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	<title>Say No More</title>
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	<description>Fire and Forget</description>
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		<title>Sarkozy est-il cuit ?</title>
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		<pubDate>Thu, 16 Feb 2012 13:11:22 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Say No More</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Le jour où Sarkozy a déclaré sa candidature au JT de TF1, son parti décidait de virer Christian Vanneste pour négationnisme. Le problème est que ce que Vanneste a négationné se trouve être un évènement qui n&#8217;a effectivement pas eu lieu, à savoir la déportation pendant la guerre des homosexuels français. L&#8217;erreur de Vanneste a [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Le jour où Sarkozy a déclaré sa candidature au JT de TF1, son parti décidait de virer Christian Vanneste pour négationnisme. Le problème est que ce que Vanneste a négationné se trouve être un évènement qui n&#8217;a effectivement pas eu lieu, à savoir la déportation pendant la guerre des homosexuels français. L&#8217;erreur de Vanneste a été de s&#8217;en prendre frontalement à un groupe d&#8217;intérêt en période électorale ; dans le cas présent le lobby homosexuel, mais il aurait pu s&#8217;agir d&#8217;un autre lobby.</p>
<p>Sarkozy, le soir même, a fait état de sa candidature sur TF1 en essayant d&#8217;apparaître à la fois comme le président et comme un candidat en campagne, dans le premier cas parce que c&#8217;est ce qu&#8217;il est, dans le second parce que ses partisans ne sont plus très loin d&#8217;un état de panique totale, ce qui se comprend si l&#8217;on regarde les sondages.</p>
<p>Quel est le problème de Sarkozy ? Il n&#8217;est jamais facile de se faire réélire mais il ne paraît pas beaucoup plus facile d&#8217;être battu par Hollande. A tout hasard, on peut toujours formuler quelques hypothèses.</p>
<p>Comme cela a peut-être été écrit ici (mais dans assez peu d&#8217;autres endroits), Sarkozy en 2007 était le premier président qui commençait son mandat en sachant que la prochaine élection générale serait normalement la sienne. Contrairement à tous ses prédécesseurs sauf chirac, il n&#8217;avait pas de législatives prévues avant la prochaine présidentielle (sauf celles qui sont intervenues tout de suite), et contrairement à Chirac, il avait l&#8217;intention de se représenter.</p>
<p>C&#8217;est là le résultat direct du quinquennat : plus de cohabitation et c&#8217;est le président qui va au casse-pipe. Sarkozy semblait d&#8217;ailleurs avoir assez bien compris cela dans la mesure où il ne s&#8217;est pas réfugié derrière son premier ministre ni n&#8217;a joué les arbitres distants. Dans une certaine mesure, la campagne électorale ne s&#8217;est jamais complètement arrêtée. Malheureusement pour lui, il n&#8217;a apparemment compris qu&#8217;une partie des règles du jeu. Logiquement, un dirigeant dans sa position aurait dû faire passer les mesures impopulaires mais rentables à long terme en premier, et les mesures démagogiques juste avant les élections. Sarkozy a tout mélangé.</p>
<p>Par ailleurs, son mandat ressemble à celui de Giscard sur plusieurs points, et un de ces points est la crise économique. La crise qui a commencé en 2008 a pourri sa présidence comme celle de 1973 a pourri celle de Giscard. Sarkozy est arrivé en promettant une rupture, mais la rupture n&#8217;a pas attendu son signal. Cette crise a eu plusieurs conséquences pour lui.</p>
<p>La première est que l&#8217;économie française est en mauvais état et cela n&#8217;est jamais bon pour un candidat sortant. La deuxième est que Sarkozy s&#8217;est révélé assez creux d&#8217;un point de vue idéologique. Face à un crise économique, il faut essayer de comprendre ce qui ne va pas et, dans la mesure du possible, traiter les causes plutôt que les symptômes. Sarkozy a fait un peu de tout : il a un peu réformé les retraites, il a essayé d&#8217;exciter le peuple contre les financiers et les paradis fiscaux, ce qui ne servait à rien, il a constamment essayé de donner l&#8217;impression qu&#8217;il &#8220;faisait quelque chose&#8221; mais il a été difficile de comprendre où il voulait en venir exactement.</p>
<p>D&#8217;une manière plus générale, Sarkozy veut rassembler, ce qui est normal pour un candidat à quelque chose. Mais ce qui n&#8217;est pas très malin, c&#8217;est d&#8217;essayer de rassembler tout le monde. On retrouve ici la même erreur que chez Giscard et la plupart des politiciens de droite : ils croient que l&#8217;électorat de droite est captif et que pour gagner, il leur suffit d&#8217;aller chercher des électeurs au &#8220;centre&#8221;. Or, il n&#8217;y a pas de centre. Peu de gens votent successivement à droite et à gauche au cours de leur vie. Les variations entre la droite et la gauche tiennent probablement beaucoup plus à deux facteurs : les gens qui entrent dans le corps électoral et ceux qui en sortent d&#8217;une part ; les abstentionnistes d&#8217;autre part. Quand les présidents de droite mènent une politique gauchiste, les électeurs de gauche continuent de voter à gauche et les électeurs de droite s&#8217;abstiennent, donc ils perdent.</p>
<p>Sarkozy a parfaitement exécuté cette manœuvre : les gens de gauche le considèrent toujours comme un fasciste et les gens de droite ne peuvent plus le supporter. Un exemple parmi beaucoup d&#8217;autres est fourni par Hadopi : quelques mois avant les élections, le gouvernement annonce fièrement avoir menacé 400 000 personnes de sanctions pour téléchargement illégal, et ce afin de faire plaisir aux artistes qui votent de toute façon à gauche et à des grands groupes de communication qui ne votent pas.</p>
<p>On pourrait faire une liste assez interminable de maladresses, de mesures et de propositions contre-productives mais le problème de fond est probablement plus large qu&#8217;une simple succession d&#8217;erreurs.</p>
<p>Il y a d&#8217;abord le fait que Sarkozy a dû se croire infaillible après la campagne de 2007 qui était effectivement très réussie. La victoire rend souvent idiot.</p>
<p>Il y a ensuite un léger détail que les journalistes ignorent avec une grande assiduité : l&#8217;Etat étant fauché, il est impossible d&#8217;acheter des voix comme le font toujours les candidats sortants avant les élections.</p>
<p>Il y a enfin le fait que l&#8217;UMP est devenu une sorte de parti de masse sans contenu idéologique. Un parti politique, ça peut être plusieurs choses assez différentes. Ce peut être une sorte de club de pensée, ou alors, au contraire, une pure machine politique comme les deux grands partis américains qui ne réfléchissent pas mais qui fournissent des moyens logistiques à leurs membres, ou enfin une sorte de doublon de l&#8217;administration dans le cas des partis uniques au pouvoir. L&#8217;UMP semble avoir plus ou moins évolué vers la troisième option. En exerçant le pouvoir pendant dix ans, il semble que l&#8217;UMP soit devenu une sorte d&#8217;interface avec les groupes d&#8217;intérêt sans aucune ligne politique particulière. D&#8217;une façon amusante, alors que les politiciens de droite ont accepté de plus en plus facilement l&#8217;étiquette &#8220;droite&#8221;, leur politique est devenue de plus en plus socialiste, ou &#8220;sociale-clientéliste&#8221;, comme dirait Charles Gave. Désormais, la &#8220;droite&#8221; française n&#8217;est plus ni &#8220;bonapartiste&#8221;, ni &#8220;orléaniste&#8221;, ni &#8220;légitimiste&#8221;, elle est tout simplement &#8220;pragmatique&#8221;, ce qui signifie qu&#8217;elle achète des voix à tout le monde, ou du moins qu&#8217;elle essaye.</p>
<p>L&#8217;exemple de Vanneste fournit une assez bonne illustration. Sarkozy s&#8217;est senti obligé de désavouer Vanneste tout en expliquant pourquoi il était quand même contre le mariage homosexuel. Il s&#8217;est livré à une triangulation assez piteuse alors qu&#8217;il était censé donner le départ de sa propre campagne électorale, laquelle sera sûrement une succession de discours énergiques et volontaristes sur la république, la France et tout le reste censés susciter l&#8217;enthousiasme.</p>
<p>Or, l&#8217;électorat n&#8217;aime pas la triangulation ni la subtilité, non pas parce que les électeurs sont des idiots, même s&#8217;ils le sont souvent, mais plutôt parce qu&#8217;ils comprennent que la lutte pour le pouvoir consiste à éliminer, pas à essayer de ménager tout le monde. Le lobby homosexuel ne recommandera pas de voter Sarkozy quoi qu&#8217;il arrive, donc il aurait aussi bien pu soutenir Vanneste. En lui tombant dessus avant même de s&#8217;être renseigné, l&#8217;UMP et Sasrkozy ont simplement démontré qu&#8217;ils étaient faibles et qu&#8217;ils préféraient s&#8217;humilier eux-mêmes en sacrifiant l&#8217;un des leurs plutôt que de prendre le risque d&#8217;une confrontation.</p>
<p>Du coup, le style médiatique de Sarkozy tombe complètement à plat. C&#8217;est dommage parce que Sarkozy est effectivement une personne courageuse, énergique et dotée d&#8217;une grande volonté, mais cette affaire, comme beaucoup d&#8217;autres, démontre qu&#8217;il manque de rigueur intellectuelle et morale.</p>
<p>Le résultat, c&#8217;est la victoire probable de Hollande, un personnage qui n&#8217;est manifestement doté d&#8217;aucune de ces qualités et dont le programme est l&#8217;un des plus démagogiques jamais mis en avant par un candidat sérieux lors d&#8217;une élection générale.</p>
<p>C&#8217;est dommage qu&#8217;ils ne puissent pas tous les deux perdre.</p>
<p>-</p>
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		<title>L&#8217;important, c&#8217;est le buzz</title>
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		<pubDate>Sat, 27 Nov 2010 23:36:48 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Say No More</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Charles Enderlin vient de publier un bouquin qui porte le titre pas du tout racoleur suivant : &#8220;un enfant est mort&#8221;.
Ce bouquin raconte apparemment sa version de &#8220;l&#8217;affaire al-Dura&#8221;. Cette affaire se résume à peu près ainsi : Enderlin a fait pour France 2 un reportage censé montrer l&#8217;armée israélienne abattant volontairement un enfant palestinien. [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Charles Enderlin vient de publier un bouquin qui porte le titre pas du tout racoleur suivant : &#8220;un enfant est mort&#8221;.</p>
<p>Ce bouquin raconte apparemment sa version de &#8220;l&#8217;affaire al-Dura&#8221;. Cette affaire se résume à peu près ainsi : Enderlin a fait pour France 2 un reportage censé montrer l&#8217;armée israélienne abattant volontairement un enfant palestinien. Le reportage est probablement bidonné comme la quasi-totalité des reportages de guerre diffusés à la télévision, mais comme il a été très largement diffusé, son rôle dans les événements qui ont suivi n&#8217;est sans doute pas négligeable. Parmi ces événements figure le lynchage des deux soldats israéliens, les incendies de Synagogues par ici, etc.</p>
<p>Un certain nombre de gens ont critiqué Enderlin et son reportage et ont très longuement expliqué pour quelles raisons ils estimaient qu&#8217;il s&#8217;agissait probablement d&#8217;une falsification. Les défenseurs d&#8217;Enderlin se sont drapés dans leur légitimité institutionnelle. Comme ce sont eux qui ont les moyens de diffusion les plus puissants, ils peuvent assez facilement traiter les autres de conspirationnistes et s&#8217;abstenir de répondre à leurs arguments.</p>
<p>Et parmi les défenseurs d&#8217;Enderlin figure la direction de France 2. Soit.</p>
<p>Qu&#8217;a fait la direction de France 2 lorsque le reportage d&#8217;Enderlin a été transmis à la chaîne ? Elle a décidé de le diffuser et apparemment d&#8217;en autoriser gratuitement la diffusion par d&#8217;autres chaînes de télévision.</p>
<p>Les défenseurs d&#8217;Enderlin admettent généralement qu&#8217;il était peut-être un peu léger de la part de ce dernier d&#8217;affirmer avec certitude que les tirs tuant l&#8217;enfant étaient israéliens. Enderlin, si mes souvenirs sont exacts, va même plus loin puisqu&#8217;il affirme que les tirs &#8220;visent&#8221; le père et l&#8217;enfant. Cela signifie que les soldats israéliens essayent activement de les descendre et y parviennent.</p>
<p>Donc Enderlin dit tout ça dans son commentaire et France 2 décide de diffuser très largement.</p>
<p>Pourquoi ont-ils pris cette décision ? Ils diront certainement qu&#8217;ils ont pris cette décision au nom du devoir d&#8217;information, mais ce sera un mensonge parce que ce reportage ne contient aucune information. Il montre tout au plus qu&#8217;&#8221;un enfant est mort&#8221;, mais cela n&#8217;est pas une information. Des tas d&#8217;enfants meurent tout le temps. Cela peut être une &#8220;information&#8221; pertinente si on sait au moins pourquoi et comment il est mort, mais c&#8217;est précisément ce qu&#8217;on ne sait pas très bien, bien qu&#8217;Enderlin, à ce moment-là, ait fait semblant de le savoir.</p>
<p>France 2 a diffusé ce reportage parce que ça faisait du buzz. Ca leur faisait de la pub. C&#8217;était une façon de faire de la com. Ils tenaient le scoop de l&#8217;année. C&#8217;est comme ça que font aujourd&#8217;hui les grands professionnels de l&#8217;information. Quant ils tiennent un reportage minable, complètement approximatif sur les faits et sans la moindre vérification de source mais qui risque de faire du bruit, ils y vont et tant pis si leur bouse provoque des lynchages et des incendies de synagogues.</p>
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		<title>Pourquoi nous détestons Israël</title>
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		<pubDate>Wed, 02 Jun 2010 13:37:18 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Say No More</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Les politiciens européens ont apparemment décidé de façon à peu près unanime de condamner Israël pour des raisons apparemment assez indépendantes des faits.
Ce qui s&#8217;est passé sur le Marmara ne les obligeait absolument pas à réagir comme ils l&#8217;ont fait. Les opinions publiques internes ne les mettaient pas plus sous pression. En France, tout le [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div id="_mcePaste">Les politiciens européens ont apparemment décidé de façon à peu près unanime de condamner Israël pour des raisons apparemment assez indépendantes des faits.</div>
<div id="_mcePaste">Ce qui s&#8217;est passé sur le Marmara ne les obligeait absolument pas à réagir comme ils l&#8217;ont fait. Les opinions publiques internes ne les mettaient pas plus sous pression. En France, tout le monde s&#8217;en fout et c&#8217;est probablement la même chose dans le reste du continent, à l&#8217;exception des populations musulmanes, probablement, mais elles sont encore assez fortement minoritaires.</div>
<div id="_mcePaste">Pourtant, les politiciens européens se sont précipités comme si chacun craignait d&#8217;être le dernier à condamner Israël. Comme Lellouche hier à l&#8217;Assemblée qui se sentait manifestement obligé de répéter &#8220;je condamne, la France condamne, la France exige&#8221; un certain nombre de fois.</div>
<div id="_mcePaste">Donc que se passe-t-il exactement ? Est-ce qu&#8217;ils avalent simplement les compte-rendus de France Inter ou du Monde ? Ce n&#8217;est pourtant pas très difficile de se renseigner un peu plus, et c&#8217;est surtout facile d&#8217;attendre un peu et de réserver son jugement jusqu&#8217;à ce que des informations plus complètes soient disponibles. De plus, c&#8217;est loin d&#8217;être la première fois qu&#8217;une &#8220;atrocité israélienne&#8221; est rapportée et les précédentes se sont toujours révélées fausses (al-Dura, les deux Qana, Jenine et beaucoup d&#8217;autres).</div>
<div id="_mcePaste">Est-ce qu&#8217;ils subissent une sorte de pression ? Plus ou moins, mais je ne vois rien d&#8217;autre qu&#8217;une pression qu&#8217;ils se mettent mutuellement les uns aux autres. Il est exact que les médias poussent dans ce sens, ainsi qu&#8217;un certain nombre de gentilles ONG, et il est également exact que le parti &#8220;pro-israélien&#8221; est squatté par des timides (Finkielkraut, le CRIF) ou des gens aux motivations plus que douteuses, mais tous ces aspects de la situation se nourrissent également entre eux et n&#8217;expliquent finalement pas grand-chose.</div>
<div id="_mcePaste">Donc on peut imaginer des explications très générales comme la peur des arabes et des musulmans (qui deviennent plus puissants à l&#8217;intérieur comme à l&#8217;extérieur), le masochisme historique des Occidentaux qui détestent l&#8217;Occident ou une sorte d&#8217;antisémitisme plus ou moins refoulé. Pour ma part, j&#8217;ai l&#8217;impression qu&#8217;on a affaire à un réflexe de négation du danger. Les Israéliens sont plus ou moins les seuls parmi nous à faire usage de la violence face à un danger commun, ce qui est logique puisqu&#8217;ils y sont les plus directement exposés, mais cela nous déplait profondément parce que cela nous oblige à contempler le danger en question, donc nous avons tendance à souhaiter qu&#8217;ils arrêtent de combattre comme si cela allait faire disparaître le danger.</div>
<div id="_mcePaste">Les gens qui ont ce genre de réflexe se rallient assez facilement à ceux qui souhaitent très consciemment faire du tort à Israël et à l&#8217;Occident en général. Ce faisant, ils abandonnent Israël, mais ils se privent également de la possibilité de défendre l&#8217;Occident, à commencer par leur propre pays. Concrètement, si nous nous interdisons les moyens d&#8217;actions dont Israël fait usage aujourd&#8217;hui, nous seront désarmés lorsqu&#8217;il nous faudra faire face à des dangers analogues.</div>
<div id="_mcePaste">Pour cette raison, le conflit israélo-arabe, bien qu&#8217;ils ne nous concerne pas directement, joue un rôle stratégique dans nos débats internes. Prendre la défense de la politique israélienne revient concrètement à faire savoir que nous sommes prêts à agir de la même façon si cela devient nécessaire, ce qui pourrait être un jour le cas sur le territoire national et l&#8217;est déjà en grande partie en Afghanistan.</div>
<div id="_mcePaste">S&#8217;il en est ainsi, les choses deviennent un peu plus claires. Un journaliste ou un politicien français qui s&#8217;empresse de condamner Israël fait implicitement mais clairement savoir qu&#8217;il ne se considère pas comme faisant face à un danger analogue à celui auquel Israël est confronté. Du reste, ce politicien ou ce journaliste affirme généralement qu&#8217;Israël ne fait face à aucun danger particulier, ou éventuellement à un danger limité que les dirigeants israéliens exagèrent ou amplifient du fait de leurs propres actes, volontairement ou non.</div>
<div>Pour les militants anti-israéliens, arabes ou non, obliger les élites européennes à nier le danger que représente l&#8217;islamisme est une grande victoire. C&#8217;est la garantie qu&#8217;ils seront très embarrassés s&#8217;il leur faut un jour mobiliser leurs citoyens contre cette menace.</div>
<div>L&#8217;hostilité vis-à-vis d&#8217;Israël s&#8217;ajoute donc à d&#8217;autres affirmations dont la répétition depuis une dizaine d&#8217;années peut finir par intriguer : le soutien au terrorisme n&#8217;est le fait que d&#8217;une infime minorité de musulmans ; al-Qaida n&#8217;est pas lié aux Palestiniens mais les causes du terrorisme d&#8217;al-Qaida sont en partie les mêmes que celles du terrorisme palestinien ; Saddam Hussein n&#8217;a jamais été lié au terrorisme bien qu&#8217;il ait soutenu des terroristes palestiniens ; et ainsi de suite.</div>
<div>La politique française vis-à-vis de la meance islamo-arabe est beaucoup plus fondée sur des déclarations de principe de ce type que sur une analyse de la réalité et des moyens d&#8217;en tenir compte.</div>
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		<title>Plouf</title>
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		<pubDate>Mon, 31 May 2010 13:25:05 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Say No More</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Ce qui va se passer maintenant est assez prévisible : les Israéliens seront &#8220;condamnés&#8221; par tout le monde pour avoir descendu une quinzaine d&#8217;&#8221;activistes&#8221; sur ce bateau turc. Le fait qu&#8217;on compte six blessés parmi les commandos israéliens ne sera pas pris en considération, même si ce sont des gens qui ne sont pas facilement [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Ce qui va se passer maintenant est assez prévisible : les Israéliens seront &#8220;condamnés&#8221; par tout le monde pour avoir descendu une quinzaine d&#8217;&#8221;activistes&#8221; sur ce bateau turc. Le fait qu&#8217;on compte six blessés parmi les commandos israéliens ne sera pas pris en considération, même si ce sont des gens qui ne sont pas facilement blessés face à des civils désarmés et pacifiques.</p>
<p>De toute façon, ça ne marche pas de cette façon. Il ne s&#8217;agit pas de savoir si les Israéliens ont fait ou n&#8217;ont pas fait quelques chose de répréhensible. Il s&#8217;agit de créer les conditions dans lesquelles les Occidentaux peuvent condamner Israël en simulant la bonne foi. Par exemple, Kouchner a déjà condamné Israël pour l&#8217;incident de cette nuit. Kouchner sait que sa condamnation est un peu rapide. Les gens qui ont provoqué l&#8217;incident savent qu&#8217;il le sait. Ce qui les intéresse, c&#8217;est de voir les dirigeants occidentaux leur obéir sans qu&#8217;ils aient à leur dire quoi que ce soit. Les dirigeants occidentaux trouvent qu&#8217;ils minimiseront les ennuis en condamnant Israël et en ne disant pas un mot sur ceux qui seraient éventuellement les véritables responsables de l&#8217;incident.</p>
<p>Aucun Occidental vaguement attentif ne peut ignorer les éléments suivants :</p>
<p>- Israël n&#8217;est pas seul à maintenir fermée la frontière de Gaza. L&#8217;Egypte en contrôle une partie.</p>
<p>- Israël laisse passer tout ce qui n&#8217;est pas utilisable à des fins militaires, et personne ne souffre de la disette à Gaza.</p>
<p>- Israël a proposé aux organisateurs de cette &#8220;flotille&#8221; de prendre en charge les marchandises à partir d&#8217;Ashdod, de les inspecter et de les acheminer aux frais de l&#8217;État.</p>
<p>Les organisateurs ne voulaient rien d&#8217;autre qu&#8217;une confrontation, si possible avec des morts, ce qu&#8217;ils ont obtenu en agressant les forces de l&#8217;ordre israéliennes. Les dirigeants occidentaux ont alors su qu&#8217;ils devaient condamner Israël, malgré les éléments cités plus haut, qu&#8217;ils n&#8217;ignorent absolument pas.</p>
<p>Cela s&#8217;explique par le fait que les dirigeants occidentaux ont peur des Palestiniens et, par conséquent, leur donnent de l&#8217;argent et leur obéissent.</p>
<p>D&#8217;autres gens vont expliquer que c&#8217;est pour Israël une défaite médiatique, sous-entendant par là que les Israéliens sont des brutes épaisses dépourvues de cerveaux et qui par conséquent sont incapables de comprendre l&#8217;importance de la com et de l&#8217;image dans le monde actuel.</p>
<p>Cela dit, il y a une chose que ces gens ne comprennent pas très bien : la com, ce n&#8217;est pas destiné qu&#8217;aux opinions publiques lointaines et non impliquées. Ca peut aussi marcher sur les militants. Or, ces derniers savent maintenant qu&#8217;aller faire les marioles aux alentours de Gaza peut être dangereux. Donc à l&#8217;avenir, on trouvera probablement dans ces groupes une plus faible proportion d&#8217;Européens réticents à la prise de risque. Les députés européens vont peut-être éviter ce genre de choses à l&#8217;avenir. Et si les &#8220;convois humanitaires&#8221; du genre de celui-là se trouvent entièrement composés de shahids potentiels, tant mieux. Ils auront probablement moins bonne presse d&#8217;entrée de jeu et cela posera moins de problèmes de les neutraliser.</p>
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		<title>JBollocks</title>
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		<pubDate>Thu, 06 May 2010 12:07:47 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Say No More</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Une organisation du nom de &#8220;JCall&#8221; a lancé une pétition. L&#8217;objet de cette pétition est le suivant : sont invités à la signer les juifs européens et il s&#8217;agit apparemment de demander à l&#8217;Union européenne de faire pression sur Israël afin de faire en sorte que la paix avec les Palestiniens soit conclue, ce qui [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Une organisation du nom de &#8220;JCall&#8221; a lancé une pétition. L&#8217;objet de cette pétition est le suivant : sont invités à la signer les juifs européens et il s&#8217;agit apparemment de demander à l&#8217;Union européenne de faire pression sur Israël afin de faire en sorte que la paix avec les Palestiniens soit conclue, ce qui est d&#8217;après les auteurs de la pétition conforme à l&#8217;intérêt d&#8217;Israël, tandis que le &#8220;soutien inconditionnel&#8221; ne l&#8217;est pas.</p>
<p>Ils ne vont pas jusqu&#8217;à dire de façon explicite que l&#8217;Union européenne ou le parlement européen soutiennent Israël inconditionnellement, mais c&#8217;est tout de même ce que la pétition dit de façon implicite.</p>
<p>Il est assez décevant de trouver Finkielkraut parmi les signataires. Il a déjà été mieux inspiré. Les autres signataires sont généralement des imbéciles, qu&#8217;il s&#8217;agisse de BHL ou de Brauman, donc mis à part la présence de Finkielkraut, on est en présence d&#8217;un groupe de juifs honteux qui cherchent à se faire pardonner d&#8217;être ce qu&#8217;ils sont. Brauman avait déjà signé une pétition du même genre vers 2000, avec des gens comme Halimi ou Morin, et dont le contenu pouvait en gros se résumer ainsi : &#8221; nous, on n&#8217;est pas avec eux&#8221;.</p>
<p>&#8220;Eux&#8221;, c&#8217;est Israël. Israël est en guerre plus ou moins permanente avec ses voisins arabes depuis toujours, et un certain nombre de gens en Europe soutiennent les Arabes pour des raisons variables : soit ils sont très à gauche et sont par conséquent contre Israël, soit ils sont arabes, soit ils sont antisémites, soit ils font confiance au JT, etc. Ces gens peuvent avoir tendance à voir d&#8217;un mauvais oeil les juifs parce que les juifs se sentent souvent proches d&#8217;Israël.</p>
<p>Cela est un fait, mais ce fait est souvent traité comme s&#8217;il s&#8217;agissait d&#8217;une opinion. On expliquera qu&#8217;il n&#8217;y a pas de raison que les juifs se sentent proches d&#8217;Israël, qu&#8217;un tel sentiment s&#8217;identifie à une forme plus ou moins atténuée de trahison vis-à-vis de la France (ou du pays concerné), ou que c&#8217;est du communautarisme. En réalité, c&#8217;est simplement un fait brut. Beaucoup de juifs se sentent proches de l&#8217;État juif parce qu&#8217;ils savent que beaucoup de ses habitants ont une expérience proche de la leur et qu&#8217;ils peuvent les rejoindre quand ils le souhaitent. C&#8217;est ainsi. On peut leur en faire le reproche autant qu&#8217;on le voudra, ça n&#8217;y changera strictement rien.</p>
<p>Il y a aussi des gens qui écrivent des livres pour &#8220;dénoncer&#8221; cette réalité en l&#8217;expliquant par une sorte de complot israélien. C&#8217;est le cas d&#8217;un bouquin manifestement nul dont le titre était plus ou moins &#8220;le hold-up sur la communauté juive&#8221; ou quelque chose comme ça, et qui expliquait que les juifs français étaient victimes de la propagande sioniste qui leur faisait croire tout un tas de choses afin qu&#8217;ils soutiennent Israël et finissent si possible par s&#8217;y installer.</p>
<p>Mais tout ça a très peu d&#8217;importance parce que la réalité est ce qu&#8217;elle est, et la réalité est que les juifs se sentent généralement proches d&#8217;Israël. Et parmi ceux dont ce n&#8217;est pas le cas, beaucoup se sentent très concernés par ce qui s&#8217;y passe. C&#8217;est le cas de gens comme Brauman, Halimi ou Morin qui passent une partie notable de leur temps à dire du mal d&#8217;Israël, et dans la mesure du possible à lui en faire. Mais ces gens ne verront pas leur propre comportement comme manifestant un quelconque &#8220;communautarisme&#8221;, bien qu&#8217;ils soient capables de signer des pétitions plus ou moins réservées aux juifs, comme celle de &#8220;JCall&#8221; ou celle de 2000.</p>
<p>Les initiatives de ce type visent principalement pour leurs auteurs à se distinguer. Ils font cela de deux façons.</p>
<p>- Ils se distinguent des autres juifs en se désolidarisant d&#8217;eux. Ils estiment par conséquent avoir moins de chances d&#8217;être attaqués, non pas tant physiquement qu&#8217;intellectuellement. Ils disent qu&#8217;ils se désolidarisent d&#8217;Israël, mais ils se désolidarisent surtout de tous les juifs européens qui soutiennent Israël. Les personnalités comme Morin ou Halimi supportent sans doute assez mal d&#8217;être considérés comme méchants par leurs amis de gauche, donc ils prennent les devants.</p>
<p>- Ils se distinguent d&#8217;une façon plus positive en accroissant leur propre valeur. Comme la plupart des juifs soutiennent Israël, un juif qui s&#8217;y oppose a une valeur particulière aux yeux des organisations anti-israéliennes. Il sera par conséquent invité plus ou moins fréquemment à parler publiquement et on le qualifiera généralement de &#8220;courageux&#8221;.</p>
<p>Voilà donc ce qu&#8217;ont en tête la plupart des signataires de cette pétition. Ce n&#8217;est pas la peine d&#8217;être télépathe pour s&#8217;en rendre compte. Ils sont assez transparents.</p>
<p>Quant au contenu de cette pétition, il est de la même insondable idiotie que celui des centaines de pétitions du même genre qui ont été distribuées depuis la création d&#8217;Israël. Il s&#8217;agit de demander aux lecteurs d&#8217;être contre Israël. Les raisons invoquées sont assez secondaires puisque la finalité du texte est de distinguer ses signataires et pas de convaincre qui que ce soit. Il y a cependant des différences de degrés entre les différentes pétitions anti-israéliennes.</p>
<p>Celle de &#8220;JCall&#8221; est de ce point de vue plutôt modérée puisqu&#8217;elle est censée viser à défendre les intérêts d&#8217;Israël, mais attention : ses &#8220;véritables&#8221; intérêts.</p>
<p>Les intérêts &#8220;apparents&#8221; d&#8217;Israël consistent essentiellement à protéger la population israélienne et à éviter de la mettre en danger en plaçant l&#8217;ennemi dans une position avantageuse sans garanties de sécurité sérieuses.</p>
<p>Mais les intérêts &#8220;véritables&#8221; d&#8217;Israël consistent à faire aux Arabes des concessions très importantes sans contrepartie particulière.</p>
<p>Les signataires de la pétition de &#8220;JCall&#8221; savent parfaitement distinguer les intérêts véritables et apparents d&#8217;Israël, contrairement aux Israéliens. Ces derniers sont peut-être idiots, à moins qu&#8217;ils n&#8217;aient pas envie de défendre leurs propres intérêts. En tout cas, quelque chose les empêche de voir ce que les &#8220;JCallers&#8221; voient parfaitement concernant les intérêts à long terme d&#8217;Israël. Peut-être le fait de vivre sur place, de connaître la région, d&#8217;être chaque jour confronté à l&#8217;adversaire, à moins que ce ne soit la connaissance approfondie de l&#8217;histoire d&#8217;Israël et des précédentes tentatives de règlement du conflit depuis 1917. Tout cela peut brouiller la vue, tandis que le fait d&#8217;avoir lu Ilan Pappé et de faire des tirades sur les frères ennemis Israël et Ismaël procure une clarté d&#8217;esprit sans laquelle on ne comprend apparemment rien.</p>
<p>En attendant, ces signataires sont suffisamment sûrs d&#8217;avoir raison là où les Israéliens ont tort pour estimer que cela n&#8217;a pas grand intérêt d&#8217;essayer de convaincre ces derniers, qui de toute façon ne comprennent rien à rien. Mieux vaut les forcer à faire ce qui est bon, et c&#8217;est pour cette raison que la pétition demande que des pressions soient exercées sur Israël. Lesquelles exactement ? La pétition ne le précise pas. Pourquoi seulement sur Israël et pas sur les Arabes ? Parce que les signataires estiment probablement qu&#8217;en tant que juifs, ils peuvent prendre la responsabilité de demander qu&#8217;on nuise à d&#8217;autres juifs. On sent que Morin et Halimi souffrent au plus profond de leur chair quand ils demandent une telle chose. Comment ne pas sympathiser avec des gens aussi désintéressés et disposés à un aussi grand sacrifice personnel ?  Comment ne pas s&#8217;incliner devant tant de noblesse ?</p>
<p>Mais il est un peu trop facile d&#8217;ironiser sur ce sujet. Cette pétition n&#8217;a strictement rien d&#8217;original ni de nouveau, et ce qui est ici remarquable est plutôt qu&#8217;on en ait fait un événement en dépit de sa profonde banalité et du manque d&#8217;intérêt de son contenu. Le métier d&#8217;intellectuel est devenu aussi routinier que celui de postier ou d&#8217;artiste et ce que produit cette profession est désormais dépourvu du moindre intérêt. La pétition de &#8220;JCall&#8221; est une illustration parmi beaucoup d&#8217;autres de cette évolution.</p>
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		<title>L&#8217;épuisement des cerveaux</title>
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		<pubDate>Thu, 15 Apr 2010 13:27:54 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Say No More</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Comment a-t-on fait pour passer en quelques décennies du désir d&#8217;éviter d&#8217;enlaidir nos paysages en y déposant des déchets ou en y construisant des bâtiments très laids au fléau totalitaire qu&#8217;on appelle aujourd&#8217;hui l&#8217;écologie ?
