suprêmes, ni dieu, ni César, ni tribun». Mais il y a des candidats qui sont plus en phase avec la société. Ce sera aux militants de le dire et de choisir. Mais, cet été, tous mes contacts et mes discussions m’ont signifié une profonde volonté de tourner une page, de faire du neuf.

Dray veut le renouvellement, mais cite l’Internationale. Rarement depuis Chesterton aura-t-on aussi bien manié le paradoxe. Gageons en tout cas que ni Jean-Marie Bockel ni Bernard Kouchner ne figurent parmi ces “candidats plus en phase avec la société” que Dray verrait bien briguer l’investiture. Il doit plutôt penser à une certaine présidente de la région Poitou-Charente, ou éventuellement au compagnon d’icelle qui ont tous deux donné des gages indéniables de leur modernité. Passons. On peut en tout cas se demander si la “volonté de tourner une page, de faire du neuf” des militants sera satisfaite par le discours de Dray, qui jusqu’ici consiste plutôt à faire du neuf… avec du vieux.

- Comment le PS pourra-t-il éviter la dispersion électorale, comme en 2002 ?

- En étant unitaire pour tous et en rappelant que l’enjeu, c’est la défaite de la droite. Nous devons mettre en garde ceux qui perdront de vue cet objectif et qui apparaîtront plus préoccupés par les rapports de force au sein de la gauche. La gauche doit se retrouver pour signer un contrat de gouvernement avant le début de la campagne. La dynamique en sera changée : la question ne sera plus de se différencier, mais de savoir ce que chacun apporte. Il n’y aura pas besoin de faire du spectre du 21 avril un leitmotiv : d’eux-mêmes, les électeurs de gauche n’auront pas envie de revivre ce moment.

Le message est clair: les candidatures de témoignage (Taubira) ou pour emmerder le PS (Mamère) ça suffa comme ci, et les récalcitrants ce sera panpan-cucul. Dray propose une candidature unique, ce qui implique donc une nouvelle fois une union de la gauche aussi large que possible, et un programme commun. Vous n’avez pas une impression de déjà-vu? Dray est en tout cas bien optimiste en ce qui concerne la possibilité d’un 21 avril bis, et surestime la force de l’électorat de gauche* qui n’est ni le seul, ni aussi docile qu’il semble le croire. Une chose est sûre: si j’étais un électeur de gauche raisonnablement lucide et démarxisé et qu’un candidat à la sauce Dray se piquait de me représenter, je réserverais mes dimanches d’avril et de mai 2007 pour la pêche, la randonnée cycliste, le macramé ou toute autre activité plus gratifiante et je laisserais tout ce beau monde se débrouiller avec les conséquences de leur démagogie et de leur refus du réel.

* Qu’il confond plus haut avec l’opinion…