Pour résumer, on a assisté à la formation d&#8217;une idéologie. Des préoccupations distinctes qui avaient en commun le fait de tendre [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Comment a-t-on fait pour passer en quelques décennies du désir d&#8217;éviter d&#8217;enlaidir nos paysages en y déposant des déchets ou en y construisant des bâtiments très laids au fléau totalitaire qu&#8217;on appelle aujourd&#8217;hui l&#8217;écologie ?</p>
<p>Pour résumer, on a assisté à la formation d&#8217;une idéologie. Des préoccupations distinctes qui avaient en commun le fait de tendre vers une certaine préservation des paysages naturels se sont agrégées pour former une doctrine globalisante qui se prétend universelle.</p>
<p>On trouve sur le site de Greenpeace des textes qui exposent les fondements philosophiques de l&#8217;écologie. Pour résumer, la &#8220;philosophie&#8221; écologiste considère l&#8217;homme comme une pièce d&#8217;un ensemble plus vaste, l&#8217;&#8221;écosystème&#8221;, et le but de la doctrine écologiste est de protéger l&#8217;écosystème. On a donc affaire à ce qui est peut-être la seule doctrine politique à se présenter elle-même comme non humaniste, en dehors des doctrines théocratiques.</p>
<p>De fait, les points communs entre écologie et islamisme ne se limitent pas au choix de la couleur verte. Dans les deux cas, l&#8217;homme est secondaire. Alors que même les marxistes et les nazis accordent la primauté à la volonté de l&#8217;homme, ou du moins de certains hommes, les écologistes &#8211; et les islamistes &#8211; souhaitent tout simplement que l&#8217;homme soit soumis. A un dieu dans un pour les islamistes, à la nature pour les écologistes.</p>
<p>Pour les écologistes, c&#8217;est l&#8217;&#8221;écosystème&#8221; qui doit primer. Leur raisonnement est plus ou moins le suivant, pour autant qu&#8217;on puisse décrire leurs délires comme étant basés sur une quelconque pensée logique : l&#8217;homme ne peut exister physiquement que dans son environnement, donc cela n&#8217;a pas de sens d&#8217;envisager l&#8217;univers par rapport à lui. Au contraire, l&#8217;univers (ou l&#8217;&#8221;écosystème&#8221;) ne se comprend que comme un ensemble dont l&#8217;homme n&#8217;est qu&#8217;un élément parmi d&#8217;autres. Malheureusement, l&#8217;homme est devenu suffisamment puissant pour modifier par son action des parties non négligeables de cet &#8220;écosystème&#8221; que par ailleurs il ne comprend pas. Il convient donc de réfréner cette arrogance et de remettre l&#8217;homme à sa place. Désormais, l&#8217;homme doit faire passer l&#8217;&#8221;écosystème&#8221; avant lui-même. Les écologistes y veilleront.</p>
<p>C&#8217;est plus ou moins ça. Bref, nous faisons partie d&#8217;un système. Les doctrines collectivistes expliquent en général que l&#8217;individu fait partie d&#8217;un système lui-même composé des autres humains et qu&#8217;il doit s&#8217;y soumettre sous la supervision des théoriciens de la doctrine en question. Avec les écologistes, c&#8217;est l&#8217;être humain en général qui doit se soumettre à un système plus vaste que lui, toujours sous la supervision des théoriciens. Inutile de préciser que l&#8217;individu n&#8217;existe tout simplement plus. Tant que l&#8217;être humain est considéré comme vaguement exceptionnel par rapport au reste de l&#8217;univers, l&#8217;individu peut toujours en tirer une vague raison d&#8217;aspirer à la liberté ou à une certaine autonomie. Si l&#8217;être humain est considéré comme figurant au même rang que le le cafart ou la moule, l&#8217;individu humain n&#8217;existe tout simplement plus.</p>
<p>Les écologistes sont de ce point de vue-là parvenus à dépasser les communistes et les nazis. Dans leur verbiage pseudo-philosophique, l&#8217;anti-individualisme et l&#8217;anti-humanisme sont plus ou moins masqués par l&#8217;exaltation de l&#8217;&#8221;écosystème&#8221;. Chez les écologistes eux-mêmes, ces tendances se traduisent souvent par un désir exprimé d&#8217;assister à la destruction de l&#8217;humanité. Ce sont évidemment presque toujours des discoours d&#8217;adolescents attardés et abrutis par la répétition constante de poncifs écologistes dans les médias, mais c&#8217;est tout de même à cela que peut ressembler le discours convenu de nos jours en Occident.</p>
<p>Donc à quoi ressemble la politique écologiste ? Que peut-on en tirer d&#8217;utile ? Par exemple, on pourrait éventuellement supposer que l&#8217;écologie politique peut contribuer à la préservation de jolis paysages que nous ne voulons pas voir disparaître. Mais on se tromperait. Les écologistes détruisent des milliers de kilomètres carrés de paysage en les couvrant de turbines à vent par ailleurs chères et inutiles. Les politiques anti-pétrolières peuvent-elles nous servir à nous préparer à l&#8217;après-pétrole ? Non, nous nous y prépareront de toute façon si le pétrole se raréfie parce que cela augmentera son coût, et ce jour-là, c&#8217;est sur l&#8217;énergie nucléaire que l&#8217;on comptera, contrairement aux souhaits des écologistes. En général, les mesures préconisées par les écologistes ne servent à rien, sinon à préparer les individus à la grande soumission à laquelle les écologistes ont l&#8217;intention de les inviter.</p>
<p>Le raisonnement dont font usage les écologistes pour passer de leur philosophie d&#8217;hôpital psychiatrique à leur actuel catalogue de mesures consiste se fonde pour l&#8217;essentiel sur l&#8217;idée que les ressources sont limitées. Jusqu&#8217;à présent, l&#8217;homme a exploité les ressources terrestres sans retenue, mais aujourd&#8217;hui, cela n&#8217;est plus possible parce que cela entraînerait la destruction de l&#8217;humanité et parce que, de toute façon, ces ressources vont s&#8217;épuiser.</p>
<p>Par exemple, en ce qui concerne le pétrole, le raisonnement est très simple : un jour, il n&#8217;y aura plus de pétrole. On consomme du pétrole quand on produit. Il faut donc produire moins, et même de moins en moins, afin d&#8217;économiser le pétrole. C&#8217;est ce qu&#8217;on appelle la &#8220;décroissance&#8221;.</p>
<p>Le simple fait que la décroissance soit citées comme ayant une place dans les débats politiques contemporains est en soi un motif de consternation infinie.</p>
<p>Si on produit, même de moins en moins, on continue à consommer et le problème de l&#8217;épuisement des ressources n&#8217;est pas résolu. Il est simplement retardé, mais quel est l&#8217;intérêt de le retarder ? L&#8217;humanité n&#8217;a pas plus de chances de touver une solution au problème de l&#8217;épuisement des ressources si ce dernier survient plus tard. Il n&#8217;y a pas de solution, ni maintenant, ni plus tard.</p>
<p>La seule possibilité est de ne consommer aucune ressource qui ne soit pas &#8220;renouvelable&#8221;. Cela implique concrètement de vivre comme on vivait il y a quelques dizaines de millers d&#8217;années, et de ne pas être plus nombreux. Si c&#8217;est ce que nous devons faire de toute façon, il n&#8217;y a aucune raison de se presser. Mieux vaut continuer à épuiser les ressources, lesquelles, à plus ou moins long terme, ne nous serviront à rien puisque nous ne devrons pas les consommer de toute façon.</p>
<p>La seule difficulté, en dehors de la nécessité de se réhabituer à une espérance de vie inférieure à trente ans, sera de résister à la tentation de se mettre à nouveau à produire. Mais s&#8217;il n&#8217;y a plus de ressource, nous ne risquerons plus rien.</p>
<p>Cela dit, les théoriciens de la décroissance ne se contentent généralement pas d&#8217;envisager une décroissance spontanée due à l&#8217;absence de &#8220;ressources&#8221;. Il leur faut une décroissance dirigée, ce qui est beaucoup plus satisfaisant pour leur esprit. Après les plans quinquennaux d&#8217;augmentation de la production de charbon, nous allons donc avoir des plans quinquennaux (par exemple) de diminution de la production.</p>
<p>Cette histoire de &#8220;ressources&#8221; et de décroissance n&#8217;est pas seulement parfaitement grotesque, elle illustre surtout le fait que l&#8217;écologie est à l&#8217;économie ce que l&#8217;astrologie et à l&#8217;astronomie. L&#8217;économie consiste à tenir compte de la rareté et à comprendre comment les comportements humains en tiennent compte. On n&#8217;a pas attendu les verts pour s&#8217;apercevoir que certaines choses sont rares. Mais de la même façon que les astrologues consruisent des raisonnements absurdes basés sur l&#8217;alignement des planètes, c&#8217;est-à-dire sur des apparences trompeuses, les écologistes construisent les leurs sur de fausses évidences. Par exemple, l&#8217;idée qu&#8217;il existe des &#8220;ressources&#8221; que nous détruisons dans le processus de production.</p>
<p>Quand on produit, on ne détruit rien du tout, on transforme. La matière présente au début du processus est toujours là à la fin, à l&#8217;atome près. Elle est simplement réorganisée de façon à nous être plus utile. C&#8217;est pourquoi nous n&#8217;épuisons aucune &#8220;ressource&#8221;. Il n&#8217;y aura peut-être plus de pétrole à un moment donné, effectivement, mais nous utiliserons une autre source d&#8217;énergie, tout simplement. Et nous saurons très bien l&#8217;utiliser parce que nous aurons fait le nécessaire au fur et à mesure que le pétrole sera devenu plus rare, donc plus cher. A moins que nous ne mettions au point une source d&#8217;énergie plus intéressante avant que le pétrole ne s&#8217;épuise, auquel cas il ne s&#8217;épuisera peut-être jamais. Mais la doctrine écologiste est beaucoup trop simpliste pour prendre en considération des éléments tels que la capacité d&#8217;adaptation humaine.</p>
<p>Le fait que l&#8217;écologie soit devenue l&#8217;obsession qu&#8217;elle est aujourd&#8217;hui est le signe le plus sûr d&#8217;un déclin intellectuel profond en Occident. Ce que représente l&#8217;écologie, ce n&#8217;est absolument pas une meilleure prise en compte de l&#8217;environnement. Si l&#8217;homme avait attendu les écologistes pour s&#8217;occuper de son &#8220;environnement&#8221;, il n&#8217;y aurait eu ni croissance économique, ni augmentation de l&#8217;espérance de vie, ni rien de ce que l&#8217;on appelle généralement le progrès. Les humains ont construit des exploitations agricoles quand ils en ont eu besoin, puis des routes, des villes et toutes sortes d&#8217;édifices à chaque fois qu&#8217;ils ont voulu améliorer leur environnement. Ils n&#8217;ont aucunement besoin aujourd&#8217;hui de l&#8217;aide de ces charlatans pour se construire des parcs ou des lieux de villégiature agréables.</p>
<p>La montée en puissance de l&#8217;écologie est bien plutôt le signe d&#8217;un déclin de la raison. C&#8217;est une forme de superstition particulièrement idiote qui ne peut prendre racine que dans des esprits vides, et c&#8217;est ce vide-là qui devrait nous inquiéter.</p>
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		<title>La guerre est probable</title>
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		<pubDate>Wed, 14 Apr 2010 08:44:15 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Say No More</dc:creator>
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			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: left;">La longue histoire des processus de paix et des plans de paix entre Israéliens et Palestiniens pourrait suggérer à un observateur même assez peu informé qu&#8217;il existe des façons plus constructives de passer son temps que celle consistant à essayer de faire signer un traité de paix par ces deux belligérants. Or, il semblerait qu&#8217;Obama et ses conseillers n&#8217;aient pas abouti à cette conclusion. Une rumeur veut que l&#8217;administration Obama s&#8217;apprête à &#8220;imposer&#8221; la paix aux belligérants, ce qui signifie en réalité qu&#8217;ils obligeraient Israël à faire un certain nombre de concessions et que cela serait censé suffire pour que les positions des deux parties soient désormais compatibles et qu&#8217;un traité de paix soit signé. Ainsi prendrait fin un conflit commencé dans les années vingt.</p>
<p style="text-align: left;">La manie consistant pour les présidents américains, ainsi que pour d&#8217;autres dirigeants, à vouloir absolument se mesurer à cette épreuve diplomatique s&#8217;explique assez difficilement. Est généralement invoquée la volonté de stabiliser le monde arabo-musulman en général, le conflit israélo-arabe étant alors vu comme un facteur d&#8217;instabilité majeur. Cette explication souffre toutefois de ne s&#8217;appuyer que sur les propos d&#8217;un certain nombre de dirigeants ou de leaders d&#8217;opinion arabes, et encore, pas tous. Ben Laden n&#8217;a jamais spécialement insisté sur ce conflit. Quant aux dirigeants de pays voisins comme le roi de Jordanie, le fait qu&#8217;ils adoptent publiquement le discours convenu de soutien aux Palestiniens ne change rien au fait qu&#8217;ils comptent bien sur Israël pour maintenir l&#8217;ordre dans l&#8217;ensemble palestinien. L&#8217;apparition d&#8217;un Etat palestinien indépendant pourrait être un facteur d&#8217;instabilité régional. Le statu quo israélo-palestinien n&#8217;en est pas un.</p>
<p style="text-align: left;">La vraie explication à cette activisme pacificateur tient peut-être au fait que ce conflit a commencé et s&#8217;est poursuivi sous la surveillance constante de la &#8220;communauté internationale&#8221;. Le mandat britannique en Palestine, qui comportait la mise en place d&#8217;un &#8220;foyer national juif&#8221;, est l&#8217;une des premières manifestations de l&#8217;existence de cette &#8220;communauté&#8221;, au sens où l&#8217;on entend ce terme aujourd&#8217;hui. En 1947, c&#8217;est l&#8217;ONU qui en votant la résolution 181 a mis en place d&#8217;un point de vue juridique (c&#8217;est-à-dire théorique) deux Etats, l&#8217;un juif et l&#8217;autre arabe (ce sont les termes figurant dans la résolution). Par la suite, à chaque étape du conflit, la même &#8220;communauté internationale&#8221; est intervenue pour dicter aux parties, généralement avec leur consentement, les termes des cessez-le-feu et des éventuels accords intérimaires et traités de paix.</p>
<p style="text-align: left;">Le conflit israélo-arabe est par conséquent une sorte de test permanent pour la &#8220;communauté internationale&#8221;. Sa capacité à établir un ordre international quelconque est mise à l&#8217;épreuve dans cette zone depuis neuf décennies, et c&#8217;est peut-être ce qui explique en partie l&#8217;attention parfaitement disproportionnée accordée à ce conflit, qui n&#8217;est ni particulièrement meurtrier, ni particulièrement important d&#8217;un point de vue stratégique.</p>
<p style="text-align: left;">D&#8217;autres explications méritent également d&#8217;être mentionnées. L&#8217;attitude des pays occidentaux vis-à-vis d&#8217;Israël est un enjeu important pour eux parce qu&#8217;elle reflète dans une certaine mesure leur attitude vis-à-vis des juifs. Par rapport à l&#8217;avant-guerre, l&#8217;Europe est pratiquement dépourvue de juifs et les Européens savent parfaitement pour quelle raison il en est ainsi. Leur attitude vis-à-vis d&#8217;Israël obéit souvent à des motivations d&#8217;ordre sentimental plutôt que pratique, et la perte d&#8217;influence stratégique de l&#8217;Europe renforce ce phénomène. Moins l&#8217;Europe est puissante, plus sa politique étrangère se réduit à des attitudes et à des discours déconnectés des réalités et destinés aux opinions publiques locales.</p>
<p style="text-align: left;">L&#8217;attitude vis-à-vis d&#8217;Israël, cette fois du point de vue des démocraties libérales en général, reflète également l&#8217;attitude de ces pays vis-à-vis de la guerre. L&#8217;émergence du modèle démocratique libéral est allé de pair avec le développement d&#8217;une attitude ambigüe vis-à-vis de la guerre. L&#8217;idée même de guerre est aujourd&#8217;hui rejetée de façon pratiquement unanime dans des pays comme la France, bien que la guerre demeure une réalité lointaine. C&#8217;est ainsi que le ministre de la défense français refuse de considérer l&#8217;actuelle guerre d&#8217;Afghanistan comme une guerre. Les gouvernements démocratiques ont du mal à concevoir la guerre comme pouvant relever de leur fonction, et ils ont encore plus de mal à raisonner en termes stratégiques, c&#8217;est-à-dire en partant du principe qu&#8217;il faut défendre ses intérêts et vaincre ses ennemis. Or, Israël est tout autant une démocratie libérale que les Etats européens mais se trouve dans une position qui l&#8217;oblige à raisonner ainsi, et la guerre est pour Israël une réalité permanente et locale. Quand le gouvernement israélien entreprend de vaincre un ennemi par une opération militaire, les Européens n&#8217;envisagent que l&#8217;aspect diplomatique ou médiatique de l&#8217;opération en question et ne semblent même pas conscients de ses aspects les plus évidents, c&#8217;est-à-dire du fait qu&#8217;il s&#8217;agit avant toute autre chose de neutraliser un ennemi.</p>
<p style="text-align: left;">Tout cela se ramène cependant à une question centrale qui est celle de l&#8217;évolution de l&#8217;ordre international. Les Israéliens cherchent à consolider l&#8217;Etat-nation qu&#8217;ils ont difficilement construit et que la &#8220;communauté internationale&#8221; leur avait surtout officiellement permis de construire, sinon au lendemain de la Première guerre mondiale, du moins au lendemain de la seconde.</p>
<p style="text-align: left;">Or, depuis cette époque, la &#8220;communauté des nations&#8221; est devenue la &#8220;communauté internationale&#8221;. L&#8217;idée même d&#8217;Etat-nation, qui était censée servir de fondement au nouvel ordre international de 1919, est devenue moins populaire. Les élites politiques font apparemment moins confiance à ce modèle et passent beaucoup de temps à lui chercher des alternatives. C&#8217;est ainsi que se sont développés à la fois un communautarisme &#8220;infranational&#8221;, c&#8217;est-à-dire la prise en compte de &#8220;communautés&#8221; plus ou moins nationales et de plus en plus autonomes à l&#8217;intérieur des Etats, et le multilatéralisme, avec des structures interétatiques de plus en plus nombreuses et auxquelles on confie de plus en plus de tâches.</p>
<p style="text-align: left;">Tout cela contribue à la complexité du conflit israélo-arabe. La tendance au communautarisme rend probablement plus difficile la résolution du problème des réfugiés palestiniens. Si on considérait que les Etats où ils se trouvent sont des Etats nations qui doivent se comporter comme tels, on leur demanderait d&#8217;assimiler ces réfugiés et on n&#8217;admettrait pas aussi facilement qu&#8217;ils soient maintenus dans cette situation d&#8217;assistanat sans fin avec la perspective illusoire d&#8217;un retour dans un pays qu&#8217;ils n&#8217;ont pour la plupart jamais vu. Si l&#8217;Etat palestinien était censé être un Etat-nation, alors les réfugiés palestiniens qui ne se sont pas assimilés au pays où ils se trouvent s&#8217;y installeront et la question de leur &#8220;retour&#8221; en Israël ne se poserait pas. Le conflit israélo-arabe se réduirait à un problème de délimitation de frontières.</p>
<p style="text-align: left;">Mais le communautarisme peut également être supraétatique. L&#8217;&#8221;Ouma&#8221; musulmane, qui est censée se tenir aux côtés des Palestiniens, est peut-être une réalité, mais la mise en place d&#8217;un ordre international nouveau au lendemain de chacune des deux guerres mondiales était justement censé modifier la réalité. Les Etats mis en place dans le monde arabo-musulman ne sont pas censés obéir à des impératifs communautaires de type religieux. Si le Palistan ou la Malaisie estiment réellement que l&#8217;issue du conflit israélo-arabe les concerne, soit, mais les Etats occidentaux n&#8217;ont aucune raison valable d&#8217;en tenir compte. Vouloir résoudre le conflit israélo-arabe afin de stabiliser les zones tribales du Pakistan est le meilleur moyen de se compliquer la tâche inutilement.</p>
<p style="text-align: left;">Toute cette activité diplomatique qui n&#8217;aboutit à aucun résultat est révélatrice d&#8217;un problème plus profond que le conflit du Moyen Orient, et ce problème est celui de l&#8217;ordre international. Ce qui a progressivement émergé depuis le traité de Westphalie est un ordre international basé sur les Etats souverains. Chaque Etat détermine sa propre structure et son propre mode de fonctionnement comme il l&#8217;entend, et ne se mêle pas de l&#8217;organisation des autres Etats. Tel est le principe fondateur du droit international contemporain et de l&#8217;ordre international tel qu&#8217;il devrait en théorie être conçu aujourd&#8217;hui.</p>
<p style="text-align: left;">Malheureusement, ce principe de fonctionnement semble ne pas satisfaire tout le monde, ce qui est du reste normal car aucun principe de fonctionnement ne peut satisfaire tout le monde. Le système des Etats souverains est également imparfait. Certains Etats sont instables et n&#8217;arrivent pas à maintenir l&#8217;ordre sur leur territoire, ce qui peut entraîner des désordres dans les Etats voisins et rendre nécessaire des interventions extérieures. Il arrive que la population d&#8217;un Etat croisse de façon excessive et que cela donne lieu à une déstabilisation du pays ou de la région. Il arrive également que la géographie change. Une ressource minérale peut apparaître sur un territoire et donner lieu à des conflits. Et ainsi de suite. Il n&#8217;y a pas de &#8220;permanences&#8221; en politique.</p>
<p style="text-align: left;">C&#8217;est pour cette raison qu&#8217;il y a une &#8220;communauté internationale&#8221;, autrement dit des puissances dont la légitimité tient uniquement au fait qu&#8217;elles sont puissantes et qui s&#8217;attribuent parfois le droit d&#8217;intervenir pour maintenir la stabilité de l&#8217;ordre international. Or, même en supposant que ces puissances sont vertueuses et n&#8217;interviennent pas en réalité pour satisfaire des intérêts propres, leurs moyens sont limités et il leur faut passer des compromis. Les Occidentaux n&#8217;avaient pas les moyens ou la volonté d&#8217;imposer un ordre interétatique parfait dans l&#8217;ancienne Yougoslavie, donc ils ont construit le Kosovo semi-indépendant et l&#8217;ensemble plus ou moins informe qu&#8217;est aujourd&#8217;hui la Bosnie-Herzégovine.</p>
<p style="text-align: left;">Le problème étant ainsi posé, quelles sont les perspectives ? On peut toujours essayer de faire de la &#8220;grande histoire&#8221; en décelant des tendances &#8220;lourdes&#8221; au cours du dernier siècle. C&#8217;est cependant assez risqué et les tendances les plus &#8220;lourdes&#8221; sont parfois invisibles pendant très longtemps. Même en connaissant bien les cent dernières années, les cinq prochaines demeurent complètement imprévisibles.</p>
<p style="text-align: left;">Ce que l&#8217;on peut cependant observer, c&#8217;est que les modèles d&#8217;organisation du système international n&#8217;évoluent pas en douceur. C&#8217;est plutôt à l&#8217;occasion de grandes guerres que les cartes sont redistribuées. Le traité de Westphalie n&#8217;aurait pas eu le même poids s&#8217;il n&#8217;avait pas mis fin à la Guerre de trente ans. Les signataires avaient pleinement conscience de ce que le traité était censé prévenir. Ce n&#8217;était pas un chiffon de papier.</p>
<p style="text-align: left;">Si un système international vieillit et devient inadapté, il y a des chances pour qu&#8217;il finisse par être remis en question, et qu&#8217;il le soit véritablement. Le système actuel, toujours basé sur la souveraineté des Etats mais complété par le système onusien, sera probablement remis en question un jour, et cette remise en question ne prendra sans doute pas la forme d&#8217;une simple demande de réforme des institutions internationales. Ce à quoi nous risquons d&#8217;assister sera probablement plus brutal. Il pourrait s&#8217;agir par exemple d&#8217;une course généralisée à l&#8217;armement nucléaire, scénario que rendrait plus probable une attitude passive vis-à-vis de l&#8217;Iran et des autres proliférateurs comme la Corée du Nord. Mais il peut se passer bien d&#8217;autres choses.</p>
<p style="text-align: left;">Tout cela peut arriver pendant que la &#8220;communauté internationale&#8221; perd son temps à essayer de résoudre un conflit mineur qui n&#8217;a en réalité besoin d&#8217;aucune résolution immédiate, le <em>statu quo</em> étant généralement beaucoup plus &#8220;viable&#8221; que les plans de paix qui sont régulièrement soumis. Mais le conflit israélo-arabe constitue également une démonstration en miniature des faiblesses du système international actuel. C&#8217;est peut-être ce que la &#8220;&#8216;communauté internationale&#8221; a du mal à supporter.</p>
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		<title>La pacification ne s&#8217;arrête jamais</title>
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		<pubDate>Thu, 08 Apr 2010 09:39:43 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Say No More</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Il se murmure à Washington que l&#8217;administration Obama s&#8217;apprêterait à &#8220;imposer une solution&#8221; au conflit israélo-palestinien. Comme toujours quand il est question d&#8217;imposer quelque chose dans ce contexte, il est entendu que c&#8217;est à Israël qu&#8217;il faudra l&#8217;imposer puisque c&#8217;est Israël qui empêche ce conflit de se terminer.
En général, quand on veut mettre au point [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Il se murmure à Washington que l&#8217;administration Obama s&#8217;apprêterait à &#8220;imposer une solution&#8221; au conflit israélo-palestinien. Comme toujours quand il est question d&#8217;imposer quelque chose dans ce contexte, il est entendu que c&#8217;est à Israël qu&#8217;il faudra l&#8217;imposer puisque c&#8217;est Israël qui empêche ce conflit de se terminer.</p>
<p>En général, quand on veut mettre au point un compromis entre deux parties antagonistes, il est recommandé de s&#8217;enquérir d&#8217;abord de ce que demande chacune des deux parties. Mais curieusement, la démarche des &#8220;processeurs de paix&#8221; occidentaux consiste à ne s&#8217;intéresser qu&#8217;aux demandes israéliennes et à chercher un moyen d&#8217;obliger Israël à y renoncer en partie.</p>
<p>Par exemple, après la guerre du Liban de 2006, les génies de la &#8220;commission Baker&#8221; (qui voulaient imposer une solution à Israël afin de régler leur problème irakien, apparemment) estimaient que les difficultés politiques d&#8217;Olmert étaient un atout parce qu&#8217;il n&#8217;aurait pas les moyens de refuser quoi que ce soit aux Etats-Unis.</p>
<p>Du reste, Olmert a effectivement proposé un compromis aux Palestiniens peu avant de quitter le pouvoir, et sa proposition était très proche de ce que souhaitent les promoteurs de la paix occidentaux. Malheureusement, Abbas n&#8217;a pas jugé les propositions d&#8217;Olmert suffisantes. Les pacificateurs occidentaux ont cependant expliqué son refus par la précarité de la position politique d&#8217;Olmert, Abbas craignant qu&#8217;une alternance politique en Israël ne remette en cause un éventuel traité de paix.</p>
<p>Lorsque le gouvernement Barak négociait à Taba en janvier 2001, peu avant que le gouvernement Sharon ne lui succède, sa position politique était encore plus précaire que celle d&#8217;Olmert mais les négociateurs palestiniens ne se privaient pas pour autant d&#8217;essayer d&#8217;obtenir le plus possible de concessions de sa part. A la fin, ce sont les négociateurs israéliens qui ont estimé qu&#8217;ils n&#8217;avaient plus la légitimité requise pour continuer les pourparlers. Mais les Palestiniens n&#8217;ont pas tout perdu puisque les &#8220;accords de Taba&#8221; de 2001 (qui n&#8217;ont jamais existé) sont régulièrement brandis par un pacificateur occidental cherchant à montrer que le compromis israélo-palestinien existe et qu&#8217;il n&#8217;y a plus qu&#8217;à le signer.</p>
<p>Donc on comprend mal pourquoi Abbas aurait refusé d&#8217;approuver le compromis que lui proposait Olmert, même si ce dernier lui paraissait politiquement menacé, si ce compromis lui paraissait par ailleurs satisfaisant. Un successeur d&#8217;Olmert aurait eu d&#8217;énormes difficultés à refuser d&#8217;appliquer un traité signé, même s&#8217;il ne l&#8217;avait pas signé lui-même.</p>
<p>Il faut donc croire que les propositions d&#8217;Olmert ne convenaient pas à Abbas, mais c&#8217;est évidemment ce que refusent d&#8217;admettre les pacificateurs occidentaux, et ce pour une raison extrêmement simple : si Abbas ou les autres dirigeants palestiniens ne veulent pas d&#8217;un tel compromis, alors il est impossible d&#8217;obtenir que soit signé un traité de paix selon les termes voulus par les pacificateurs occidentaux, parce que ces termes ne conviennent pas aux Palestiniens.</p>
<p>Mais se demander ce que veulent les Palestiniens ne fait pas partie de ce que les pacificateurs occidentaux sont disposés à faire. Leur problème est qu&#8217;ils veulent être &#8220;généreux&#8221; vis-à-vis des Palestiniens, &#8220;généreux&#8221; étant entendu ici dans son sens politique qui renvoie au fait de forcer quelqu&#8217;un à donner quelque chose à quelqu&#8217;un d&#8217;autre. Donc ils sont disposés à essayer de forcer Israël à leur donner des choses, mais s&#8217;ils demandent trop à Israël, ils n&#8217;obtiendront rien. S&#8217;ils demandent aux Palestiniens ce qu&#8217;ils veulent, les Palestiniens, s&#8217;ils répondent franchement, répondront qu&#8217;ils veulent Israël. Dès lors que les Occidentaux ne peuvent pas leur donner Israël, les Occidentaux sont considérés comme offrant à Israël un &#8220;soutien inconditionnel&#8221;.</p>
<p>Le plus simple serait peut-être de soutenir Israël de façon inconditionnelle. Concrètement, cela revient à ne rien faire parce qu&#8217;Israël n&#8217;a pas vraiment besoin d&#8217;un soutien quelconque. Il lui suffit d&#8217;entretenir des relations normales avec les pays occidentaux en matière de commerce et de coopération militaire. Ne pas mettre Israël sous embargo suffit largement à combler les besoins israéliens, donc il est inutile d&#8217;en faire plus. Quant aux Palestiniens, ils pourraient éventuellement essayer de se débrouiller seuls, éventuellement en jouissant d&#8217;un &#8220;soutien inconditionnel&#8221; semblable &#8211; dont ils jouissent déjà, en fait.</p>
<p>Bref, nous n&#8217;en sommes pas là. Pour l&#8217;instant, l&#8217;idée d&#8217;une &#8220;solution imposée&#8221; est de retour. Ce qui est un peu dommage est que la période actuelle est plutôt calme &#8211; il y a relativement peu de tirs de roquettes, il n&#8217;y a pas d&#8217;attentats, l&#8217;économie de la Cisjordanie fonctionne correctement. Sans rentrer dans les détails, la situation a plutôt tendance à se normaliser et les territoires palestiniens pourraient se stabiliser progressivement. Les relations entre Israël et les Palestiniens peuvent évoluer vers une coexistence à peu près pacifique et finalement satisfaisante pour tout le monde sans qu&#8217;il y ait besoin de signer le moindre traité. Quand les problèmes politiques sont insolubles, comme c&#8217;est souvent le cas, on peut toujours les mettre de côté et rechercher une situation transitoire satisfaisante, laquelle peut se prolonger indéfiniment sans que cela ne pose de problème quelconque. C&#8217;est ce qui se passe à Chypre.</p>
<p>Si l&#8217;administration Obama essaye d&#8217;&#8221;imposer la paix&#8221;, le plus probable est qu&#8217;elle obtiendra la guerre parce qu&#8217;elle poussera les Palestiniens à essayer d&#8217;obtenir plus par la confrontation. C&#8217;est ce qui s&#8217;est passé dans les années quatre-vingt dix et c&#8217;est ce qui se passera à nouveau.</p>
<p>Mais cela ne pose pas vraiment de problème puisque Obama a déjà son prix Nobel.</p>
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		<title>Pendant ce temps, on tremble à Téhéran</title>
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		<pubDate>Tue, 23 Mar 2010 14:46:19 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Say No More</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Un article de Newsweek explique pour quelle raison Biden et Obama ont été si furieux lorsque le gouvernement israélien a annoncé la construction future de logements à Jérusalem (Est).
Rechercher la &#8220;vraie&#8221; raison d&#8217;une décision ou d&#8217;une prise de position politique revient à admettre que la raison avancée n&#8217;était pas la vraie. Dans ce cas, c&#8217;est [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Un <a href="http://www.newsweek.com/id/235262/output/print">article</a> de Newsweek explique pour quelle raison Biden et Obama ont été si furieux lorsque le gouvernement israélien a annoncé la construction future de logements à Jérusalem (Est).</p>
<p>Rechercher la &#8220;vraie&#8221; raison d&#8217;une décision ou d&#8217;une prise de position politique revient à admettre que la raison avancée n&#8217;était pas la vraie. Dans ce cas, c&#8217;est effectivement plausible. Les Etats-Unis avaient en principe admis que la &#8220;colonisation&#8221; de Jérusalem-Est n&#8217;était pas celle de la Cisjordanie et qu&#8217;Israël pouvait annoncer qu&#8217;elle continuerait sans que cela ne pose un problème insurmontable à  Washington.</p>
<p>Or, du jour au lendement, l&#8217;annonce par le ministère du logement qu&#8217;une étape quelconque avait été franchie vers la construction de ces appartements a suscité des réactions outrées de la part de Biden, Clinton et l&#8217;administration Obama en général, alors que ces gens pouvaient réagir très mollement. Ce n&#8217;est certainement pas l&#8217;opinion publique américaine qui leur demandait d&#8217;expliquer qu&#8217;il s&#8217;agissait là d&#8217;une insulte (<em>dixit</em> Axelrod). La &#8220;communauté internationale&#8221; n&#8217;en aurait pas entendu parler si Biden n&#8217;avait pas décidé d&#8217;en faire une affaire. Obama devrait avoir compris qu&#8217;inventer de nouvelles exigences vis-à-vis d&#8217;Israël ne fait que pousser, et même obliger, la direction palestinienne à accroître les siennes. Et on ne voit pas très bien en quoi cela peut regader les Etats-Unis de toute façon.</p>
<p>Il a été expliqué que c&#8217;était surtout le &#8220;timing&#8221; de l&#8217;annonce qui posait problème puisqu&#8217;elle a été faite alors que Biden était en visite en Israël. Donc Biden en aurait été d&#8217;autant plus embarrassé. Vis-à-vis de qui ? C&#8217;est un peu difficile à dire mais c&#8217;est ainsi que raisonnent souvent les diplomates occidentaux : quand un Etat pro-occidental fait quelque chose de vaguement risqué, ils anticipent une réaction anti-occidentale et s&#8217;efforcent de la prévenir en se dissociant de l&#8217;Etat pro-occidental en question. Surtout Israël. Donc de peur de se retrouver seul à ne pas agonir le gouvernement israélien, Biden a préféré être le premier à le faire.</p>
<p>On pourrait se contenter de cette explication, mais apparemment, Newsweek en a une autre à proposer. L&#8217;administration Obama serait très en colère parce que en annonçant la construction de logements à Jérusalem-Est, Israël la place dans un grand embarras vis-à-vis du reste du monde, notamment les Arabes et les musulmans, et risque de l&#8217;empêcher d&#8217;agir de façon décisive afin d&#8217;empêcher l&#8217;Iran d&#8217;acquérir la bombe atomique. Apparemment, c&#8217;est ce que disent des membres de l&#8217;administration. En tout cas, Newsweek dit qu&#8217;ils disent cela.</p>
<p>Avant cette histoire, Obama était donc bien décidé à agir contre l&#8217;Iran. Ca ne se voyait pas vraiment mais il faut croire que c&#8217;était le cas. Et si les Etats-Unis ne font rien , ce sera la faute d&#8217;Israël. Parce qu&#8217;ils ont annoncé la construction de nouveaux logements à Jérusalem-Est. Ils ne sauront jamais ce qu&#8217;ils ont perdu.</p>
<p>Si c&#8217;est vraiment ainsi que l&#8217;administration Obama traite le dossier iranien, c&#8217;est-à-dire en utilisant des prétextes assez piteux pour ne pas le traiter, les Israéliens peuvent se préparer à agir eux-mêmes.</p>
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		<title>mangerbougervoter.com</title>
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		<pubDate>Mon, 22 Mar 2010 11:25:58 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Say No More</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Un article particulièrement nul paru sur Causeur demande que le vote soit rendu obligatoire. Ce genre de demande apparaît généralement quand une élection se caractérise par une forte abstention. L&#8217;argumentaire en faveur du vote obligatoire consiste à constater un problème et à proposer un moyen de le résoudre. Le problème constaté est l&#8217;abstention, le moyen [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Un <a href="http://www.causeur.fr/abstention-piege-a-cons,6005">article</a> particulièrement nul paru sur Causeur demande que le vote soit rendu obligatoire. Ce genre de demande apparaît généralement quand une élection se caractérise par une forte abstention. L&#8217;argumentaire en faveur du vote obligatoire consiste à constater un problème et à proposer un moyen de le résoudre. Le problème constaté est l&#8217;abstention, le moyen proposé est son interdiction.</p>
<p>Si les problèmes pouvaient être résolus par leur interdiction, la vie serait beaucoup plus simple. Par exemple, Tapie avait fameusement proposé un jour d&#8217;interdire le chômage. Ce n&#8217;est pas la peine d&#8217;être un grand juriste pour comprendre qu&#8217;on peut interdire à quelqu&#8217;un de faire quelque chose, mais pas à un phénomène statistique d&#8217;exister. On ne peut pas non plus interdire l&#8217;inflation, pas plus qu&#8217;on ne peut interdire les mauvaises récoltes ou le fait que les trains arrivent en retard. Ce sont peut-être des évidences, mais si jamais Tapie lit ces lignes, quelqu&#8217;un aura au moins appris quelque chose.</p>
<p>Pour l&#8217;abstention, c&#8217;est un peu différent parce qu&#8217;on peut effectivement forcer les gens à aller voter, mais dans le fond, c&#8217;est à peu près comme si on &#8220;interdisait&#8221; le chômage en radiant tous les chômeurs des listes de demandeurs d&#8217;emploi. C&#8217;est d&#8217;ailleurs plus ou moins ce qu&#8217;on fait.</p>
<p>Un électeur peut être amené de force au bureau de vote. Son vote sera comptabilisé et pèsera sur le résultat final, à moins que ce ne soit un vote blanc, et l&#8217;auteur de l&#8217;article cité plus haut sera sans doute content, puisqu&#8217;il trouve que c&#8217;est indigne d&#8217;un citoyen de ne pas voter. Il faut accomplir son &#8220;devoir civique&#8221;, même si aucun texte juridique français ne dit en quoi voter serait un devoir, civique ou non.</p>
<p>Les partisans du vote obligatoire trouvent qu&#8217;un faible taux de participation prive le résultat d&#8217;une partie de sa légitimité. Effectivement, quand un président est élu alors qu&#8217;il a obtenu au premier tour quelque le soutien d&#8217;environ 15% des électeurs inscrits, c&#8217;est un peu faible. Mais s&#8217;il obtient plus de voix de la part d&#8217;électeurs forcés à voter, il est difficile de comprendre en quoi sa victoire sera plus complète. La motivation des électeurs sera la même.</p>
<p>Les gens forcés à voter risquent par ailleurs fortement de mettre dans l&#8217;urne un bulletin blanc ou nul. Si tous agissent ainsi, on devrait se retrouver en fin de compte avec des votes blancs majoritaires, ce qui ne sera pas beaucoup plus satisfaisant pour les partisans du vote obligatoire. Aujourd&#8217;hui, on compte les abstentions et les votes blancs ou nuls dans une même catégorie. Si on interdit l&#8217;abstention, on aura probablement une catégorie &#8220;blancs et nuls&#8221; dont le score risque d&#8217;être à peu près aussi élevé. Où est l&#8217;intérêt ? Par ailleurs, il y aura quand même des abstentions, et leur comptabilisation ne manquera pas d&#8217;intérêt puisqu&#8217;il s&#8217;agira désormais des gens qui auront choisi d&#8217;être sanctionnés et de ne pas voter. Que fera-t-on si ces abstentions &#8220;illégales&#8221; deviennent de plus en plus nombreuses ? Peut-être voudra-t-on les sanctionner plus durement mais le problème continuera de se poser.</p>
<p>On peut aussi mettre en place un système de vote électronique obligeant l&#8217;électeur à choisir un candidat, c&#8217;est-à-dire sans option &#8220;vote blanc&#8221;. Dans ce cas, l&#8217;abstention sera faible et le vote blanc éliminé, mais la légitimité des vainqueurs d&#8217;élections ne sera pas spécialement accrue. Les politiciens pourront dire le contraire aussi souvent qu&#8217;ils le voudront, les électeurs sauront parfaitement à quoi s&#8217;en tenir. Si le vote est obligatoire, ce n&#8217;est plus vraiment un vote.</p>
<p>Le fait est qu&#8217;un abstentionnistes est un électeur qui refuse de choisir. Or, on peut peut-être forcer les gens à se rendre dans un bureau de vote et à mettre un bulletin dans une urne, mais on ne peut pas les forcer à choisir quand ils n&#8217;en ont pas envie.</p>
<p>A première vue, l&#8217;abstention n&#8217;a pas vraiment de sens. Si on a l&#8217;opportunité de choisir entre plusieurs candidats, il n&#8217;y a pas de raison valable de ne pas le faire. Voter ne coûte rien et permet d&#8217;influer sur la réalité, donc pourquoi s&#8217;abstenir ?</p>
<p>Il y a à cela deux motivations rationnelles possibles. On peut avoir autre chose à faire, et cela n&#8217;est pas particulièrement inconcevable puisque l&#8217;influence qu&#8217;on exerce en votant est extrêmement réduite ; on peut vouloir boycotter une élection, c&#8217;est-à-dire faire savoir qu&#8217;elle n&#8217;est pas organisée de façon satisfaisante.</p>
<p>La première motivation est parfaitement légitime. A moins de considérer l&#8217;élection sous son aspect rituel, comme une sorte de &#8220;communion républicaine&#8221;, on voit assez mal pour quelle raison un électeur ne devrait pas pouvoir faire autre chose que voter. Or, précisément, l&#8217;élection n&#8217;est pas un rite. C&#8217;est une procédure de décision qui répond à un objectif pratique très précis. Cela ne sert pas à affirmer son attachement à la république. Cela sert à choisir des dirigeants.</p>
<p>Et du reste, depuis quand est-on obligé en France d&#8217;être attaché à la république ? On a le droit d&#8217;être monarchiste, ou bonapartiste, ou favorable à la sharia. D&#8217;une manière ou d&#8217;une autre, la république n&#8217;est pas un régime politique auquel l&#8217;adhésion est obligatoire. La constitution interdit au gouvernement de d&#8217;ôter au régime sa &#8220;forme républicaine&#8221;, mais elle n&#8217;interdit rien de tel aux citoyens.</p>
<p>Quant au fait de pouvoir boycotter une élection, c&#8217;est ce qui se rapproche le plus d&#8217;un &#8220;droit à la révolte&#8221;, lequel ne figure pas explicitement dans le droit français. Les élections ont permis de réduire très fortement le recours à la révolte, et les partisans du vote obligatoire tirent parfois de cela un de leurs arguments : si l&#8217;abstention devient trop forte, les élections perdront de leur pouvoir pacificateur.</p>
<p>Mais c&#8217;est raisonner à l&#8217;envers. Les élections dissuadent les gens de se révolter parce qu&#8217;elles leur procurent un autre moyen de changer le gouvernement. Si les citoyens trouvent que les élections ne leur fournissent plus cette alternative pour une raison ou pour une autre, c&#8217;est par la connaissance du taux d&#8217;abstention qu&#8217;on en sera informé, et il sera alors possible d&#8217;essayer de régler ce problème. Rendre le vote obligatoire entraînerait exactement l&#8217;effet inverse : on pourrait avoir à la fois des élections et des révoltes, et on ne comprendrait pas pourquoi.</p>
<p>Tout cela se résume à la formule très simple d&#8217;après laquelle on ne guérit pas d&#8217;une fièvre en cassant le thermomètre; Qu&#8217;il soit utile de rappeler de telles évidences est plutôt mauvais signe.</p>
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		<title>Les élections ne sont pas nationales (d&#8217;ailleurs, &#8220;nationale&#8221;, ça ne veut rien dire).</title>
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		<pubDate>Sun, 21 Mar 2010 22:41:35 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Say No More</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Il est tout à fait possible que la gauche soit redevenue majoritaire en France pour les raisons invoquées habituellement comme la crise, les erreurs du gouvernement et ainsi de suite. Mais le résultat des élections régionales n&#8217;est pas un indicateur fiable de la situation politique en France pour des raisons assez simples.
D&#8217;abord, ce sont des [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Il est tout à fait possible que la gauche soit redevenue majoritaire en France pour les raisons invoquées habituellement comme la crise, les erreurs du gouvernement et ainsi de suite. Mais le résultat des élections régionales n&#8217;est pas un indicateur fiable de la situation politique en France pour des raisons assez simples.</p>
<p>D&#8217;abord, ce sont des élections locales. Les médias les ont présentées comme des élections nationales parce que c&#8217;est plus amusant vu sous cet angle mais c&#8217;est quand même faux. Les politiciens en ont fait autant parce qu&#8217;ils ont sans doute pensé qu&#8217;ils mobiliseraient mieux leurs électeurs ainsi, et ça n&#8217;a pas très bien marché.</p>
<p>En revanche, il est probable que les électeurs directement concernés par le fonctionnement des régions ont été plus nombreux à voter. Sont particulièrement concernés les gens qui reçoivent des subventions, directement ou indirectement (comme les employés d&#8217;une entreprise qui en reçoit). Les régions financent un certain nombre de choses qui coûtent cher, les TER par exemple.</p>
<p>Un nombre assez important de présidents de régions vont commencer leur quatrième mandat. Les électeurs ont dans l&#8217;ensemble reconduit les présidences sortantes, ce qui n&#8217;indique pas spécialement que le pays serait au bord de la révolution.</p>
<p>Ce qu&#8217;indiquent ces élections, c&#8217;est d&#8217;abord que le gouvernement est effectivement assez impopulaire pour un certain nombre de raisons, la principale étant probablement qu&#8217;il est mauvais.</p>
<p>Ensuite, la région est désormais bien ancrée dans le paysage institutionnel français. Personne ne sait ce que les régions font mais les dirigeants de régions savent se faire réélire et il semble assez difficile de convaincre les électeurs de mettre à la porte une majorité régionale quand cette dernière peut financer son budget avec des fonds venus d&#8217;un peu partout, et marginalement de la poche des contribuable locaux.</p>
<p>Par ailleurs, une autre tendance confirmée est celle de la centralisation de l&#8217;UMP et de la décentralisation du PS. L&#8217;UMP ne risque pas d&#8217;être décentralisé aussi longtemps que son chef est président de la République. Le PS en revanche n&#8217;a pas vraiment le choix. La direction centrale du PS a été humiliée par Frèche et Aubry l&#8217;a été personnellement par Royal.</p>
<p>Rien de tout ça n&#8217;est bon pour qui que ce soit. Les régions existent toujours en tant que collectivités territoriales, ce qui est dommage. Les socialistes peuvent gagner en 2012, ce qui est tragique. Sarkozy et son entourage sont probablement assez incompétents, mais le résultat des régionales va probablement les amener à le devenir encore plus s&#8217;ils décident de reprendre à leur compte une partie du programme de la gauche, ce que la droite fait généralement dans ce genre de situation.</p>
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		<pubDate>Fri, 19 Mar 2010 14:24:08 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Say No More</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Voici un article qui illustre assez précisément l&#8217;état actuel du débat d&#8217;opinion en France. Il est ici question de racisme, un sujet sur lequel il est impossible d&#8217;exprimer une opinion librement. Malheureusement, c&#8217;est également l&#8217;un des sujets dont il est le plus souvent question. Donc d&#8217;un côté, tout le monde veut s&#8217;exprimer sur ce sujet, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Voici un <a title="http://observatoire2.blogs.liberation.fr/normes_sociales/2010/03/-eric-zemmour-h%C3%A9las.html" href="http://">article </a>qui illustre assez précisément l&#8217;état actuel du débat d&#8217;opinion en France. Il est ici question de racisme, un sujet sur lequel il est impossible d&#8217;exprimer une opinion librement. Malheureusement, c&#8217;est également l&#8217;un des sujets dont il est le plus souvent question. Donc d&#8217;un côté, tout le monde veut s&#8217;exprimer sur ce sujet, de l&#8217;autre, c&#8217;est impossible et tout le monde semble plus ou moins d&#8217;accord pour qu&#8217;il en soit ainsi. C&#8217;est paradoxal, et l&#8217;explication du paradoxe tient peut-être à ce que le sujet est plus important qu&#8217;il n&#8217;y paraît. Derrière le thème du racisme se tient le problème de l&#8217;immigration. Qui est hostile à l&#8217;immigration risque d&#8217;être accusé de racisme, même si son hostilité n&#8217;a aucun rapport avec cette question.</p>
<p>En attendant, voici de quoi il est question : Zemmour a tenu des propos qui déplaisent à l&#8217;auteur de cet article, lequel réagit de la façon suivante :</p>
<blockquote>
<h3>Eric Zemmour, hélas…</h3>
<p><strong> Par Louis-Georges Tin</strong></p>
<p>Dans un  observatoire des questions sexuelles et raciales, comment ne pas parler  d’Eric Zemmour? Sur nos sujets, il est incontournable, hélas. L’auteur  du <em>Premier sexe</em> ne cesse de diffuser à la télévision sa vulgate  anti-féministe, il ne cesse de multiplier les propos douteux sur les  questions de race: bref, on dirait qu’il fait tout pour attirer  l’attention de l’observatoire des questions sexuelles et raciales. Il  voulait qu’on lui consacre un billet? Eh bien c’est fait.</p></blockquote>
<p>Apparemment, l&#8217;&#8221;observatoire des questions sexuelles et raciales&#8221; s&#8217;intéresse plus à ce que disent des gens connus à propos de ces questions qu&#8217;à ces questions elles-mêmes.</p>
<blockquote><p>Pour Eric Zemmour, le 6 mars 2010 a été une journée bien  chargée. Il s’en souviendra encore longtemps. Dans l’émission,<em> <a href="http://www.youtube.com/watch?v=MgTRmUrSxCI">Salut les Terriens</a></em>,  présentée par Thierry Ardisson sur Canal Plus, il avait affirmé: «<em>La  plupart des trafiquants sont noirs et arabes, c’est un fait</em>.» On a  beaucoup parlé de ces propos: la LICRA envisage de poursuivre le  journaliste en justice, et le CSA s’est auto-saisi de l’affaire.</p></blockquote>
<p>Ce que dit ici l&#8217;auteur est factuel : Zemmour est bien dans la situation décrite et il a bien tenu ces propos. Ce que l&#8217;auteur ne nous dit pas, c&#8217;est pour quelle raison on en a beaucoup parlé. Est-ce qu&#8217;on s&#8217;est demandé si les dealers étaient vraiment généralement noirs ou arabes ? C&#8217;est peu probable. Ce qui a paru intéressant aux gens qui ont parlé des propos de Zemmour, c&#8217;est manifestement le fait de savoir si ces propos vont lui valoir des sanctions.</p>
<blockquote><p>Mais on a beaucoup moins parlé des propos que M. Zemmour a tenus, le  même jour, dans <em>L’Hebdo</em>, émission diffusée sur France 0. Or ces  affirmations ne sont pas moins intéressantes. En effet, s’organisait un  débat sur la discrimination et sur la HALDE. L’un des invités, Nadir  Djennad, par ailleurs journaliste sur Beur FM, affirme: «<em>La  discrimination, c’est la volonté affichée ou non, de responsables  d’entreprises,  et d’autres, de ne pas embaucher telle ou telle  population.</em> » Eric Zemmour l’interrompt alors: «<em>Mais c’est la  vie, la discrimination, c’est la vie!»</em> (<em>1&#8242;55 sur la vidéo  ci-dessous</em>).</p>
<p>Une ou deux minutes plus tard (<em>2&#8242;54</em>),  M. Djennad cherche à nouveau à préciser sa pensée, et il évoque  l’exemple des patrons qui s’adressent à des agences d’interim en disant:  «<em>S’il vous plaît, je ne veux pas d’arabes et de noirs</em>». Eric  Zemmour l’interrompt encore en affirmant: <em>«Mais ils ont le droit!</em>».</p>
<p>Dérapage ponctuel? Pas vraiment. Un mois plus tôt, dans la même  émission, Eric Zemmour affirmait déjà: «<em>On parle des  discriminations, moi, ça ne me choque pas : la discrimination, c’est la  vie, c’est le choix, et c’est la sélection. Donc, voilà, il n’y a pas à  lutter contre les discriminations; ça, c’est un mythe</em>».</p></blockquote>
<p>Donc Zemmour a tenu plusieurs fois des propos ayant à peu près le même sens. Le sens des propos en question, c&#8217;est qu&#8217;un employeur a &#8220;le droit&#8221; de &#8220;discriminer&#8221;. Deux précisions s&#8217;imposent.</p>
<p>Concernant le &#8220;droit&#8221;, Zemmour n&#8217;ignore pas que la &#8220;discrimination&#8221; est interdite, donc il emploie à l&#8217;évidence ce terme dans son sens non légal. Ce qu&#8217;il veut dire, ce n&#8217;est pas que la discrimination est légale mais qu&#8217;elle est légitime. S&#8217;il disait qu&#8217;elle est légale, ce serait une erreur, exactement la même que celle que commettrait quelqu&#8217;un qui croirait que la discrimination est légale et qui s&#8217;en plaindrait en demandant qu&#8217;elle soit interdite. Ce que Zemmour dit, c&#8217;est que la discrimination est légitime, c&#8217;est-à-dire que l&#8217;État n&#8217;est pas moralement fondé à l&#8217;interdire. Il critique la législation. Cette première précision est importante au regard de la suite de ce brillantissime article.</p>
<p>Concernant la &#8220;discrimination&#8221;, il est bon de rappeler que &#8220;discriminer&#8221; a un sens beaucoup plus général que celui qu&#8217;on lui donne quand on abrège l&#8217;expression &#8220;discrimination raciale&#8221;. Seulement on ne fait pas qu&#8217;abréger cette expression, on la généralise également. La &#8220;discrimination&#8221; telle qu&#8217;elle est ici évoquée peut être non seulement raciale, mais également sexuelle ou fondée sur un certain nombre de critères qui sont censés la rendre illégitime et qui la rendent illégale. Mais en se contentant désormais de parler simplement de &#8220;discrimination&#8221;, on finit par décrire comme abominable l&#8217;opération intellectuelle qui consiste simplement à différencier et à choisir. Par exemple, si un employeur discrimine entre des candidats incompétents et des candidats compétents, eh bien il discrimine, et dans ce sens, la discrimination, c&#8217;est effectivement une chose très courante et parfaitement naturelle (&#8220;la vie&#8221;, si on s&#8217;exprime comme Zemmour).</p>
<p>Que cette opération devienne ou non illégitime quand elle consiste à appliquer certains critères plutôt que d&#8217;autres est une question qui mérite certainement d&#8217;être examinée, mais il valait la peine de préciser la pensée de Zemmour. Non pas qu&#8217;elle manque de clarté, mais ce ne sont pas les gens qui &#8220;parlent beaucoup&#8221; des propos de Zemmour qui vont se donner cette peine.</p>
<p>Bref, poursuivons.</p>
<blockquote><p>A l’évidence, Eric Zemmour a franchi la ligne rouge. Jusqu’alors, il  professait des opinions qui peuvent choquer celles et ceux qui luttent  contre le racisme, le sexisme ou l’homophobie, mais il s’agissait  d’opinions dont on pouvait encore discuter. Or l’affirmation selon  laquelle on a «<em>le droit</em>» de discriminer n’appelle aucune  discussion. C’est faux, tout simplement faux.</p></blockquote>
<p>Donc il existe en France (ou dans le reste de l&#8217;univers, ce n&#8217;est pas précisé) une &#8220;ligne rouge&#8221; qui sépare les propos dont on peut discuter de ceux dont on ne peut pas discuter &#8211; sauf pour dire qu&#8217;ils sont faux. Par conséquent, cet article ne vise pas à commenter les propos de Zemmour (puisqu&#8217;on ne peut pas) mais à les dénoncer.</p>
<p>En France, il y a des propos dont la formulation publique est punie par la loi. Sans rentrer dans les détails, il s&#8217;agit de certains propos susceptible de faire de la peine à des gens, comme la négation du génocide hitlérien ou l&#8217;appel à la haine raciale. Les propos de Zemmour n&#8217;appartiennent pas du tout à cette catégorie, donc qu&#8217;est-ce qui les rend &#8220;dénonçables&#8221; ? L&#8217;auteur nous répond :</p>
<blockquote><p>Cette  affirmation contredit directement non seulement la loi française, comme  le lui ont rappelé les autres participants du débat, mais aussi  l’article 1 de la Constitution de la Cinquième République. M. Zemmour,  homme cultivé au demeurant, peut-il vraiment l’ignorer? En réalité, à  travers ses interventions répétées, non seulement M. Zemmour légitime la  délinquance (puisque selon lui, on a «<em>le droit</em>» de  discriminer), mais même, il y encourage (puisque selon lui, «<em>la  discrimination, c’est la vie, c’est le choix, et c’est la sélection</em>»).</p></blockquote>
<p>C&#8217;est ici que l&#8217;article prend tout son sens. L&#8217;affirmation de Zemmour, nous dit l&#8217;auteur, &#8220;contredit la loi française&#8221;. Effectivement, elle la contredirait si Zemmour avait voulu dire que la discrimination est légale, mais il a voulu dire qu&#8217;elle est légitime, comme le reconnaîtra toute personne de bonne foi. Cela ne contredit donc pas la loi française. La loi française peut interdire toutes sortes de comportement, elle ne fait pas de commentaires sur leur légitimité. Ce n&#8217;est pas son but.</p>
<p>Il est en revanche exact que Zemmour conteste la loi française, du moins implicitement. Il la décrit comme inappropriée. Il la critique, et cela pose manifestement un problème à l&#8217;auteur de l&#8217;article. C&#8217;est que pour lui, il semble que critiquer la loi revienne à la violer.</p>
<p>Rappelons-le : la loi interdit de discriminer ; Zemmour dit qu&#8217;elle ne devrait pas l&#8217;interdire. Zemmour ne &#8220;discrimine&#8221; pas, en conséquence de quoi son propos ne contredit pas la loi.</p>
<p>L&#8217;auteur de l&#8217;article s&#8217;étonne ensuite de ce que Zemmour, &#8220;homme cultivé au demeurant&#8221;, &#8220;ignore&#8221; ou semble ignorer que son propos contredit également la Constitution.</p>
<p>La même remarque s&#8217;impose : la Constitution mentionne effectivement les discrimination pour les interdire, mais critiquer la constitution ne serait pas plus un délit que le fait de critiquer la loi.</p>
<p>Mais il se trouve que la Constitution n&#8217;interdit rien à Zemmour pour une raison supplémentaire qui est que la Constitution n&#8217;interdit strictement rien aux citoyens. C&#8217;est la loi qui fait cela. La Constitution interdit en revanche beaucoup de choses à l&#8217;État, entre autres le fait de faire des lois ou de prendre des mesures &#8220;discriminatoires&#8221;, mais elle n&#8217;interdit pas à Zemmour de discriminer et encore moins de dire que la discrimination est légitime.</p>
<p>L&#8217;auteur de l&#8217;article a donc besoin de se &#8220;cultiver&#8221; lui-même un petit peu, ou du moins d&#8217;apprendre quelques notions juridiques de base.</p>
<blockquote><p>Évidemment, pour celles et ceux qui font l’expérience quotidienne de la  discrimination, ces formules constituent une violence insoutenable.  Mais au-delà, les citoyens de ce pays sont en droit d’attendre que la  télévision en général, et le service public en particulier, ne financent  pas des émissions où un chroniqueur régulier (qui n’est donc pas un  invité ponctuel) peut tranquillement inciter à la délinquance, émission  après émission. Qu’il s’agisse de délinquance à l’égard des noirs, des  Arabes, comme c’est le cas dans l’émission, que ce soit à l’égard des  Juifs, des femmes, des homosexuels, ou qu’il s’agisse de toute autre  forme délinquance, peut-on accepter que l’argent public finance la  délinquance publique?</p></blockquote>
<p>Les formules de Zemmour constituent peut-être une &#8220;violence insoutenable&#8221;, mais l&#8217;auteur de l&#8217;article ne prend pas la peine de préciser pour quelle raison. C&#8217;est juste une affirmation. On peut donc aussi bien trouver que les formules de Zemmour procurent un grand apaisement, par exemple parce qu&#8217;il demande que des gens soient laissés libres de prendre certaines décisions les concernant selon les critères qui leur conviennent.</p>
<p>Mais les propos de Zemmour constituent également un &#8220;appel à la délinquance&#8221; en critiquant une loi qui interdit certains comportements qu&#8217;il qualifie par ailleurs &#8211; implicitement &#8211; de légitimes.</p>
<p>L&#8217;application de ce raisonnement à d&#8217;autres domaines donne les mêmes résultats. Si on critique le SMIC ou les 35 heures, on incite à la délinquance puisqu&#8217;on invite des employeurs à ne pas respecter ces dispositions. Et ainsi de suite.</p>
<p>L&#8217;auteur de l&#8217;article oublie de se demander si Zemmour demande qu&#8217;on ne respecte pas la loi. Il est en effet possible d&#8217;estimer à la fois et sans incohérence qu&#8217;une loi est mauvaise et qu&#8217;on doit la respecter parce que c&#8217;est la loi. C&#8217;est ce qu&#8217;on appelle le civisme. Cela consiste à accorder une valeur propre aux règles de droit, à considérer que même quand elles sont contestable, le fait de les respecter est en soi une bonne chose, du moins dans une certaine mesure.</p>
<p>Zemmour peut critiquer les lois qui interdisent la &#8220;discrimination&#8221;, cela ne signifie pas qu&#8217;il demande à qui que ce soit de les violer, et de fait, il ne le demande à personne. De la même façon, on peut critiquer le SMIC sans pour autant demander à qui que ce soit d&#8217;employer des gens clandestinement en les payant en-dessous du SMIC. Ce n&#8217;est pas une incitation à la délinquance.</p>
<p>L&#8217;incitation à la délinquance, c&#8217;est par exemple le fait de demander aux gens d&#8221;héberger en connaissance de cause des immigrés clandestins, ce qui est effectivement interdit, contrairement au fait de demander leur régularisation. L&#8217;auteur de l&#8217;article ne semble pas comprendre cette nuance.</p>
<blockquote><p>C’est pourquoi, le CRAN, le Comité  IDAHO et Mix-Cité ont publié récemment une lettre ouverte adressée à la  fois au président du CSA et au président de France Télévisions «<em>pour  leur demander d’une part de formuler publiquement un rappel à la loi  très clair à l’encontre de M. Zemmour, et d’autre part, de faire en  sorte que dans toutes les émissions du public ou du privé, on ne puisse  plus inviter des personnes qui affirment qu’on a le droit de violer la  loi française.</em>»</p>
<p>On attend la réponse avec impatience…</p></blockquote>
<p>Il est difficile de savoir ce que le &#8220;rappel à la loi très clair&#8221; est censé rappeler exactement puisque Zemmour n&#8217;a violé absolument aucune loi, et qu&#8217;il sait probablement ce que dit la loi qu&#8217;il a critiquée. Si on exauce les vœux des auteurs de cette lettre, on ne pourra plus voir Zemmour à la télévision à moins qu&#8217;il ne modifie sa formulation, par exemple en remplaçant la phrase &#8220;on a le droit&#8221; par &#8220;c&#8217;est légitime&#8221;. En revanche, les gens qui appellent à héberger les immigrés clandestins ne pourront plus paraître à la télévision en se contentant de mieux formuler leurs idées, parce que ces dernières sont réellement des incitations au viol des lois françaises, contrairement à celles de Zemmour. Il en va de même pour les gens qui appellent à la constitution de piquets de grève ou pour ceux qui appellent aux blocage des autoroutes. Les militants de Greenpeace qui appellent à empêcher des bateaux de quitter leur port quand ils contiennent des déchets nucléaires ne pourront plus apparaître à la télévision. On peut évidemment encore allonger la liste.</p>
<p>Cet article n&#8217;a d&#8217;autre intérêt que son absence totale d&#8217;originalité. C&#8217;est en cela qu&#8217;il est révélateur. La confusion qui entoure la notion de droit dans l&#8217;esprit de son auteur est malheureusement tout à fait typique, et Zemmour n&#8217;y échappe d&#8217;ailleurs pas totalement. Comme peu de gens comprennent ce qu&#8217;est le droit, et comme par ailleurs le légalisme est très à la mode, chacun s&#8217;en approprie l&#8217;usage et en fait l&#8217;argument ultime. L&#8217;auteur de cet article veut interdire à ses adversaires de s&#8217;exprimer à la télévision, et probablement de s&#8217;exprimer tout court au nom du &#8220;droit&#8221; en s&#8217;appuyant sur un raisonnement qui n&#8217;a pas de sens, et il est très loin d&#8217;être le seul.</p>
<p>Cela est particulièrement vrai quand il est question de racisme. La limitation des libertés publique qui a commencé dans ce domaine il y a plusieurs décennies produit peu à peu ses effets. Le premier est l&#8217;admission de l&#8217;idée que des propos peuvent être interdits et que la liberté d&#8217;expression n&#8217;est pas appliquée. Le second est que la &#8220;ligne rouge&#8221; qui sépare ce qu&#8217;on a le droit de dire de ce qu&#8217;on n&#8217;a pas le droit de dire est mal connue, notamment parce qu&#8217;elle est mouvante. Si certains propos peuvent être interdits, alors d&#8217;autres peuvent l&#8217;être à leur tour et la ligne qui les sépare, loin d&#8217;être bien visible comme pourrait l&#8217;être une &#8220;ligne rouge&#8221;, est au contraire extrêmement floue. De cette incertitude découle le troisième effet qui est l&#8217;autocensure. Le quatrième est le remplacement du débat intellectuel par la menace juridique. Le débat intellectuel ne permet pas de faire taire son adversaire, il ne sert qu&#8217;à convaincre un auditoire. La menace judiciaire, elle, le permet. Le cinquième effet est l&#8217;atrophie intellectuelle générale qui découle de tout cela. Là où il y avait un débat intellectuel, il n&#8217;y a plus que des &#8220;rappels à la loi très clairs&#8221;.</p>
<p>Et comme la loi, après tout, est le produit plus ou moins lointain du débat intellectuel, la loi ne sera plus désormais que le produit de la loi. Dès lors qu&#8217;il est admis que critiquer une loi revient à la violer, état de choses dont l&#8217;article cité ici nous rapproche, les nouvelles lois ne pourront que renforcer les anciennes.</p>
<p>Aussi, il faut probablement se réjouir de ce qu&#8217;il soit encore possible de répondre aux gens comme cet auteur. Après tout, le fait de critiquer le propos de quelqu&#8217;un qui dénonce comme violant une loi quelqu&#8217;un qui l&#8217;a simplement critiquée revient peut-être également dans son esprit à violer la loi en question.</p>
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		<title>L&#8217;antiracisme est un totalitarisme</title>
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		<pubDate>Thu, 11 Mar 2010 08:07:33 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Say No More</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Une caractéristique du totalitarisme est qu&#8217;un ennemi du régime le reste éternellement. On ne peut pas se rallier à un régime totalitaire quand on a été son adversaire, parce que si on a été un jour son adversaire, on peut toujours le redevenir. De même, quelqu&#8217;un qui ne fait a priori pas partie des soutiens attendus [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Une caractéristique du totalitarisme est qu&#8217;un ennemi du régime le reste éternellement. On ne peut pas se rallier à un régime totalitaire quand on a été son adversaire, parce que si on a été un jour son adversaire, on peut toujours le redevenir. De même, quelqu&#8217;un qui ne fait <em>a priori</em> pas partie des soutiens attendus du régime sera toujours suspect, et un suspect est un ennemi, donc il le reste. En un mot, dès lors qu&#8217;on n&#8217;est pas quelqu&#8217;un de sûr, on peut faire ou dire ce que l&#8217;on veut, on ne s&#8217;attirera jamais la confiance du régime.<br />
Longuet vient de faire une expérience du même ordre avec le totalitarisme antiraciste. L&#8217;antiracisme n&#8217;a pas pris la totalité du pouvoir à ce jour, mais il en a pris une partie.L&#8217;idéologie antiraciste est obligatoire. Il est interdit d&#8217;être raciste, du moins publiquement. Les propos racistes sont sanctionnés par la loi. L&#8217;antiracisme a investi le droit, ce qui est déjà un problème puisque le racisme est du domaine de la pensée et que le droit n’a pas vocation, en principe, sous un régime autre que totalitaire, à régir la pensée des gens.<br />
Mais en dehors du droit, l’antiracisme exerce également une hégémonie sur la société. Dénoncer quelqu&#8217;un pour racisme semble plutôt bien vu. Un raciste doit être traité comme un paria. C’est du moins ainsi que le débat public se déroule en France. Est-ce que la société obéit aux mêmes règles ? Non. Les gens qui sont racistes émettent leurs opinions discrètement, voilà tout.<br />
Mais surtout, dans le cadre des débats publics, on est traité comme un raciste dès que l&#8217;on est <em>suspect</em> de racisme. Longuet vient d&#8217;en faire l&#8217;expérience. Il a voulu suggérer qu&#8217;on nomme à la tête de la Halde un blanc, non pas parce qu&#8217;il préfère les blancs mais parce qu&#8217;il trouve qu&#8217;un blanc serait bien placé pour prendre la direction d&#8217;une organisation censée, paraît-il, faciliter l&#8217;accueil des non-blancs. Ou quelque chose comme ça. L’expression qu’il a employée est : « issu du corps français traditionnel », ce qui ne veut rien dire en français et signifie quelque chose comme « blanc ». C’est le même genre d’expression que « issu de la diversité » sauf que cette dernière expression signifie « non blanc ». Longuet voulait dire : « non issu de la diversité », mais quelque chose l’a retenu de s’exprimer ainsi, peut-être le souhait de s’exprimer dans quelque chose qui se rapproche encore un peu de la langue française.<br />
Pour en revenir au fond, Longuet a remarqué que si c&#8217;est un arabe qui se retrouve à la tête d&#8217;un organisme dont la mission est de favoriser les non-blancs, les blancs risquent de commencer à trouver que tout cela va un peu loin. La Halde n&#8217;est évidemment pas censée être un tel organisme, si on prend au sérieux les discours officiels et les textes juridiques, mais on passe un peu pour un benêt quand on fait cela.<br />
Bref, Longuet ne pensait manifestement pas à mal. Pour déduire de ses propos qu&#8217;il est raciste, il faut également supposer qu’il est très sournois, qu&#8217;il pense que les blancs ont intérêt à contrôler la Halde pour la rendre inefficace ou avec des intentions du même ordre.<br />
Il est parfaitement évident pour n&#8217;importe quelle personne dotée d&#8217;un cerveau que Longuet n&#8217;a pas prononcé de propos raciste, du moins dans le sens où ce terme est aujourd&#8217;hui employé. En réalité, son propos était évidemment raciste puisqu&#8217;il proposait d&#8217;adopter la race, quoique de façon sous-entendue, comme critère de choix pour une nomination. Mais ce racisme-là n&#8217;est pas celui visé par l&#8217;antiracisme, au contraire. L’antiracisme aujourd’hui consiste à choisir les gens, à les favoriser ou les défavoriser en fonction de leur race. L’antiracisme revendique des statistiques ethniques, des quotas, des réparations financières pour l’Afrique, et ainsi de suite.<br />
En revanche, pour ce qui concerne le racisme « traditionnel », celui qu’est censé combattre l’antiracisme, Longuet en est innocent de façon absolument évidente. Il n&#8217;a pas prononcé de propos raciste de type &#8220;heures-les-plus-sombres&#8221;.<br />
Mais on pouvait avec beaucoup de mauvaise foi faire semblant de le croire, ce qu&#8217;on fait un certain nombre de gens, et cela a suffi pour que Longuet devienne suspect. C&#8217;est ainsi qu&#8217;il a rejoint un club dont l&#8217;effectif devient assez important. Dès lors que Longuet est suspect, beaucoup de gens l&#8217;attaquent parce qu&#8217;ils sentent que ce n&#8217;est pas risqué et parce qu’ils en ont envie par ailleurs. Longuet est censé être un libéral, ce qui justifie aux yeux de beaucoup de gens son annihilation.<br />
Finkielkraut a fait à peu près la même expérience : en mettant des mots bout à bout, les médias s&#8217;étaient débrouillés pour produire une déclaration qui aurait vaguement pu sembler comporter des sous-entendus racistes si le contexte avait été complètement différent. Ce pauvre Finkielkraut a donc été transformé du jour au lendemain en icône raciste. Les recherches Google donnaient du &#8220;Finkielkraut le négrophobe&#8221; ou ce genre de choses. Un bouquin sur l&#8217;histoire du racisme en France le faisait figurer sur sa couverture (et même peut-être dans le sous-titre, &#8220;de X à Finkielkraut&#8221;). Et ainsi de suite. Quand on est suspect, c&#8217;est ainsi. D’ailleurs, Finkielkraut avait quelques années auparavant pris la défense de Renaud Camus qui était accusé d’antisémitisme, accusation complètement idiote, mais qui avait abouti à la production de dizaines d’articles d’opinion d’une grande gravité sur la bête immonde. Les volontaires pour prendre la défense de Camus avaient été d’une très grande discrétion. Finkielkraut avait été un des seuls et c’est probablement l’une des raisons pour lesquelles il a quelques années plus tard subi le même sort que Camus.<br />
Intervenait également dans son cas le fait d’avoir défendu Israël, et surtout d’avoir constaté l’existence d’un antisémitisme étroitement mêlé à l’opposition à Israël. Or, cet antisémitisme-là ne fait pas partie de ce que l’antiracisme se propose de combattre. Au contraire, l’antiracisme en fait généralement la promotion. L’antiracisme a donc sanctionné Finkielkraut.<br />
L&#8217;antiracisme est une idéologie totalitaire. Cette idéologie n&#8217;a pas grand-chose à voir avec la lutte contre le racisme, dont elle fait au contraire la promotion. En bonne idéologie totalitaire, elle se révèle nuisible à ce qu&#8217;elle prétend défendre. L&#8217;antiracisme est une idéologie autoritaire, qui engendre des lois autoritaires et des comportements autoritaires. C&#8217;est une idéologie dangereuse pour tout le monde parce que plus cette idéologie est dominante, plus chaque individu devient <em>a priori</em> suspect, et celui qui oublie de rappeler au détour d&#8217;une phrase qu&#8217;il est antiraciste risque d&#8217;être sourdement et sournoisement mis à l&#8217;écart. C&#8217;est ainsi que l&#8217;idéologie antiraciste a progressé. Pas du tout en cherchant à convaincre les gens de ne pas être racistes, mais en leur désignant des racistes à bannir et en faisant comprendre que quiconque ne participait pas au bannissement devenait lui-même suspect. L&#8217;antiracisme est une idéologie de guerre civile. Et cette idéologie est en train de gagner.</p>
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		<title>Journée du bien-être moral</title>
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		<pubDate>Tue, 09 Mar 2010 12:42:46 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Say No More</dc:creator>
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		<description><![CDATA[C’était hier le 8 mars, et le 8 mars est paraît-il la date de la « journée de la femme ». Il semblerait également que la première « journée de la femme » ait eu lieu le 8 mars 2010, en conséquence de quoi nous en avons célébré hier le centenaire.
Mais contrairement à d’autres commémorations, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>C’était hier le 8 mars, et le 8 mars est paraît-il la date de la « journée de la femme ». Il semblerait également que la première « journée de la femme » ait eu lieu le 8 mars 2010, en conséquence de quoi nous en avons célébré hier le centenaire.<br />
Mais contrairement à d’autres commémorations, celle-là semble avoir eu leu dans une atmosphère pessimiste. Apparemment, il y a encore beaucoup de « progrès » à faire et la vie des femmes est encore extrêmement dure. Les femmes sont toujours opprimées. Les « machos », une « race qu’on n’a malheureusement pas encore exterminée » selon Morano, sévissent plus que jamais. En d’autres termes, nous sommes partis pour de nouvelles « avancées » législatives, et comme il est plus que probable que les femmes seront encore opprimées pendant un certain temps malgré ces mesures, il faudra probablement en prendre d’autres.<br />
D’un autre côté, ce pessimisme est contrebalancé par une forme d’optimisme qui consiste non pas à envisager l’avenir comme meilleur que le présent mais à envisager le passé comme pire que le présent.<br />
Il est en effet entendu que les femmes vivaient littéralement en enfer autrefois, c’est-à-dire avant les grandes lois qui ont permis au moins d’entamer leur libération. Il s’agit bien entendu de la loi Veil sur l’avortement, de la loi sur la parité de 1998 et d’un certain nombre d’autres dispositions.<br />
Ainsi, il faut retenir de tout cela que si des progrès ont été faits, beaucoup reste à faire.<br />
C’est la même chose dans un certain nombre de domaines.  En matière d’environnement, de racisme, de lutte contre la tabagie ou de droits des homosexuels, « ‘il y a eu des avancées mais beaucoup reste à faire ».<br />
En principe, ce discours extrêmement consensuel pourrait prêter le flanc à un certain nombre d’objections assez faciles. Par exemple, comment se fait-il que « beaucoup reste à faire » malgré toutes ces « avancées » ? Cela fait trois ou quatre décennies que des lois sont votées et que des mesures sont prises, et l’État est censé être capable de « changer la société », donc comment se fait-il que la société soit encore aussi invivable ?<br />
Mais nous sommes ici dans le domaine de la pure incantation. Le raisonnement logique n’a pas sa place ici.  Émettre une objection logique n’est pas très bien vu parce qu’il s’agit de se sentir bien et de se conforter mutuellement.<br />
Prenons la loi sur la parité. En 1988, le conseil constitutionnel avait invalidé une disposition législative qui visait à instaurer un quotas de femmes pour certaines élections locales. Ce faisant, il appliquait la constitution et notamment ses dispositions concernant la liberté de candidature. Le principe de l’élection libre, autrement dit.  Quand on accepte ce principe, on accepte du même coup que les candidats qu’on soutient ne seront peut-être pas élus et que les dirigeants ne seront peut-être pas ceux qu’on a choisi personnellement. Tout le monde comprend parfaitement ce principe depuis très longtemps.<br />
Mais pour les mouvements féministes, ce n’était pas le problème : il leur fallait des femmes parmi les dirigeants, et c’est tout. Les politiciens ont décidé d’obéir et les parlementaires ont voté à l’unanimité la disposition constitutionnelle qui permettait de mettre en place la loi sur la parité et qui commençait par une formule du genre : « rien de ce qui précède n’empêche de … ». Autrement dit, la logique interne de la constitution et du système démocratique n’a strictement aucune importance, ce qu’on veut, c’est mettre des femmes au pouvoir.<br />
Parmi les arguments des partisans de la parité électorale figurait l’idée qu’il s’agissait d’une mesure transitoire et que le jour où suffisamment de femmes occuperaient des postes politiques, on abrogerait cette mesure. Cet argument a bien entendu été complètement oublié : la parité est là pour rester.<br />
Le débat sur cette loi avait été d’une rare indigence. Les partisans de la loi disaient qu’il n’y avait pas assez de femmes mais ne se donnait pas la peine de préciser ce que signifiait « assez ». Apparemment, « assez », c’est la moitié.<br />
Ils expliquaient que les femmes n’étaient pas correctement « représentées » s’il n’y avait pas autant de femmes au parlement et dans les conseils locaux que parmi la population, mais ils n’expliquaient pas pourquoi un homme ne pouvait pas représenter une femme.<br />
Depuis que cette loi a été votée, elle est généralement présentée comme un des piliers de notre belle démocratie. Pourtant, les pays comme la Suède, où les politiciens sont très souvent des femmes et qui sont généralement cités comme l’exemple dont nous devons nous inspirer, n’ont jamais voté de loi sur la parité.<br />
Les partisans de la parité n’ont jamais cherché à expliquer la faible « représentation » des femmes en France. Ils ont jugé que ce n’était pas la  peine d’essayer de comprendre un phénomène si on pouvait y mettre fin par une loi. L’explication vers laquelle tendaient leurs discours était que les Français sont des « machos » qui empêchent les femmes d’accéder aux postes auxquels elles devraient normalement pouvoir prétendre, mais personne ne s’est donné la peine de démontrer l’existence de ce « machisme ». S’il y a moins de femmes députés en France qu’en Italie, par exemple, cela devrait signifier que les Français sont plus « machistes » que les Italiens. Et si la « race » des machos doit par ailleurs être « exterminée », Morano risque d’avoir beaucoup de travail.<br />
Ce n’est qu’un exemple parmi d’autres. Ce qui vaut en matière de féminisme vaut également en matière d’antiracisme, d’environnement ou à propos d’autres sujets à la mode. La discussion logique ou informative n’a pas sa place ici. Ce à quoi nous avons affaire, ce sont des gens qui recherchent  le bien-être moral personnel et qui voient dans ces campagnes un moyen de l’obtenir plus simple que celui consistant à réellement faire le bien, ce qui peut demander du temps et des efforts. Il est beaucoup plus simple d’utiliser l’État puisqu’il procure à ceux qui le dirigent ou à ceux qui élisent les gens qui le dirigent un bien-être moral dont le coût est réparti sur l’ensemble de la société, ainsi que sur les générations futures.<br />
Le problème, c’est que tout a malgré tout un coût. Les mesures autoritaires concernant le racisme, les droits des femmes ou l’environnement en ont un. En matière de racisme, on limite la liberté d’expression et on incite les gens à s’intenter des procès plutôt que d’argumenter. On a notamment donné la pouvoir à des associations dont aucun membre n’a été élu de harceler par le moyen de procédures judiciaires les individus qui disent ou écrivent des choses qui pourraient à la limite être décrites comme incitant à la haine raciale, même s’il est évident pour toute personne dotée d’un cerveau que ce n’est absolument pas le cas. En conséquence,  il règne désormais en France une autocensure inconnue depuis la libération.<br />
En matière d’environnement, il est inutile de rappeler le coût pharaonique des mesures prises depuis quelques années dans ce domaine ni l’inutilité qui les caractérise le plus souvent.<br />
Quant aux femmes, il est maintenant question de sanctionner les entreprises qui n’assureront pas l’égalité salariale « à compétences égales », et Sarkozy avait même envisagé pendant la campagne de 2007 des sanctions pénales pour leurs dirigeants. Le pire, c’est qu’il en est capable.<br />
La formule « à compétences égales » mérite qu’on s’y arrête brièvement. C’est l’État qui sera censé évaluer les compétences des gens. Comment évaluer les compétences d’un individu ? Il y a plusieurs méthodes possibles.<br />
On pourrait l’évaluer par sa production, mais on risquerait de s’apercevoir que les entreprises rémunèrent effectivement les gens en fonction de leur production, du moins la plupart du temps, ce qui est probablement le cas, à moins que les entreprises n’aient envie de faire des mauvais choix économiques et de perdre de l’argent. Donc on ne procèdera probablement pas ainsi. D’ailleurs, ce qui est en jeu ici, c’est la « compétence », c’est-à-dire ce que peut théoriquement faire un employé, pas ce qu’il fait réellement.<br />
Les entreprises vont donc devoir payer les employés en fonction de ce qu’ils sont capables de faire, et non pas de ce qu’ils font. Leur capacité sera probablement mesurée d’après leurs diplômes. Les entreprises seront donc censées fonctionner plus ou moins comme la fonction publique ou comme les secteurs régis par des conventions collectives très contraignantes. Cela aura évidemment un coût.<br />
En bref, les utopies gauchistes des années soixante-dix, qui pouvaient sembler « sympathiques » dès lors qu’on juge les gens d’après leurs intentions proclamées plutôt que leurs actes, ont fini par devenir des politiques quand les jeunes « idéalistes » qui y adhéraient ont été en âge d’exercer des responsabilités, et dans la mesure où ils ont eu suffisamment d’ambition personnelle pour y parvenir. Apparemment, cela a souvent été le cas.<br />
Mais comme ces gens sont restés « fidèles à leurs idéaux », leur besoin de bien-être moral n’ayant apparemment pas diminué, ils ont entrepris de les appliquer réellement. Aussi longtemps que nos dirigeants éprouveront ce besoin de bien-être moral, ils continueront à prétendre résoudre des problèmes imaginaires par des mesures désastreuses pour tout le monde. C’est pour cela qu’on continuera à constater chaque année que « des progrès ont été faits » mais que « beaucoup reste à faire ».</p>
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		<title>Identité nationale et République</title>
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		<pubDate>Mon, 08 Mar 2010 09:32:20 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Say No More</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Une partie des problèmes posés par le &#8220;débat sur l&#8217;identité nationale&#8221; venait de ce que ce &#8220;débat&#8221; n&#8217;était rien d&#8217;autre qu&#8217;un gadget politique, une autre partie de ces problèmes était due à l&#8217;incapacité de la gauche française à produire une idée autre qu&#8217;un rapprochement entre ce que fait la droite et les heures-les-plus-sombres-de-notre-histoire. En fin [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Une partie des problèmes posés par le &#8220;débat sur l&#8217;identité nationale&#8221; venait de ce que ce &#8220;débat&#8221; n&#8217;était rien d&#8217;autre qu&#8217;un gadget politique, une autre partie de ces problèmes était due à l&#8217;incapacité de la gauche française à produire une idée autre qu&#8217;un rapprochement entre ce que fait la droite et les heures-les-plus-sombres-de-notre-histoire. En fin de compte, la plupart des bavards de France se sont ralliés à la doctrine de Depardieu, qui consiste à estimer que l&#8217;identité nationale française, on n&#8217;en a rien à foutre.<br />
Si toutefois on veut bien se demander si une telle chose existe et en quoi elle peut consister, le fait est que la question est assez complexe. Par exemple, si on compare la France aux États-Unis, on s&#8217;aperçoit que ce qui fait l&#8217;identité nationale américaine peut à peu près entièrement être rattaché à la révolution américaine. La révolution américaine fonde le pays, lui donne sa philosophie politique et sa constitution. Depuis la révolution, la population américaine a été multipliée par une centaine, le territoire par un facteur plus ou moins du même ordre, la petite colonie côtière qu&#8217;était ce pays est devenue la première puissance mondiale et il y a eu un certain nombre d&#8217;événements, mais les immigrants qui s&#8217;installent aux États-Unis aujourd&#8217;hui et qui deviennent américains adoptent à peu près la même &#8220;identité nationale&#8221; que ceux qui faisaient la même chose vers 1900.<br />
La France est une nation plus ancienne dont l&#8217;histoire est plus tortueuse. La fondation du pays a dû avoir lieu plus ou moins entre Clovis et Hugues Capet, il n&#8217;est pas certain qu&#8217;il y ait une philosophie politique dominante et le système politique change généralement au bout de quelques décennies.<br />
Le cliché le plus fréquemment utilisé par les gens qui ont participé au débat sur l&#8217;identité nationale était peut-être celui qui consistait à dire que l&#8217;identité française, c&#8217;est la république. Cela pose un certain nombre de problèmes.<br />
D&#8217;abord, cela signifie que l&#8217;Italie, la Pologne, les États-Unis ou la Russie sont la France, puisque ce sont des républiques. Si l&#8217;on admet qu&#8217;il faut entendre le mot &#8220;république&#8221; comme désignant non pas simplement le système politique républicain mais une philosophie politique &#8220;républicaine&#8221;, alors la Hollande du XVIIe siècle est la France et nous ne sommes pas beaucoup plus avancés.<br />
Quand on entend dire que l&#8217;identité française, c&#8217;est la république, le mot &#8220;répubique&#8221; renvoie à une doctrine politique qui mélange certaines idées des fondateurs de la république avec des idées radicales ou jacobines. On y trouve à la fois les idées libérales qui ont inspiré la déclaration de 1789, celles des radicaux sur la laïcité, une dose variable de robespierrisme ou de bonapartisme et, assez souvent, une dose variable de socialisme. En fait, si on songe aux gens qui se disent aujourd&#8217;hui &#8220;républicains&#8221;, l&#8217;idée républicaine inclurait également l&#8217;antiaméricanisme et l&#8217;admiration pour Saddam Hussein. Bref, le contenu de l&#8217;idée &#8220;républicaine&#8221; n&#8217;est pas très clair.<br />
Mais même s&#8217;il l&#8217;était, la &#8220;république&#8221; pourrait assez difficilement définir l&#8217;identité française, puisque cela signifie que la France n&#8217;a pas été fondée avant 1789 et qu&#8217;elle a ensuite cessé d&#8217;exister par intermittences. Si la fondation de la république française avait été la conclusion d&#8217;une évolution inéluctable résultant elle-même de la volonté quasi unanime des Français, on pourrait peut-être à la limite soutenir cela, mais ce n&#8217;est absolument pas le cas. La réalité est que les Français n&#8217;ont jamais approuvé la république par un vote quelconque. Ce qu&#8217;ils ont fait de plus proche d&#8217;une adoption majoritaire de la république a consisté à voter pour les partis &#8220;républicains&#8221; aux législatives de 1877, mais le régime en place à ce moment-là n&#8217;était formellement républicain que parce qu&#8217;il n&#8217;y avait plus de monarque, le prétendant ayant refusé de devenir un monarque &#8220;constitutionnel&#8221;. Le compromis de 1873 n&#8217;était absolument pas un choix idéologique en faveur des idées  &#8220;républicaines&#8221; mais une sorte d&#8217;accord général sur le fait qu&#8217;il n&#8217;y avait pas beaucoup de différences entre une république conservatrice et une monarchie constitutionnelle libérale. La fonction de président de la République n&#8217;était qu&#8217;un emplacement pour l&#8217;éventuel futur roi. La révolution française était en principe bel et bien terminée, et elle s&#8217;est terminée par un match nul.<br />
C&#8217;est par la suite que les radicaux, puis les socialistes, ont remis en question ce compromis et ont radicalisé le système politique français de façon à le rendre plus réceptif à leur projet de société. Mais cette évolution politique ne définit pas l&#8217;identité nationale française, au contraire. Ce qui définit l&#8217;identité nationale, c&#8217;est justement ce qui n&#8217;est pas affecté par les évolutions politiques.<br />
Il n&#8217;est pas vraiment étonnant que les dirigeants politiques français soient à peu près tous d&#8217;accord pour affirmer que l&#8217;identité nationale, c&#8217;est la république. Quand ils disent cela, ils défendent leur régime et ils le défendent d&#8217;autant plus facilement qu&#8217;à peu près personne en France n&#8217;y est opposé. Ce n&#8217;est d&#8217;ailleurs absolument pas le problème. Ce n&#8217;est pas du tout la peine d&#8217;avoir envie de revenir à la monarchie pour trouver que le le régime républicain ne définit pas l&#8217;identité française, et encore moins l&#8217;idéologie &#8220;républicaine&#8221;.<br />
Les éléments qui forment l&#8217;identité française sont les éléments de l&#8217;histoire de France qui ont laissé des traces, même si on ne s&#8217;en souvient plus précisément, et même si on  n&#8217;en a jamais entendu parler. Il est donc difficile de contester que la révolution française en fait partie, mais au même titre que ce qui l&#8217;a précédée. Les traditions dont l&#8217;origine est depuis longtemps oubliée en font également partie, de même que celles qui ont été forgées assez récemment mais qui ont été acceptées. Tout ce qui influe sur le comportement et la façon de voir le monde des Français fait partie de l&#8217;identité française, et une personne qui veut devenir française le voudra parce qu&#8217;elle aura envie d&#8217;adopter cette vision du monde.<br />
Du coup, on comprend peut-être un peu mieux pourquoi le pouvoir politique est aussi timide avec cette notion. C&#8217;est une chose de &#8220;lancer un débat&#8221; dans le but de limiter le score électoral de l&#8217;extrême-droite, c&#8217;en est une autre de poser sincèrement une question dont la réponse peut avoir des conséquences politiques difficiles à prévoir.<br />
Ce que peut révéler une réflexion un peu poussée sur le sujet de l&#8217;identité nationale française, c&#8217;est que le régime républicain n&#8217;est qu&#8217;une étape dans une succession de régimes politiques et que malgré toute la pompe relativement ridicule dont il s&#8217;entoure, il ne peut pas s&#8217;approprier une histoire nationale qui le dépasse d&#8217;assez loin. Le pays dont il est question peut s&#8217;appeler officiellement la &#8220;République française&#8221;, il n&#8217;existerait pas sans ce qui a précédé la république. D&#8217;une façon moins dramatique, la &#8220;république française&#8221; n&#8217;est pas fondamentalement mieux assise que ne l&#8217;était l&#8217;URSS, et tenter de définir l&#8217;identité nationale française par une sorte de fouillis idéologique n&#8217;éclairera pas grand-monde et ne donnera pas spécialement envie aux immigrants de s&#8217;assimiler. D&#8217;une façon assez amusante, cette façon de définir l&#8217;identité française a même abouti par le passé au résultat inverse quand les élites coloniales ont retourné ces idées contre le colonisateur français. Qu&#8217;est-ce que les élites immigrées font aujourd&#8217;hui des idées révolutionnaires et &#8220;républicaines&#8221; ? Il arrive qu&#8217;elles tirent parti des &#8220;grandes avancées républicaines&#8221; comme le statut des associations, par exemple, ou encore l&#8217;égalité &#8220;réelle&#8221; des socialistes, pour faire exactement le contraire de ce qu&#8217;attendent d&#8217;elles les &#8220;républicains&#8221; qui se disent par ailleurs favorables à l&#8217;assimilation. Après tout, revendiquer des avantages pour soi-même en se réclamant de l&#8217;&#8221;intérêt général&#8221;, défini comme étant n&#8217;importe quoi sauf la somme des intérêts individuels, cela n&#8217;est peut-être pas spécialement conforme à l&#8217;identité française mais c&#8217;est certainement proche de la tradition &#8220;républicaine&#8221; militante des radicaux et des socialistes.<br />
Bref, si les Français veulent en savoir plus sur leur &#8220;identité nationale&#8221;, ils ont d&#8217;abord intérêt à considérer cette question comme étant avant tout d&#8217;ordre historique et pas idéologique. On passe trop de temps en France à &#8220;reconnaître&#8221; les événements historiques et à leur attribuer des valeurs positives ou négatives. On ferait mieux de commencer par les connaître et d&#8217;admettre qu&#8217;on ne peut de toute façon pas les annuler. Ce qui a eu lieu a eu lieu, et quand les gens se souviennent d&#8217;un événement et en tiennent compte, on  ne peut pas les forcer à l&#8217;oublier. Pour cette raison, l&#8217;identité nationale française ne comporte pas que des choses plaisantes, mais rien n&#8217;empêche de tirer des leçons des éléments déplaisants qu&#8217;elle comporte. L&#8217;identité nationale n&#8217;est pas un dépliant publicitaire, c&#8217;est une sorte de mémoire collective dont on peut tirer de bonnes ou de mauvaises choses.<br />
Ensuite, ils ont intérêt à admettre que la France n&#8217;est pas la république française. Son histoire ne commence pas en 1789, de même que la révolution n&#8217;est pas un &#8220;bloc&#8221; qu&#8217;on &#8220;accepte&#8221; ou qu&#8217;on &#8220;rejette&#8221; d&#8217;un seul coup. Or, de nos jours, non seulement les Français ont tendance à voir favorablement le siècle de guerres civiles et extérieures qu&#8217;a été la révolution française, mais ils ont adopté comme fête nationale le 14 juillet et célèbrent tous les ans le lynchage complètement inutile qui a transformé la révolution française en guerre civile alors qu&#8217;elle avait jusque-là pris la forme d&#8217;un processus politique pacifique et potentiellement très profitable.<br />
En fin de compte, en lançant ce débat, Besson a sans le vouloir remis à l&#8217;ordre du jour un problème récurrent et finalement assez complexe. En réduisant l&#8217;identité française à la république, on embrigade les Français d&#8217;une façon très sournoise au service d&#8217;une cause qu&#8217;ils n&#8217;ont jamais défendue. Ce serait très bien que cela cesse et que la &#8220;République française&#8221; redevienne &#8220;la France&#8221;, même si elle conserve son régime, ce qui n&#8217;est pas le problème.<br />
Mais évidemment, tout cela n&#8217;a probablement pas spécialement frappé les conseillers en communication qui se sont occupés de ce &#8220;dossier&#8221;. Le plus probable est qu&#8217;ils n&#8217;en ont rien à foutre.</p>
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		<title>Identité nationale , assimilation et heures-les-plus-sombres</title>
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		<pubDate>Thu, 04 Mar 2010 09:49:46 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Say No More</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Immigrés, ne vous assimilez surtout pas !]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Aujourd&#8217;hui, lancer un débat sur « l&#8217;identité nationale française » est considéré comme un retour aux heures-les-plus-sombres-de-notre-hstoire.<br />
En quoi ont consisté les heures en question ? Il y a d&#8217;abord eu une invasion étrangère particulièrement réussie, puis la mise en place d&#8217;un gouvernement de collaboration qui a exécuté et parfois précédé les instructions de l&#8217;envahisseur, lesquelles consistaient entre autres à livrer un certain nombre de citoyens français afin qu&#8217;ils soient exécutés. Le gouvernement de collaboration a justifié ses actes par une idéologie nationaliste et antisémite, donc quand on parle aujourd&#8217;hui de « nation » française ou « d&#8217;identité nationale », on est forcément semblable à ce gouvernement. C’est logique.<br />
Les adversaires du gouvernement de collaboration n’étaient pas spécialement opposés au nationalisme ou à l’idée de nation française, mais dans ce domaine, Vichy a gagné. Non seulement c’est à eux qu’on pense aujourd’hui en France quand on entend parler de nation – sauf éventuellement quand l’orateur se réclame d’un gaullisme très traditionnel, mais l’idéologie vichyste a laissé d’autres traces que l’on ne considère cependant pas comme nous ramenant aux heures-les-plus-sombres. L’anglophobie, l’américanophobie, le dirigisme en matière culturelle, ou les exemples plus connus comme les ordres professionnels, par exemple.<br />
Donc, d’une façon assez intrigante, le rejet actuel de Vichy ne s’appuie pas sur ce que Vichy avait d’original mais sur un élément somme toute assez banal de l’idéologie vichyste : le nationalisme. L’ennui, c’est que le nationalisme peut prendre des formes très variées. N’importe qui peut invoquer la nation française et en proposer sa propre définition en affirmant que c’est la seule valable.<br />
Historiquement, le nationalisme a généralement été associé à des mouvements contestataires assez divers, révolutionnaires radicaux, royalistes ou autres. Les nationalistes se disent généralement attachés à une nation en partie imaginaire, et en tout cas différente de ce qu’elle est réellement. Leur nationalisme consiste à essayer de modifier la nation réelle pour la rapprocher de celle qu’ils veulent. Un royaliste va expliquer que la vraie France est celle d’avant 1789, un chevènementiste dira que c’est celle de Robespierre, et ainsi de suite. Cela n’est pas forcément illégitime ou ridicule, mais cela explique la diversité du nationalisme. Le nationalisme n’est pas une idéologie mais un élément parmi d’autres utilisé par plusieurs idéologies.<br />
Maintenant, le nationalisme a mauvaise réputation à cause de Vichy alors que Vichy était le contraire d’une institution défendant la nation. Les collaborationnistes ont justifié leur attitude en expliquant que l’occupation et la collaboration allaient transformer la France en ce qu’elle devait être réellement, mais le moins qu’on puisse dire est qu’ils n’ont pas été crus par tout le monde, surtout à partir de 1944, bien entendu.<br />
Donc pourquoi rejette-t-on aujourd’hui le nationalisme, ainsi que le patriotisme et l’idée même de nation ? Essentiellement parce que l’histoire de la collaboration a été racontée de façon à concentrer les torts sur un courant d’idées particulier, alors qu’ils étaient probablement répartis un peu plus largement. Cela vaut entre autres pour l’antisémitisme, qui n’était pas monopolisé par l’extrême droite, et qui ne l’est certainement pas plus aujourd’hui.<br />
Les vagues d’immigration d’après-guerre ont eu lieu dans ce contexte de culpabilité collective, culpabilité qui n’a apparemment pas été lavée par cette simplification de l’histoire de la collaboration. En fin de compte, nous nous retrouvons avec des populations immigrées nombreuses dont nous ne savons absolument pas quoi faire. Nous ne voulons pas les renvoyer parce que cela nous rappelle la rafle du Vel-d’hiv, même s’il s’agit de clandestins que nous avons parfaitement le droit d’expulser, mais nous ne voulons pas non plus leur demander de s’assimiler parce que cela nous rappelle le nationalisme de Vichy, qui pourtant n’a jamais demandé aux juifs de s’assimiler.<br />
Donc nous inventons des solutions complètement irréalistes qui consistent essentiellement à ne rien demander aux immigrés et à nous obliger nous-mêmes à nous satisfaire de la situation. Si des populations entières vivent en marge de la société française, c’est parce que notre société est diverse. Si cela nous pose problème, c’est parce que nous sommes racistes, et nous devons donc être modifiés.<br />
Dans ce contexte, Besson, dont il est toujours un peu difficile de considérer les motivations comme très nobles, lance un grand débat national sur « l’identité française ».<br />
Concrètement, « lancer un débat », de la part de l’État, consiste à organiser des réunions dans les préfectures pour parler du sujet faisant l’objet dudit débat et à mettre en ligne une sorte de forum. C’est à peu près tout. Le gouvernement n’a pas pris la peine de préciser à quelles questions il fallait répondre.<br />
La gauche s’est instantanément mise en mode « heures-les-plus-sombres », ce qu’elle fait de toute façon à chaque fois qu’un gouvernement de droite est au pouvoir. Elle a reproché au gouvernement de chercher à prendre « les voix du Front national », appliquant ainsi à la politique le mode de raisonnement qu’elle applique à l’économie, selon lequel il existe des catégories immuables entre lesquelles il faut simplement faire des arbitrages. De la même façon qu’il y a des « pauvres » et des « riches » qui sont toujours les mêmes d’un siècle à l’autre, il y a des « électeurs du Front national » qui votent toujours pour le Front national ; et chercher à les convaincre de voter pour soi, c’est devenir soi-même une sorte de Front national.<br />
Cela dit, il est parfaitement exact que c’est ce que la droite à cherché à faire, avec un succès que nous allons bientôt pouvoir mesure.<br />
Tout cela est dommage parce que l’identité nationale est une question d’une grande importance sur laquelle ce serait effectivement une très bonne idée de réfléchir.<br />
Pendant le « débat », la plupart des intervenants ont émis deux sortes d’idées.<br />
Pour les intervenants de gauche, l’identité nationale est un sujet dont on ne doit pas parler. Cela a été exprimé de plusieurs façons, parmi lesquelles une pétition signée par des intellectuels et demandant que le gouvernement « mette fin » au débat, ou encore une déclaration un peu plus lapidaire de Depardieu qui a dit qu’il n’en avait rien à foutre.<br />
Pour les intervenants de droite ou acceptant de donner leur avis, il s’agissait de dire ce qu’ils trouvaient bien en France. Donc il y a eu  des listes plus ou moins interminables de choses qu’on trouve en France ainsi qu’un certain nombre d’interventions qui visaient à annuler la question en disant par exemple que l’identité française, c’est les droits de l’homme ou la tolérance vis-à-vis des immigrés. Donc par exemple, dans ce cas, la Suède est la France puisqu’elle est tolérante vis-à-vis des immigrés et qu’elle pratique les droits de l’homme.<br />
Quitte à ce que le gouvernement joue le rôle d’un modérateur de table ronde (et pourquoi pas, après tout, il a bien le monopole des jeux de hasard), il aurait pu au moins essayer de poser des questions pertinentes, c’est-à-dire ayant des chances de susciter des réponses à peu près intéressantes.<br />
Une bonne question à poser était : « qu’est-ce qu’une identité nationale ? », avant de se demander en quoi consiste la française. Comme c’est généralement le cas avec les notions qui sont plus souvent utilisées à des fins de rhétorique politique que pour construire des raisonnements rigoureux, on peut plus ou moins adopter la définition qu’on veut. L’important est qu’elle soit intéressante et qu’on s’y tienne ensuite.<br />
Disons donc que l’identité nationale est ce qui fait qu’on se sent appartenir à une nation. Et disons pendant qu’on y est qu’une nation est une association de fait entre des gens qui se trouvent partager beaucoup de choses, comme des coutumes, des intérêts et un certain nombre d’attributs culturels.<br />
Il est impossible de donner une définition plus rigoureuse de la nation parce qu’une telle définition varierait d’une nation à l’autre. Certaines nations se définissent elles-mêmes par le langage, d’autres par la religion, d’autres par le territoire, et ainsi de suite. On peut d’ailleurs appartenir à plusieurs nations. L’important ici, c’est que l’appartenance à une nation n’est pas un choix, ou du moins pas entièrement. On ne s’inscrit pas à une nation comme on s’inscrit à un club. On en fait partie quand on sait qu’on en fait partie. Généralement, on fait partie de sa nation depuis sa naissance mais il arrive qu’on en change ou qu’on en vienne à faire partie d’une deuxième nation, mais cela suppose une période plus ou moins longue d’assimilation. Il ne s’agit pas simplement d’effectuer des démarches juridiques pour avoir un nouveau passeport, ni même de remplir un certain nombre de critères formels comme le fait de travailler ou de payer des impôts. Il s’agit de le vouloir réellement et d’arriver au stade où on sait qu’on fait désormais partie de la nation en question. C’est ce qu’on appelle l’assimilation.<br />
L’identité nationale est donc le sentiment d’appartenance à la nation. Contrairement à ce que craignent les paranoïaques de gauche, essayer de décrire l’identité nationale ne consiste pas à établir une liste de critères pour vérifier que les immigrés s’y conforment et décider en fonction de ce que l’on constate de les accepter en France ou de les rejeter. Cela consiste à essayer de savoir ce qui peut donner envie aux immigrés de devenir français, et pas seulement d’un point de vue juridique.<br />
Il y a deux sortes d’immigrés. Ceux qui s’assimilent et ceux qui ne s’assimilent pas. Les premiers existent mais dès lors qu’ils sont assimilés, ce ne sont plus des immigrés, sinon dans le sens où ils ont effectivement immigrés, mais cet épisode de leur vie appartient au passé et ne les intéresse plus.. Il est impossible de savoir combien de personnes en France sont des immigrés assimilés parce qu’il n’y a pas vraiment de moyen de les compter, et c’est tant mieux. Ils méritent qu’on les laisse tranquilles.<br />
Ceux qui ne s’assimilent pas ne méritent pas nécessairement qu’on leur fasse des reproches. Pour commencer, nous passons notre temps à leur suggérer de ne pas s’assimiler, par exemple quand nous disons que l’identité française, nous n’en avons rien à foutre. Ensuite, nous leur donnons des incitations matérielles à ne pas s’assimiler. S’ils s’assimilent, ils ne feront plus partie d’une « minorité », donc ils passeront à côté de toutes sortes d’avantages. Même des immigrés qui ont l’intention de s’établir en France de façon définitive et qui n’auraient a priori rien contre l’assimilation complète peuvent se laisser tenter.<br />
Même si l’immigration ne suppose plus aujourd’hui une rupture complète et immédiate avec son pays d’origine – où il est facile de se rendre et qu’on peut joindre facilement, la rupture serait normalement consommée au bout d’une génération ou deux. C’est une chose de rendre visite à son frère en Algérie ou au Mali, c’en est une autre d’aller voir ses cousins au troisième degré. Mais évidemment, si on entretient délibérément des mini États dans l’État, tout devient possible.<br />
Le problème de l’identité nationale et de l’assimilation est le même partout, pour peu qu’on l’examine sous un angle un peu théorique en laissant de côté le camembert et l’accordéon – un élément de l’identité nationale française que je serais le premier à jeter à la poubelle, soit dit en passant. Mais non : pour la gauche, il ne faut pas en parler ; et pour la droite, l’identité nationale n’est qu’un objet publicitaire confié à des conseillers en communication analphabètes.<br />
Enfin, il y a la question sous-jacente de l’Islam qui joue en France le rôle d’une idéologie influente et opposée à l’assimilation. C’est un sujet plus vaste et assez complexe. Il n’y a pas de solution évidente au problème posé par le fait que beaucoup d’immigrés obéissent à une doctrine qui leur prescrit de ne pas s’assimiler et de procéder à une conquête progressive du territoire sur lequel ils s’établissent.  Il y a manifestement beaucoup de nuances à apporter à ce jugement. Tous les musulmans ne voient probablement pas les choses ainsi et l’Islam peut probablement être interprété et pratiqué d’une autre manière, mais c’est tout de même ainsi que se pose généralement le problème.<br />
Raison de plus pour essayer de clarifier la question de l’identité nationale et de l’assimilation. D’autres choses méritent d’être clarifiées en matière d’immigration, comme par exemple le rôle censé être joué par la loi. Sans être d’un légalisme excessif, on est quand même en droit de se demander si la meilleure réponse aux problèmes posés par l’immigration consiste à s’attacher les mains dans le dos et à s’interdire d’expulser les clandestins, ou encore à s’obliger à pratiquer le regroupement familial par l’adhésion à des conventions internationales qui se mêlent clairement de ce qui ne les regarde pas. Si on commence par décréter que les Français ne peuvent pas décider de qui a le droit de s’établir en France, il y a assez peu de chances pour qu’ils soient capables de donner un avis intéressant sur des problèmes tels que l’identité nationale.<br />
Le débat va probablement se poursuivre d’une manière ou d’une autre, mais c’est un débat malheureusement faussé par la peur des responsabilités. Le régime démocratique suppose que les citoyens soient capables de prendre des décisions difficiles quand cela s’impose et d’en assumer les conséquences. Un pays infantilisé comme la France n’est tout simplement pas capable d’affronter des problèmes importants et complexes comme l’immigration.</p>
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		<title>Le mid-term français continue</title>
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		<pubDate>Wed, 03 Mar 2010 16:51:43 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Say No More</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Les élections régionales peuvent être vues sous deux angles : soit comme des élections locales, soit comme des élections nationales. Elles ressemblent à des élections nationales parce qu&#8217;elles ont souvent lieu à mi-mandat, c&#8217;est-à-dire au moment où le gouvernement est susceptible de changer sa politique afin de gagner les élections nationales à venir. Comme ces [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Les élections régionales peuvent être vues sous deux angles : soit comme des élections locales, soit comme des élections nationales. Elles ressemblent à des élections nationales parce qu&#8217;elles ont souvent lieu à mi-mandat, c&#8217;est-à-dire au moment où le gouvernement est susceptible de changer sa politique afin de gagner les élections nationales à venir. Comme ces élections &#8211; les législatives et la présidentielle &#8211; sont désormais à peu près simultanées, l&#8217;enjeu est important. Ce qui le rend encore plus important pour le président est que c&#8217;est lui qui doit gagner l&#8217;élection en premier. Sarkozy est donc dans une position quasiment inédite sous la Ve république, et sous la république tout court, d&#8217;ailleurs : son mandat sera jugé d&#8217;un seul coup.<br />
Les élections régionales sont donc ce qui se rapproche le plus d&#8217;un mid-term et c&#8217;est de cette façon qu&#8217;elles sont vues par les médias. Quant aux électeurs, il est difficile de dire ce qui les motive exactement entre cet aspect et l&#8217;aspect local.<br />
Sous leur angle local, les élections régionales sont une bizarrerie parce que les régions elles-mêmes sont une absurdité. Plus précisément, la décentralisation française est une absurdité et les régions en sont un des principaux aspect.<br />
En théorie, la France, qui est un État très centralisé, pourrait gagner à l&#8217;être un peu moins. En conséquence, les socialistes ont entrepris en 1982 de la &#8220;décentraliser&#8221;, c&#8217;est-à-dire d&#8217;attribuer des compétences auparavant exercées par l&#8217;État aux collectivités territoriales. Comme on leur a donné des compétences, on leur a transféré des moyens financiers pour les exercer.<br />
La logique aurait voulu que les moyens financiers en question prennent la forme de baisses d&#8217;impôts dus à l&#8217;État d&#8217;un côté et d&#8217;augmentation des impôts locaux de l&#8217;autre. Les impôts locaux ont augmenté, aucun doute là-dessus, mais les impôts nationaux, pas vraiment. Mais ce n&#8217;est pas le problème. Le problème est que le financement des collectivités territoriales est complètement incompréhensible et n&#8217;obéit à aucune espèce de logique. Concrètement, si le maire d&#8217;une commune veut s&#8217;acheter un musée ou un centre sportif, il va pouvoir se le faire financer pour l&#8217;essentiel par les autres collectivités territoriales, ainsi que l&#8217;État et l&#8217;Europe. Les règles qui président au financement des &#8220;territoires&#8221; ne sont comprises par à peu près personne, sauf les élus qui en connaissent ce qui présentent pour eux un intérêt.<br />
Inutile d&#8217;être plus technique sur ce chapitre. L&#8217;important est que tout le monde finance tout le monde, mais que personne ne sait qui finance quoi ou qui.<br />
Or, quand on finance un projet local quelconque, on finance du même coup la carrière de celui qui préside le territoire que ce projet concerne. Dans un certain nombre de cas, le &#8220;projet&#8221; peut tout simplement consister en un service de communication de la mairie que le maire utilisera pour faire sa publicité personnelle.<br />
Quant aux régions, elles vivent de ce point de vue-là comme les autres territoires, avec les particularités qui découlent de leurs attributions propres. Pour être bref, les missions des régions concernent des choses comme les transports publics ou le &#8220;développement&#8221;. C&#8217;est de la grande planification. On crée des zones industrielles, des TER, des infrastructures, etc. Les TER circulent généralement à vide mais les régions aiment bien les TER.<br />
Au cours des dernières décennies, les moyens des collectivités territoriales ont augmenté. l&#8217;État leur a transféré des compétences et des moyens. Les élus locaux ont dit que les moyens transférés n&#8217;étaient pas à la hauteur des compétences transférées, ce qui est probablement en partie exact. Le gouvernement veut pouvoir montrer qu&#8217;il a baissé les impôts et que ce sont les élus locaux qui ont augmenté les leurs, ce qui s&#8217;est effectivement produit. Comme le gouvernement est de droite et les élus locaux de gauche, du moins la plupart d&#8217;entre eux, petites communes exceptées, les intérêts sont relativement divergents entre le centre et les &#8220;territoires&#8221;.<br />
Mais dans l&#8217;ensemble, les choses se passent assez bien pour les élus locaux. Comme leurs budgets augmentent, ils n&#8217;ont pas eu beaucoup de problèmes pour se faire réélire ces dernières années. En 2004, Chirac a subi une humiliation que son attitude héroïque face à Bush ne semble pas avoir empêchée. En 2010, Sarkozy semble sur le point de subir une humiliation à peu près semblable, peut-être pire.<br />
La principale crainte des socialistes n&#8217;est apparemment pas une éventuelle victoire de la droite, mais plutôt que leurs concurrents de gauche obtiennent de bons résultats, ce qui serait effectivement ennuyeux de leur point de vue.<br />
Cela dit, la situation telle qu&#8217;elle est aujourd&#8217;hui n&#8217;est pas non plus fantastique pour les socialistes. Comme ils contrôlent quasiment toutes les régions et les grandes villes ainsi qu&#8217;un bon lot de départements, les socialistes sont désormais divisés en satrapies locales, et le QG de la rue de Solférino n&#8217;y peut pas grand-chose. Les satrapes locaux comme Royal ou Frèche peuvent humilier Aubry à peu près comme ils le souhaitent, il n&#8217;y a rien qu&#8217;elle puisse faire pour les en empêcher. Présider une région donne du pouvoir et des moyens. Personne ne regarde de près ce qui se passe dans les immeubles de luxe qui abritent les présidences de région. Les chambres régionales des comptes sont apparemment une blague. Les présidents de région peuvent faire circuler des TER vides, financer des projets géants et inutiles et distribuer toutes sortes de subventions déjà opaques en elles-mêmes mais quand même détournées. Ni l&#8217;État français, ni la direction de leur parti ne semble capable d&#8217;y faire quoi que ce soit.<br />
Du coup, on en viendrait presque à se demander si Sarkozy n&#8217;est pas relativement satisfait de laisser les régions aux socialistes ou, encore mieux, à des coalitions ingérables de socialistes, de verts et de gauchistes à la Besancenot qui non seulement se transformeront en barons régionaux enfermés dans les affaires locales, mais en outre se battront entre eux. La France a beaucoup à apprendre de l&#8217;Afghanistan, semble-t-il. Quand on y réfléchit, la problématique n&#8217;est pas très différente de celle des grandes villes, et on est en droit de se demander pourquoi Sarkozy a envoyé Françoise de Panaffieu se faire massacrer par Delanoë à Paris alors qu&#8217;il aurait peut-être pu désigner un candidat vaguement sérieux. Peut-être n&#8217;avait-il pas envie d&#8217;avoir un baron de Paris faisant en théorie partie du même camp que lui, ce qui pourrait se comprendre.<br />
Mais la réalité est probablement un peu plus prosaïque. On imagine assez mal Sarkozy perdant volontairement une élection, donc le plus probable est que la droite est tout simplement d&#8217;une incompétence assez remarquable.</p>
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		<title>La Géorgie est le centre du monde</title>
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		<pubDate>Wed, 03 Sep 2008 13:15:05 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Say No More</dc:creator>
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		<description><![CDATA[La raison pour laquelle l&#8217;idée de &#8220;droit des peuples à disposer d&#8217;eux-mêmes&#8221; a une telle durée de vie en dépit de l&#8217;impossibilité manifeste à la mettre en application de façon cohérente est peut-être précisément, d&#8217;une manière assez perverse, le fait qu&#8217;elle peut ainsi permettre à peu près n&#8217;importe quand à à peu près n&#8217;importe qui [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>La raison pour laquelle l&#8217;idée de &#8220;droit des peuples à disposer d&#8217;eux-mêmes&#8221; a une telle durée de vie en dépit de l&#8217;impossibilité manifeste à la mettre en application de façon cohérente est peut-être précisément, d&#8217;une manière assez perverse, le fait qu&#8217;elle peut ainsi permettre à peu près n&#8217;importe quand à à peu près n&#8217;importe qui de faire à peu près n&#8217;importe quoi.<br />
La Russie donne de cela une bonne illustration. La présence à la frontière russe d&#8217;une &#8220;Ossétie du Sud&#8221; incorporée à la Géorgie et posant, d&#8217;après elle, des problèmes insolubles autrement que par son intervention armée n&#8217;est due, après tout, qu&#8217;aux expériences d&#8217;ingénierie socio-géographique de Staline. Tout ce que les Russes peuvent reprocher de bonne ou de mauvaise foi aux Géorgiens découlent plus généralement du fait que la Géorgie existe telle qu&#8217;elle est, dans ses frontières actuelles, et cette existence n&#8217;est due qu&#8217;aux décisions administratives internes prises par l&#8217;URSS quand elle en faisait partie. Si la Géorgie est aujourd&#8217;hui une poubelle, c&#8217;est parce que son économie avait été transformée en un simple composant, absolument pas autonome, du système de division du travail soviétique, lequel était pour compléter le tableau totalement irrationnel. Comme ce système était irrationnel, la Russie n&#8217;avait plus aucune raison de continuer à acheter à la Géorgie, une fois celle-ci indépendante et une fois l&#8217;idéologie communiste abandonnée, les choses inutiles qu&#8217;elles avait été contrainte de produire jusque-là. D&#8217;où les banlieues industrielles désaffectées et cauchemardesques qui entourent Tbilissi, et plus généralement la situation économique lamentable du pays. Quant à la formation des élites géorgiennes au cours des quatre-vingt-dix dernières années, on peut supposer qu&#8217;elle n&#8217;a pas été exactement un facteur d&#8217;harmonie pour la période actuelle. Ainsi, on voit assez difficilement quel reproche, même fondé, adressé par la Russie à la Géorgie ne pourrait pas lui être renvoyé.<br />
D&#8217;une façon assez voisine, la Russie a adopté ces dernières années des positions qu&#8217;on aurait plus ou moins qualifiées de &#8220;révisionnistes&#8221; dans les années vingt ou trente. Insatisfaite de la situation dans laquelle l&#8217;a mise la fin de la guerre froide, la Russie veut redevenir une grande puissance et nous explique à nous, Européens, que nous y avons tout intérêt afin qu&#8217;il soit fait contrepoids à la puissance américaine. Poutine veut évidemment dire qu&#8217;il veut que la Russie soit plus puissante, l&#8217;argument de la multipolarité et du contrepoids n&#8217;a pas beaucoup de sens pour nous, Européens. Pourquoi devrions-nous souhaiter que la Russie soit plus puissante ? Si nous voulons faire contrepoids à la puissance américaine, nous devrions le faire nous-mêmes. Pourquoi se mettrait-on à avoir intérêt à ce qu&#8217;un voisin devienne plus puissant ? Mais peu importe, c&#8217;est accessoire.<br />
La Russie apparaît en tout cas comme une puissance humiliée qui veut retrouve la dignité dont nous, Occidentaux, l&#8217;avons privée, en l&#8217;humiliant à la fin de la guerre froide un peu comme nous l&#8217;avons fait avec les Allemands après la Première guerre mondiale.<br />
Les sommes versées à l&#8217;URSS de Gorbatchev, puis à la Russie de Eltsine par les pays occidentaux ont effetivement été importantes et on conçoit ce que cela peut avoir d&#8217;humiliant pour la Russie, mais on voit mal en quoi les pays occidentaux ont alors cherché à l&#8217;&#8221;écraser&#8221; ou à l&#8217;affaiblir délibérément, comme cela est souvent proclamé.<br />
L&#8217;URSS a effectivement été divisée en quinze Etats indépendants et privée de ses satellites, certains des premiers comme des seconds ayant par la suite rejoint l&#8217;OTAN et l&#8217;UE. Les Russes nous en veulent terriblement pour cela et trouvent qu&#8217;ils sont maintenant encerclés, sentiment qu&#8217;ils éprouvaient déjà en 1945 et qui a justifié à leurs yeux la satellisation de l&#8217;Europe orientale, puis qu&#8217;ils ont continué à éprouver par la suite et qui a justifié l&#8217;invasion de l&#8217;Afghanistan, la politique africaine de Brejnev, la politique cubaine de Krouchtchev, etc. En réalité, un empire est toujours encerclé. Quand on règne sur des provinces allogènes, on vit toujours sous la menace des Etats voisins pour peu que ces derniers entretiennent de vagues relations avec les provinces en question, d&#8217;une manière ou d&#8217;une autre. L&#8217;Autriche-Hongrie n&#8217;arrivait pas à maintenir sa cohérence interne avec une Serbie indépendante, pour prendre un exemple parmi beaucoup d&#8217;autres. Or, la Russie a du mal à être autre chose qu&#8217;un empire. Même &#8220;indépendante&#8221; des quatorze autres républiques soviétiques, la Russie demeure une &#8220;république fédérale&#8221; composée d&#8217;un système complexe de provinces, de nationalités et de langues différentes dont les relations avec le centre, s&#8217;il y en a vraiment un, sont compliquées, comme le savent les Tchétchènes. En bref, la Russie est un ensemble dont la cohérence est très difficile à maintenir et c&#8217;est peut-être ce qui explique que l&#8217;autoritarisme interne et externe y connaisse un tel succès aujourd&#8217;hui. Mais l&#8217;Occident n&#8217;y est pas pour grand-chose.<br />
Quant à la &#8220;nakba&#8221; nationale qu&#8217;aurait été selon Poutine la disparition de l&#8217;URSS, là aussi, quelle serait exactement notre responsabilité ? Même quand les Lituaniens ont commencé à déclarer leur indépendance, le président Bush n&#8217;y était pas favorable, pour ne rien dire de Mitterrand. Absolument tout le monde en Europe occidentale et aux Etats-Unis a freiné des quatre fers pour que l&#8217;URSS conserve sa place et un rang aussi important que possible. Personne n&#8217;aime voir disparaître d&#8217;un seul coup un empire ou un ensemble de cette taille. Tout le monde sait qu&#8217;un tel événement recèle un potentiel de déstabilisation et d&#8217;incertitudes important et les diplomates comme les dirigeants n&#8217;aiment généralement pas cela. Le fait est que ce sont les Soviétiques eux-mêmes qui ont non seulement entamé ce processus sous Gorbatchev, mais qui l&#8217;ont également mis en oeuvre jusqu&#8217;au bout. La vague d&#8217;indépendance a été pour l&#8217;essentiel une série de déclarations votées par les soviets &#8211; communistes &#8211; des républiques, et les mouvements indépendantistes eux-mêmes avaient souvent été créés par le KGB afin d&#8217;aider Gorbatchev à lutter contre ses propres contestataires, comme l&#8217;a montré Françoise Thome dans son ouvrage Les fins du communisme. De la même façon qu&#8217;on a accusé Français et Britanniques d&#8217;avoir recherché le découpage à leur profit de l&#8217;Empire ottoman avant et pendant la Première guerre mondiale, alors qu&#8217;ils s&#8217;étaient montrés au contraire très &#8220;conservateurs&#8221;, du moins jusqu&#8217;en 1915, on fait aujourd&#8217;hui aux Occidentaux un faux procès. Les problèmes de la Russie sont pour l&#8217;essentiel le fait des Russes, et cela vaut pour les problèmes qu&#8217;ils disent rencontrer en Géorgie.<br />
En termes stratégiques, il est en revanche relativement peu utile de savoir qui est responsable de quoi d&#8217;un point de vue historique. Le fait est que les Russes se perçoivent comme des victimes d&#8217;agressions occidentales et il faut en tenir compte. Le fait que cela soit faux est absolument pertinent parce qu&#8217;il en découle que la solution aux problèmes des Russes ne consiste pas à cesser de les agresser, puisque nous ne le faisons pas. En revanche, nous pouvons nous demander ce qui les conduit à percevoir ainsi leur situation.<br />
Robert Kagan fournit une bonne explication dans son dernier ouvrage (Le retour de l&#8217;histoire et la fin du rêve). Les révolutions &#8220;de couleur&#8221; ne sont peut-être pas des conspirations occidentales mais elles ont reçu l&#8217;aide d&#8217;ONG souvent aidées par des gouvernements occidentaux, lesquels les ont approuvées. Pour le régime russe, c&#8217;est une menace, non seulement pour les raisons stratégiques généralement évoquées, mais également parce qu&#8217;une contagion démocratique serait pour lui une catastrophe si elle atteignait la Russie. Ces &#8220;révolutions&#8221; ont généralement été très largement spontanées : les Géorgiens souhaitaient vraiment se débarrasser de Chevardnadze et les Ukrainiens non-russophones se rapprocher de l&#8217;Occident. Même les ONG étrangères n&#8217;étaient probablement pas des pures créations des services occidentaux. On peut même supposer qu&#8217;elles auraient été à peu près aussi actives si elles n&#8217;avaient reçu aucun soutien public.<br />
En tout cas, les partisans de la Russie comme les autres ont plutôt intérêt à supposer que les choses sont ainsi. La réalité est que la démocratie est une menace pour les régimes autoritaires, régimes généralement fragiles qui ont quelques raisons valables d&#8217;être paranoïaques. Aussi spontanées qu&#8217;elles aient pu être, ces révolutions n&#8217;en ont pas moins été perçues par le régime russe comme des agressions. Il y a donc une &#8220;agression démocratique&#8221; que Kagan décrit bien, mais il se trouve également que cette &#8220;agression&#8221; est probablement très largement spontanée, voulue par les sociétés civiles des pays occidentaux et pas nécessairement contrôlables par les Etats occidentaux.<br />
L&#8217;existence d&#8217;un régime à peu près démocratique et très pro-occidental en Géorgie constitue donc un problème pour Poutine. Derrière ses discours légèrement farfelus sur la menace que fait peser la Géorgie sur la Russie se trouve cette réalité : le régime géorgien pèse plus lourd face au régime russe que la Géorgie face à la Russie.<br />
Les Etats occidentaux disposent de plusieurs options pour faire face au problème constitué par la perception russe de cette menace. Ils peuvent essayer de se montrer plus ou moins conciliants ou menaçants, décider de défendre la Géorgie, de ne pas la défendre mais de défendre les Etats baltes et la Pologne au cas où Poutine se tournerait vers eux, ou ne rien faire du tout. Cela dépend en partie de l&#8217;idée qu&#8217;on se fait du potentiel de nuisance russe : la Russie est à la fois forte et faible et ses intérêts, d&#8217;une manière générale, sont difficiles à hiérarchiser. Personne ne sait très bien vers quoi elle se dirige.<br />
Mais dans tous les cas de figure, il faut bien comprendre que l&#8217;inimitié que ressentent les dirigeants russes vis-à-vis de nous est sérieuse et que ce qu&#8217;elle les poussera, et les pousse déjà, à faire, n&#8217;est pas nécessairement très rationnel. Il ne faut pas s&#8217;en étonner, l&#8217;irrationnalité ne devrait jamais surprendre. Elle doit simplement être prsie en considération.</p>
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		<title>Comment maîtriser le cours de la viande ?</title>
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		<pubDate>Fri, 18 Jul 2008 10:41:30 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Say No More</dc:creator>
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			<content:encoded><![CDATA[<p>On peut vraiment se demander si les adversaires de peine de mort, c&#8217;est-à-dire les gens qui la proscrivent absolument pour des raisons philosophiques, ont trouvé un moyen pour ne jamais penser à des gens comme Samir Kuntar, qui va pouvoir poursuivre la carrière prometteuse qu&#8217;il avait joyeusement entamée en 1979. Si Badinter trouve vraiment que le monde est un meilleur endroit si on ne le débarrasse pas de cette personne, il serait intéressant d&#8217;entendre ce qu&#8217;il a à dire à ce sujet.<br />
Mais il arrive que la politique et les sentiments soient sérieusement en conflit, et en pareil cas, il est parfois bon que la politique l&#8217;emporte. Dans le cas présent, les sentiments étaient des deux côtés à la fois : Mme Haran, rescapée des débuts professionnels de Kuntar, n&#8217;était apparemment pas enthousiaste à l&#8217;idée que ce dernier soit lâché dans la nature. Mme Goldwasser, quant à elle, trouvait manifestement que récupérer son mari dans un cercueil valait mieux que de ne pas savoir ce qu&#8217;il était devenu. Quant à la famille Arad, elle n&#8217;avait de toute façon aucune chance.<br />
L&#8217;Etat israélien aurait donc pu choisir assez froidement une solution ou une autre et la justifier par un discours compassionnel. Olmert n&#8217;était acculé à rien du tout. Il a probablement voulu privilégier l&#8217;activisme diplomatique, les démarches &#8220;de paix&#8221; et la bonne image d&#8217;Israël, pays tellement plus humain que ses ennemis qu&#8217;il est disposé à un échange à la fois humiliant et désastreux sans qu&#8217;on en comprenne très bien l&#8217;intérêt exact.<br />
Les gouvernements sont parfois capables de commettre et de reproduire des erreurs assez évidentes. C&#8217;est ainsi. Dans le cas présent, l&#8217;erreur évidente consiste à accepter une transaction désavantageuse que l&#8217;ennemi peut reproduire plus ou moins à volonté. Ce n&#8217;est certainement pas très difficile de kidnapper un touriste israélien à l&#8217;étranger, par exemple en Amérique du Sud ou en Asie, et de l&#8217;échanger deux ans plus tard contre des dizaines de prisonniers arabes, voire, s&#8217;il n&#8217;en reste plus, contre d&#8217;autres choses : des armes, de l&#8217;argent, et pourquoi pas des territoires ? Si l&#8217;Etat israélien n&#8217;a aucun argument à opposer à l&#8217;idée que &#8220;tout&#8221; doit être fait pour sauver un otage ou même pour récupérer son cadavre, il aura du mal à refuser.<br />
Ce serait donc un bon moment pour appliquer quelques prescriptions simples en matière d&#8217;otages. Les voici :<br />
- Interdire le versement d&#8217;une rançon. Une loi devrait interdire au gouvernement de verser une rançon afin de récupérer un otage, sauf si la rançon en question consiste elle-même en otages capturés après le début de la crise afin de constituer une monnaie d&#8217;échange.<br />
- Brûler les bateaux. Quand on n&#8217;est pas assez confiant vis-à-vis de soi-même pour pouvoir garantir qu&#8217;on fera preuve de courage lorsqu&#8217;il le faudra, il faut se mettre dans une position telle qu&#8217;on n&#8217;aura pas le choix. Le commerce des otages est un commerce qui n&#8217;est profitable qu&#8217;à un partenaire. L&#8217;autre a donc intérêt à ce que ce commerce cesse. Le commerce en général étant rendu impossible par l&#8217;absence de confiance, il faut que les gouvernements des pays civilisés prouvent qu&#8217;ils ne sont pas fiables et qu&#8217;on ne peut pas leur faire confiance. Israël aurait dû loger une balle dans la tête de chacun des prisonniers qu&#8217;il a libérés et les restituer ainsi. Israël devrait prendre des engagements vis-à-vis des preneurs d&#8217;otages et ne pas les tenir. Il faudrait organiser des réunions secrètes avec des représentants des ravisseurs et les assassiner. Tout devrait être fait pour que les négociations avec des preneurs d&#8217;otages ne soient plus possibles.<br />
- Isoler les familles. La plupart des gens normaux seraient prêts à sacrifier la population de leur pays pour récupérer leurs enfants, ce qui est parfaitement normal. Il est inutile de demander aux intéressés de déclarer vouloir sacrifier leur fils ou leur fille pour le bien de la nation : ils ne le feront généralement pas. Le plus simple serait de leur interdire toute apparition publique pendant la durée de la crise, avec les dispositions qu&#8217;il faudra pour les cas un peu complexes (comme les prises d&#8217;otages qui s&#8217;étendent sur plusieurs années, par exemple). Les familles n&#8217;en seront pas beaucoup plus heureuses mais au moins, elles n&#8217;auront pas de problème de conscience et personne ne leur en voudra d&#8217;avoir leurs propres objectifs.<br />
- Oublier les otages. Les Américains ont décidé de ne pas trop parler de leurs otages depuis l&#8217;affaire de l&#8217;ambassade à Téhéran en 1979. S&#8217;il est en pratique possible d&#8217;éviter que ne se créent des comités et que l&#8217;activité associative ne devienne complètement hystérique à chaque fois qu&#8217;un otage est capturé, ce sera une excellente chose. De toute façon, la disposition envisagée plus haut à propos des familles doit être complétée pour éviter que des &#8220;porte-paroles&#8221; ne prennent le relais.<br />
- Protéger la justice. Depuis quand un gouvernement peut-il légalement faire libérer un prisonnier de droit commun qui n&#8217;a pas fini de purger sa peine ? D&#8217;une manière ou d&#8217;une autre, une loi, voire une loi constitutionnelle, devrait interdire explicitement la libération d&#8217;un prisonnier faisant l&#8217;objet d&#8217;une demande de libération appuyée par une prise d&#8217;otage.<br />
- Privilégier la force. Une libération par la force devrait être tentée dès lors que l&#8217;otage est localisé et qu&#8217;on a une vague idée de la manière dont l&#8217;opération pourrait être conduite. Les risques pour ceux qui opèreront doivent être pris en considération, mais de façon relative. Il n&#8217;est pas absurde de sacrifier dix personnes pour en libérer une. L&#8217;important, dans ces affaires, est surtout le bilan du point de vue des preneurs d&#8217;otages, et il faut qu&#8217;il soit au mieux négatif, et de préférence désastreux.<br />
- Autoriser explicitement la prise d&#8217;otages du bord opposé en pareille situation. Faute d&#8217;une libération par la force, un échange peut être envisagé à condition que ne soient échangés que des nouveaux prisonniers. Accessoirement, l&#8217;exécution de ces derniers devraient également être autorisée quand la situation le justifie, mais ne rêvons pas.<br />
Ces recommandations suivent pour l&#8217;essentiel deux principes : faire en sorte qu&#8217;une prise d&#8217;otages ne puisse pas être profitable ; mettre en place les garde-fous légaux nécessaires pour empêcher le gouvernement d&#8217;enfreindre le premier principe ; faire en sorte que les deux premiers principes soient affichés publiquement ; faire en sorte que leur respect puisse être contrôlé par un juge.<br />
Toutes ces mesures peuvent faire l&#8217;objet de lois devraient prendre le pas sur la liberté de manoeuvre du gouvernement. La &#8220;raison d&#8217;Etat&#8221;, principe sur lequel s&#8217;appuient les gouvernements pour ne pas respecter leurs propres lois, trouve parfois des justifications, mais dans ce cas précis, c&#8217;est un piège. En cas de prise d&#8217;otage, le gouvernement est plus fort s&#8217;il agit sous la contrainte. Ulysse avait ordonné à ses compagnons de l&#8217;attacher au mât afin qu&#8217;il ne puisse pas diriger son bateau vers les srènes. Il n&#8217;aurait pas résisté à la beauté de leur chant s&#8217;il avait eu les mains libres et il le savait. Il doit en être de même pour le gouvernement en cas de prise d&#8217;otage car c&#8217;est apparemment le seul moyen pour qu&#8217;il soit en mesure de résister aux chants des sirènes d&#8217;aujourd&#8217;hui que sont la pression médiatique et les sondages d&#8217;opinion.</p>
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		<title>La cueillette est pour bientôt</title>
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		<pubDate>Fri, 11 Jul 2008 13:06:21 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Say No More</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Pourquoi les gardiens de la révolution diffusent-ils une photo truquée représentant quatre missiles en train de décoller alors que trois seulement ont décollé tandis qu&#8217;un quatrième avait manifestement un problème ?
Contrairement aux autres cas récents de trucages de photos, on a ici affaire à un organe officiel qui contrôle l&#8217;ensemble du processus, à commencer par [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Pourquoi les gardiens de la révolution diffusent-ils une photo truquée représentant quatre missiles en train de décoller alors que trois seulement ont décollé tandis qu&#8217;un quatrième avait manifestement un problème ?<br />
Contrairement aux autres cas récents de trucages de photos, on a ici affaire à un organe officiel qui contrôle l&#8217;ensemble du processus, à commencer par l&#8217;action elle-même, c&#8217;est-à-dire le décollage des missiles, la diffusion des autres documents photographiques et filmés qui représentaient le décollage de trois, et non de quatre, missiles, le trucage et la diffusion de la photo truquée.<br />
Autrement dit, ce sont plus ou moins les mêmes personnes qui ont diffusé la version authentique et la version truquée.<br />
Qu&#8217;est-ce que la version truquée apporte de plus que la version authentique ? Elle masque, ou plutôt prétend masquer, le dysfonctionnement d&#8217;un lanceur sur quatre, ou de son missile. Evidemment, s&#8217;il était aussi ennuyeux pour le gouvernement iranien de montrer un missile ne décollant pas, personne ne les obligeait à diffuser le film et les photos où figurait le missile immobile.<br />
Ce sont apparemment les gardiens de la révolution qui ont mis la photo truquée sur leur site. La photo a ensuite été reprise par l&#8217;AFP, laquelle s&#8217;est apparemment rendue compte assez rapidement du trucage (apparemment très facile à détecter pour des professionnels). Maintenant, les gardiens de la révolution sont ridicules.<br />
Pourquoi ont-ils fait cela ? Une explication pourrait être que la photo était destinée à un usage essentiellement interne. Si leur site est en langue iranienne, ce qui est probable, ils ont peut-être estimé que la photo seraient plus jolie comme ça. Leur public habituel ne doit pas être particulièrement méfiant en matière d&#8217;information et le but était peut-être d&#8217;accroître encore un peu l&#8217;enthousiasme révolutionnaire des masses.<br />
Les gardiens de la révolution n&#8217;ont donc pas fait très attention à leur réputation internationale. Peut-être cette négligence procède-t-elle d&#8217;une attitude plus générale des autorités iraniennes. Quand les Nord-coréens &#8220;informent&#8221; leur population de toutes les merveilles à mettre à l&#8217;actif de leur régime, ils n&#8217;espèrent probablement pas convaincre grand-monde à l&#8217;extérieur de leurs frontières. &#8220;Dogme en-deça de la DMZ, délire totalitaire au-delà&#8221;, et personne ne se pose tellement plus de questions que cela. L&#8217;Iran en est-il à ce stade ?<br />
Quand les gardiens de la révolution &#8220;communiquent&#8221; sur le programme balistique iranien, il faut croire que c&#8217;est le public iranien qui les intéresse. Plus généralement, le gouvernement iranien a peut-être voulu faire parvenir un &#8220;message&#8221; aux Occidentaux, mais le moins qu&#8217;on puisse dire est que le message en question n&#8217;était pas particulièrement convaincant. Apparemment, on a assez rapidement conclu que les missiles en question étaient les habituels V-2 améliorés et rien de plus, contrairement à ce que prétendaient les Iraniens.<br />
Si les autorités iraniennes veulent montrer à leur population que l&#8217;Iran est militairement très puissant et capable de dissuader les Occidentaux, c&#8217;est peut-être un signe indiquant que la population en doute. Par ailleurs, une partie au moins de la population iranienne est capable de détecter la supercherie photographique et, plus généralement, de relever l&#8217;absence de sérieux de la démonstration. A Téhéran et dans les principales villes, un certain nombre de gens sont capables d&#8217;accéder à Internet et il n&#8217;en faut pas beaucoup plus.<br />
L&#8217;Iran est un pays assez comparable à l&#8217;URSS des années quatre-vingt. Le régime est de type totalitaire. Il exerce son contrôle sur une partie importante de la vie privée des gens ainsi que sur l&#8217;essentiel de l&#8217;économie. La vie politique y est strictement encadrée.<br />
Le régime doit se méfier de deux composantes de la population : les élites urbaines, qui considèrent les dirigeants comme des terroristes analphabètes, et les minorités des régions périphériques (Arabes, Azéris, Baloutchs, Kurdes, principalement), qui sont toujours plus ou moins tentées par le séparatisme. Le régime s&#8217;appuie probablement sur les Perses ruraux ou d&#8217;origine rurale (à peu près 70% de la population est aujourd&#8217;hui urbaine), des gens plus religieux que la moyenne sur lesquels s&#8217;est appuyée la révolution de 1979. Tout cela est classique. Il ne faut pas sous-estimer le soutien populaire du régime. Les gens qui visitent Téhéran sont généralement frappés par le rejet dont le régime semble faire l&#8217;objet auprès des Iraniens les plus éduqués, ceux qui parlent anglais et qui veulent bien discuter avec des Occidentaux, mais l&#8217;ambiance est apparemment assez différente dans les campagnes et même, probablement, dans les quartiers les plus pauvres de la capitale.<br />
On peut supposer que le régime peut tirer quelque chose de campagnes de communication aussi lamentables que celle dont il est ici question auprès de ces populations, mais pas tellement auprès des élites ni des minorités.<br />
Le régime essaye donc de montrer donc sa force au peuple et cela renforce peut-être le soutien dont il bénéficie mais, cela signifie également que si l&#8217;on montre un jour au peuple iranien à quel point son régime est en réalité faible, les conséquences peuvent être intéressantes. Or, il existe un moyen assez efficace pour faire une telle démonstration : détruire l&#8217;ensemble de son programme nucléaire. Si une telle chose se produit, il est très probable que le régime mettra immédiatement en scène un grand ralliement patriotique afin de montrer aux Occidentaux à quel point ils ont eu tort d&#8217;attaquer l&#8217;Iran. Tout ne sera d&#8217;ailleurs peut-être pas faux dans une telle démonstration, mais il faut bien garder à l&#8217;esprit le fait que même si un ceretain ralliement populaire est alors observé, sa sincérité sera extrêmement douteuse et une partie notable de la population n&#8217;y participera pas. Aujourd&#8217;hui, le régime ne sait probablement pas très bien dans quelle mesure la population le soutient, et il en saura encore moins au lendemain d&#8217;une attaque. En outre, il est parfaitement possible d&#8217;infliger au régime une humiliation telle que son prestige interne s&#8217;en trouvera très diminué, et avec lui la crainte qu&#8217;il inflige à la population. La suite échappera au contrôle des Occidentaux. Peut-être ce régime peut-il être éliminé en douceur comme l&#8217;ont été ceux d&#8217;Europe de l&#8217;Est ; peut-être saura -t-il se défendre comme l&#8217;a fait celui de Saddam Hussein en 1991. C&#8217;est difficile à dire, mais la question mérite certainement d&#8217;être étudiée.<br />
En attendant, il est possible que cette récente campagne de communication ait surtout communiqué au reste du monde des réflexions du type de celle ébauchée ici. Les mensonges et le trucages ne donne pas exactement l&#8217;impression de faire face à des génies diaboliques.<br />
Quand la priorité d&#8217;un régime est d&#8217;intoxiquer sa propre population, il est probable qu&#8217;il s&#8217;intoxique lui-même en même temps, et un régime auto-intoxiqué est un régime faible. Le fruit est en train de mûrir, n&#8217;oublions pas de le cueillir quand le moment en sera venu.</p>
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		<title>La liberté d&#8217;expression n&#8217;est pas un luxe</title>
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		<pubDate>Wed, 18 Jun 2008 12:07:36 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Say No More</dc:creator>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>

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		<description><![CDATA[Et ce serait vraiment dommage de la limiter.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://www.nomansblog.com/wp-content/themes/3ColumnK2/images/hot.jpg" alt="Jane Fonda s'exprime." /></p>
<p><img class="aligncenter" title="Jane Fonda s'exprime" src="http://www.searchenginepeople.com/wp-content/uploads/2009/11/d85d369db2bbc01fb1d5e1304437244f.jpeg" alt="" width="304" height="396" /></p>
<p><em>Et ce serait vraiment dommage de la limiter.</em></p>
<p>Le New York Times a récemment publié un article dans lequel l&#8217;auteur se demandait si la liberté d&#8217;expression telle qu&#8217;elle est garantie par la constitution américaine n&#8217;était pas excessive et plus ou moins anachronique. L&#8217;auteur remarquait à juste titre que les Etats-Unis font aujourd&#8217;hui figure d&#8217;exception puisqu&#8217;ils sont l&#8217;une des seules démocraties (et tout simplement l&#8217;un des seuls pays) où l&#8217;on peut écrire et dire publiquement à peu près ce qu&#8217;on veut. Il y a quand même quelques restrictions dans ce domaine aux Etats-Unis mais elles relèvent généralement soit de la transmission d&#8217;informations, soit de cas particulier. Par exemple, c&#8217;est un crime fédéral, paraît-il, de discuter de l&#8217;éventuel assassinat du président.<br />
Concernant la distinction entre expression d&#8217;une opinion et diffusion d&#8217;une information, c&#8217;est une distinction qui n&#8217;est pas formulée en tant que telle par les textes législatifs ou par les gens qui discutent de la liberté d&#8217;expression, mais elle est peut-être pertinente. Diffuser un secret d&#8217;Etat et diffamer quelqu&#8217;un sont deux actes qui relèvent de la diffusion d&#8217;informations, vraies ou fausses. S&#8217;il est difficile d&#8217;établir une limite claire entre ce que l&#8217;Etat doit ou non pouvoir interdire dans ce domaine, on peut en revanche plus facilement discuter des limites de son pouvoir en matière d&#8217;expression d&#8217;opinions. Reste à savoir si diffusion d&#8217;informations et expression d&#8217;opinions peuvent aussi facilement être séparées, et qui se chargera de le faire. La question n&#8217;est pas évidente, mais le propos du New York Times relevait clairement de la deuxième catégorie. L&#8217;auteur de l&#8217;article suggérait de façon assez insidieuse que les Etats-Unis ont probablement tort d&#8217;estimer que tout individu a le droit d&#8217;exprimer l&#8217;opinion qu&#8217;il veut.<br />
Evidemment, il est toujours facile de citer des cas dans lesquels l&#8217;expression d&#8217;une opinion a eu des conséquences dommageables. Un caricaturiste danois a fait un dessin qui a déplu à des gens capables de faire du tort : peu importe qu&#8217;il ait tort ou raison, l&#8217;acte a eu des conséquences néfastes donc il aurait mieux valu qu&#8217;il n&#8217;ait pas lieu. Une bande d&#8217;antisémites diffuse des textes idiots visant à convaincre que l&#8217;holocauste est en grande partie une légende : cela heurte des gens qui ont eu à souffrir des événements en question, donc peu de gens protesteront si on interdit la diffusion des textes en question. Interdire paraît toujours facile puisque les problèmes s&#8217;en trouvent, apparemment du moins, instantanément réglés. Il est difficile d&#8217;opposer au bénéfice concret et immédiat d&#8217;une interdiction le bénéfice diffus et difficile à mesurer d&#8217;une liberté. Si la liberté d&#8217;expression tue ou fait du mal, il suffit donc de la limiter. Les propos homophobes avaient, pensait-on, causé la mort d&#8217;un homosexuel. Quels que puissent être les bénéfices supposés de la liberté d&#8217;expression, ils ne pouvaient valoir autant qu&#8217;une seule vie. On a donc interdit les propos homophobes.<br />
Une question qu&#8217;il pourrait être intéressant de poser aux partisans de ces restrictions serait la suivante : combien de vies de soldats américains ont été perdues pendant la guerre du Vietnam du fait des reportages démoralisants, biaisés et souvent tout simplement mensongers diffusés à l&#8217;époque par la presse ? Et même en s&#8217;en tenant à la simple expression d&#8217;opinions, quel est le bilan humain des manifestations pacifistes ou des éditoriaux pessimistes parus dans les journaux ? Si les soldats sont démoralisés du fait de l&#8217;hostilité d&#8217;une partie de leur population, ou si le gouvernement choisit une stratégie politiquement plus défendable mais moins avantageuse pour les troupes, par exemple en s&#8217;interdisant certains bombardements ou l&#8217;usage de certaines armes, il est tout à fait plausible que les pertes s&#8217;en trouvent accrues. Les gens qui passent leur temps à demander que les armées occidentales s&#8217;interdisent d&#8217;utiliser des mines antipersonnel, des bombes à fragmentation ou des projectiles en uranium appauvri ne risquent-ils pas de se rendre responsables de la mort d&#8217;au moins un soldat ?<br />
Pour être encore plus précis, les gens qui militent contre la torture ont généralement du mal à être très convaincants quand ils éludent les questions précises qui leur sont posées sur ce qu&#8217;il convient de faire dans les situations où la torture est le seul moyen d&#8217;empêcher un attentat meurtrier. L&#8217;expression de leur opinion peut être meurtrière.<br />
L&#8217;attentat homophobe mentionné plus haut n&#8217;en était pas un, comme on l&#8217;a su quelques mois après les faits. Pourtant, on n&#8217;a pas abrogé la loi anti-homophobie qui avait été votée à cette occasion. L&#8217;article du New York Times cite comme motif de limitation de la liberté d&#8217;expression le fait qu&#8217;un discours puisse éventuellement avoir des conséquences néfastes, pas que ces dernières soient avérées. Quand des manifestants exigent des Israéliens qu&#8217;ils se retirent de tel endroit où leur armée est occupée à neutraliser des terroristes, ils accroissent les chances pour que ces derniers puissent à un moment reprendre leur activité avec succès. Si l&#8217;on appliquait la logique du New York Times ou des gens cités par l&#8217;article en question, ces manifestations devraient probablement être interdites.<br />
Evidemment, les gens qui veulent interdire les propos homophobes ou la contestation de la qualification juridique du génocide arménien trouveraient probablement insupportable qu&#8217;on leur interdise de participer à des manifestations anti-israéliennes, mais ils auraient bien du mal à expliquer logiquement pourquoi l&#8217;une des deux interdiction leur convient et pas l&#8217;autre.<br />
C&#8217;est que si l&#8217;on limite la liberté d&#8217;expression, il vaut mieux tracer effectivement une limite et pas simplement déroger ponctuellement au principe en fonction de ses humeurs du moment. C&#8217;est non seulement une exigence logique mais également un conseil prudent, car les réactions en chaînes sont rapides dans ce domaine. Les organisations juives obtiennent la criminalisation du négationnisme, les organisations arméniennes veulent leur part et tentent d&#8217;obtenir celle de la constestation citée plus haut, les organisations noires se rabattent sur l&#8217;esclavage, et ainsi de suite. On n&#8217;en sort pas et le phénomène est bien connu en France de nos jours. Comme personne, ou du moins aucune organisation constituée, n&#8217;a vraiment intérêt à réclamer le respect de la liberté d&#8217;expression, le phénomène s&#8217;étend et tout le monde s&#8217;habitue à ce que les débats intellectuels deviennent des débats plus ou moins juridiques ou les opinions ne sont plus vraies ou fausses mais légales ou illégales. Seuls les avocats s&#8217;y retrouvent, mais ceux qui sont obligés de faire appel à eux parce qu&#8217;une association plus ou moins obscure s&#8217;est trouvée investie du pouvoir de leur gâcher l&#8217;existence sont moins heureux.<br />
Or, le problème n&#8217;est pas simplement que la liberté est en elle-même une chose précieuse pour l&#8217;individu. Ce problème existe tout à fait et il n&#8217;y a aucune raison d&#8217;en diminuer l&#8217;importance mais les choses vont plus loin.<br />
En premier lieu, plus la liberté diminue, plus les individus qui y sont le plus attachés sont marginalisés, ce qui n&#8217;est pas spécialement bon pour une société. Pas besoin d&#8217;être homophobe ni de croire que les chambres à gaz étaient des vestiaires de salle de sports pour se sentir mis à l&#8217;écart quand la société évolue comme elle le fait aujourd&#8217;hui. Un individu épris de liberté n&#8217;a aucune envie de participer aux activités qui visent à la diminuer. La politique, l&#8217;administration, les &#8220;activités associatives&#8221;, la police ou la magistratures sont autant d&#8217;activités que les libéraux ou tout simplement les gens tolérants ont probablement de moins en moins envie d&#8217;exercer. On peut y ajouter le journalisme et à peu près tout ce qui peut être décrit comme une &#8220;sphère de pouvoir&#8221;. Un individu aimant la liberté ne peut que s&#8217;y trouver confronté à des dilemmes déplaisants : voter ou préparer une loi restreignant la liberté d&#8217;expression quand on travaille dans le monde politique, l&#8217;appliquer quand on travaille dans l&#8217;administration, dénoncer ceux qui l&#8217;enfreignent et leur faire des procès quand on fait partie de certaines associations, les arrêter quand on est policier, les juger quand on est juge, en dire du mal quand on est journaliste. La société est progressivement façonnée par la plus ou moins grande liberté qui s&#8217;y exerce, et limiter la liberté produit une société conformiste et lâche. En France, de nos jours, exprimer une opinion personnelle contraire à ce qui est généralement admis n&#8217;est pas le meilleur moyen de se faire des amis.<br />
Mais le plus regrettable est peut-être le fait que la liberté d&#8217;expression a toujours été une force et non une faiblesse. C&#8217;est là que le fameux texte de Bastiat sur ce qu&#8217;on voit et ce qu&#8217;on ne voit pas prend toute sa force, car l&#8217;idée de Bastiat ne s&#8217;applique pas qu&#8217;aux fabricants de carreaux et aux exemples qu&#8217;il cite. Les bénéfices de la liberté d&#8217;expression sont peu visibles mais très réels. Victor Davis Hanson montre dans &#8220;Carnage et Culture&#8221; que la liberté d&#8217;expression et la critique interne ont toujours constitué l&#8217;un des piliers de la puissance militaire occidentale. Les généraux conçoivent des plans de bataille qui fonctionnent parce qu&#8217;ils sont soumis à la critique, et pas seulement après que le désastre ait eu lieu. Les plans de bataille peuvent être critiqués parce que les décisions du gouvernement en général peuvent l&#8217;être, et elles peuvent l&#8217;être parce que les sociétés occidentales sont faites de gens responsables, habitués à gérer leurs propres affaires et à subir ainsi qu&#8217;à assumer les conséquences de leurs erreurs. Les gens qui ont critiqué l&#8217;armée et le gouvernement américain pendant la guerre du Vietnam ont sans doute fait un tort considérable aux Etats-Unis &#8211; et au Vietnam &#8211; à cette époque, mais c&#8217;est ce torrent de critiques et ses conséquences qui ont indirectement provoqué la rénovation militaire qui a eu lieu aux Etats-Unis dans la décennie suivante. Il aurait été relativement facile, et il était sans doute très tentant, de faire taire ces gens, mais cela aurait été une erreur.<br />
On cite toujours Voltaire disant à son interlocuteur que bien qu&#8217;en désaccord avec son opinion, il mourra pour qu&#8217;il puisse l&#8217;exprimer. A la limite, on ne lui en demande pas tant : qu&#8217;il se contente de ne pas demander qu&#8217;on le mette en prison et ce sera déjà bien. Néanmoins, quand Jane Fonda rendait visite aux prisonniers de guerre américains à Hanoï afin de les humilier encore un peu plus, la situation imaginée par Voltaire n&#8217;était pas loin d&#8217;être réalisée. Les prisonniers étaient effectivement en train de souffrir, et pour certains de mourir, afin que Jane Fonda puisse continuer à exprimer ce qui lui tenait lieu d&#8217;opinion. En fin de compte, c&#8217;est essentiellement pour cela qu&#8217;ils se battaient, mais à ce moment précis, ils n&#8217;auraient peut-être pas été très heureux de le savoir.</p>
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		<title>Une jolie pétition</title>
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		<pubDate>Thu, 05 Jun 2008 15:02:22 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Say No More</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Ce qui est amusant avec la pétition signée par des journalistes et parue dans le Nouvel observateur afin de soutenir Enderlin, c&#8217;est que ses auteurs affirment au moins une chose qu&#8217;Enderlin lui-même a cessé d&#8217;affirmer depuis un moment, à savoir que les balles censées avoir tué Mohammed al-Dura venaient de la position israélienne. Enderlin, dans [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Ce qui est amusant avec la pétition signée par des journalistes et parue dans le Nouvel observateur afin de soutenir Enderlin, c&#8217;est que ses auteurs affirment au moins une chose qu&#8217;Enderlin lui-même a cessé d&#8217;affirmer depuis un moment, à savoir que les balles censées avoir tué Mohammed al-Dura venaient de la position israélienne. Enderlin, dans un article paru dans le Figaro au moment où son affaire avait commencé à faire un peu de bruit en France, avait reconnu quelque chose comme une erreur de sa part sur ce point.<br />
Or, quand un journaliste écrit un texte visant à assurer le lecteur de la rigueur d&#8217;un autre journaliste, il a plutôt intérêt a faire preuve lui-même d&#8217;un minimum de rigueur. Après tout, en principe, un journaliste est censé raconter ce qui se passe et non ce qui ne se passe pas.<br />
C&#8217;est évidemment très théorique. Dire la vérité est une préoccupation assez mineure pour la plupart des journalistes et des reporters, surtout dans le pays où sont censés s&#8217;être déroulés les événements racontés par Enderlin.<br />
Les signataires de la pétition trouvent que les reporters ne devraient pas être attaqués aussi durement par des gens qui : &#8220;ignorent tout des réalités du terrain et n’ont aucune expérience du journalisme dans une zone de conflit&#8221;, mais en quoi cela les différencie-t-il d&#8217;Enderlin ? Enderlin n&#8217;était pas présent là où est censé s&#8217;être déroulé l&#8217;incident et il n&#8217;est franchement pas évident qu&#8217;ils se soit souvent rendu dans une zone de combat. En dehors de ses reportages pour le journal télévisé de France 2, Enderlin a écrit quelques livres sur le sujet, mais le plus connu d&#8217;entre eux, le Rêve brisé, et probablement les autres, ne contiennent que des récits de rencontres diplomatiques ou éventuellement d&#8217;événements politico-médiatiques (des déclarations publiques ou ce genre de choses) et absolument aucun renseignement vaguement original sur le fameux &#8220;terrain&#8221; ou sur ce qui se passe dans les &#8220;zones de combat&#8221;. Enderlin peut bien apparaître au journal télévisé avec un accoûtrement de reporter de &#8220;terrain&#8221; (le blouson sans manches, etc.), il reste qu&#8217;il n&#8217;y met apparemment pas souvent les pieds et qu&#8217;il ne s&#8217;intéresse apparemment pas beaucoup à ce qui s&#8217;y passe.<br />
Enderlin et beaucoup de ses collègues ont passé au moins sept ans et en fait plus de temps que cela à faire leur possible pour que le public français, européen et américain, entre autres, soit le plus possible hostile à l&#8217;Etat d&#8217;Israël. A cette fin, ces gens ont passé leur temps à mentir et à diffuser de fausses informations dont le massacre de Jénine ou les nuées d&#8217;espions israéliens capturés aux Etats-Unis, ou encore les Palestiniennes violées par les soldats israéliens, ainsi que des communiqués quotidiens totalement fantaisistes sur les incidents et les combats limités dans les territoires. En revanche, ces mêmes reporters &#8220;de terrain&#8221;, habitués aux zones de combat, n&#8217;ont pratiquement jamais jugé utile de rapporter les sermons appelant à l&#8217;extermination des juifs tenus dans les mosquées palestiniennes, les émissions pour enfant appelant à la même chose ou les discours publics de dirigeants palestiniens appelant encore plus ou moins au même genre de choses. Tout cela a été documenté de façon extrêmement précise grâce à des initiatives plus ou moins individuelles et généralement privées, et en tout cas beaucoup moins subventionnées que France 2, mais nettement plus sérieuses.</p>
<p>La profession journalistique s&#8217;est couverte de honte pendant ce conflit, et ce n&#8217;est certainement pas la première fois que cela lui arrive. Le Cambodge des Khmers rouges et la Chine de Mao font partie des bénéficiaires passés de la sympathie qu&#8217;a éprouvée vis-à-vis d&#8217;eux la profession journalistique. Mais il serait intéressant de savoir si cette dernière a employé à cette époque des moyens comparables à ceux dont elle fait aujourd&#8217;hui usage pour se protéger.</p>
<p>Il est possible que des affaires comme celle qui agite aujourd&#8217;hui cette profession deviennent de plus en plus nombreuses et ennuyeuses pour elle. Quand Poivre d&#8217;Arvor a tranquillement diffusé une fausse interview de Fidel Castro, personne ne l&#8217;a vraiment inquiété et il est toujours là, mais à cette époque, l&#8217;Internet n&#8217;existait pas. Aujourd&#8217;hui, il existe et les journalistes ont évidemment parfaitement compris qu&#8217;il constitue pour eux une menace. L&#8217;idéal pour la corporation journalistique serait que l&#8217;Internet disparaisse, mais ce n&#8217;est pas réaliste. Une autre possibilité serait que l&#8217;Etat crée une sorte de &#8220;label&#8221; afin de distinguer les sites &#8220;sérieux&#8221;, c&#8217;est-à-dire tenus par des journalistes, de ceux qui ne le sont pas, c&#8217;est-à-dire les blogs, par exemple, conformément à ce qu&#8217;avait envisagé Donnedieu de Vabres à un moment. Ensuite, il serait toujours possible de mettre en place sur cette base un système permettant de marginaliser tout ce qui ne serait pas &#8220;professionnel&#8221;, éventuellement par des réglementations ou des lois privilégiant la production journalistique d&#8217;une façon ou d&#8217;une autre, ou par des limitations sévères à la liberté d&#8217;expression auxquelles n&#8217;échapperaient que les professionnels.</p>
<p>Les procès en diffamation sont une autre possibilité que la profession vient de tester avec Karsenty et qui semble se révéler moins prometteuse que prévu. Les signataires de la pétition le regrettent vivement et le résultat est assez amusant puisqu&#8217;on voit apparaître dans le même texte le souhait qu&#8217;un individu soit condamné et le mot : &#8220;démocratie&#8221;. On voit aussi l&#8217;expression : &#8220;liberté d&#8217;expression&#8221;, mais entre guillemets. C&#8217;est que les journalistes ne veulent pas être diffamés, autrement dit qu&#8217;il soit impunément porté atteinte &#8220;à l’honneur et à la  [bonne] réputation des professionnels de l’information&#8221;. Mais porter atteinte à l&#8217;honneur et à la réputation de l&#8217;armée israélienne, pour prendre un exemple au hasard, par exemple en l&#8217;accusant de commettre des massacres et de tuer intentionnellement des enfants, fait manfestement partie des droits fondamentaux qui doivent être reconnus à la profession.</p>
<p>La logique interne de ce texte est en fin de compte la suivante : la liberté d&#8217;expression doit être réservée aux titulaires d&#8217;une carte de presse. Eux seuls doivent pouvoir dire ce qu&#8217;ils veulent sur qui ils veulent et tous ceux qui les contredisent doivent être soit marginalisés, soit ridiculisés, soit condamnés par la justice. C&#8217;est ce que veulent les journalistes qui ont signé ce texte et c&#8217;est ce que souhaitent leurs amis qui ont fait figurer leur nom en bas du texte, mais ces derniers, qui ne sont pas journalistes, sont probablement animés d&#8217;autres sentiments (peut-être la fidélité filiale dans le cas de Védrine).</p>
<p>Pour Charles Enderlin<br />
NOUVELOBS.COM | 05.06.2008 | 15:35</p>
<p>Sept ans. Voilà sept ans qu’une campagne obstinée et haineuse s’efforce de salir la dignité professionnelle de notre confrère Charles Enderlin, correspondant de France 2 à Jerusalem. Voilà sept ans que les mêmes individus tentent de présenter comme une &#8220;supercherie&#8221; et une &#8220;série de scènes jouées&#8221; , son reportage montrant la mort de Mohammed al-Doura, 12 ans, tué par des tirs venus de la position israélienne, le 30 septembre 2000, dans la bande de Gaza, lors d’un affrontement entre l’armée israélienne et des éléments armés palestiniens.<br />
Le 19 octobre 2006, le tribunal correctionnel de Paris avait jugé le principal animateur de cette campagne, Philippe Karsenty, coupable de diffamation.<br />
L’arrêt rendu le 21 mai par la cour d’appel de Paris, saisie par Philippe Karsenty reconnaît que les propos tenus par ce dernier portaient &#8220;incontestablement atteinte à l’honneur et à la réputation des professionnels de l’information&#8221; mais admet, curieusement, la &#8220;bonne foi&#8221; de Philippe Karsenty qui &#8220;a exercé son droit de libre critique&#8221; et &#8220;n’a pas dépassé les limites de la liberté d’expression&#8221;. Cet arrêt qui relaxe Philippe Karsenty nous surprend et nous inquiète.<br />
Il nous surprend, car il accorde la même crédibilité à un journaliste connu pour le sérieux et la rigueur de son travail, qui fait son métier dans des conditions parfois difficiles et à ses détracteurs, engagés dans une campagne de négation et de discrédit, qui ignorent tout des réalités du terrain et n’ont aucune expérience du journalisme dans une zone de conflit.<br />
Il nous inquiète, car il laisse entendre qu’il existerait désormais à l’encontre des journalistes une &#8220;permission de diffamer&#8221; qui permettrait à chacun, au nom de la &#8220;bonne foi&#8221;, du &#8220;droit de libre critique&#8221; et de la &#8220;liberté d’expression&#8221; de porter atteinte impunément &#8220;à l’honneur et à la réputation des professionnels de l’information&#8221;.<br />
Au moment où la liberté d’action des journalistes est l’objet d’attaques répétées, nous rappelons notre attachement à ce principe fondamental, pilier de la démocratie et nous renouvelons à Charles Enderlin notre soutien et notre solidarité. </p>
<p>Paris, 27 mai 2008</p>
<p>Les premiers signataires</p>
<p>Farid Aïchoune (Le Nouvel Observateur), Josette Alia (Le Nouvel Observateur), Claude Angeli (Le Canard Enchaîné), Max Armanet (Libération), Association du Prix Albert Londres, Claude Askolovitch (Le Nouvel Observateur), Florence Aubenas (Le Nouvel Observateur), René Backmann (Le Nouvel Observateur), Luc de Barochez (Le Figaro), Frédéric Barreyre (France Inter), Nebia Bendjebbour (Le Nouvel Observateur), Michel Bôle-Richard (Le Monde), Christophe Boltanski (Le Nouvel Observateur), Nicolas Brimo (Le Canard Enchaîné), Hervé Chabalier (Capa), Jacques Cardoze (France 2), Alain de Chalvron (France 2), Patrice Claude (Le Monde), Sylvain Cypel (Le Monde), Olivier Da Lage (RFI), Jean Daniel (Fondateur du Nouvel Observateur, écrivain), Sara Daniel (Le Nouvel Observateur), Christian Dauriac (FR3), Gilles Delafon (Le Journal du Dimanche), Grégoire Deniau (France 24), Jack Dion (Marianne), Mireille Duteil (Le Point), Kathleen Evin (France Inter), Didier François (Europe 1), Pierre Ganz (RFI), Alain Girard (Ouest France), Martine Gozlan (Marianne), Gérard Grizbec (France2), Jean-Claude Guillebaud (Journaliste et éditeur), Henri Guirchoun (Le Nouvel Observateur), Gilles Grandpierre (L’Union de Reims) Vincent Hugeux (L’Express), Jean-Marc Illouz (France 2), Erwan Jourand (AFP), Jacques Julliard (Le Nouvel Observateur), Sammy Ketz (AFP), Serge Kovacs (France 3), Michel Labro (Le Nouvel Observateur), Jean Lacouture (Ecrivain), Serge Lafaurie (Le Nouvel Observateur), Loïc Lemoigne (France 3), Gwenaëlle Lenoir ( France 3), Manon Loizeau, Alain Louyot (L’Expansion), Guillaume Malaurie (Le Nouvel Observateur), Jean-Paul Mari (Le Nouvel Observateur), Robert Ménard (Reporters sans frontières), Agnès Molinier (Présidente de la Société des journalistes de France 2), Denis Olivennes (Le Nouvel Observateur), Claude Perdriel (Le Nouvel Observateur), Pierre Prier (Le Figaro), Jonathan Randal (Washington Post), Philippe Rochot (France 2), SCAM (Société civile des auteurs multimédia), Société des Journalistes de France 2, Syndicat SNJ-CGT de France Télévisions, Maurice Szafran (Marianne), Marcel Trillat (Journaliste), Pierre Weill (France Inter), Franck Weill Rabaud (RFI), Wiaz (Le Nouvel Observateur).</p>
<p>• Théo Klein (Avocat, ancien président du CRIF), Régis Debray (Ecrivain, directeur de la revue Medium), Eric Rouleau (Ancien ambassadeur), Hubert Vedrine, (ancien ministre des Affaires étrangères), Guillaume Weill-Raynal (avocat) soutiennent cet appel de journalistes </p>
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		<title>Le petit Mohammed commence à fatiguer France 2</title>
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		<pubDate>Mon, 26 May 2008 08:11:26 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Say No More</dc:creator>
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L&#8217;acquittement de Karsenty par la Cour d&#8217;appel de Paris le 21 mai dernier est certainement une nouvelle intéressante. Apparemment, une condamnation en première instance acquise par une entreprise publique contre un individu dépourvu de tout appui institutionnel et notamment appuyée sur un témoignage de moralité écrit du président de la République peut effectivement faire l&#8217;objet [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://www.jihadwatch.org/m6.jpeg" alt="Même le grand Mohammed doit commencer à se lasser" /></p>
<p>L&#8217;acquittement de Karsenty par la Cour d&#8217;appel de Paris le 21 mai dernier est certainement une nouvelle intéressante. Apparemment, une condamnation en première instance acquise par une entreprise publique contre un individu dépourvu de tout appui institutionnel et notamment appuyée sur un témoignage de moralité écrit du président de la République peut effectivement faire l&#8217;objet d&#8217;un appel et a effectivement une chance d&#8217;être annulée en appel &#8211; dès lors qu&#8217;un nouveau président de la république est en place.<br />
France 2 déclare vouloir porter l&#8217;affaire en cassation, ce qui est effectivement possible. La Cour de Cassation ne jugeant qu&#8217;en droit, on peut supposer que cet appel ne donnera pas lieu à une nouvelle séance embarrassante au cours de laquelle France 2 se montrerait parfaitement incapable de démontrer l&#8217;exactitude du reportage en cause, et même la sincérité des gens qui l&#8217;ont produit et qui ont décidé de le diffuser. Dans le pire des cas, l&#8217;acquittement de Karsenty sera confirmé et il ne se passera rien de plus.<br />
C&#8217;est tout le problème. C&#8217;est France 2 qui a estimé à un moment donné que trop de gens doutaient de la véracité du reportage d&#8217;Enderlin sur Mohammed al-Dura et qui a décidé en conséquence de poursuivre pour diffamation ceux qui feraient publiquement état de leurs doutes. Pour se représenter la chose simplement, France 2 a utilisé ce moyen pour menacer tous ceux qui les traiteraient de menteurs. France 2 a pour ce faire employé une autre tactique connue des petites frappes qui consistait à s&#8217;attaquer aux plus petits. Concrètement, la direction de la chaîne publique n&#8217;a pas attaqué la revue Atlantic Monthly pour l&#8217;article de James Fallows, ni la chaîne de télévision allemande ARD pour le reportage d&#8217;Esther Shapira, ni bien sûr la Metula News Agency pour les dizaines d&#8217;articles qu&#8217;elle a publiés sur le sujets, dont la virulence ne dépassait pas celle des publications de Karsenty. France 2 s&#8217;en est prise à des sites Internet français mineurs qui s&#8217;étaient contentés de reprendre les informations de la Mena, et comme ces sites étaient tenus par des personnes qui n&#8217;avaient ni le temps, ni les moyens de se défendre efficacement, France 2 a gagné tous les premiers procès sans difficulté. France 2 s&#8217;en est également prise à des personnes qui s&#8217;étaient montrées plus vindicatives que nécessaires en décernant un &#8220;prix Goebbels de la désinformation&#8221;.<br />
Ces condamnations ne prouvaient évidemment absolument rien. Les tribunaux ont simplement refusé d&#8217;examiner les éléments matériels concernant le reportage dont il était question, ce qu&#8217;ils estimaient inutile dès lors que le ton excessif des gens accusés de diffamation leur paraissait suffisant pour établir leur culpabilité ou si l&#8217;accusé décidait de lui-même de s&#8217;éviter des ennuis en acceptant une condamnation limitée. Karsenty a été le premier à se défendre efficacement, d&#8217;où le récent jugement en appel et l&#8217;acquittement.<br />
Le problème est que les enjeux sont asymétriques. A chaque condamnation obtenue, France 2 pouvait déclarer que la véracité de son reportage était établie, ce qui était faux, mais France 2 bénéficiait d&#8217;abord du soutien de l&#8217;essentiel des médias, ensuite du fait que son reportage sera naturellement considéré comme sérieux jusqu&#8217;à preuve du contraire.<br />
A l&#8217;inverse, Karsenty a gagné son procès mais ne peut pas s&#8217;appuyer sur le jugement rendu pour convaincre de l&#8217;absence de véracité du reportage, laquelle n&#8217;est absolument pas affirmée ou reconnue par le jugement, qui lui reconnaît simplement le droit de l&#8217;affirmer et concède tout de même que les éléments matériels le premettent.<br />
Autrement dit, le bénéfice pour Karsenty et ceux qui pensent comme lui de ce jugeement en appel est extrêmement maigre. Ils ont le droit de contester ce reportage-là, mais il a fallu pour que ce droit soit reconnu subir des poursuites judiciaires qui sont en elles-mêmes assez dissuasives. Que se passe-t-il si quelqu&#8217;un veut contester publiquement la véracité d&#8217;un autre reportage de cette chaîne ou d&#8217;une autre ? Est-ce qu&#8217;il lui faut se préparer à des années de procédures judiciaires avec tout ce que cela implique comme risque, comme temps perdu et comme sommes à dépenser ?<br />
Ensuite, la victoire judiciaire ne débouche absolument pas sur le scandale espéré. France 2 n&#8217;est à aucun titre obligée de reconnaître la supercherie dont elle s&#8217;est très probablement rendue coupable, et un échec d&#8217;une procédure d&#8217;appel de sa part devant la Cour de Cassation n&#8217;y changera rien. La Mena et les gens qui ont soutenu la même thèse qu&#8217;elle risquent de devoir continuer à chercher de nouveaux éléments accablants, tâche qui risque de devenir de plus en plus difficile à mesure que le temps passe et que les traces des événements en question se font plus rares.<br />
Par ailleurs, France 2 est certes une chaîne publique <em>a priori</em> soutenue par l&#8217;Etat, mais le principal avantage dont elle bénéficie est ailleurs. Si une autre institution s&#8217;était rendue coupable d&#8217;une forfaiture du même ordre de gravité, il y aurait une chance très raisonnable pour que les médias s&#8217;emparent de l&#8217;affaire et en fassent un scandale de plus ou moins grande envergure. Mais dans le cas présent, France 2 fait partie de la même corporation qu&#8217;eux, et les médias n&#8217;ont probablement aucune envie de s&#8217;accuser eux-mêmes.<br />
C&#8217;est que le reportage d&#8217;Enderlin n&#8217;avait en lui-même rien d&#8217;extraordinaire. Cela fait longtemps que la quasi-totalité de ce que nous voyons au journal télévisé à propos des différents conflits est presque entièrement fabriqué. Les reporters ne sont pas fous. Les zones de combat sont des endroits dangereux et on ramène des images tout aussi bonnes, voire meilleures, quand on les fait soi-même. La plupart du temps, tout le monde s&#8217;en moque parce qu&#8217;il n&#8217;y a pas vraiment d&#8217;enjeu. Si les reporters organisaient des embuscades bidons en Afghanistan en payant à la fois les mujahiddins et les Soviétiques, où est le problème ? Seuls les reporters particulièreement motivés vont prendre le risque de se faire tuer, ce qui arrive de temps à autre, pour ramener des images authentiques, mais en général, les équipes envoyées sur place et chargées de ramener très vite des images n&#8217;ont strictement rien à gagner à faire du zèle.<br />
Le problème avec le reportage d&#8217;Enderlin est qu&#8217;il a été très largement exploité, et probablement beaucoup plus que prévu. Si Enderlin avait su que son reportage allait servir de slogan à toute une génération de terroristes, il aurait probablement fait un peu plus attention, soit à ce qu&#8217;il paraisse plus authentique, soit à ne pas le diffuser comme il l&#8217;a été. Quand France 2 a décidé de l&#8217;offrir aux autres médias, il est possible que quelqu&#8217;un ait demandé à Enderlin d&#8217;en garantir l&#8217;authenticité, ce qui a dû, si c&#8217;est le cas le plonger dans un embarras considérable : soit il avouait qu&#8217;il n&#8217;était sûr de rien, ce qui était embarrassant, soit il jurait que tout était vrai, ce qui était risqué et ce qu&#8217;il a peut-être fait.<br />
Or, le reportage a non seulement fait l&#8217;objet d&#8217;une grande diffusion par les médias occidentaux, mais il a également servi d&#8217;argument et d&#8217;outil de recrutement à tous les psychopathes qui agitent le monde arabo-musulman depuis le début des années 2000. Le fait est que ce reportage a pu jouer un rôle impossible à mesurer précisément, mais probablement réel dans les différentes campagnes terroristes menées dans et depuis cette région.<br />
Le plus probable est qu&#8217;Enderlin n&#8217;a pas voulu cela et qu&#8217;il a simplement cherché à faire son travail comme il le fait d&#8217;habitude : mal mais de façon à peu près inoffensive. Quant aux personnes qui dirigent France 2, ils ont probablement commencé par faire confiance à Enderlin et ont dû dans un deuxième temps comprendre qu&#8217;ils avaient eu tort de lui faire confiance mais se trouver obligés de continuer à le soutenir. A moins qu&#8217;ils n&#8217;aient décidé de diffuser le reportage en sachant que c&#8217;était un faux.  Tout dépend du degré auquel les grands médias sont effectivement habitués à mentir en permanence.<br />
Par la suite, c&#8217;est au cours de l&#8217;exploitation politique du reportage, par les mouvements terroristes et par les milieux anti-israéliens occidentaux, que la mort supposée de l&#8217;enfant palestinien s&#8217;est progressivement identifiée à un écho des accusations de crime rituel traditionnellement portées contre les juifs. L&#8217;affaire s&#8217;est ajoutée à d&#8217;autres pour former l&#8217;actuelle vague d&#8217;antisémitisme, laquelle est en elle-même un sujet assez riche et très complexe.<br />
Il est probable que France 2 commence à se demander s&#8217;il n&#8217;y aurait pas un moyen de clore l&#8217;affaire, soit en admettant une faute plus ou moins limitée, soit en espérant qu&#8217;elle va plus ou moins se clore d&#8217;elle-même. Malheureusement pour les dirigeants de la chaîne, c&#8217;est peu probable. L&#8217;affaire al-Dura a fait beaucoup de tort et beaucoup de gens sont apparemment disposés à faire ce qu&#8217;il faudra pour obtenir une conclusion publique très visible et très humiliante pour la chaîne publique. Ils ont des chances raisonnables d&#8217;obtenir satisfaction, mais ces chances seront renforcées s&#8217;ils agissent avec circonspection, en évitant les excès inutiles comme le &#8220;prix Goebbels&#8221; en en essayant de bien comprendre la mécanique médiatique qui n&#8217;a pas fonctionné comme elle était censée le faire en septembre 2000. L&#8217;affaire est loin d&#8217;être terminée.</p>
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		<title>La marche vers les hauteurs radieuses de la diversité a commencé</title>
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		<pubDate>Mon, 11 Feb 2008 16:52:56 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Say No More</dc:creator>
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		<description><![CDATA[
Rapport Attali, p. 131
&#8220;ASSOCIER DAVANTAGE LES MINORITES A LA DECISION&#8221;
OBJECTIF : Assurer une égalité réelle des citoyens
La France souffre d&#8217;une sous-représentation des minorités dans ses organes de décision. Elles ont très peu de représentants de haut niveau dans la haute administration, l&#8217;armée, la diplomatie.
DECISION 163
==> Imposer par quotas la diversité dans les élections municipales, régionales, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://www.jihadwatch.org/m6.jpeg" alt="Le rapport Mahomet contenait aussi des décisions concernant les minorités" /></p>
<p>Rapport Attali, p. 131<br />
&#8220;ASSOCIER DAVANTAGE LES MINORITES A LA DECISION&#8221;<br />
OBJECTIF : Assurer une égalité réelle des citoyens<br />
La France souffre d&#8217;une sous-représentation des minorités dans ses organes de décision. Elles ont très peu de représentants de haut niveau dans la haute administration, l&#8217;armée, la diplomatie.</p>
<p>DECISION 163<br />
==> Imposer par quotas la diversité dans les élections municipales, régionales, nationales, européennes et syndicales.<br />
Faute d&#8217;autres moyens efficaces, les quotas apparaissent nécessaires pour surmonter les résistances de la société à représenter la diversité du pays.&#8221;</p>
<p>Attali a glissé dans son rapport, une &#8220;décision&#8221; (il appelle &#8220;décisions&#8221; ses propositions, sans doute parce qu&#8217;il pense que le lecteur verra là une marque de &#8220;volontarisme&#8221;), la 163, qui consiste à instaurer des quotas aux élections politiques afin que soient &#8220;enfin&#8221; représentées les minorités. En d&#8217;autres termes, le système français doit être selon lui remplacé par le système libanais.<br />
Qu&#8217;un escroc commissionné par pure démagogie pour remettre un fatras de lieux communs et d&#8217;idioties baptisé &#8220;rapport&#8221; émette une proposition de ce type n&#8217;a en soi rien de particulièrement alarmant, mais le rapport en question a été abondamment commenté par les médias et la quasi totalité des bavards de ce pays, et personne, apparemment, n&#8217;a remarqué l&#8217;existence de la proposition, pardon, la &#8220;décision&#8221;, 163. Ces mêmes personnes ont passé le plus clair des dix ou quinze dernières années à discuter du communautarisme, des dangers qu&#8217;il recèle ou de la discrimination &#8220;positive&#8221; et de son caractère indispensable, et ils n&#8217;ont pas jugé utile de commenter cette &#8220;décision&#8221;. La chose qui habite l&#8217;Elysée s&#8217;est dite d&#8217;accord avec la quasi totalité du &#8220;rapport&#8221;, citant pour exception un ou deux point finalement ni plus idiots, ni plus originaux que la moyenne, mais à aucun moment n&#8217;a fait allusion à l&#8217;idée dont il est ici question, et encore moins demandé à l&#8217;auteur combien de points de croissance cette &#8220;décision&#8221; était censée nous faire gagner.<br />
Bref, personne n&#8217;en a parlé, et comme il est probable qu&#8217;au moins quelques unes des personnes évoquées ont quand même feuilleté le rapport en question, la conclusion qui s&#8217;impose est qu&#8217;il a été unanimement jugé inopportun de parler de la décision 163. Pourquoi ?<br />
Probablement parce qu&#8217;il s&#8217;agit là d&#8217;une évolution qu&#8217;on sait à la fois logiquement indéfendable et inéluctable. Ce n&#8217;est pas la première du genre. Après tout, la &#8220;parité&#8221; entre hommes et femmes avait été à juste titre jugée parfaitement contraire à la constitution française par le Conseil constitutionnel dans les années quatre-vingt, et elle lui était contraire parce que la constitution était en gros conforme aux principes de la démocratie représentative et que le principe de parité violait massivement ce principe. Cela dit, cette expérience a également montré que même des dispositions contraires à pratiquement tout ce qui est censé fonder notre régime peuvent être introduites dans notre droit avec une grande facilité : à Versailles, par le Congrès, et dans ce cas particulier, à l&#8217;unanimité.<br />
La &#8220;décision 163&#8243; d&#8217;Attali est logiquement indéfendable parce qu&#8217;elle n&#8217;a aucun sens. L&#8217;argumentaire, qui ne fait pas plus de trois lignes, consiste en gros à dire que les &#8220;minorités&#8221; ne sont pas &#8220;représentées&#8221; et que des quotas constituent le seul moyen, tous les autres ayant été épuisés, pour qu&#8217;elles le soient un jour. Il ne juge pas nécessaire de préciser quels moyens ont au juste été essayés, et il aurait du mal puisque rien n&#8217;a été tenté pour atteindre cet objectif, la &#8220;représentation&#8221; des minorités ; et si rien n&#8217;a été tenté pour atteindre cet objectif, c&#8217;est parce que c&#8217;est un objectif qui n&#8217;a pas de sens. Attali use de la même rhétorique et de la même entourloupe lexicale que les défenseurs de la parité : il fait semblant de confondre représentation statistique et politique. La représentation politique telle qu&#8217;elle est conçue dans une démocratie consiste en ce qu&#8217;un élu représente l&#8217;ensemble des électeurs. Un député noir de sexe féminin représente tout le monde, y compris les hommes blancs. Il n&#8217;y a évidemment aucun problème de représentation, à moins qu&#8217;on ne veuille faire du parlement une sorte de groupe racialement représentatif (car c&#8217;est évidemment en termes de races que raisonne notre socialiste humaniste), au sens statistique du terme. Quel est l&#8217;intérêt ? Il faut poser la question à Attali, mais il sous-entend probablement que les intérêts des noirs ou des musulmans ne peuvent être correctement représentés que par des noirs ou des musulmans. Apparemment, pour Attali et les gens qui pensent comme lui, un noir ne raisonne pas de la même façon qu&#8217;un blanc et un musulman n&#8217;a pas à se préoccuper des intérêts d&#8217;un chrétien. Sinon, pourquoi faudrait-il &#8220;équilibrer&#8221; la &#8220;représentation&#8221; des &#8220;minorités&#8221; (ainsi que de la majorité &#8220;des majorités&#8221;, peut-on supposer) ?<br />
Attali ne fait donc manifestement pas partie de ceux qui estiment que la compétence, la moralité, le sérieux, l&#8217;intelligence, le talent et la gentillesse ne sont pas fonction de la couleur de la peau ou de la religion. Ainsi énoncée, l&#8217;idée paraît évidemment farfelue puisque nos meilleurs esprits, ceux qui se penchent avec la sincérité la plus compassionnelle sur le bien-être de l&#8217;humanité, estiment nécessaire que l&#8217;Etat se charge d&#8217;établir un équilibre entre les différentes couleurs de peau au sein des principaux organismes publics et privés. Après tout, l&#8217;expérience de la parité prouve de façon définitive que le fait d&#8217;être doté d&#8217;organes reproductifs mâmes ou femelles induit des comportements radicalement différents. C&#8217;est une évidence que tout le monde peut voir. Dans ce cas, il probablement évident qu&#8217;il en va de même de la couleur de la peau. Le fait que des femmes soient devenues chefs d&#8217;Etat ou de gouvernement dans plusieurs démocraties sans que les systèmes politques concernés s&#8217;en soient trouvés particulièrement bouleversés ne convaincra jamais les partisans de la parité dont Golda Meir, Margaret Thatcher, Vigdis Finbogadottir ou Indira Gandhi n&#8217;ont pas l&#8217;air d&#8217;avoir attiré l&#8217;attention. C&#8217;est dommage, parce que c&#8217;est justement le fait que ces personnalités n&#8217;aient pas attiré leur attention qui suggère qu&#8217;hommes et femmes gouvernent et exercent leurs responsabilités de la même façon : comme des politiciens.<br />
Concernant les races, les choses sont encore plus surréalistes. Cela fait des décennies qu&#8217;on inculque dès l&#8217;école primaire que les races ne sont que des apparences physiques, tandis que de braves généticiens de gauche, Albert Jaquard en tête, estiment de leur côté que les races n&#8217;existent tout simplement pas. C&#8217;est peut-être aller un peu loin, mais un certain consensus intellectuel a fini par se former pour estimer que même si les races existent peut-être dans un sens biologique, faire comme si elles n&#8217;existaient pas est probablement la meilleure attitude d&#8217;un point de vue social et politique. Tout cela a été affirmé par nos politiciens avec toute la force et la solennité dont ils sont capables, c&#8217;est-à-dire d&#8217;une façon qui se rapproche fortement du bourrage de crâne, mais il demeure malgré tout parfaitement raisonnable d&#8217;en prendre son parti et de considérer la race comme inexistante, pas seulement à cause des choses horribles qui ont été faites par des gens qui pensaient le contraire (les choses sont historiquement plus complexes que cela) mais tout simplement parce que c&#8217;est logique. Que la race ait ou non une influence sur autre chose que la forme du visage et la couleur de la peau, cette influence est mal connue et ne relève de toute façon aucunement de la sphère publique.<br />
Mais c&#8217;est peut-être bien ce dernier point qui pose problème à Attali ainsi qu&#8217;aux défenseurs acharnés de la discrimination &#8220;positive&#8221; : que quelque chose puisse ne pas relever de l&#8217;action de l&#8217;Etat est difficile à accepter pour beaucoup de gens qui voient logiquement dans une telle situation un dangereux &#8220;vide juridique&#8221; qu&#8217;il faut absolument combler.<br />
C&#8217;est probablement pour cette raison que le racisme d&#8217;Etat ne pouvait guère disparaître pendant très longtemps. Il est donc revenu, mais sous la forme d&#8217;un racisme &#8220;positif&#8221;, c&#8217;est-à-dire d&#8217;une simple image inversée du racisme &#8220;négatif&#8221; des nazis (qui étaient d&#8217;ailleurs surtout antisémites, mais c&#8217;est un autre débat) ou des colonialistes (qui n&#8217;étaient pas du tout nécessairement racistes, mais c&#8217;est encore un autre débat). Là où on recherchait la pureté raciale ou du moins une hiérarchisation stricte au profit des blancs, on recherchera désormais non pas la même chose au détriment des blancs (ce serait quelque peu suicidaire) mais la &#8220;diversité&#8221; assortie de privilèges divers au profit des &#8220;minorités&#8221;, terme qui doit s&#8217;entendre comme signifiant &#8220;groupes à favoriser&#8221;.<br />
Attali ne précise en effet nullement ce qu&#8217;il entend par &#8220;minorités&#8221;, donc c&#8217;est au lecteur d&#8217;y trouver ce qu&#8217;il a envie d&#8217;y trouver. Race, religion, comportement sexuel sont peut-être les facteurs que l&#8217;on invoque le plus comme induisant une différenciation entre les individus et la formation de groupes humains &#8220;minoritaires&#8221; ou non, mais on peut évidemment en imaginer d&#8217;autres et les combiner à l&#8217;infini. De toute façon, il est probablement impossible d&#8217;être plus précis à ce stade. Si l&#8217;on évoque des attributs précis tels que la race (ou l&#8217;&#8221;ethnie&#8221; si l&#8217;on veut être poli) ou la religion, on ne tardera pas à s&#8217;apercevoir qu&#8217;il est tout aussi impossible de segmenter la société selon ces critères qu&#8217;il l&#8217;est de redessiner la carte de l&#8217;Afrique selon des frontières ethniques parfaites. Mieux vaut rester dans l&#8217;indétermination et ce sera le plus fort ou le plus malin qui retirera les plus grands avantage du chambardement ainsi rendu possible. En d&#8217;autres termes, ce seront les groupes les mieux organisés et les plus décidés qui s&#8217;imposeront. La belle logique imparable d&#8217;Attali voulant que les &#8220;minorités&#8221; soient &#8220;représentées&#8221;, raisonnement entièrement bâti sur des termes à double sens ou n&#8217;en ayant aucun, aboutira nécessairement à la confusion la plus totale, ce qui dans le domaine  politique trouve généralement comme traduction concrète la guerre civile.<br />
On ne profère pas des idées impunément. Ce qui n&#8217;est dans un premier temps qu&#8217;une ânerie proférée par un âne tend à devenir un sujet d&#8217;études, puis de débats, puis de réformes et enfin de regrets éternels pour peu qu&#8217;elle ait été proférée par une personnalité suffisamment considérée et en vue pour que personne n&#8217;ose la remettre à sa juste place. Or, de nos jours, la visibilité médiatique semble suffire pour être pris au sérieux.<br />
Il est donc d&#8217;autant plus frappant que la &#8220;décision&#8221; 163 ait rencontré si peu d&#8217;écho, mais c&#8217;est une idée qui est dans l&#8217;air, bien qu&#8217;elle soit encore rarement proférée à voix haute. Ce silence est plus inquiétant qu&#8217;autre chose.<br />
Attali se soucie probablement très peu de tout cela et si quelqu&#8217;un lui faisait ce genre d&#8217;objections, il les balaierait très certainement d&#8217;un revers de main en prenant un air offusqué et, surtout, en faisant en sorte que ce soit son interlocuteur qui apparaisse comme un personnage louche tenant des propos malsains et vaguement nazis. Mais peu importe, cela n&#8217;a aucun intérêt de discuter avec Attali de toute façon. Son rapport et les &#8220;décision&#8221; qu&#8217;il contient ne visent pas à susciter un débat intellectuel.<br />
Ce qu&#8217;Attali a en tête, de même que les politiciens et les bavards de ce pays, est probablement un peu différent. Leur raisonnement doit pouvoir s&#8217;énoncer comme suit : le peuplement de la France est en train de changer rapidement, donc il est temps de s&#8217;adapter à cette évolution. S&#8217;il doit y avoir en France une grosse minorité musulmane, par exemple, il faudra composer avec elle et lui faire une place à sa mesure. Cela ne pose a priori aucun problème aux partis politiques qui, au contraire, cherchent plutôt à anticiper cette évolution pour s&#8217;adapter, d&#8217;un point de vue électoral, à l&#8217;évolution démographique. Le Parti socialiste est ainsi devenu le premier parti politique français officiellement raciste depuis les années quarante en sélectionnant ses candidats aux dernières élections législatives en fonction de la couleur de leur peau. L&#8217;UMP (ou ce qui lui aura succédé) en fera probablement autant assez rapidement. Que l&#8217;évolution démographique soit ou non conforme aux intérêt du pays n&#8217;a pas grand-chose à voir avec les préoccupations des dirigeants des partis politiques. Leur métier est la politique.<br />
Cependant, il s&#8217;agit tout de même d&#8217;un sujet relativement délicat puisque la majorité de la population française n&#8217;a probablement pas spécialement envie de voir son pouvoir diminuer, et encore moins que cette diminution soit institutionnalisée. Aussi évitera-t-on de rendre publiques des données trop claires sur l&#8217;immigration qui a eu lieu ces dernières décennies et sur ses probables conséquences politiques. Attali suggère de la &#8220;relancer&#8221; en invoquant des motifs économiques d&#8217;ailleurs assez curieux (il y aurait une pénurie de demandeurs d&#8217;emplois ?), mais les conséquences politiques de l&#8217;immigration constituent l&#8217;un des trous noirs du débat politique français &#8211; sauf chez le Mussolini d&#8217;opérette qui a réussi à monopoliser ce thème jusqu&#8217;à une date relativement récente, mais lui aussi, comme les autres, doit chercher à s&#8217;adapter.<br />
Les quotas ethniques sont donc probablement, aujourd&#8217;hui, acceptés de façon à peu près unanime par les politiciens, lesquels seront bientôt suivis des journalistes et le débat sera déclaré clos.<br />
La démocratie française &#8211; et elle ne sera pas seule &#8211; aura dès lors été transformée en un régime d&#8217;un type différent, plus dirigé et sous lequel une identité non choisie prendra la forme de divers droits et devoirs dont l&#8217;individu sera obligé de s&#8217;accomoder.<br />
A la limite, tout ça contribuera à renouveler les sujets de conversation. Ca nous changera du réchauffement.</p>
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		<title>Va-t-on vraiment vers un Etat palestinien ?</title>
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		<pubDate>Wed, 20 Jun 2007 16:19:15 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Say No More</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Il est remarquable que l&#8217;Etat, qui était quelque chose d&#8217;extrêmement concret lorsqu&#8217;il s&#8217;agissait de lui donner une autorité et un pouvoir qui n&#8217;étaient absolument pas acquis d&#8217;avance, soit devenu aujourd&#8217;hui une sorte de notion abstraite qui désigne finalement, quand on l&#8217;emploi en matière internationale, un territoire et pas grand-chose d&#8217;autre. Pour être un peu plus [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Il est remarquable que l&#8217;Etat, qui était quelque chose d&#8217;extrêmement concret lorsqu&#8217;il s&#8217;agissait de lui donner une autorité et un pouvoir qui n&#8217;étaient absolument pas acquis d&#8217;avance, soit devenu aujourd&#8217;hui une sorte de notion abstraite qui désigne finalement, quand on l&#8217;emploi en matière internationale, un territoire et pas grand-chose d&#8217;autre. Pour être un peu plus précis, quand on &#8220;reconnaît&#8221; un Etat, on fait simplement savoir qu&#8217;on s&#8217;abstiendra de faire quoi que ce soit sur le territoire en question sans demander l&#8217;avis des gens censés y exercer leur autorité. Qu&#8217;il s&#8217;agisse d&#8217;un véritable Etat, c&#8217;est-à-dire d&#8217;une construction analogue à ce qui a mis plusieurs sècles à émerger en France, est complètement secondaire. A la limite, on peut même parfaitement reconnaître un Etat qui n&#8217;existe pas mais qu&#8217;un certain nombre de gens disent vouloir créer sur un territoire quelconque.</p>
<p>Au risque de répéter ce qui a déjà été dit ici (et ce ne sera pas la première fois), à oublier que l&#8217;Etat est un objet parfaitement concret, on finit par aboutir à des situations problématiques. Les &#8220;Etats&#8221; issus de la décolonisation ont généralement été reconnus avant que n&#8217;existe la moindre indication de leur existence concrète, et si certains d&#8217;entre eux ont plus ou moins fini par ressembler à quelque chose comme un gouvernement et une administration, c&#8217;est bien souvent parce qu&#8217;on a transféré tellement d&#8217;argent aux dirigeants qu&#8217;ils ont au moins fini par diriger quelque chose : la distribution de l&#8217;argent en question.</p>
<p>Cela veut-il dire que les théoriciens du déclin de l&#8217;Etat, de Badie à Van Creveld, ont raison ? Pas vraiment. Le système international demeure basé sur l&#8217;unité étatique, même quand elle s&#8217;identifie à une fiction, et les Etats réels ou les organisations internationales sont prêts à consacrer des ressources relativement significatives au maintien de la fiction en question. Par ailleurs, les territoires non contrôlés sont des zones invivables, pauvres, livrées à toutes sortes de pillages et aux guerres civiles et généralement incapables d&#8217;entretenir des relations entre eux, à moins qu&#8217;ils ne soient directement voisins, donc dans le pire des cas, une partie du monde est tout simplement laissée à l&#8217;abandon. Les Etats ne contrôlent peut-être pas la totalité du monde mais la partie qu&#8217;ils contrôlent domine le reste sans problème.</p>
<p>En outre, on ne peut pas vraiment dire que les Etats établis aient particulièrement décliné depuis la fin de la guerre froide, la question ne se posant même pas avant cette date. Leur poids financier a plutôt augmenté ou s&#8217;est maintenu et leur autorité n&#8217;a pas vraiment été menacée.</p>
<p>En revanche, l&#8217;écart entre, d&#8217;un côté, ce qu&#8217;est réellement et concrètement l&#8217;Etat et, de l&#8217;autre, ce que l&#8217;on accepte officiellement de considérer comme tel devrait probablement être surveillé. S&#8217;il prend des proportions trop importantes, des problèmes pourraient surgir, comme par exemple le fait de miser de façon excessive sur des évolutions politiques irréalistes.</p>
<p>C&#8217;est ainsi que, depuis trente ou quarante ans, les dirigeants occidentaux envisagent comme un futur assuré la naissance d&#8217;un Etat palestinien. La chose paraît à ce point naturelle et évidente que son absence de réalisation est généralement mise sur le compte d&#8217;interventions humaines intéressées et très contrariantes, du moins dans les pays où les Israéliens sont considérés comme humains. La situation de départ et l&#8217;évolution interne des territoires palestiniens est généralement ignorée et ce qu&#8217;on en retient n&#8217;est vu que du point de vue du nationalisme palestinien. Le fait national palestinien n&#8217;est pratiquement contesté par personne en France ou en Occident et la logique qui découle de cette façon de voir les choses veut que s&#8217;il existe une nation palestinienne, alors il existe un représentant légitime, lequel doit nécessairement pouvoir faire office d&#8217;interlocuteur avec lequel les modalités de la naissance de l&#8217;Etat peuvent et doivent être négociées. Où est le problème ?</p>
<p>Le problème est que la société palestinienne est manifestement construite sur des structures traditionnelles de type plutôt clanique, avec des spécificités locales extrêmement fortes et des influences relativement diverses. C&#8217;est également le fait que l&#8217;unité politique ne repose pas sur des critèrse abstraits comme l&#8217;existence d&#8217;une langue commune, qui n&#8217;est pas toujours aussi partagée qu&#8217;on le croit, ou la pratique d&#8217;une même religion, ni sur des critères plus honteux pour les Occidentaux mais utilisés malgré tout, comme l&#8217;existence d&#8217;une communauté &#8220;ethnique&#8221;. L&#8217;unité politique repose surtout sur des processus historiques complexes où se mèlent toutes sortes d&#8217;intérêts, de sentiments plus ou moins rationnels et surtout des luttes de pouvoir imprévisibles parce que tenant précisément au fait que chaque acteur pense pouvoir gagner.</p>
<p>Or, rien de tout cela n&#8217;est particulièrement surprenant concernant les teritoires palesitniens et leurs populations. Après tout, les nombreux commentateurs qui recommandent ou prévoient un éclatement de l&#8217;Irak au motif qu&#8217;il s&#8217;agit d&#8217;un Etat artificiellement créé et finalement plus divers qu&#8217;on ne l&#8217;a cru n&#8217;ont qu&#8217;à appliquer le même raisonnement à la &#8220;Palestine&#8221;. L&#8217;unité religieuse y est sans doute plus forte, mais si les problèmes de l&#8217;Irak en tenaient qu&#8217;à la coexistence de sunnites, de chiites et de Kurdes, les choses y seraient probablement beaucoup plus simple.</p>
<p>L&#8217;existence d&#8217;une nation palestinienne est un dogme politique. C&#8217;est un compromis diplomatique passé par les pays occidentaux avec les Etats hostiles à Israël. L&#8217;habileté d&#8217;Arafat et l&#8217;unité qu&#8217;il a su maintenir au sein de son mouvement ont certainement contribué à consolider ce dogme, mais dès son instalation à Gaza et en Cisjordanie, en 1994, ses &#8220;Tunisiens&#8221; étaient regardés par la population locale comme des étrangers et, dans une certaine mesure, des usurpateurs. L&#8217;émergence du Hamas est en partie due à cet état de choses.</p>
<p>Est-ce que ce dogme est encore utile aujourd&#8217;hui, si tant est qu&#8217;il l&#8217;ait été autrefois ? A première vue, cela ne coûte rien de reconnaître officiellement quelque chose qui n&#8217;existe pas, et le contraire irriterait certainement les Etats arabes et musulmans. Cependant, au bout d&#8217;un certain temps, le maintien à bout de bras de la fiction palestinienne a un coût, et ce coût peut augmenter. Le coût actuel est financier, puisque les Etats occidentaux, notamment ceux de l&#8217;Union européenne, financent la façade d&#8217;Etat installée à Gaza et à Ramallah. Dans le futur, ce coût peut augmenter sérieusement si les Occidentaux commencent à envisager des opérations de maintien de la paix, dont on sait qu&#8217;elle ne maintiennent généralement pas grand-chose et qu&#8217;elles peuvent être coûteuses non seulement en vies humaines mais également, et surtout, en termes de prestige. Une humilation comme celle subie par les Français et les Américains au Liban en 1983, cela a un coût, et il y a d&#8217;autres exemples encore plus pénibles.</p>
<p>Que faut-il faire ? Pour commencer, il faut réfléchir et&nbsp;se demander si l&#8217;Etat palestinien est, oui ou non, une perspective réaliste sur laquelle il convient de miser. Cette question n&#8217;est pratiquement plus posée depuis des décennies, mais la réponse à cette question pourrait réellement nous être utile.</p>
<p>Dans le cas probable où une réponse négative s&#8217;imposerait, alors il faudra réfléchir à la création de plusieurs Etats, ou à des formes de tutelle ou de protectorat, ou encore au maintien du statu quo, éventuellement aménagé, l&#8217;objectif ultime n&#8217;étant jamais que le maintien d&#8217;un minimum de stabilité dans la région dans un horizon temporel plus ou moins prévisible. Cela est certes vague mais les recettes-miracles ne fonctionnent généralement pas en matière de politique internationale, sauf bien sûr celle qui consiste à agir sans réflexion préalable et qui se révèle généralement infaillible quand l&#8217;objectif consiste à provoquer des catastrophes. Il est normal de naviguer à vue en politique internationale, et c&#8217;est toujours mieux que l&#8217;absence complète de visibilité.</p>
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		<title>L&#8217;Europe entretient ses damn&#233;s de la terre</title>
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		<pubDate>Tue, 19 Jun 2007 08:49:48 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Say No More</dc:creator>
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		<description><![CDATA[ 
&#160;
L&#8217;Union européenne semble avoir trouvé une occasion de reprendre les aides directes au gouvernement palestinien, suspendues depuis mars 2006 en raison de la victore électorale du Hamas. Par &#8220;aides directes&#8221;, on entend les aides autres que les 600 millions d&#8217;euros versés depuis cette date à des organisations considérées comme humantaires. Il s&#8217;agit tout simplement [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.peres-fondateurs.com/~saynomore/images/WindowsLiveWriter/LEuropeentretientsesdamnsdelaterre_9842/ismail_haniyeh_hamas_at_rally_cartoon%5B1%5D.jpg" atomicselection="true"><img style="border-right: 0px; border-top: 0px; border-left: 0px; border-bottom: 0px" height="240" src="http://www.peres-fondateurs.com/~saynomore/images/WindowsLiveWriter/LEuropeentretientsesdamnsdelaterre_9842/ismail_haniyeh_hamas_at_rally_cartoon.jpg" width="211" border="0"/></a> </p>
<p><em></em>&nbsp;</p>
<p>L&#8217;Union européenne semble avoir trouvé une occasion de reprendre les aides directes au gouvernement palestinien, suspendues depuis mars 2006 en raison de la victore électorale du Hamas. Par &#8220;aides directes&#8221;, on entend les aides autres que les 600 millions d&#8217;euros versés depuis cette date à des organisations considérées comme humantaires. Il s&#8217;agit tout simplement des salaires des fonctionnaires palestiniens.</p>
<p>Les dirigeants européens n&#8217;ont probablement jamais voulu suspendre ces paiements. Payer les fonctionnaires palesitniens est manifestement un devoir sacré pour le contribuable européen. Dès mars 2006, ils ont commencé à chercher un moyen de poursuivre ces paiements de façon indirecte. Ils étaient de toute façon nombreux à trouver qu&#8217;il n&#8217;y avait pas de raison de ne pas &#8220;parler&#8221; au Hamas, mais apparemment, parler suppose de payer. Il n&#8217;y a rien de scandaleux à parler au Hamas, effectivement. Il peut être très utile de leur dire qu&#8217;ils sont reponsables de ce qui se passe sur le territoire dont ils ont la charge, et en particulier de tout ce qui a des conséquences à l&#8217;extérieur du territoire en question.</p>
<p>Mais ce que les dirigeants européens entendent par &#8220;parler&#8221;, c&#8217;est en fait &#8220;payer&#8221;. Le message ainsi délivré au gouvernement palestinien, mais pas, en principe, au Hamas, c&#8217;est que non seulement il n&#8217;est pas responsable des agressions contre Israël en provenance de son territoire, mais également qu&#8217;il n&#8217;est pas responsable de l&#8217;installation progressive sur place d&#8217;al-Qaida, et finalement qu&#8217;il n&#8217;est responsable d&#8217;absolument rien, et même pas du paiement de ses propres fonctionnaires. Le quasi-Etat n&#8217;est pas spécialement censé assurer l&#8217;ordre et la sécurité de son territoire et n&#8217;en a même pas besoin pour pouvoir y prélever de quoi fonctionner. Le chaos le plus complet peut régner à Gaza et en Cisjordanie, pas de problème : l&#8217;Union européenne paiera l&#8217;Etat. Les roquettes peuvent tomber sur le territoire israélien, les cellules d&#8217;al-Qaida peuvent préparer sur place des attentats contre des cibles qui ne seront pas du tout nécessairement locales, l&#8217;Etat palestinien n&#8217;en sera pas une seule seconde comptable.</p>
<p>Mais alors, que lui demande-t-on ? Une réponse possible est : rien. Les Européens pensent qu&#8217;ils ont de l&#8217;influence parce que l&#8217;Autorité palestinienne &#8220;dépend&#8221; d&#8217;eux. Sauf que lorsque les paiements étaient théoriquement suspendus, les dirigeants européens et leurs diverses plumes craignaient que l&#8217;Iran ne se substitue à l&#8217;Europe et, par conséquent, ne deviennent plus &#8220;influent&#8221; qu&#8217;elle. Qu&#8217;est-ce que l&#8217;influence ? Le fait d&#8217;être capable d&#8217;amener autrui à faire ce que l&#8217;on souhaite. Qui exauce les souhaits de qui aujourd&#8217;hui ? Pour l&#8217;instant, l&#8217;Europe finance l&#8217;Autorité palestinienne. Qu&#8217;est-ce que l&#8217;Autorité palesitnienne fait en contrepartie ? Quel service rend-elle à l&#8217;Europe ? Absolument aucun. L&#8217;Europe croit entretenir là-bas une clientèle de pauvres. Les dirigeants européens pensent sans doute qu&#8217;ils ont désormais &#8220;leurs&#8221; damnés de la terre, mais ils n&#8217;ont sans doute même pas l&#8217;intention de leur demander le moindre service, ce qu&#8217;une politique clientéliste bien faite devrait pourtant prévoir.&nbsp;ls se font simplement plaisir.&nbsp;</p>
<p>Ainsi, l&#8217;Europe espère sans doute qu&#8217;Abbas signera un jour un traité de paix, ce qu&#8217;elle espérait d&#8217;Arafat et ce qu&#8217;elle espérera probablement également du Hamas. Si le gouvernement palestinien officiel et reconnu signe un traité de paix avec Israël, l&#8217;Europe estimera avoir remporté un immense succès diplomatique et Solana aura peut-être même un prix Nobel, puisque cette distinction attribuée par une commission du parlement norvégien dont absolument personne ne connaît la composition ni la qualification exacte jouit tout de même d&#8217;un immense prestige.</p>
<p>Mais peut-on savoir en quoi le fait qu&#8217;un gouvernement payé par l&#8217;Union européenne et incapable de contrôler son propre territoire signe un traité de paix aura le moindre impact sur la situation locale ? Si le gouvernement palestinien est incapable d&#8217;empêcher les tirs de roquettes sans traité de paix, pourquoi en serait-il plus capable avec ?</p>
<p>De toute façon, la position de l&#8217;Autorité palestinienne à propos des réfugiés ainsi que d&#8217;une ou deux autres questions dfficiles n &#8216;ayant pas évolué d&#8217;un millimètre, avec ou sans financement et quel que soit le degré de soutien de la &#8220;communauté internationale&#8221;, le traité de paix n&#8217;est pas spécialement&nbsp;à l&#8217;ordre du jour.</p>
<p>Il serait grand temps que le contribuable européen commence à se demander ce que les dirigeants européens font avec le produit des impôts qu&#8217;il paye, et la question des versements aux Palestiniens n&#8217;est qu&#8217;un aspect parmi d&#8217;autres de ce vaste projet. Les fonds versés par l&#8217;Europe ont servi entre autres, et de façon visible, à construire et entretenir les infrastructures audiovisuelles qui ont permis aux Palestiniens de diffuser des émissions consistant principalement à appeler à l&#8217;extermination des juifs de la région. C&#8217;est un exemple parmi d&#8217;autres de l&#8217;usage fait par les Palestiniens des fonds européens, et il s&#8217;agit là d&#8217;un usage visible. Ce que deviennent les fonds détournés est encore une autre question, qui intéresserait sans doute également le contribuable européen. Mais tout ça n&#8217;a probablement pas d&#8217;autre but que l&#8217;entretien des fantasmes tiers-mondistes de nos dirigeants. Ce qui est dommage, c&#8217;est que ces derniers les assouviraient de façon beaucoup plus complète s&#8217;ils allaient eux-mêmes sur place partager le sort de leurs damnés de la terre.&nbsp;Dans ces conditions, à&nbsp;la limite, je veux bien les entretenir avec mes impôts.</p>
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		<title>Politique étrangère et intérêt national</title>
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		<pubDate>Tue, 12 Jun 2007 14:39:04 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Say No More</dc:creator>
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		<description><![CDATA[
Le débat de politique étrangère a été incroyablement riche lors de la campagne présidentielle française de 2007, si on le compare à celui de 2002. En 2002, à peu près personne n&#8217;a parlé de politique étrangère, et ce un peu moins d&#8217;un an après le 11 septembre 2001 et alors que le conflit israélo-arabe occupait [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://157.182.176.39/glamb/images/Lloyd-George_Orlando_Clemenceau_Wilson.jpg" alt="Moralisons la diplomatie et tout ira bien..." /></p>
<p>Le débat de politique étrangère a été incroyablement riche lors de la campagne présidentielle française de 2007, si on le compare à celui de 2002. En 2002, à peu près personne n&#8217;a parlé de politique étrangère, et ce un peu moins d&#8217;un an après le 11 septembre 2001 et alors que le conflit israélo-arabe occupait une place majeure dans les médias, quoique vu sous un angle exclusivement moralisateur et assez peu relié aux faits.</p>
<p>En 2007, les choses ont été différentes. Royal a effectué deux voyages importants à l&#8217;étranger en début de campagne, Sarkozy a mis en avant un positionnement particulier dans ce domaine et des questions comme l&#8217;Iran, le Darfour, la relation transatlantique ou le protocole de Kyoto ont été fréquemment évoquées, et l&#8217;Irak a été un important sujet de débat, si l&#8217;on peut vraiment parler de débat à ce sujet, depuis la fin 2002. Du moins, la question a été évoquée.</p>
<p>Cette évolution signifie probablement que la politique étrangère est en train de devenir un sujet de débat public. Le monopole que s&#8217;est arrogé la présidence sur ces questions depuis De Gaulle, nullement inscrit dans la constitution mais toujours maintenu dans les faits et confirmé dans les discours, est peut-être en train de s&#8217;effacer progressivement, et ce malgré la volonté manifeste de Sarkozy de le renforcer en mettant en place une cellule diplomatique renforcée à l&#8217;Elysée et en confiant le portefeuille des affaires étrangères à une personnalité populaire et sans doute compétente, mais dont la mission semble plutôt relever de la politique humanitaire que de la stratégie.</p>
<p>L&#8217;irruption de l&#8217;opinion publique dans le débat de politique étrangère est en elle-même une bonne chose parce que la politique étrangère fait partie de la politique et la politique doit pouvoir être débattue en permanence. Néanmoins, c&#8217;est un phénomène assez nouveau et le débat public sur la politique étrangère en France souffre d&#8217;au moins deux faiblesses majeures, qui en réalité n&#8217;en font qu&#8217;une.</p>
<p>La première de ces faiblesses est la quasi absence de référence à l&#8217;intérêt national. Si l&#8217;on compare la polémique lancée en 2001 par Boniface sur le thème &#8220;peut-on critiquer Israël&#8221; à celle lancée plus récemment aux Etats-Unis par Mersheimer et Waltz sur le même thème, on observe que ces derniers font constamment référence à l&#8217;intérêt national américain, sur lequel ils s&#8217;appuient pour essayer de remettre en cause (avec des arguments extrêmement contestables, mais ce n&#8217;est pas la question) le soutien américain à Israël. Boniface n&#8217;envisage à aucun moment la question sous cet angle et le seul intérêt qu&#8217;il prenne explicitement en considération est celui du Parti socialiste, ce qui d&#8217;ailleurs ne l&#8217;a pas empêché d&#8217;en être exclu. On pourrait probablement trouver facilement d&#8217;autres exemples.</p>
<p>A vrai dire, l&#8217;intérêt national est évoqué ici et là, notamment par l&#8217;&#8221;école&#8221; des géopoliticiens français, des gens comme Chauprade, qui appuient leur conception de l&#8217;intérêt national sur un substrat théorique en apparence rigoureux mais en réalité assez malléable, et qui ont manifestement en vue de faire prévaloir leurs préférences idéologiques. Rien de très intéressant, mais on peut mettre à leur actf le fait qu&#8217;ils &#8220;jouent le jeu&#8221;, en quelque sorte.</p>
<p>Deuxième faiblesse, la notion même de politique étrangère ne semble pas absolument claire, et à vrai dire, ce n&#8217;est pas très étonnant dans un pays où la question du rôle de l&#8217;Etat est assez peu examinée. La question ici est tout simplement de savoir à quoi cela sert d&#8217;avoir une politique étrangère. Une réponse assez facile consiste à dire que la politique étrangère consiste à défendre l&#8217;intérêt national, mais définir une notion par référence à une autre notion elle-même mal définie n&#8217;est pas satisfaisant.</p>
<p>En réalité, les deux questions sont intimement liées. Une définition possible des objectrifs de&nbsp;la politique étrangère pourrait consister à dire qu&#8217;il s&#8217;agit pour l&#8217;Etat de faciliter par des actions extérieures l&#8217;accomplissement de ses missions. L&#8217;intérêt national n&#8217;est donc rien d&#8217;autre que le fait pour l&#8217;Etat de remplir correctement les missions en questions, à l&#8217;intérieur comme à l&#8217;extérieur.</p>
<p>Le fait d&#8217;adopter ces lapalissades comme définitions de la politique étrangère et de l&#8217;intérêt national revient en fait à reconnaître que la politique étrangère n&#8217;est qu&#8217;un des domaines de l&#8217;action publique et ne diffère pas fondamentalement des autres. Ce qui semble faire de la politique étrangère un domaine à part, c&#8217;est en partie le caractère assez opaque qu&#8217;elle a pris en France sous la Ve république, en partie le fait qu&#8217;elle s&#8217;exerce dans un environnement non régi par le droit, l&#8217;environnement international, enfin le fait qu&#8217;elle suppose dans un certain nombre de cas un certain degré d&#8217;opacité, notamment pour tout ce qui concerne les opérations militaires et ce qui s&#8217;y rattache, pour ne rien dire du renseignement.</p>
<p>Néanmoins, malgré ces particularités, la politique étrangère n&#8217;est qu&#8217;un domaine parmi d&#8217;autres où l&#8217;Etat exerce sa mission. Si l&#8217;on veut déterminer les objectifs à viser en matière de politique étrangère, on doit par conséquent en revenir au débat sur les missions de l&#8217;Etat. C&#8217;est à ce stade qu&#8217;il est possible d&#8217;envisager la politique étrangère, par exemple, sous un angle libéral. Si la mission de l&#8217;Etat est clairement et limitativement définie comme consistant avant tout à assurer les sécurité des biens et des personnes et à protéger la liberté des citoyens, alors la politique étrangère sera le prolongement extérieur de cette mission. Si on adopte une conception de l&#8217;Etat plus interventionniste, alors des actions comme la promotion de produits nationaux à l&#8217;étranger ou le fait de pousser des Etats étrangers à signer des chartes sociales a un sens. Il importe surtout de bien comprendre que ces débats ont un sens, au même titre que les débats de politique intérieure, et que le débat sur la politique étrangère pourrait même se polariser de la même façon, ce qui le rendrait probablement plus clair.</p>
<p>Est-ce que la réalité est aujourd&#8217;hui conforme à ces souhaits ? Cela dépend des domaines. En gros, parmi les missions de l&#8217;Etat à l&#8217;extéreur, un bloc important relève de la sécurité nationale. Il s&#8217;agit d&#8217;évaluer les dangers présents, futurs et probables et d&#8217;y faire face ou de se préparer à y faire face. La notion de sécurité nationale peut être plus ou moins extensive. Par exemple, on peut éventuellement soutenir que le fait qu&#8217;une large partie de la population mondiale parle le français sera à long terme un facteur positif en termes de sécurité nationale. On peut soutenir une telle chose, mais il faut encore l&#8217;expliquer, et se contenter d&#8217;affirmer que la culture française doit absolument être diffusée aux frais du contribuable simplement parce que cela nous fait plaisir est peut-être un peu court. Mais il ne s&#8217;agit pas ici de prendre parti pour ou contre la francophonie, il s&#8217;agit simplement de dire que si on veut soutenir des projets dans ce domaine, il faudrait que leur intérêt soit démontré.</p>
<p>D&#8217;autres domaines de la politique étrangère relèvent clairement de l&#8217;intérêt national sans pour autant se prêter à des débats particulièrement virulents. Par exemple, signer des conventions fiscales avec d&#8217;autres Etats peut permettre d&#8217;éviter les cas de double imposition et de limiter l&#8217;évasion fiscale. L&#8217;une des missions de l&#8217;Etat consistant à obtenir un taux de recouvrement fiscal aussi bon que possible, tout cela a manifestement un sens.</p>
<p>Enfin, une troisième catégorie d&#8217;actions extérieures pose plus de problèmes : il s&#8217;agit des actions médiatiques visant à afficher un certain positionnement plus ou moins moral, parfois à utiliser les opinions publiques comme levier et pour l&#8217;essentiel à faire parler de soi ou de son pays en termes plus ou moins favorables selon les endroits. Il est souvent difficile de savoir si les actions de ce type répondent réellement à des objectifs précis relevant de l&#8217;intérêt national, bien ou mal compris, ou si l&#8217;on n&#8217;est pas en plein dans l&#8217;idéologie ou dans le positionnement médiatique personnel. Qu&#8217;en est-il du discours de Villepin à l&#8217;ONU ? Des éclats de Chirac à Jérusalem ? Des tirades de Sarkozy sur le protocole de Kyoto ? Des voyages de Kouchner au Soudan ? Même des actions beaucoup plus concrètes et coûteuses peuvent laisser les observateurs un peu dubitatifs. A-t-on vraiment réfléchi sérieusement avant d&#8217;envoyer des troupes au Liban ? En Côte-d&#8217;Ivoire ? Peu de gens le savent, mais quoi qu&#8217;il en soit, il vaut mieux mal réfléchir que ne pas réfléchir du tout. Au moins, dans le premier cas, on a une chance de tirer les leçons d&#8217;un éventuel échec. Si l&#8217;opération en Irak échoue, au moins pourra-t-on dire qu&#8217;elle a été débattue d&#8217;une façon plus qu&#8217;abondante et qu&#8217;on a au moins essayé, d&#8217;un côté comme de l&#8217;autre, de l&#8217;envisager sous l&#8217;angle de l&#8217;intérêt national et de la sécurité des Etats-Unis. De toute façon, la politique étrangère sera toujours un domaine extrêmement complexe et non susceptible d&#8217;analyses parfaitement logiques et rigoureuses. Faut de trouver des réponses parfaitement fiables, au moins peut-on s&#8217;efforcer de poser les bonnes questions.</p>
<p>Le débat public en France est aujourd&#8217;hui assez loin de ce souhait. Les questions de politique étrangère, quand elles sont publiquement abordées, le sont généralement sous le triple éclairage de l&#8217;idéologie, du communautarisme et de la morale. L&#8217;idéologie guide le débat sur l&#8217;antiaméricanisme, et surtout l&#8217;antiaméricanisme lui-même, et les débats sur la politque américaine ou sur des sujets plus ou moins connexes font souvent appels à des éléments d&#8217;histoire de la guerre froide qui n&#8217;ont pas forcément beaucoup de rapport avec le sujet traité. C&#8217;est ainsi que le débat sur l&#8217;arrestation de Pinochet en 1998 s&#8217;identifiait largement à un règlement de compte de la part des perdants idéologiques de la guerre froide. L&#8217;Angleterre avait-elle intérêt à maintenir en résidence surveillée un ancien chef d&#8217;Etat d&#8217;un pays partenaire ? Personne ne s&#8217;en souciait.</p>
<p>Le communautarisme pèse évidemment de façon tout à fait excessive dans le débat public sur la politique étrangère, et c&#8217;est peut-être même l&#8217;une des principales raisons pour lesquelles un tel débat existe aujourd&#8217;hui. Il n&#8217;y a aucun mal de la part d&#8217;un individu à éprouver un sentiment d&#8217;appartenance vis-à-vis d&#8217;une certaine communauté et à souhaiter que cette dernière soit bien servie par la politique étrangère de son pays. C&#8217;est humain et cela n&#8217;a rien de particulièrement immoral, mais la question n&#8217;est pas là. Si un juif souhaite que la France soutienne Israël et si un musulman souhaite qu&#8217;elle soutienne les Palestiniens, il ne suffit pas de le souhaiter, il faut expliquer en quoi ce serait dans son intérêt. Curieusement, les débats publics sont aujourd&#8217;hui caractérisés par une double pudibonderie : les gens évitent de se réclamer clairement de leurs appartenances communautaires, mais ils évitent tout autant de se réclamer de l&#8217;intérêt national, notion qui ne passe pas très bien. Aussi emploie-t-on toutes sortes de périphrases plus ou moins obscures, ennuyeuses et qui n&#8217;aboutissent nulle part. Il serait souhaitable que la notion d&#8217;intérêt national redevienne susceptible d&#8217;être évoquée publiquement et que les gens fassent au moins semblant de s&#8217;en soucier.</p>
<p>Enfin, la morale est probablement la grande responsable de l&#8217;effacement de la notion d&#8217;intérêt national, la prise en considération de ce dernier passant pour égoïste, voire raciste. L&#8217;intérêt de l&#8217;humanité tout entière passe pour une meilleure préoccupation que celui d&#8217;un pays et de ses citoyens, d&#8217;où l&#8217;accent mis de nos jours sur des thèmes transnationaux comme l&#8217;environnement et sur des moyens comme le multilatéralisme, que l&#8217;on finit par confondre avec les fins poursuivies. Le multilatéralisme demeurant un système imparfait, non démocratique et généralement parfaitement immoral, sa promotion doit s&#8217;appuyer sur un discours tormpeur visant à faire passer le droit international pour fondamentalement moral et les compromis éventuellement très cyniques que les Etats peuvent passer entre eux pour des commandements sacrés. Que la morale puisse servir de paravent à des politques visant à servir l&#8217;intérêt national est peut-être déplaisant pour l&#8217;esprit mais demeure finalement plus moral que le sacrifice de l&#8217;intérêt national à des positionnements médiatiques personnels.</p>
<p>Cependant, il ne s&#8217;agit nullement de faire de l&#8217;idéologie,&nbsp;du communautarisme et de la morale des facteurs négligeables, ni d&#8217;en recommander l&#8217;ignorance dans le débat de politique étrangère. Il n&#8217;y a aucune raison d&#8217;exclure a priori que l&#8217;intérêt national puisse être servi par la diffusion d&#8217;une idéologie, la satisfaction de certaines communautés ou une moralisation de certains domaines de la vie internationale. Le tout est que l&#8217;intérêt national demeure le centre de la réflexion sur la politique étrangère et que le reste y soit subordonné.</p>
<p>Est-ce là une conception immorale de la politique ? L&#8217;Etat a été créé pour remplir certaines missions pour le compte exclusif de ses citoyens. Se détourner de ces missions serait de sa part malhonnête et reviendrait à faire passer des préférences particulières, qu&#8217;elles soient ou non d&#8217;ordre moral, avant la poursuite de l&#8217;intérêt public. En outre, il est parfaitement possible de soutenir que la promotion de la démocratie, du respect des droits de l&#8217;homme et du bien-être général dans le reste du monde correspond aux intérêts de la France ou d&#8217;autres pays. Non seulement rien n&#8217;interdit à un individu de poursuivre pour lui-même et avec ses propres moyens de tels objectifs, mais il est parfaitement possible que ces objectifs puissent être repris à leur compte par l&#8217;Etat pour d&#8217;excellentes raisons. Le tout est que ces raisons soient à un moment ou à un autres explicitées et discutées.</p>
<p>A l&#8217;inverse, il est parfaitement possible qu&#8217;un comportement immoral de la part de l&#8217;Etat ait des conséquences dommageables à plus ou moins long terme, par exemple sous la forme d&#8217;une désaffection des citoyens, d&#8217;un effacement du patriotisme ou de l&#8217;esprit civique ou d&#8217;une hostilité de la part de gens dont l&#8217;Etat aurait pu s&#8217;attirer utilement la confiance. La morale fait partie de la vie et il n&#8217;y a pas de raison pour qu&#8217;elle ne fasse pas partie de la politique internationale à un degré ou à un autre. Ce n&#8217;est simplement pas cet élément qui doit guider en premier lieu la politique étrangère.</p>
<p>Replacer l&#8217;intérêt national et la notion d&#8217;utilité au coeur du débat sur la politique étrangère n&#8217;est ni moral, ni immoral, c&#8217;est simplement logique. La politique étrangère peut difficilement se concevoir autrement que comme la poursuite par un Etat de son intérêt, au détriment de celui des autres Etats si nécessaire. Il est inutile de noircir le tableau et de faire de la politique étrangère un pur jeu de truands, mais en nier cet aspect ne rend service à personne. Si l&#8217;opinion publique doit désormais se préoccuper de ce sujet, plus tôt ces choses seront dites et comprises, mieux cela vaudra.</p>
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		<title>Fin de règne</title>
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		<pubDate>Fri, 11 May 2007 14:45:36 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Say No More</dc:creator>
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			<content:encoded><![CDATA[<p>En général, les présidents attendent leur deuxième mandat pour jouer les rassembleurs à outrance et pour brouiller les pistes de telle manière que plus personne n&#8217;est capable de se faire une idée plus ou moins précise de leurs convictions ou de la direction qu&#8217;ils ont l&#8217;intention de prendre. La plupart des présidents ne trahissent pas leurs électeurs pendant leur premier mandat.<br />
Sarkozy sera peut-être le premier président à faire tout cela avant d&#8217;avoir entamé son premier mandat. Devedjian déclare que Védrine pourrait être ministre des affaires étrangères à condition d&#8217;être d&#8217;accord avec les idées de Sarkozy dans ce domaine, mais Sarkozy n&#8217;a aucune idée dans ce domaine. Sa campagne a été indigente en matière de politique étrangère. Sarkozy s&#8217;est donné de vagues allures atlantistes qu&#8217;il a &#8220;équilibrées&#8221; en agitant le réchauffement et le retrait d&#8217;Afghanistan, et en excluant une intervention militaire contre l&#8217;Iran. Tout cela n&#8217;avait aucune cohérence et c&#8217;est un domaine dans lequel il n&#8217;a pas été meilleur que Royal.<br />
Par conséquent, n&#8217;importe qui pourrait se dire d&#8217;accord avec son programme, donc pourquoi pas Védrine ? Védrine est clairement antiaméricain, antisioniste, pro-arabe, tiers-mondiste, bref, socialiste. C&#8217;est certainement un opportuniste, mais cela ne l&#8217;empêche pas d&#8217;être un idéologue. Il dit que le réchauffement est un problème plus grave que le terrorisme. Au moment de l&#8217;affaire des caricatures, il estimait qu&#8217;en dernière analyse, le Likoud était le principal responsable de tous ces problèmes. ll souhaite rétablir promptement la pompe à finances européenne dont a disposé l&#8217;Autorité palestinienne jusqu&#8217;à la victoire électorale du Hamas et trouve &#8220;débile&#8221; d&#8217;être en désaccord avec cette prescription. Non seulement il représente ce que l&#8217;élite française peut produire de plus vaniteux et de plus méprisable, mais c&#8217;est également un idéologue convaincu et sectaire qui ne pourra que réattribuer à la France son rôle de petite URSS que lui a fait jouer Chirac ces dernières années.<br />
Ceux qui ont sontenu Sarkozy en ayant la politique étrangère présente à l&#8217;esprit, ce qui est peut-être le cas des 83% de Français résidents en Israël qui l&#8217;ont soutenu au premier tour, apprécieront sûrement à sa juste valeur un pareil choix &#8220;d&#8217;ouverture&#8221;.<br />
La politique étrangère a été plus présente que jamais dans la campagne présidentielle de 2007, mais cela n&#8217;a pas suffi à ce que le débat sur ce sujet soit de bonne qualité. C&#8217;est un domaine qui demeure extrêmement mal compris en France, l&#8217;opinion publique n&#8217;ayant aucune notion de ses finalités comme de ses modalités. Les présidents de la Ve république ont généralement mené des politiques étrangères relativement raisonnables, en étant très indulgents, pendant leurs premiers mandats, puis se sont mis à faire n&#8217;importe quoi pendant leurs seconds mandats lorsqu&#8217;il en ont eu un. Sombrer dans le délire avant de commencer son premier mandat serait une innovation.</p>
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		<title>La centritude ne passera pas</title>
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		<pubDate>Wed, 25 Apr 2007 15:31:07 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Say No More</dc:creator>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>

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		<description><![CDATA[Bayrou a obtenu un peu plus de 18% lors du premier tour de l&#8217;élection présidentielle, ce qui lui procure un moment probablement assez bref pendant lequel il peut obtenir un certain nombre de choses. Il est en position de force aujourd&#8217;hui mais cela ne devrait pas durer.
Entre les deux tours d&#8217;une élection présidentielle, les candidats [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Bayrou a obtenu un peu plus de 18% lors du premier tour de l&#8217;élection présidentielle, ce qui lui procure un moment probablement assez bref pendant lequel il peut obtenir un certain nombre de choses. Il est en position de force aujourd&#8217;hui mais cela ne devrait pas durer.<br />
Entre les deux tours d&#8217;une élection présidentielle, les candidats battus du premier tour peuvent normalement vendre leurs voix à ceux qui sont qualifiés sous un certain nombre de contraintes. D&#8217;abord, ils ne vendent que des demi-voix car l&#8217;alternative au soutien est généralement l&#8217;abstention. Ensuite, ils ne contrôlent pas forcément leur électorat et doivent plutôt menacer le candidat qualifié d&#8217;un appel à l&#8217;abstention, mais cela peut être risqué. Par exemple, il est possible que Laguiller ait payé un peu cher sa consigne d&#8217;abstention en 2002. En tout cas, elle s&#8217;est précipitée pour donner une consigne de soutien à Royal dimanche soir.<br />
Bayrou est plutôt avantagé. D&#8217;abord, il a obtenu beaucoup de voix ; ensuite, il dispose d&#8217;un avantage particulièrement rare qui est le fait de pouvoir les vendre aux deux candidats, ce qui lui permet en théorie d&#8217;en faire grimper le prix. En revanche, il ne les contrôle pas forcément très bien, donc il ne donne aucune consigne mais essaye de laisser envisager des choses plus lointaines concernant les législatives, son futur grand parti, etc.<br />
Il est possible qu&#8217;il obtienne quelque chose d&#8217;ici le second tour, mais s&#8217;il persiste à refuser une alliance et à chercher à faire émerger seul une force politique de la même échelle que la &#8220;droite&#8221; et la &#8220;gauche&#8221;, il risque de se heurter à quelques problèmes.<br />
Pour commencer, les députés UDF ont des fiefs électoraux à eux et ont généralement besoin de s&#8217;allier à l&#8217;UMP pour les conserver. Bayrou peut toujours faire miroiter au PS la conquête de fiefs UMP par l&#8217;alliance PS/UDF (ou &#8220;Parti démocrate&#8221;) mais cela reste virtuel et poserait un vrai problème aux députés UDF actuels.<br />
Ensuite, Bayrou a un problème de fond auquel il a réussi à échapper jusqu&#8217;à présent mais qui devrait tout de même finir par le rattraper un jour et qui s&#8217;énonce comme suit : son discours n&#8217;a strictement aucun sens.<br />
La droite et la gauche ne sont pas des forces politiques mais des côtés. Les forces politiques se rangent quelque part entre l&#8217;extrême-droite et l&#8217;extrême-gauche parce qu&#8217;il faut qu&#8217;elles se rangent quelque part. Ce n&#8217;est qu&#8217;une classification abstraite et cela n&#8217;a en théorie pas beaucoup de conséquences pratiques d&#8217;être considéré comme de gauche ou de droite. Les partis de droite pourraient tout à fait être considérés comme de gauche, et réciproquement, si l&#8217;histoire de France s&#8217;était déroulée autrement, sans que cela ne change quoi que ce soit au contenu de leurs discours.<br />
Ce qui existe en revanche, ce sont la majorité et l&#8217;opposition, du moins dans les démocraties qui fonctionnent. La IVe république avait à peu près réussi à faire en sorte que l&#8217;opposition soit éternellement divisée en deux camps très antagonistes et ce système était malsain au possible.<br />
Que veut Bayrou ? Bayrou veut que cesse cette &#8220;opposition stérile&#8221; et que les &#8220;meilleurs&#8221; fassent cause commune pour gouverner au mieux. Voilà un programme très intéressant. Finalement, quand on y réfléchit, pourquoi s&#8217;est-on fatigué pendant des siècles à réfléchir aux institutions et à essayer de mettre en place des constitutions respectant tant bien que mal l&#8217;équilibre des pouvoirs, puisqu&#8217;il suffisait de décréter que c&#8217;étaient les meilleurs qui devaient gouverner ? Donc on imagine que les plus mauvais pourront peut-être former l&#8217;opposition et que la majorité restera forcément au pouvoir puisqu&#8217;elle sera composée des meilleurs.<br />
L&#8217;indigence du discours de Bayrou est en grande partie couverte par une série de propositions plus ou moins raisonnables censées constituer, plus ou moins, ce qu&#8217;il faudrait garder des discours de la droite et de la gauche. Bien entendu, il est assez facile de faire des propositions raisonnables, mais comment fait-on pour les mettre en oeuvre quand on n&#8217;a pas de majorité , Bayrou espère peut-être conquérir une majorité sans alliance lors des législatives, ou éventuellement dans cinq ans après s&#8217;etre fait élire à la présidence, mais où les députés UDF (ou PD) iront-il s&#8217;asseroir quand ils entreront au Palais Bourbon ? Au centre, peut-être, ce qui signifiera qu&#8217;il y aura une droite et une gauche minoritaires à elles deux, incapables de s&#8217;unir et par conséquent de déloger la nouvelle majorité. Effectivement, dans une telle configuration, il faudra vraiment espérer que les gouvernants soient effectivement les meilleurs et qu&#8217;ils aient d&#8217;excellentes idées, parce que la dernière fois qu&#8217;une expérience de ce type a été tentée, c&#8217;était avant 1958 et ça s&#8217;est terminé, justement, en 1958. Non pas que la Ve République ait remplacé l&#8217;ancien système par un système parfait, on en est très loin, mais le problème de la coalition inamovible a tout de même été résolu et on pourrait montrer de façon probablement assez convaincante que les cohabitations successives, qui rappelaient un peu la IVe république, ont été l&#8217;un des principaux problèmes de ce régime, ou du moins l&#8217;ont fait fonctionner encore plus mal que pendant les autres périodes.<br />
Mais Bayrou ne se contente pas d&#8217;ignorer le fait qu&#8217;il y a peut-être des raisons qui ont présidé à la mise en place de systèmes d&#8217;alternance entre majorité et opposition au sein des démocraties ; il attribue plus ou moins l&#8217;ensemble des choses qui vont mal au &#8220;système&#8221;, à la bipolarité droite-gauche, et déclare qu&#8217;il est urgent de rompre avec ce système afin de mettre fin aux combines politiciennes, aux manoeuvres dignes des Hauts-de-Seine, etc.<br />
Son discours prend donc une tournure assez abstraite. Bayrou se considère comme la seule véritable opposition au système actuel, mais le système qu&#8217;il veut mettre en place est précisément un système sans véritable opposition. Ou alors il s&#8217;oppose aux deux camps qui sont déjà opposés l&#8217;un à l&#8217;autre afin de mettre fin à l&#8217;opposition en question.<br />
Le plus probable est que son discours consiste à essayer de faire passer une contre-vérité pour une évidence. Les problèmes que Bayrou met en évidence, les manoeuvres politiciennes, la corruption et ainsi de suite, proviennent non pas de l&#8217;opposition entre droite et gauche mais de leur connivence quand il s&#8217;agit d&#8217;un certain nombre de choses. Le centrisme n&#8217;apporte évidemment aucun remède à ces problèmes mais a plutôt tendance à les aggraver, puisqu&#8217;il tend à empêcher l&#8217;émergence d&#8217;une opposition crédible. Quand on se contente de mettre les &#8220;meilleurs&#8221; au pouvoir tout en leur donnant une liberté de manoeuvre totale du fait de l&#8217;inexistence d&#8217;une opposition, on étend en réalité le système présidentialiste français à l&#8217;ensemble de la représentation politique, ce qui est plus ou moins censé être le contraire de ce que Bayrou souhaite.<br />
La confusion entre opposition et connivence permet bien des pirouettes verbales et Bayrou a su faire un usage assez efficace de cet avantage pendant la campagne présidentielle. Qu&#8217;elle soit également exploitable lors des manoeuvres politiciennes auxquelles l&#8217;UDF/PD va bien entendu se livrer en vue des élections législatives est un peu plus douteux.</p>
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		<title>A long terme, nous serons tous refroidis</title>
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		<pubDate>Tue, 20 Feb 2007 16:13:13 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Say No More</dc:creator>
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Le monde va-t-il devenir vert ? On a eu droit à l&#8217;occasion de la réunion du GIEC à Paris à une cannonade médiatique intense sur le thème du réchauffement de la terre au cours de laquelle il a été expliqué qu&#8217;il n&#8217;y avait désormais plus de doute sur le sujet, ce qu&#8217;on explique à peu [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://farm1.static.flickr.com/36/87793361_63268bdfdd.jpg?v=0" alt="Consensus" /></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Le monde va-t-il devenir vert ? On a eu droit à l&#8217;occasion de la réunion du GIEC à Paris à une cannonade médiatique intense sur le thème du réchauffement de la terre au cours de laquelle il a été expliqué qu&#8217;il n&#8217;y avait désormais plus de doute sur le sujet, ce qu&#8217;on explique à peu près tous les six mois. Le Monde a candidement affirmé que ce consensus était dû au lobbying, mais un lobbying vertueux car appuyé sur une réalité incontestable. On a également vu apparaître l&#8217;emploi du terme &#8220;négationniste&#8221; pour désigner les gens qui n&#8217;adhèrent pas au consensus. En bref, un grand effort de lobbying a permis de marginaliser les gens qui n&#8217;adhèrent pas à un point de vue qu&#8217;il faut régulièrement redéclarer consensuel.</p>
<p>Les propositions qui sont donc désormais incontestables sont les suivantes : il y a réchauffement, cela est dû à l&#8217;activité humaine, c&#8217;est catastrophique. La conclusion qui s&#8217;impose est qu&#8217;il faut supprimer l&#8217;activité humaine. Plus précisément, il faut en supprimer certaines, celles qui contribuent à ce réchauffement.</p>
<p>Les objections possibles à ces propositions sont extrêmement nombreuses et étonnamment faciles à compiler pour un sujet consensuel ne faisant plus l&#8217;objet d&#8217;un débat. Le GIEC s&#8217;est longtemps appuyé sur une étude fausse, le &#8220;hockeystick&#8221; de Michael Mann, afin de montrer que le réchauffement actuel était sans précédent, ce qui n&#8217;est pas nécessairement le cas. Le réchauffement en question est discuté, aussi bien en ce qui concerne sa réalité que son ampleur. Le lien causal entre l&#8217;accumulation de gaz à effet de serre et le réchauffement fait également l&#8217;objet de débats, car d&#8217;autres éléments peuvent causer une élévation des températures. Le caractère catastrophique d&#8217;un réchauffement est également contesté, tandis que ses effets bénéfiques peuvent également être étudiés. Le fait qu&#8217;il soit préférable d&#8217;essayer d&#8217;empêcher un réchauffement plutôt que de s&#8217;y adapter est également discuté.</p>
<p>Tous ces débats sont présents en abondance sur Internet, et il est difficile de croire que les &#8220;sceptiques&#8221; manquent tous de sérieux ou sont tous stipendiés par Exxon. En fait, il est surtout diffcile de croire que le sujet est aussi bien balisé que ne l&#8217;affirment les gens qui disent qu&#8217;il n&#8217;y a plus de débat sur ce sujet. La vérité est qu&#8217;il y a tout à fait un débat, et que sa principale limitation tient au fait que les partisans du GIEC affirment qu&#8217;il n&#8217;existe pas, et refusent d&#8217;y participer.</p>
<p>Donc que peut faire le non-spécialiste ? Pas grand-chose. Pour commencer, les non-spécialistes sont nombreux. Il s&#8217;agit non seulement des non-scientifiques, mais également de la plupart des scientifiques. L&#8217;étude de l&#8217;évolution du climat et de ses conséquences fait appel à plusieurs disciplines très différentes les unes des autres et peu de gens sont capables de maîtriser l&#8217;ensemble du problème. Par exemple, le fait de calculer la quantité de &#8220;ressources&#8221; qu&#8217;il faudrait &#8220;investir&#8221; dans la lutte contre le réchauffement et de la comparer au coût du réchauffement en question au cours des cinquante ou des cent prochaines années fait appel à des connaissances extrêmement précises en économie, en géographie, en climatologie, en ingénierie, en biologie, etc., et bien sûr en informatique puisque toutes les données concernant le réchauffement proprement dit s&#8217;appuient sur des modèles informatiques extrêmement complexes; Bien entendu, ces disciplines se penchent sur des domaines d&#8217;études plus ou moins bien connus. En fait, les scientifiques se récusent souvent mutuellement quand ils sont en désaccord, et s&#8217;accusent de n&#8217;être un spécialiste que d&#8217;un domaine vaguement connexe à la question, donc de ne pas être compétent.</p>
<p>Au moins, la question du choix entre communisme et capitalisme avait beau être elle-même relativement complexe, il s&#8217;agissait quand même d&#8217;un choix assez clair sur lequel un individu quelconque pouvait se faire une idée, ne serait-ce qu&#8217;en s&#8217;appuyant sur ses préférences personnelles. Le débat public était possible. Dans le cas de la question du réchauffement, le débat existe bel et bien entre spécialistes, mais le débat public est pour ainsi dire impossible. Personne ne peut se prétendre capable de se forger un jugement sur la question du réchauffement.</p>
<p>C&#8217;est ennuyeux parce que l&#8217;affaire est chaude. C&#8217;est ce que disent les gens qui estiment que la catastrophe est imminente. Pour eux, nous n&#8217;avons pas le temps de réfléchir plus, nous devons dès à présent prendre les mesures qui s&#8217;imposent. Sur le contenu exact de ces mesures urgentissimes, nous sommes en revanche dans le brouillard. Que faut-il faire ? Pour commencer, il faut &#8220;aller au-delà Kyoto&#8221;. Mais au-delà de Kyoto, il y a surtout l&#8217;amplification des effets pervers de Kyoto, qui consistent pour l&#8217;essentiel en ce que les activités polluantes seront délocalisées vers les pays qui seront restés &#8220;en deçà de Kyoto&#8221;, c&#8217;est-à-dire qui n&#8217;auront pas signé le protocole. Il y aura également le coût des limitations que nous envisageons de nous imposer. La vérité est que personne n&#8217;a de proposition très réaliste à formuler sur ce sujet.</p>
<p>Cet état de choses ouvre la porte aux militants moins sérieux dont les propositions, bien que délirantes, ont au moins le mérite de répondre réellement à la question posée par ce réchauffement incontestable. Il n&#8217;est donc pas surprenant que l&#8217;on entende de plus en plus parler des partisans de la &#8220;décroissance&#8221;, qui veulent que l&#8217;humanité, pour la première fois de son histoire, essaye de résoudre ses problèmes en produisant moins, et pas plus. Nous entrons évidemment ici dans l&#8217;écologie totalitaire, qui constitue probablement l&#8217;essence même de l&#8217;écologie tout court, et qui préfère la nature à l&#8217;homme. Il n&#8217;est pas rare de nos jours d&#8217;entendre quelqu&#8217;un exprimer son souhait que l&#8217;homme occupe une place moindre sur la &#8220;planète&#8221;, en se reproduisant moins et en laissant une trace moins visible &#8211; la question étant : visible par qui ? Il va de soi que ce genre de souhait ne parvient à un début de réalisation que par le moyen de la contrainte, et quand le but de l&#8217;opération consiste à rendre les hommes moins nombreux, les moyens de contrainte recoupent avec un rare bonheur les finalités. Qui aurait cru que l&#8217;expérience cambodgienne continuerait à inspirer les idéalistes qui rêvent d&#8217;un &#8220;autre monde&#8221; ?</p>
<p>Autrement dit, l&#8217;actuelle campagne d&#8217;opinion sur le réchauffement place à la fois l&#8217;opinion et les dirigeants dans une position finalement assez difficile. Puisque nous ne devons plus chercher à vérifier l&#8217;existence du problème, il nous faut rechercher des solutions et toutes les solutions sont mauvaises. L&#8217;humanité est donc appelée à faire des sacrifices très importants sans la moindre garantie d&#8217;efficacité. C&#8217;est évidemment une très bonne affaire pour les dirigeants et pour les administrations, qui se voient ainsi confier de nouvelles tâches et de nouveaux moyens, et qui ne risquent pas de voir leur action contestée avant un certain temps. Et comme les mesures qu&#8217;ils prendront ne seront jamais assez efficace, les réunions du GIEC continueront d&#8217;avoir lieu régulièrement. La révolution permanente est en marche et les hauteurs radieuses sont en vue.</p>
<p>Pourquoi en sommes-nous là ? Peut-être y a-t-il réellement un réchauffement provoqué par l&#8217;homme et susceptible de le mettre en péril, mais il est simplement un peu difficile d&#8217;accepter sans la moindre possibilité de vérification de valider l&#8217;ensemble des propositions évoquées plus haut. Le problème est qu&#8217;il faudrait tout d&#8217;abord accepter l&#8217;idée que l&#8217;humanité est arrivée à la fin de son hégémonie. Désormais, l&#8217;humanité devrait se restreindre elle-même : consommer moins, produire moins, moins s&#8217;étendre, accepter de vivre moins bien et moins longtemps. C&#8217;est ainsi que se traduirait l&#8217;adoption des doctrines de &#8220;décroissance&#8221;. Et si l&#8217;humanité n&#8217;acceptait pas de prendre des mesures de cet ordre, elle en subirait des conséquences pires que celles des deux guerres mondiales réunies, nous dit l&#8217;économiste Howard Stern, voire pire. Donc c&#8217;est terminé : l&#8217;homme ne peut plus régner comme il l&#8217;a fait jusqu&#8217;à présent. En deuxième lieu, il faudrait accepter tout cela sur la base d&#8217;études complètement invérifiables par la plupart des décideurs. Or, ces derniers ainsi que l&#8217;opinion publique semblent accepter tout cela sans trop de problèmes;</p>
<p>L&#8217;un des moteurs principaux de ce &#8220;lobbying&#8221; dont se félicite le Monde est l&#8217;administration internationale. L&#8217;administration internationale telle que nous la connaissons aujourd&#8217;hui a fait son apparition en 1919 lors des négociations de paix. On a créé à cette occasion la fameuse Société des nations, remplacée plus tard par l&#8217;ONU, et le Bureau international du travail qui existe toujours. En 1945, on a voulu recréer la Société des nations mais en mieux, la SDN ayant complètement échoué dans la tâche qui lui avait été confiée. On a donc créé l&#8217;ONU, à laquelle on a donné plus de moyens qu&#8217;à la SDN. On pensait également lui donner plus de pouvoirs, mais l&#8217;ONU, comme la SDN, n&#8217;a de pouvoir que celui que les Etats qui la composent veulent bien lui déléguer. L&#8217;ONU n&#8217;existe pas plus que la SDN en dehors de ses Etats-membres. Si les Etats-Unis quittaient l&#8217;ONU, l&#8217;ONU ne serait probablement pas plus influente que ne l&#8217;était la SDN, dont ils avaient finalement refusé de faire partie, et ce quels que soient les pouvoirs conférés par sa charte à son Conseil de Sécurité. </p>
<p>Cependant, ddans le cadre onusien se sont créées plusieurs organisations internationales comme l&#8217;UNESCO, le PNUD, le HCR ou&nbsp;l&#8217;UNWRA auxquelles on a également donné des moyens et un certain pouvoir, cette fois-ci réel car contrôlé moins étroitement par les Etats et partagé entre eux. Le fonctionnaire qui sert plusieurs patrons a plus de marge de manoeuvre que celui qui n&#8217;en sert qu&#8217;un. Comme les administrations sont par ailleurs toujours à la recherche de nouvelles attributions et d&#8217;occasion d&#8217;étendre leurs champs d&#8217;action, les organisations internationales sont devenues plus lourdes, plus riches et plus nombreuses. Les fonctionnaires internationaux sont désormais une catégorie sociale à part entière qui a plus ou moins fusionné avec celle constituée par les diplomates, cette dernière catégorie sociale ayant énormément profité de la multiplication des Etats à la suite de la décolonisation, puis de la disparition de l&#8217;URSS. Il s&#8217;agit de personnes qui gagnent bien leur vie, dont l&#8217;utilité n&#8217;est pas toujours absolument évidente à mettre en lumière et dont la position est rendue assez solide par le fait qu&#8217;ils incarnent les bonnes relations entre Etats. Un Etat ne va pas facilement se retirer du PNUD ou mettre fin à des programmes de coopération technique, même s&#8217;ils deviennent moins utiiles. C&#8217;est ainsi que la fonction publique internationale et la diplomatie ont prospéré régulièrement depuis le début du XXe siècle.</p>
<p>Le GIEC est un organisme qui dépend directement de l&#8217;ONU. Les organismes de ce type ont généralement de quoi payer assez confortablement les gens qu&#8217;ils emploient et les contrôles auxquels ils sont soumis sont généralement légers. Si un organisme comme le GIEC veut monter de toute pièces une campagne de peur publique à propos d&#8217;une catastrophe aussi imminente qu&#8217;imaginaire, il en a probablement les moyens et ses employés peuvent en tirer profit. Par ailleurs, les Etats occidentaux sont généralement capables de se laisser entraîner assez facilement dans ce type de manoeuvre. Qu&#8217;est-ce que cela coûte à un politicien d&#8217;adopter le réchauffement comme thème de campagne ? Rien, c&#8217;est même potentiellement très rentable. Les électeurs peuvent y être sensibles et c&#8217;est l&#8217;occasion d&#8217;introduire des &#8220;écotaxes&#8221;, soit un nouvel impôt que les contribuables accepteront plus facilement de payer qu&#8217;un impôt qui serait baptisé &#8220;remboursement des intérêts de la dette publique&#8221;, même si le deuxième semblerait à première vue plus utile et plus urgent. C&#8217;est aussi l&#8217;occasion de mettre en place de nouveaux modes de contrôle de l&#8217;économie et de la société, et cela est bon pour les personnes qui travaillent dans l&#8217;administration car elles auront ainsi plus de moyens et deviendront plus nombreuses. Les directeurs auront des directions plus importantes, donc plus d&#8217;influence. Tout le monde s&#8217;y retrouve, ou du moins tous ceux qui exercent un pouvoir de décision effectif.</p>
<p>L&#8217;urgence de la lutte contre le réchauffement est en effet d&#8217;autant plus mise en avant qu&#8217;elle détourne l&#8217;attention de problèmes encore plus urgents mais dont la solution est sans doute moins satisfaisante pour l&#8217;esprit et pour le confort de l&#8217;âme. Le problème de l&#8217;endettement de l&#8217;Etat et de la quasi absence de croissance économique n&#8217;entraîne absolument pas la nécessité d&#8217;organiser des colloques internationaux à Paris, ni celle de propulser sur la scène politique des animateurs de télévision. Il faut simplement travailler et rembourser, ce qui est moins drôle et&nbsp;moins &#8220;fédérateur&#8221;. En outre, il peut-être désagréable de penser à un scénario catastrophe comme celui d&#8217;une incapacité prochaine de l&#8217;Etat à honorer ses engagements financiers. En revanche, penser au réchauffement et&nbsp;à la montée des océans dans un siècle est beaucoup plus excitant, et si la solution consiste en plus à moins travailler afin de produire moins, c&#8217;est le succès assuré.</p>
<p>Et si les discours des partisans de la décroissance rappellent des souvenirs proches, ce n&#8217;est peut-être pas complètement l&#8217;effet du hasard. Il est tout de même assez frappant que la campagne sur le réchauffement ait débuté au moment même où le communisme soviétique disparaissait et où la gauche communiste ou communisante sentait ses fondations trembler sous ses pieds. Marx et ses prophéties n&#8217;étaient plus à la mode, sans doute en grande partie parce que l&#8217;expérience historique leur avait fait beaucoup de tort, sans doute également parce que Marx écrivait à une époque où l&#8217;on pensait plus qu&#8217;aujourd&#8217;hui la science capable d&#8217;expliquer et de prévoir les évolutions sociales et historiques, dont on n&#8217;avait probablement pas complètement mesuré la complexité. A la fin du XXe siècle, Marx avait contre lui à la fois l&#8217;expérience historique, sur laquelle il avait lui-même gagé l&#8217;ensemble de sa philosophie, et une mise en doute plus générale des sciences sociales et de l&#8217;ingénierie sociale, ce qui faisait vieillir d&#8217;un seul coup l&#8217;ensemble de ses recommandations. On a peut-être tout simplement remplacé une religion séculaire par une autre. Si l&#8217;humanité a en permanence besoin d&#8217;une croyance collective, cela aurait un sens d&#8217;en changer au fur et à mesure que la science les rend obsolètes. Les religions traditionnelles ont probablement souffert en partie en raison des progrès des connaissances scientifiques, le marxisme n&#8217;a pas résisté à une expérience historique d&#8217;un peu moins d&#8217;un siècle. La théorie du&nbsp;réchauffement semble assez bien protégée par sa propre complexité.</p>
<p>Mais est-ce qu&#8217;une doctrine peut survivre durablement à sa propre non-réfutabilité ? Quel que soit l&#8217;état d&#8217;avancement de la science, une doctrine demeure non-scientifique aussi longtemps qu&#8217;il est impossible de la valider par l&#8217;expérience. Les religions se situent délibérément dans le champ des doctrines non-scientifiques car elles traitent de probèmes qui échappent par définition à la science. Elles ont un léger problème quand elles incluent des éléments parfaitement vérifiables en théorie et qui ne se vérifient pas en pratique, mais elles conservent toujours un fond auquel on peut au moins croire sans être obligé de vivre dans une réalité alternative. Qu&#8217;en est-il du réchauffement ? Il s&#8217;agit d&#8217;une théorie qui se présente comme scientifique et qui l&#8217;est dans la mesure où les problèmes traités sont de nature scientifique et où les propositions auxquelles elle aboutit sont en théorie vérifiables. Seulement elles ne le sont pas en pratique, ou du moins pas suffisamment pour être incontestables, et ne sont pas près de le devenir. Mesurer la &#8220;température moyenne&#8221; de la terre est pour l&#8217;instant un peu trop complexe, mesurer son évolution sur de longues périodes l&#8217;est encore plus et attribuer des causes à l&#8217;évolution en question. La thèse du réchauffement s&#8217;impose non pas parce que l&#8217;expérience aurait permis de la vérifier, ce qui ne semble pas être le cas, mais parce qu&#8217;il est demandé d&#8217;admettre qu&#8217;on n&#8217;a pas le temps de la vérifier. On doit y croire ou du moins faire comme si on y croyait, il en va de la sauvegarde du monde. En bref, les principes de fonctionnement d&#8217;une religion sont recréés mais sont cette fois appuyés d&#8217;une part sur la science, d&#8217;autre part sur un pari à la Pascal voulant que dans l&#8217;incertitude, il soit plus risqué d&#8217;adopter une hypothèse qu&#8217;une autre. Enfin, ce sont bien sûr les sceptiques qui sont accusés d&#8217;être des &#8220;antiscientifiques&#8221;, ce qui indique que les écologistes ont réussi à se débarrasser de cette étiquette qui leur avait été accolée de façon parfaitement justifiée mais qui les embarrassait probablement. Mettre le progrès de son côté est généralement une assez bonne affaire.</p>
<p>Dans ces conditions, on comprend assez facilement que la charge de la preuve soit inversée. On pourrait croire que des gens qui demanderaient une diminution de la production, un contrôle accru de l&#8217;Etat sur l&#8217;économie et l&#8217;adoption obligatoire de règles de vie contraignantes éventuellement assorties de vérifications intrusives se verraient au moins demander de prouver que tout cela est bien nécessaire. Or, c&#8217;est l&#8217;inverse qui se produit. Ce sont les &#8220;sceptiques&#8221; qui sont sommés de convaincre que tout cela n&#8217;est peut-être pas encore nécessaire. Mais ils auront du mal, évidemment, puisqu&#8217;ils n&#8217;existent pas.</p>
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		<title>La rentabilit&#233; du seuil</title>
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		<pubDate>Tue, 13 Feb 2007 15:24:08 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Say No More</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Thierry de Montbrial pense que l&#8217;Iran ne cherche pas vraiment à se doter de l&#8217;arme nucléaire, mais qu&#8217;il souhaite simplement parvenir au &#8220;seuil&#8221; nucléaire, c&#8217;est-à-dire au stade où, sans avoir d&#8217;arme nucléaire, on est en mesure de s&#8217;en doter très vite et sans véritable obstacle. Dans le cas de l&#8217;Iran, il se peut qu&#8217;il soit [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Thierry de Montbrial pense que l&#8217;Iran ne cherche pas vraiment à se doter de l&#8217;arme nucléaire, mais qu&#8217;il souhaite simplement parvenir au &#8220;seuil&#8221; nucléaire, c&#8217;est-à-dire au stade où, sans avoir d&#8217;arme nucléaire, on est en mesure de s&#8217;en doter très vite et sans véritable obstacle. Dans le cas de l&#8217;Iran, il se peut qu&#8217;il soit optimiste. Après tout, si personne n&#8217;empêche l&#8217;Iran de parvenir au seuil en question, on voit mal ce qui l&#8217;empêcherait de s&#8217;équiper. Surtout, Montbrial n&#8217;a en fait aucune raison particulière de penser que l&#8217;Iran veut s&#8217;arrêter au seuil. C&#8217;est juste une affirmation.</p>
<p>Cependant, l&#8217;accord signé ces jours-ci avec la Corée du Nord laisse entrevoir un aspect assez intéressant de cette question. La Corée du Nord n&#8217;a pas vraiment besoin d&#8217;armes nucléaires. Le principal problème du régime nord-coréen consiste plutôt à se protéger lui-même. Il tient déjà Séoul sous la menace de son artillerie et, d&#8217;une manière générale, la Corée du Sud, la Chine et les Etats-Unis n&#8217;ont pas vraiment de raisons d&#8217;envahir ce pays tant qu&#8217;il ne constitue pas une menace sérieuse. Le fait d&#8217;être une puissance nucléaire est plutôt de nature à constituer une telle menace.</p>
<p>Mais le régime nord-coréen semble chercher à retirer toutes sortes d&#8217;avantages non-stratégiques de son programme nucléaire militaire. Les Etats-Unis lui fournissent des moyens énergétiques en échange d&#8217;une certaine modération en matière nucléaire, ce qui n&#8217;implique absolument pas un démantèlement complèt de son programme. Jusqu&#8217;à présent, la Corée du Sud a surtout réagi en élisant des sociaux-démocrates partisans de la détente et de l&#8217;apaisement et assez disposés à maintenir le régime du Nord sous perfusion. Le Programme alimentaire mondial s&#8217;occupe de l&#8217;intendance et les Chinois refoulent les gens qui veulent sortir. Pour couronner le tout, la Corée du Nord s&#8217;insère dans le circuit international de la prolifération nucléaire, ce qui rapporte. Où est le problème ?</p>
<p>En fait, c&#8217;est peut-être un des effets du TNP que nous allons voir le plus souvent à l&#8217;oeuvre dans les années qui viennent. Intervenir militairement, ou même mettre un pays sous blocus, pour l&#8217;empêcher d&#8217;acquérir l&#8217;arme nucléaire est une chose, en faire autant pour l&#8217;empêcher d&#8217;accéder au seuil est moins enthousiasmant. C&#8217;est en effet ce que viennent de faire les Etats-Unis en Irak. L&#8217;Irak était une sorte de pays &#8220;du seuil&#8221; en matère biologique et chimique, avec des programmes plus ou moins interrompus et embryonnaires, et l&#8217;Irak avait une expérience et un savoir-faire en matière nucléaire tels qu&#8217;on ne savait pas très bien combien de temps un Irak libéré de toute entrave &#8211; situation qui se profilait &#8211; mettrait à s&#8217;équiper. Le pays a donc été envahi et on n&#8217;a trouvé pratiquement aucun matériel sur place, ce qui a valu d&#8217;énormes ennuis à l&#8217;administration américaine. Comme par ailleurs cette invasion a eu lieu à un moment où le consensus voulait qu&#8217;on ne puisse pas envahir un pays sans devenir responsable de tout ce qui pourrait s&#8217;y produire d&#8217;indésirable par la suite, l&#8217;Irak est devenu une sorte de boulet pour les Etats-Unis, qui seront désormais extrêmement réticent à envahir un autre pays, même lorsqu&#8217;ils auront pu retirer d&#8217;Irak les troupes dont ils auraient besoin.</p>
<p>La solution logique consisterait probablement à considérer le démantèlement d&#8217;un programme nucléaire comme un objectf politique suffisamment important pour qu&#8217;il ne soit pas nécessaire de songer aux conséquences locales d&#8217;une opération militaire dans ce but. Ce serait assez rationnel dans un cas comme celui de l&#8217;Iran : une fois le potentiel détruit, il n&#8217;y a plus rien à faire et il suffit de laisser el régime se débrouiller avec sa population et avec tous les cadres qui trouveront que l&#8217;humiliation qu&#8217;il vient de subir offre une opportunité de changer de dirigeants. Les conséquences politiques seront peut-être désastreuses, comme dans le cas de la guerre russo-japonaise ou de la Première guerre mondiale en Russie ; peut-être confuses et finalement assez négatives, comme dans le cas de la première Guerre du Golfe ; peut-être heureuses comme dans le cas de la guerre des Malouines ; mais l&#8217;important sera que l&#8217;objectif soit atteint.</p>
<p>C&#8217;est peut-être ainsi que les Américains raisonneront vis-à-vis de l&#8217;Iran. Ils ont manifestement estimé que cela ne s&#8217;imposait pas avec la Corée du Nord parce que c&#8217;est essentiellement un régime mafieux et parce que ses voisins ne seraient pas du tout d&#8217;accord pour autoriser une attaque. Dans le cas de l&#8217;Iran, les Etats-Unis ont à la fois les moyens matériels requis et une certaine liberté d&#8217;action diplomatique, même si les difficultés sont suffisamment importantes pour qu&#8217;une telle opération soit autant que possible retardée.</p>
<p>Mais le cas nord-coréen risque d&#8217;avoir une conséquence que l&#8217;éventuelle inaction à propos de l&#8217;Iran amplifierait. S&#8217;il est avéré qu&#8217;atteindre le &#8220;seuil&#8221; nucléaire est sans risque et peut procurer des bénéfices conséquents, il se pourrait que d&#8217;autres pays décident de rentrer sur ce marché. L&#8217;Egypte pourrait être intéressée, de même que l&#8217;Arabie saoudite, la Syrie et, finalement, n&#8217;importe quelle dictature ayant envie de venir réclamer sa part le moment venu.</p>
<p>La prolifération proprement dite, celle qui consiste pour des Etats à se doter effectivement de l&#8217;arme atomique, demeure tout à fait problématique, mais il faut sans doute lui ajouter la semi-prolifération, qui consisterait en plusieurs pays s&#8217;approchant du seuil, le franchissant éventuellement de temps en temps afin d&#8217;obtenir de l&#8217;argent de la &#8220;communauté internationale&#8221;, c&#8217;est-à-dire, dans ce cas précis, des Etats-Unis. Finalement, ce n&#8217;est jamais qu&#8217;un moyen de plus d&#8217;arriver à ce résultat.</p>
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		<title>Les grands esprits sont à l&#8217;oeuvre</title>
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		<pubDate>Thu, 07 Dec 2006 22:46:38 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Say No More</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Les successeurs de Jimmy Carter devraient se réjouir qu&#8217;il soit resté en vie jusqu&#8217;à aujourd&#8217;hui. Carter est un fantastique faire-valoir pour tous ceux qui se sont efforcés après sa présidence de réparer une partie des dégats qu&#8217;il a causés, et les encouragements ne sont certainement pas inutiles. Entre la révolution iranienne et l&#8217;invasion de l&#8217;Afghanistan, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Les successeurs de Jimmy Carter devraient se réjouir qu&#8217;il soit resté en vie jusqu&#8217;à aujourd&#8217;hui. Carter est un fantastique faire-valoir pour tous ceux qui se sont efforcés après sa présidence de réparer une partie des dégats qu&#8217;il a causés, et les encouragements ne sont certainement pas inutiles. Entre la révolution iranienne et l&#8217;invasion de l&#8217;Afghanistan, deux événements quasiment simultanés qui sont venus couronner une présidence en tout point remarquable, l&#8217;héritage du cartérisme est probablement l&#8217;un des plus durables laissés par un président des Etats-Unis.<br />
Carter ne pouvait pas laisser sa carrière s&#8217;achever par sa déroute électoral face à Reagan. Il lui a fallu une quinzaine d&#8217;années, mais il a fini par se remettre en activité vers 1994 et s&#8217;est alors lancé dans toutes sortes de voyages et missions diplomatiques au cours desquels il a repiqué une nouvelle jeunesse, avec des partenaires comme Milosevic ou Kim Il Sung.<br />
Finalement, il a eu son prix Nobel de la paix, ce dont il est probablement très fier. Le côté amusant du prix Nobel de la paix est que pratiquement tout le monde estime que c&#8217;est un immense honneur de le recevoir, mais pratiquement personne ne sait qui, exactement, décide à qui il est attribué. Peu importe, évidemment. Ce qui compte, ce n&#8217;est pas la réalité mais l&#8217;&#8221;image&#8221;. C&#8217;est un parfait exemple de phénomène médiatique complètement cyclique, dont la cause est en même temps la conséquence. Ca existe seulement parce qu&#8217;on y croit.<br />
Donc Carter vient de publier un bouquin qui s&#8217;appelle, plus ou moins, &#8220;Palestine, Peace, not Apartheid&#8221;. Le seul titre donne l&#8217;impression de sortir d&#8217;un générateur de texte aléatoire. Le contenu est apparemment une sorte de pamphlet anti-israélien complètement stupide, avec des mensonges historiques détectable à partir du Guide du routard et globalement, semble-t-il, strictement aucune idée originale ou intéressante à un titre quelconque. Bref, pas exactement une somme, mais dans le cas de Carter, contrairement à Boniface, on peut supposer qu&#8217;il l&#8217;a écrit lui-même. Il se peut que Carter soit tout simplement gâteux, après tout.<br />
Dans un registre un peu plus sérieux, James Baker et ses sept collègues viennent de publier un rapport très médiatisé, notamment parce qu&#8217;ils ont utilisé une partie de leur budget en publicité, disant ce que les Etats-Unis doivent faire au Moyen Orient. En gros : accepter de perdre en Irak, faire des concessions à la Syrie et à l&#8217;Iran, obliger Israël à discuter avec les Palestiniens (Olmert ne demande pas mieux, d&#8217;ailleurs), obliger Israël à rendre le Golan à la Syrie, obliger Israël à envisager le &#8220;droit au retour&#8221; palestinien, à moins que ce ne soit dans le bouquin de Carter (non, c&#8217;est bien là et c&#8217;est la proposition 17), créer un groupe de contact géant pour régler les problèmes du Moyen Orient, et reconnaître que le conflit israélo-arabe est la cause de tous les problèmes.<br />
Donc si les Etats-Unis font tout ça, ils pourront peut-être réussir à quitter l&#8217;Irak.<br />
Si la méthode Baker donne les résultats escomptés (c&#8217;est-à-dire une défaite, puisque le rapport précise très clairement que la victoire n&#8217;est pas envisageable), elle pourra à l&#8217;avenir être appliquée à d&#8217;autres théâtres. Pour l&#8217;Afghanistan, les Etats-Unis auraient intérêt à négocier avec le Pakistan, l&#8217;Iran, le Tadjikistan, l&#8217;Ouzbékistan et la Chine et à se retirer progressivement mais vite. Taiwan, les Etats-Unis devraient négocier avec la Chine tout en mettant fin à leur présence navale dans la région et en faisant pression sur Taiwan pour qu&#8217;ils suivent la même voie que Hong-Kong. Pour la Corée du Nord, il faudrait négocier avec, eh bien, la Corée du Nord tout en les laissant faire ce qu&#8217;ils veulent en matière de nucléaire militaire, tout en faisant pression sur la Corée du Sud pour qu&#8217;elle cède quelque chose à la Corée du Nord &#8211; selon ce qu&#8217;elle a, juste pour faire un geste &#8211; et sur Israël.<br />
Les deux événements n&#8217;ont aucun rapport mais la coïncidence est quand même un peu troublante. D&#8217;un seul coup, les médias semblent s&#8217;être persuadés que leur cause venait de triompher et que leurs ennemis, les néo-conservateurs, étaient sur le point d&#8217;avouer leurs crimes et leur défaite. Et comme avec le prix Nobel, ils ont monté toute cette histoire pour eux-mêmes et sont apparemment emportés par une bouffée d&#8217;autocélébration comme il s&#8217;en produit plus ou moins régulièrement.<br />
Tout cela va probablement se dégonfler assez rapidement pour la simple raison que les prescriptions de Baker ne peuvent même pas être mises en oeuvre (ce qui les rend encore plus irréalistes que les 35 heures). Les Syriens et les Iraniens n&#8217;ont probablement aucune envie de discuter de quoi que ce soit. Pourquoi faire ? Les Israéliens ne peuvent pas être forcés à rendre le Golan gratuitement et si Baker croit sérieusement que le &#8220;retour&#8221; peut être discuté avec Israël, alors il est au moins aussi gâteux que Carter. Le retrait d&#8217;Irak sera d&#8217;autant plus facile à accepter par Bush qu&#8217;il a été prévu à peu près chaque année dans les mêmes termes depuis 2003. En bref, ce rapport est apparemment soit creux, soit complètement absurde. Peut-être fera-t-il office de démonstration par l&#8217;absurde. &#8220;Si on renonce à envisager la victoire, voici ce qui peut être fait&#8221;, puis un plan plus que laborieux visant à &#8220;sauver la face&#8221;, ce qui est déjà difficile au Moyen Orient quand on gagne ; donc il faut au moins l&#8217;intelligence de Baker pour croire qu&#8217;on peut obtenir un sauvetage de face en étant vaincu. Evidemment, pour les négociations avec l&#8217;Iran et la Syrie, on peut toujours envoyer Carter.</p>
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		<title>Bécassine en Terre sainte</title>
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		<pubDate>Tue, 05 Dec 2006 14:09:02 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Say No More</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Après avoir écouté sans moufter le discours plein de sagesse et de modération d&#8217;un député du Hezbollah, Royal s&#8217;est rendue chez les Palestiniens, puis en Israël. Après sa rencontre avec Mahmoud Abbas, elle a dit qu&#8217;il fallait reprendre l&#8217;aide aux Palestiniens en faisant en sorte que le Hamas n&#8217;en bénéficie pas. C&#8217;est ce que les [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Après avoir écouté sans moufter le discours plein de sagesse et de modération d&#8217;un député du Hezbollah, Royal s&#8217;est rendue chez les Palestiniens, puis en Israël. Après sa rencontre avec Mahmoud Abbas, elle a dit qu&#8217;il fallait reprendre l&#8217;aide aux Palestiniens en faisant en sorte que le Hamas n&#8217;en bénéficie pas. C&#8217;est ce que les Européns cherchent à faire depuis les élections de janvier 2006, donc on ne peut pas exactement dire qu&#8217;il s&#8217;agit d&#8217;une idée nouvelle. Pourtant, Royal est une femme, donc elle devrait avoir des idées originales en permanence.<br />
A vrai dire, originale ou pas, cette idée n&#8217;a de toute façon aucun sens, ce qui explique probablement pourquoi les Européens n&#8217;ont toujours pas été capables de la mettre en application. Si on donne de l&#8217;argent aux Palestiniens, ceux qui sont en mesure de mettre la main dessus le feront, ce qui implique que le Hamas prendra sa part. En outre, le fait que le Hamas prenne sa part est-il plus ennuyeux que le fait que le Jihad islamique prenne la sienne, ou encore les Martyrs d&#8217;al-Aqsa ? L&#8217;argent européen circulera à Gaza au lieu de circuler en Europe, voilà tout. On pourrait bien sûr préférer qu&#8217;il circule en Europe, mais une telle idée est apparemment devenue assez minoritaire (&#8220;débile&#8221;, selon Hubert Védrine).<br />
Donc il n&#8217;y a pas vraiment de quoi s&#8217;étonner quand Royal reprend à son compte cette idée non-débile.<br />
Puis elle se rendit à Jérusalem et elle parla aux gens de cette ville, et elle leur dit de se méfier des Perses et de leurs ruses, et elle leur dit que bien qu&#8217;elle fût une femme, elle n&#8217;était pas naïve.<br />
En fait, elle a adopté un positionnement sur la question du nucléaire iranien présenté comme plus dur que celui des Israéliens. Il se trouve que Royal a déclaré il y a quelques mois qu&#8217;il fallait absolument empêcher les Iraniens d&#8217;accéder au nucléaire civil. Elle confondait manifestement, d&#8217;une façon ou d&#8217;une autre, le nucléaire civil et le nucléaire militaire. Dans le meilleur des cas, elle se sera un peu emmêlé les pinceaux dans le TNP et aura cru qu&#8217;il interdisait à l&#8217;Iran de développer un secteur nucléaire civil, ce qui n&#8217;est absolument pas le cas. Dans le pire, elle se sera dit que le nucléaire, militaire ou civil, c&#8217;est mal de toute façon, donc qu&#8217;il faut être contre.<br />
Pour être honnête, on ne peut pas complètement lui en vouloir. D&#8217;abord, être un ignare en politique étrangère n&#8217;empêche pas d&#8217;apprendre. Bush n&#8217;était pas capable de se souvenir du nom de Moucharaf quelque temps avant son élection en 2000, mais il a très vite appris  le prononcer par la suite. Royal est capable de se renseigner.<br />
Donc, en Israël, elle a déclaré qu&#8217;elle maintenait que l&#8217;Iran ne devait pas accéder au nucléaire civil car, dès lors qu&#8217;ils y auraient accès, on ne pourrait plus rien faire pour les empêcher d&#8217;accéder au nucléaire militaire. Cela n&#8217;est pas complètement faux : plus on se rapproche du nucléaire militaire, plus on a de chances d&#8217;y accéder malgré une opposition extérieure, et quand on accède au nucléaire civil, on se rapproche probablement du nucléaire militaire.<br />
Le probème est qu&#8217;il existe une base juridique pour empêcher l&#8217;Iran d&#8217;accéder au nucléaire militaire, mais pas pour l&#8217;empêcher d&#8217;accéder au nucléaire civil. Si les pays occidentaux décident d&#8217;adopter cette ligne, cela sera peut-être une bonne idée mais cela ne pourra se faire qu&#8217;en pratiquant une ingérence parfaitement contraire au droit international dans les affaires iraniennes. Or, Royal est probablement favorable au droit international, au respect des traités et au fait de ne rien faire sans l&#8217;accord de l&#8217;ONU. Et elle aura du mal à l&#8217;obtenir pour empêcher l&#8217;Iran de se construire des centrales nucléaires civiles. Donc son nouveau positionnement est certes intéressant, mais il n&#8217;a pas l&#8217;air particulièrement compatible avec les prises de position socialistes en général et on voit assez mal sur quoi il pourrait déboucher de toute façon.<br />
Mais il est parfaitement inutile de décortiquer plus que cela les discours de Royal parce que ce sont des discours de circonstance. Par exemple, elle a aussi expliqué aux Israéliens qu&#8217;elle comprenait plus ou moins les survols du Liban. En fin de compte, elle a dit à ses interlocuteurs successifs ce qu&#8217;ils avaient envie d&#8217;entendre. Si elle devient présidente, le plus important pour les interlocuteurs de la France sera d&#8217;être le dernier à lui parler.</p>
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		<title>La nouvelle Bécassine</title>
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		<pubDate>Mon, 04 Dec 2006 21:01:24 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Say No More</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Royal s&#8217;est lancé dans un voyage au Moyen Orient parce qu&#8217;elle voulait prouver qu&#8217;elle avait tout à fait la &#8220;stature&#8221; d&#8217;une femme d&#8217;Etat. La &#8220;stature&#8221;, ou la &#8220;carure&#8221;, c&#8217;est la qualité indéfinissable qui fait qu&#8217;on est qualifié pour être président de la République. En réalité, on n&#8217;a jamais la &#8220;stature&#8221; avant d&#8217;être président de la [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Royal s&#8217;est lancé dans un voyage au Moyen Orient parce qu&#8217;elle voulait prouver qu&#8217;elle avait tout à fait la &#8220;stature&#8221; d&#8217;une femme d&#8217;Etat. La &#8220;stature&#8221;, ou la &#8220;carure&#8221;, c&#8217;est la qualité indéfinissable qui fait qu&#8217;on est qualifié pour être président de la République. En réalité, on n&#8217;a jamais la &#8220;stature&#8221; avant d&#8217;être président de la république et on l&#8217;a toujours une fois qu&#8217;on l&#8217;est. Le pouvoir présidentiel en France est tel que tout président sera automatiquement considéré et traité comme un géant historique appelé à &#8220;laisser sa marque dans l&#8217;histoire&#8221;. Même Chirac sera considéré comme un grand homme. C&#8217;est inévitable parce que c&#8217;est prévu par la constitution.<br />
Donc Royal aurait aussi bien pu se dispenser de ce voyage, surtout dans la mesure où les élections se gagnent assez rarement sur la politique étrangère.<br />
Mais elle a quand même entrepris ce voyage, et elle a choisi, pour montrer l&#8217;immensité de sa &#8220;stature&#8221;, le Moyen Orient. Un commentaire s&#8217;impose sur ce choix.<br />
Un paradoxe actuel de la politique française est qu&#8217;à mesure que l&#8217;influence française en Afrique subsaharienne diminue, les ambitions françaises au Sud-Est de la Méditerranée se font plus grandes. Chirac a expliqué lors du somment de l&#8217;OTAN de Riga que, en gros, le Moyen Orient relevait de la zone d&#8217;influence de l&#8217;Europe, et l&#8217;Europe, dans l&#8217;esprit de Chirac, relève de la zone d&#8217;influence de la France. Aujourd&#8217;hui, par exemple, ce sont des troupes françaises qui forment l&#8217;essentiel de la FINUL, et la FINUL contrôle le Liban et terrorise les Israéliens. En bref, la France entend défendre son rang.<br />
Donc en se renant au Moyen Orient, Ségolène Royal montrait que l&#8217;opposition française avait un droit de regard sur l&#8217;arrière-cour française. Elle s&#8217;est donc rendue au Liban, dans les territoires palestiniens et en Israël.<br />
Au Liban, elle a rencontré un certain nombre de personnalités, parmi lesquelles le député du Hezbollah Ali Ammar. Ce dernier lui a dit que les Israéliens se comportaient de la même façon que les nazis et a évoqué avec elle la &#8220;démence illimitée de l&#8217;administration américaine&#8221;. Royal, après l&#8217;entretien, a déclaré qu&#8217;elle partageait beaucoup d&#8217;idées avec cette personne, notamment ce qui concerne la politique américaine. Quand on lui a demandé si la référence à Israël ne l&#8217;avait pas un tout petit peu dérangée, elle a dit que la phrase en question n&#8217;avait pas été prononcée. Comme elle avait été entendue par tous les journalistes présents, Royal a admis qu&#8217;elle avait peut-être été prononcée, mais a dit que son interprète ne l&#8217;avait pas traduite, ce qui paraît assez peu vraisemblable. L&#8217;ambassadeur de France, qui était présent lors de l&#8217;entretien, a dit que s&#8217;il avait entendu ce propos, il aurait quitté la salle comme il l&#8217;a fait plusieurs fois en pareilles circonstances. Concernant l&#8217;allusion à la politique américaine, Royal a par ailleurs précisé que son approbation du commentaire du député ne concernait que la politique de l&#8217;actuelle administration. Donc, pour Royal, l&#8217;administration Bush se caractérise par une démence illimitée.<br />
Pour ce qui concerne Israël, est-ce que le député du Hezbollah croit réellement que les Israéliens sont semblables aux nazis ? Non, évidemment. Si c&#8217;était le cas, il serait pro-israélien. Le député du Hezbollah sait parfaitement qu&#8217;Israël est une démocratie occidentale dont l&#8217;armée ne se comporte absolument pas comme une bande de soudards fanatiques, et il n&#8217;ignore pas non plus que n&#8217;importe quelle armée de la région, dans des situations comme celle de juillet 2006, auraient causé beaucoup plus de dégats humains et matériels. Tout le monde au Liban sait parfaitement comment les Syriens se seraient comportés.<br />
Tout cela, le député du Hezbollah le sait très bien. C&#8217;est à propos des Français que la question se pose.<br />
L&#8217;ambassadeur de France est probablement au courant, mais la réalité n&#8217;a pas beaucoup d&#8217;importance pour un ambassadeur de France. Ainsi, l&#8217;ambassadeur dit qu&#8217;il a plusieurs fois quitté une salle dans laquelle quelqu&#8217;un aurait tenu le même genre de propos que ce député, mais cela est complètement invraisemblable, en premier lieu parce que beaucoup de diplomates français sont parfaitement d&#8217;accord avec la comparaison de ce député, en deuxième lieu parce qu&#8217;ils ne s&#8217;estiment pas payés pour claquer les portes. La politique de la France consiste en effet à &#8220;parler à tout le monde&#8221;. Pour être plus précis, elle consiste à parler à tout le monde mais pas de tout. On ne parlera pas aux Chinois de leurs dissidents, par exemple, ou on évitera de parler aux Syriens de l&#8217;ambassadeur Delamarre qu&#8217;ils ont assassiné. Donc on parle au Hezbollah et on ne peut pas parler au Hezbollah si on quitte la salle à chaque fois qu&#8217;ils tiennent un propos de ce genre.<br />
L&#8217;ambassadeur a donc menti, ce qui est parfaitement dans l&#8217;ordre des choses.<br />
Quant à Royal, elle a également très probablement menti car elle a très probablement parfaitement entendu ce que lui disait son interlocuteur. Elle a peut-être à ce moment-là interrogé du regard l&#8217;ambassadeur et perçu de sa part une absence totale de réponse. De toute façon, elle n&#8217;était pas venue pour quitter la salle. Provoquer un esclandre l&#8217;aurait exposée aux mêmes déconvenues que Jospin en 1998 et c&#8217;est très certainement ce qu&#8217;elle voulait éviter avant tout.<br />
C&#8217;est en cela que la vague de critiques prononcées contre elle n&#8217;est pas totalement équitable. Dans un cas comme dans l&#8217;autre, elle aurait été attaquée. Elle aurait pu à la limite répondre au député, mais ce serait contraire à la façon de débattre à laquelle les Français sont de plus en plus habitués. Désormais, soit on est d&#8217;accord, soit on fait un esclandre et surtout un procès.<br />
Bref, Royal aurait été attaquée de toute façon, mais pas par les mêmes. Si elle avait critiqué le député islamiste d&#8217;une façon ou d&#8217;une autre, elle aurait été attaquée par les chiraquiens. Comme elle n&#8217;en a rien fait, elle est attaquée par les sarkozistes. Les chiraquiens sont obligés de suivre, mais ils insistent sur la méconnaissance des &#8220;dossier&#8221; dont a fait preuve Royal. Elle aurait dû, en effet, comprendre que l&#8217;Orient, c&#8217;est compliqué (et qu&#8217;on y va avec des idées simples et des citations complètement éculées et qui ne veulent d&#8217;ailleurs absolument rien dire), qu&#8217;il faut être très prudent et qu&#8217;il ne faut froisser personne car c&#8217;est une région qui est au centre du monde. C&#8217;est en gros ce qu&#8217;a dit Alliot-Marie qui a ajouté que des soldats français y sont stationnés et que, par conséquent, quand on ne fait pas attention à ce qu&#8217;on dit, on meut leurs vies en danger.<br />
Ce qui amène éventuellement à se demander qui, exactement, met la vie de ces soldats en danger en les envoyant participer à une mission parfaitement inutile et en fait putôt nuisible, puis en provoquant des incidents diplomatiques à répétition avec Israël en faisant savoir que les soldats en question ne rêvent que de descendre un avion sioniste.<br />
Les sarkozistes sont apparemment un peu plus directs et insistent un peu plus sur le contenu du discours du député. Sarkozy s&#8217;est positionné comme pro-israélien, tandis que les chiraquiens sont pro-arabes. La réalité est évidemment un peu moins tranchée.<br />
En fin de compte, le fait d&#8217;utiliser les erreurs de Royal est apparemment l&#8217;occasion pour les sarkozistes de mettre mal à l&#8217;aise les chiraquiens. Les gens qui, comme Chirac ou Alliot-Marie, sont en gros d&#8217;accord avec ce que dit le député du Hezbollah, se retrouvent obligés de prendre leurs distances avec ses propos, sans quoi ils risquent d&#8217;apparaître comme refusant de critiquer la candidate socialiste. Les sarkozistes gagnent donc sur les deux tableaux, d&#8217;abord en mettant en valeur l&#8217;insondable nullité de Royal, ensuite en obligeant les chraquiens à avaler leur croix de Lorraine. La politique est une activité qui réclame un idéalisme sans bornes.<br />
Ce qui est quand même un peu inquiétant est le fait que Royal est apparemment complètement incapable de prendre une décision par elle-même. Quand on lui demande si elle souhaite que la Turquie adhère à l&#8217;Union européenne, elle explique qu&#8217;elle souhaite la même chose que les Français. Quand on lui explique que les Israéliens sont des nazis, elle écoute tranquillement. Elle a sans doute peur de déplaire et de faire des vagues, ce qui donne une idée assez précise de sa &#8220;stature&#8221;.</p>
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		<title>Surprise : Ségolène Royal est une femme</title>
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		<pubDate>Sat, 02 Dec 2006 16:00:26 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Say No More</dc:creator>
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		<description><![CDATA[La question la plus urgente pour la France en cette fin d&#8217;année 2006 est incontestablement la suivante : si Ségolène Royal est élue présidente de la République, est-ce qu&#8217;il faut changer son nom de famille en &#8220;Royale&#8221; ? Ce sera un problème à traiter d&#8217;urgence parce que Royal aura besoin d&#8217;un peu de temps pour [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>La question la plus urgente pour la France en cette fin d&#8217;année 2006 est incontestablement la suivante : si Ségolène Royal est élue présidente de la République, est-ce qu&#8217;il faut changer son nom de famille en &#8220;Royale&#8221; ? Ce sera un problème à traiter d&#8217;urgence parce que Royal aura besoin d&#8217;un peu de temps pour réfléchir à ce qu&#8217;elle compte faire, donc autant trouver un dossier à traiter tout de suite en attendant.<br />
Cela dit, il y a assez peu de chances pour que cette question se pose. Telle que se présente la situation, il est assez probable que le duel sera entre elle et Sarkozy, et si c&#8217;est le cas, elle aura assez peu de chances de gagner.<br />
Sarkozy est en campagne depuis 1995. Quand il a vu qu&#8217;il ne serait pas le premier ministre de Balladur, il ne lui restait plus tellement d&#8217;autre option que de devenir président. Aujourd&#8217;hui, il contrôle l&#8217;appareil de l&#8217;UMP et l&#8217;aura normalement à son service d&#8217;ici quelques semaines. Ses adversaires au sein du parti auront donc le choix entre rentrer dans le rang, faire en sorte qu&#8217;il gagne et avoir au moins plus de chances de garder leurs sièges de député, ou miser sur un retour de Villepin ou une émergence d&#8217;Allio-Marie en 2012. Le choix leur appartient, mais il faut quand même gagner sa vie dans les cinq ou six ans qui viennent.<br />
Quant à Royal, elle sort de nulle part, elle est devenue populaire parce qu&#8217;on lui a attribué le surnom de &#8220;Zapatera&#8221;, elle a sans doute fait des choses dans sa région depuis qu&#8217;elle a gagné cette élection-là mais personne ne sait très bien quoi. Elle a fait quelques déclarations vaguement conservatrices, ce qui ferait d&#8217;elle une représentante de la droite du PS, mais elle est aussi allé déclarer qu&#8217;il fallait &#8220;faire peur aux capitalistes&#8221;, ce qui ferait d&#8217;elle un peu autre chose qu&#8217;une droitière. Pour le moment, son programme est celui du Parti socialiste, qu&#8217;elle est de toute façon obligée d&#8217;endosser, et son discours consiste à y ajouter quelques gadgets de plus en plus bizarres, comme ses &#8220;jurys populaires&#8221; dont personne, à commencer par elle, ne sait exactement en quoi ils sont censés consister.<br />
Et bien sûr, c&#8217;est une femme.<br />
Sarkozy a également déployé quelques gadgets plus ou moins ridicules, comme sa &#8220;discrimination positive&#8221; qui ne s&#8217;appuie pas sur la religion ou l&#8217;ethnicité mais sur le niveau de vie, et qui n&#8217;est donc en réalité rien d&#8217;autre que la bonne vieille redistribution à la française. Tant mieux, d&#8217;ailleurs, même si on aurait pu espérer de Sarkozy qu&#8217;il remette précisément en cause cet aspect du dogme national. Cela dit, la définition qu&#8217;il a donnée de la &#8220;discrimination positive&#8221; ressemble surtout à une répudiation de la &#8220;discrimination positive&#8221;, ce qui est en soi une bonne nouvelle.<br />
Mais d&#8217;une manière générale, Sarkozy a un programme et c&#8217;est le sien. Il a fait travailler un certain nombre de gens sur cette question depuis plusieurs mois et ce programme donnera une certaine substance à sa campagne. Il n&#8217;échappera pas aux électeurs que Sarkozy a une idée relativement précise de ce qu&#8217;il compte faire une fois élu, et ce sera une première différence entre lui et Royal. Il est vrai que depuis qu&#8217;il a prononcé le mot &#8220;rupture&#8221;, ses collaborateurs se sont apparemment sentis autorisés à mettre absolument n&#8217;importe quoi dans ce programme, donc Sarkozy aurait intérêt à retrouver un peu de sérieux et à faire en sorte que le ratissage auquel il se livre se voie un peu moins, mais on ne peut pas dire qu&#8217;il n&#8217;a rien de spécial à proposer. C&#8217;est apparemment quelqu&#8217;un dont les idées sont un peu plus originales que les slogans légèrement usés du type &#8220;une certaine idée de la France&#8221; ou que les triangulations pataudes de Royal par rapport au programme socialiste.<br />
Les socialistes n&#8217;ont pas encore été capables de régler leur problème idéologique. Leur incapacité à choisir entre la social-démocratie (c&#8217;est-à-dire une économie de marché un peu plus corrompue) et l&#8217;autoritarisme économique ultradirigiste de leur aile gauche risque encore une fois de leur coûter cher. En 2002, la facture a été assez élevée du fait de la dispersion des candidatures, dispersion qu&#8217;ils peuvent regretter autant qu&#8217;ils veulent aujourd&#8217;hui mais qu&#8217;il était peut-être un peu difficile d&#8217;éviter dès lors qu&#8217;ils se présentaient eux-mêmes comme la gauche &#8220;plurielle&#8221;. Quand on est &#8220;pluriel&#8221;, on n &#8216;est pas &#8220;unique&#8221;. Résultat : Le Pen devant Jospin, quinze jours de singeries antifascistes et une défaite aux législatives qu&#8217;on peut difficilement considérer autrement que comme méritée.<br />
Donc les socialsites ont soigneusement organisé leur primaire de façon à choisir un candidat qui donne au moins l&#8217;impression d&#8217;avoir le parti derrière lui (ce qui était accessoirement le cas de Jospin) et ils ont arrêté de parler de pluralité.<br />
Et ils ont élu une femme.<br />
Manifestement, les militants socialistes se sont dit que présenter une femme était une bonne idée d&#8217;un point de vue électoral. D&#8217;abord, pensent-ils, une femme, c&#8217;est mieux. Les femmes sont plus, comment dire, féminines. Elles tiennent des discours féminins et développent des idées plus féminines. Or, la France a besoin de féminité. D&#8217;ailleurs, c&#8217;est pour cette raison qu&#8217;on fait des lois sur la &#8220;parité&#8221;.<br />
Deuxième idée ayant germé dans les cerveaux socialsites, une femme aura plus de chances de gagner parce que les Français veulent élire une femme. Les Français savent maintenant, grâce notamment à la politique de parité lancée par Lionel Jospin, qu&#8217;il faut plus de femmes parmi les dirigeants.<br />
C&#8217;est là qu&#8217;on se demande éventuellement pour quelle raison il faut les forcer à voter pour des femmes si c&#8217;est ce qu&#8217;ils veulent au départ, mais la politique n&#8217;est pas une science exacte. Donc, poursuivons.<br />
Les deux autres candidats avaient beaucoup de raisons de déplaire aux socialistes.<br />
Strauss-Kahn : trop à droite. Même lorsqu&#8217;il a proposé de nationaliser les entreprises obligées de licencier le temps que l&#8217;Etat règle leurs problèmes financiers, il était quand même trop à droite. Son créneau social-démocrate ne correspond manifestement pas à ce que souhaitent les militants socialistes. Peut-être qu&#8217;il correspond plus à ce que souhaitent les électeurs socialistes, mais ce n&#8217;est pas forcément la première question que se posent les militants.<br />
Fabius : pas assez sincère et trop bourge, même pour les socialistes. La sincérité de Fabius ne devrait plus faire l&#8217;objet de débat depuis plus de vingt ans : Fabius est un faux-jeton notoire et absolument tout le monde le sait. Mais son problème semble plus avoir été le suivant : alors même qu&#8217;on le sait hypocrite et menteur, son récent positionnement gauchiste paraît encore plus faux que son positionnement social-démocrate. Il est vrai que Fabius est très riche et que ça se voit un peu trop pour un parti qui a l&#8217;habitude d&#8217;être assez pudique sur ce sujet.<br />
Un autre élément qui a peut-être joué en faveur de Royal est que ses deux adversaires sont juifs.<br />
Personne ici ne prétend que les militants socialistes pourraient ressentir la moindre réticence à l&#8217;idée de présenter un candidat juif. Ce n&#8217;est absolument pas la question. L&#8217;influence de Boniface au sein du PS est à peine perceptible, les prises de position de gens comme Lang à propos du Conflit sont très modérées, le fait que les socialistes, entre 2000 et 2002, ont absolument refusé de considérer comme telle la vague antisémite qui avait alors lieu n&#8217;a strictement rien à voir avec le sujet et le rôle du père d&#8217;Hubert Védrine pendant l&#8217;occupation est très surestimé.<br />
Simplement, les socialistes se sont peut-être dit que d&#8217;autres qu&#8217;eux, éventuellement des centristes un peu droitiers dont les voix pourraient quand même servir au second tour, pourraient être du genre à refuser de donner leur voix à un sioniste. Donc autant ne pas prendre de risque inutile.<br />
C&#8217;est donc pour ces différentes raisons que les socialistes ont fini par franchir ce grand pas en avant dans l&#8217;histoire des luttes contre les discriminations : désigner une femme. Evidemment, s&#8217;il s&#8217;avère que les Français n&#8217;ont pas spécialement envie d&#8217;élire une femme, ce sera la preuve que nous vivons dans un pays d&#8217;épouvantables machos. D&#8217;un autre côté, Sarkozy ne pourra pas lui répondre quand elle dira quelque chose. Sinon, ce sera du sexisme. La campagne s&#8217;annonce palpitante.</p>
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		<title>Ridicule</title>
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		<pubDate>Thu, 23 Nov 2006 10:16:20 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Say No More</dc:creator>
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La cause des crises d&#8217;hystérie d&#8217;Alliot-Marie à propos des survols israéliens du Liban-Sud serait d&#8217;après une théorie la demande faite au Hezbollah à Said Hariri de demander à son tour à Chirac de faire cesser les survols en question. Une autre théorie veut qu&#8217;il s&#8217;agisse simplement d&#8217;un calcul électoral, les coups de poings sur la [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://www.militaryzone.cz/gallery/1132080170_stuka.jpg" alt="Peut-être une revanche symbolique" /></p>
<p>La cause des crises d&#8217;hystérie d&#8217;Alliot-Marie à propos des <a href="http://www.jpost.com/servlet/Satellite?cid=1162378461109&#038;pagename=JPost%2FJPArticle%2FPrinter">survols israéliens </a>du Liban-Sud serait d&#8217;après une théorie la demande faite au Hezbollah à Said Hariri de demander à son tour à Chirac de faire cesser les survols en question. Une autre théorie veut qu&#8217;il s&#8217;agisse simplement d&#8217;un calcul électoral, les coups de poings sur la table étant apparemment plus rentable de ce point de vue quand ils sont dirigés contre les Etats-Unis ou un de ses alliés. Il est vrai que les sondages réalisés dans les mois qui ont suivi la ridicule opposition française à l&#8217;invasion de l&#8217;Irak semblaient indiquer que les Français étaient heureux du rôle que Chirac leur avait assigné.<br />
Dans le cas présent, c&#8217;est la malheureuse armée française qui est mobilisée pour la dernière démonstration de soft power multilatéraliste à la française. Non content de placer les militaires français dans une position précaire au Liban-Sud, sans moyens conséquents et sans mandat clair, le gouvernement français leur a apparemment ordonné d&#8217;adopter une posture complètement paranoïaque vis-à-vis de la seule armée qui n&#8217;a en principe absolument aucune raison de leur faire le moindre tort.<br />
Pour remettre les choses en perspective, c&#8217;est le gouvernement israélien lui-même qui a souhaité qu&#8217;une FINUL &#8220;renforcée&#8221; s&#8217;installe dans la région afin d&#8217;obtenir le désarmement du Hezbollah. La raison pour laquelle le gouvernement israélien a formulé un souhait aussi absurde demeurera sans doute longtemps un mystère, mais c&#8217;est ainsi. Il est par ailleurs un peu difficile d&#8217;imaginer une stratégie israélienne comportant un vague début de rationnalité et incluant le fait de bombarder des positions de la FINUL, notamment françaises. La diplomatie israélienne a passé les six dernières années à essayer de rester en bons termes avec les Etats européens, et a fini par obtenir d&#8217;assez bons résultats, notamment lorsque la bande de Gaza a été évacuée. L&#8217;atout dont disposaient les diplomatent israéliens étaient le fait qu&#8217;il n&#8217;existe pas le moindre sujet de dispute sérieux entre Israël et l&#8217;Europe ; leur handicap consistait en ce que les populations et les gouvernements européens nourrissent de sérieux préjugés contre Israël et contre les populations juives en général, préjugés que l&#8217;immigration en provenance de pays musulmans a démultipliés ces dernières années. Ainsi, on peut supposer que d&#8217;un côté, le sentiment populaire des populations européennes consiste plus ou moins à considérer les Israéliens comme des gens abominables et leurs ennemis comme de braves combattants de la liberté, sentiment nourri et renforcé chaque jour par nos médias militants. Mais d&#8217;un autre côté, les calculs froids et rationnels auxquels se livrent, pense-t-on généralement, les dirigeants et les diplomates, devraient amener les pays de l&#8217;Union européenne, et notamment la France, à une conclusion opposée. Israël est un Etat avec lequel il n&#8217;existe absolument aucun sujet de dispute sérieux, dont les ennemis sont en partie les mêmes que les nôtres et qui est d&#8217;autant plus sincère dans sa recherche d&#8217;une solution au conflit israélo-arabe que ses dirigeants ne pensent pas qu&#8217;il soit dans leur intérêt de poursuivre cette confrontation éternellement, le rapport de force n&#8217;étant nullement en leur faveur à long terme. Dans le cas précis de la crise libanaise, il se trouve également que l&#8217;ennemi déclaré et actif d&#8217;Israël, le Hezbollah, est également un outil entre les mains de l&#8217;Iran dont la France, en principe, essaye de contrecarrer les projets d&#8217;acquisition d&#8217;une force de frappe nucléaire. Logiquement, donc, la France devrait s&#8217;efforcer d&#8217;affaiblir le Hezbollah ; et plus généralement, la France devrait de toute façon essayer de faire en sorte que la crise de l&#8217;été 2006 en se reproduise pas, ce qui suppose une neutralisation, d&#8217;une manière ou d&#8217;une autre, du Hezbollah. En outre, même si des incidents sérieux survenaient du fait d&#8217;initiatives individuelles du côté israélien, Israël est un pays avec lequel la France entretient suffisamment de liens de toutes sortes pour qu&#8217;il soit possible de régler ces problèmes discrètement et entre professionnels. C&#8217;est ainsi que les Etats normaux se comportent. Donc, pourquoi la France fait-elle le contraire ?<br />
Parce que les dirigeants français ne sont pas rationnels. Les dirigeants, l&#8217;&#8221;élite&#8221;, font partie du peuple, même s&#8217;ils le méprisent. Ils ne disposent pas de meilleures sources d&#8217;information. Ils lisent le Monde tous les jours, ce qui ne vaut pas mieux que le journal télévisé de France 2, et les télégrammes diplomatiques envoyés à Paris par les ambassades sont une fois sur deux d&#8217;un niveau absolument lamentable et pas particulièrement fantastiques le reste du temps. Surtout, les sentiments nourris par l&#8217;élite française sont les mêmes que ceux nourris par la population, l&#8217;autointoxication en plus et les réflexes élémentaires de survie en moins.<br />
Quant aux diplomates et aux gens qui en France réfléchissent aux questions internationales, ce sont dse gesn qui cherchent depuis la fin de la guerre froide à redéfinir le rôle mondial de la France, et le courant d&#8217;idée dominant dans ce milieu consiste à souhaiter que le monde devienne &#8220;multipolaire&#8221;, c&#8217;est-à-dire non plus dominé par une seule puissance, les Etats-Unis, mais par plusieurs &#8220;pôles de puissance&#8221; qui peuvent être la Chine, l&#8217;Inde, la Russie ou l&#8217;Union européenne, entre autres. L&#8217;Union européenne étant considéré en France comme un simple outil de la politique française, une telle situation remettrait, pense-t-on, la France au premier rang des puissances.<br />
C&#8217;est bien évidemment une idée complètement stupide. L&#8217;Union européenne n&#8217;est évidemment plus du tout dominée par la France, mais par l&#8217;Allemagne et le Royaume-Uni, le &#8220;pôle&#8221; russe n&#8217;en est pas un, le &#8220;pôle&#8221; chinois est à l&#8217;autre extrémité de la terre et la France ne joue absolument aucun rôle dans sa région, heureusement. Quant à un éventuel &#8220;pôle&#8221; arabe, mieux vaut laisser cette question de côté.<br />
Toujours est-il que c&#8217;est probablement là ce qui a fondé les rodomontades françaises depuis les années quatre-vingt dix.<br />
Le &#8220;multilatéralisme&#8221;, désormais une figure imposée de tout discours officiel sur le rôle international de la France, est un terme dont la définition française est difficile à comprendre. Le multilatéralisme est la raison pour laquelle la France dit aujourd&#8217;hui s&#8217;efforcer d&#8217;appliquer au Liban la résolution 1701. Sauf qu&#8217;elle ne la fait appliquer qu&#8217;en ce qui concerne les survols israéliens, qui lui sont effectivement contraires, mais ne fait rien pour empêcher le Hezbollah de se réarmer, ni pour obtenir la libération des deux prisonniers israéliens détenus par ce mouvement, ce qui lui serait conforme. Les exemple de multilatéralisme opportun à la française sont suffisamment nombreux pour qu&#8217;il ne soit pas nécessaire d&#8217;en invoquer plus ici.<br />
Mais la contradiction fondamentale de la politique française dans ce domaine consiste en ce que la France prétend également vouloir que les relations internationales soient régies par le droit international. Or, le fondement même du droit international, la souveraineté des Etats, est le contraire du multilatéralisme. Plus précisément, quand on reconnaît la souveraineté des Etats, on n&#8217;essaye pas de les forcer à signer des traités qu&#8217;ils ne veulent pas signer. Si la France prétend appuyer sa politique internationale sur le droit international, donc sur le respect de la souveraineté des Etats, pourquoi reproche-t-elle aux Etats-Unis leur &#8220;unilatéralisme&#8221;, qui n&#8217;est jamais que l&#8217;exercice de leur droit à ne pas adhérer aux conventions internationales qu&#8217;ils trouvent complètement insensées, qu&#8217;il s&#8217;agisse de Kyoto ou de la Cour pénale internationale dont on ne parle d&#8217;ailleurs plus beaucoup, heureusement ?<br />
Bref, pour en revenir au Liban, tout cela explique peut-être en partie que la France se soit mise à menacer de façon complètement irrationnelle les Israéliens. Cette politique est particulièrement dangereuse. La FINUL, dominée aujourd&#8217;hui par la France, est aujourd&#8217;hui l&#8217;un des principaux facteurs de déstabilisation au Proche-Orient car elle joue le rôle d&#8217;un protecteur faussement neutre pour le Hezbollah. La question que les dirigeants français devraient se poser est la suivante : que fait-on en cas de nouvelle agression contre Israël de la part du Hezbollah ?<br />
Or, la réponse à cette question est un peu plus évidente à chaque incident franco-israélien. Menacer Israël est facile et sans risque. C&#8217;est une chose de jouer aux durs face à des survols non hostiles, c&#8217;en est clairement une autre de &#8220;faire respecter&#8221; la résolution 1701 avec 14 Leclerc et une batterie de Mistral. La capacité de la France à jouer un rôle régional a une limite très précise : la France ne peut jouer qu&#8217;un rôle nuisible et limité. Elle peut faire pression sur ceux qui n&#8217;ont pas l&#8217;intention de lui répondre par un bombardement ou l&#8217;envoi d&#8217;un camion piégé, c&#8217;est-à-dire sur ceux qui sont le moins susceptibles de déstabiliser la région. La France, en revanche, ne peut pas se permettre de hausser le ton de la même façon vis-à-vis du Hezbollah. Tout le monde le sait et chaque coup de poing sur la table de Michèle Alliot-Marie ne fait que rendre cet état de chose encore plus perceptible, que ce soit par ceux qui considèrent la France comme un obstacle à leur projets stratégiques, ou par ceux qui la trouvent tout simplement de plus en plus ridicule.</p>
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		<title>Un économiste anglais tire la sornette d&#8217;alarme</title>
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		<pubDate>Tue, 31 Oct 2006 14:21:02 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Say No More</dc:creator>
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Donc, d&#8217;après le rapport présenté récemment à Tony Blair par l&#8217;économiste Nicholas Stern (et pas Howard, effectivement) :
- le réchauffement climatique va coûter entre 5 et 27 % du PIB chaque année d&#8217;ici 2050 ;
- prendre les mesures préconisées coûtera 1% de PIB chaque année.
- si on les prend, les températures augmenteront peut-être moins (le [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://www.dandennis.com/watch%20for%20ice%20polar%20bear.jpg" alt="Damned" /></p>
<p>Donc, d&#8217;après le rapport présenté récemment à Tony Blair par l&#8217;économiste Nicholas Stern (et pas Howard, effectivement) :<br />
- le réchauffement climatique va coûter entre 5 et 27 % du PIB chaque année d&#8217;ici 2050 ;<br />
- prendre les mesures préconisées coûtera 1% de PIB chaque année.<br />
- si on les prend, les températures augmenteront peut-être moins (le rapport fait peut-être des prévisions sur le ratio &#8220;pourcentage de PIB dépensé pour lutter contre l&#8217;effet de serre/baisse relative de température vers 2050&#8243;, qui sait ?<br />
Et Blair explique que rien n&#8217;est plus urgent que de tout faire pour lutter contre le réchauffement climatique.<br />
Le problème, avec la question du réchauffement climatique, est que pratiquement personne n&#8217;est en mesure de se forger un jugement sur la question. En revanche, tout le monde semble être fermement convaincu de la réalité du réchauffement &#8220;dû à l&#8217;activité humaine&#8221;. Les médias n&#8217;émettent absolument jamais le moindre doute sur la question et font leur possible pour que chacun soit convaincu que la moindre anomalie saisonnière, comme le fait qu&#8217;il a fait un peu chaud ce mois d&#8217;octobre, soit interprétée comme un résultat du réchauffement climatique. C&#8217;est très exactement ce que disait un journal télévisé de ces derniers jours, avant d&#8217;ajouter que la température moyenne &#8220;de la planète&#8221; aurait augmenté de 0,3% en trente ans, même si c&#8217;est ce qui est censé expliquer que la température à Paris soit entre 5 et 10 degrés au-dessus de ce qu&#8217;on a l&#8217;habitude d&#8217;observer en cette saison.<br />
Bien entendu, le fait de demeurer réservé sur cette question est très mal vu puisqu&#8217;il s&#8217;agit d&#8217;un problème vital. A nier l&#8217;imminence d&#8217;une catastrophe, on risque de se rendre en partie responsable de ses conséquences. Comme seuls un certain nombre de scientifiques sont capables de se faire une idée de la question, la plupart des gens n&#8217;ont plus qu&#8217;à suivre la voie qui leur paraît la plus prudente.<br />
Mais ce n&#8217;est pas tout. Il ne s&#8217;agit pas simplement d&#8217;admettre la réalité du réchauffement climatique, mais également d&#8217;admettre qu&#8217;il est dû à l&#8217;&#8221;activté humaine&#8221;. La solution consiste donc à modifier l&#8217;activité humaine (et on serait probablement surpris du nombre de personnes qui préféreraient tout simplement y mettre fin).<br />
Tout est suspect dans cette affaire.<br />
Pour commencer, les mouvements écologistes ont passé l&#8217;ensemble de la guerre froide à présenter le capitalisme comme le principal responsable des problèmes écologiques. A cette époque, on ne parlait pas du réchauffement climatique mais plutôt de toutes sortes de dégradations locales, de la pollution de l&#8217;air, de l&#8217;eau, du sol, du refroidissement climatique, etc.<br />
A la fin des années quatre-vingt, il est devenu absolument évident que le principal ennemi de la nature n&#8217;était pas le capitalisme mais le communisme. Comme par hasard, c&#8217;est à ce moment-là qu&#8217;on a commencé à parler de l&#8217;&#8221;effet de serre&#8221; et les écologistes se sont remis à accabler le capitalisme, et principalement les Etats-Unis, cela va de soi.<br />
Le danger mis en avant par les écologistes, celui d&#8217;un réchauffement futur des températures moyennes, est à la fois absolument invérifiable et présenté comme urgentissime ; et les mesures préconisées pour y faire face consistent, comme par hasard, à accroître le contrôle de l&#8217;Etat sur l&#8217;activité humaine. En fait, il est même absolument nécessaire et urgent, d&#8217;après un certain nombre d&#8217;intervenants, de modifier profondément notre mode de vie.<br />
Donc nous sommes censés accepter que l&#8217;Etat entreprenne de modifier profondément notre mode de vie pour faire face à un danger que nous sommes par définition complètement incapables d&#8217;apprécier par nous-mêmes, à moins d&#8217;être soi-même expert en climatologie.<br />
Autre élément un peu curieux, les écologistes demeurent religieusement opposés à l&#8217;énergie nucléaire, bien qu&#8217;il s&#8217;agisse actuellement du meilleur moyen connu pour réduire les émissions en cause. Effectivement, les écologistes auraient l&#8217;air idiot s&#8217;ils se mettaient à défendre ce qu&#8217;ils ont conspué pendant des décennies. Cela peut se comprendre, mais comment mettent-ils cet aspect des choses en relation avec l&#8217;apocalypse qui surviendra d&#8217;après eux si on ne développe pas les énergies alternatives aux énergies fossiles ? On peut comprendre que les Verts ou les gens de Greenpeace aient leur fierté, mais si nous devons tous mourir dans les prochaines décennies, ou du moins nous retrouver dans une mouise profonde, est-ce si important que cela ?<br />
En tout cas, les dirigeants politiques n&#8217;ont pas l&#8217;air de douter fortement de l&#8217;imminence de cette catastrophe écologique si l&#8217;on en croit leurs discours. Même leurs actes correspondent relativement bien à ces discours, du moins tant qu&#8217;il s&#8217;agit de lever de nouveaux impôts, ou plutôt de nouvelles &#8220;écotaxes&#8221;.<br />
En bref, c&#8217;est tout simplement un peu trop parfait. Un &#8220;message&#8221; disant : &#8220;donnez-nous du pouvoir et de l&#8217;argent ou vous mourrez tous&#8221; a besoin d&#8217;être bien enrobé pour être sérieusement écouté, et il semble que ce soit le cas avec la question du réchauffement climatique.<br />
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		<title>La Corée du Sud n&#8217;échappera pas à la réunification</title>
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		<pubDate>Wed, 11 Oct 2006 09:25:55 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Say No More</dc:creator>
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Il y a cinquante ans, la Corée du Sud était un des États les plus pauvres du monde et venait de subir des destructions matérielles ainsi que des pertes humaines effrayantes. Aujourd’hui, la Corée du Sud est l’une des démocraties les plus développées du monde. La Corée du Sud a la dixième économie du monde [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://blacklava.net/store/images/SAMLOV2102.jpg" alt="... aussi longtemps qu'elle reste au Nord." /></p>
<p>Il y a cinquante ans, la Corée du Sud était un des États les plus pauvres du monde et venait de subir des destructions matérielles ainsi que des pertes humaines effrayantes. Aujourd’hui, la Corée du Sud est l’une des démocraties les plus développées du monde. La Corée du Sud a la dixième économie du monde (quatorzième en PPA) pour une population d’un peu moins de cinquante millions de personnes. Le PIB par habitant est passé de 100 $ en 1960 à 20 000 en 2005. C’est un pays fort et prospère.<br />
La Corée du Nord est un pays de 23 millions d’habitants, plus ou moins, et probablement plutôt moins que plus. Apparemment, la taille moyenne des Nord-coréens est en diminution pour cause de malnutrition. Le reste (famine, camps de concentration, etc.) est connu.<br />
Pendant un demi-siècle, les deux Corée ont constitué une parfaite étude comparative entre les deux systèmes qui se faisaient face pendant la guerre froide. D’un côté un régime qui a oscillé entre dictature plus ou moins militaire et démocratie et qui a fini par se démocratiser pour de bon en 1986 tout en menant une politique économique plus ou moins dirigiste au début et plus libérale par la suite ; de l’autre un régime communiste assez pur, fidèle à ses idéaux, qui a évité toute compromission avec le capitalisme, autrement dit une propriété familiale avec un troupeau humain dont l’utilité semble plutôt avoir diminué, d’où la reconversion à laquelle on assiste depuis une dizaine d’années.<br />
Le régime nord-coréen vit en effet désormais principalement de divers trafics et du chantage nucléaire. L’essai nucléaire enregistré le 9 octobre 2006 aggrave bel et bien le problème nord-coréen mais il ne le modifie pas foncièrement. La Corée du Nord trafique depuis plusieurs années dans ce domaine, ce qui favorise la prolifération, et possède déjà une capacité de dissuasion conventionnelle, chimique et biologique du fait de la proximité de Séoul par rapport à la limite entre les deux Corée. Le fait de disposer d’une force de frappe nucléaire (ce qui suppose encore de produire quelques bombes de plus et d’avoir des vecteurs) ne changera pas fondamentalement la situation.<br />
En réalité, le principal problème posé par la Corée du Nord est son avenir. Actuellement, la Corée du Sud est gouvernée par des gens qui ont opté pour la « Sunshine policy », c’est-à-dire en quelque sorte la version coréenne de l’Ostpolitik ouest-allemande des années soixante-dix. Cette politique, menée par Willy Brandt puis Helmut Schmidt, visait en principe à un rapprochement progressif entre les deux Allemagne censé aboutir à une réunification par consentement mutuel. La réunification a bien eu lieu, non pas par consentement mutuel mais du fait de l’effondrement du régime est-allemand. L’Ostpolitik était alors enterrée depuis sept ans et son résultat avait été nul. Les socialistes allemands ont néanmoins réussi à faire croire à un certain nombre de gens que la réunification était le résultat lointain de leur politique, laquelle aurait permis, grâce aux « échanges économiques » qu’elle avait initiés (qui consistaient essentiellement à donner de l’argent à l’Allemagne de l’Est), de provoquer une libéralisation progressive du régime est-allemand, tandis que la politique de détente aurait par les mêmes moyens abouti à une libéralisation progressive de l’URSS. Les rêveries des socialistes  auraient-elles conduit les Sud-coréens à adhérer à cette réécriture délirante de l’histoire ? Probablement pas.<br />
Les Sud-coréens sont semble-t-il parfaitement conscients de l’échec de l’Ostpolitik au regard de ses objectifs affichés. Leurs objectifs sont simplement différents. Apparemment, les Sud-coréens veulent surtout éviter une réunification qui coûterait très cher et qui pourrait même se révéler catastrophique pour leur économie. Plus généralement, l’effondrement du régime nord-coréen est perçu pas la plupart des observateurs comme un danger. Le mieux serait donc d’éviter qu’il n’ait lieu et, si jamais on ne pouvait pas l’empêcher, de mettre en œuvre une opération humanitaire géante en Corée du Nord tout en évitant à tout prix la réunification.<br />
Tout cela est évidemment d’un cynisme assez confondant, mais le cynisme peut, dans certains cas, être nécessaire et rationnel. Le seul problème est que le cynisme ne remplace pas le réalisme, et que le réalisme devrait conduire à des conclusions, et surtout à des politiques, assez différentes.<br />
Pour commencer, il n’est pas facile de provoquer la chute d’un régime mais il n’est pas plus facile de l’empêcher. Depuis l’essai de lundi dernier, il se peut que la chute du régime nord-coréen soit, plus qu’auparavant, considérée comme souhaitable, ce qui est une bonne chose. Pour l’accélérer, on songe à réduire l’aide humanitaire à la Corée du Nord, ce qui peut produire certains effets.<br />
En attendant, la chute de régimes tels que celui-là est difficile à prévenir. Le problème est que le leader lui-même ne sait jamais très bien à quel moment une révolte risque d’avoir lieu parmi les cadres du régime, ce qui le conduit généralement à en tuer régulièrement un certain nombre par précaution, mais cette façon de faire tend à pousser les cadres à se prémunir en renversant le leader, et on ne sait jamais vraiment quand cela va se produire. Les régimes en apparence très solides, comme celui de Ceaucescu, tombent en quelques heures sans que le moindre signe avant-coureur ne soit perceptible.<br />
Donc la question à se poser est : que faire si le régime tombe ? Si la réponse donnée par la Corée du Sud et les principaux pays impliqués – Chine, Etats-Unis, Japon, Russie – est : « empêcher la réunification », alors ils risquent d’avoir une surprise.<br />
Si le régime nord-coréen s’effondre, les Nord-coréens voudront vivre sous souveraineté sud-coréenne. Si la Corée du Sud n’étend pas sa souveraineté sur la Corée du Sud, ils iront en Corée du Sud. Concrètement, pour les en empêcher, il faudrait maintenir la DMZ, avec cette fois des soldats sud-coréens chargés de refouler les civils nord-coréens, ainsi qu’une surveillance côtière. Est-ce que le gouvernement sud-coréen est prêt à cela ? Et pense-t-il qu’une grande opération humanitaire en Corée du Nord suffira à donner envie aux Nord-coréens de rester sur place ?<br />
Un rappel historique s’impose : la réunification allemande a eu lieu malgré l’avis et les pronostics d’un grand nombre d’experts et de dirigeants parce que le régime est-allemand s’est effondré, et le régime est-allemand s’est effondré quand il a été impossible d’empêcher les Est-allemands d’aller en Allemagne de l’Ouest. Et même les sociaux-démocrates allemands n’ont jamais envisagé d’empêcher les Est-allemands de venir à l’Ouest dès lors que le mur de Berlin était « tombé ». Politiquement, il était peut-être un peu impopulaire de construire immédiatement un nouveau mur, cette fois-ci du côté ouest-allemand.<br />
La population sud-coréenne est certainement très attachée à son niveau de vie actuel mais des familles ont été séparées par la guerre de Corée et il serait très étonnant que les Sud-coréens votent massivement pour le parti qui se proposera de maintenir de force les Nord-coréens au Nord et la Corée du Sud au Sud.<br />
La réunification allemande a coûté cher à l’économie allemande, mais elle n’a pas ruiné l’Allemagne. En outre, elle a comporté des modalités que la Corée du Sud n’est pas obligée de reprendre à son compte, comme la « parité » monétaire ou l’extension du système social ouest-allemand aux nouveaux Länder. La Corée du Nord possède en outre un peu de matières premières qui peuvent toujours financer une partie du coût. Et surtout, la Corée du Sud en 1953 n’était pas complètement différente de la Corée du Nord aujourd’hui. Le pays n’était pas gouverné par des mafieux à moitié fous mais c’était un pays extrêmement pauvre qui s’était déjà énormément enrichi trente ans plus tard.<br />
Enfin, les États refusent rarement de s’agrandir. Dans le cas présent, il s’agit d’un agrandissement massif à la fois humain et territorial. Quand on est entouré de pays comme la Chine, la Russie et le Japon, on a fortement intérêt à s’agrandir quand l’occasion se présente.<br />
Il serait très surprenant que les Sud-coréens ne soient pas parfaitement conscients de tout cela. La « Sunshine policy » est déjà probablement légèrement remise en cause depuis lundi dernier, mais elle a surtout de fortes chances de s’effondrer en même temps que le régime de Pyongyang. Ca ne sera pas une perte.</p>
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		<title>L&#8217;Etat veut mon bien, mais j&#8217;aimerais bien qu&#8217;il m&#8217;en laisse un peu</title>
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		<pubDate>Fri, 29 Sep 2006 13:18:32 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Say No More</dc:creator>
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La raison pour laquelle l’interdiction de la consommation de tabac dans les lieux considérés par l’État comme publics (c’est-à-dire des lieux privés où un certain nombre de gens ont l’habitude de se rendre) devrait prendre la forme d’un décret est que lorsque le promoteur de cette interdiction a voulu déposer un projet de loi, les [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://www.elysee.fr/elysee/root/bank/les_symboles_de_la_republique/1407.jpg" alt="Un lieu public en France" /></p>
<p>La raison pour laquelle l’interdiction de la consommation de tabac dans les lieux considérés par l’État comme publics (c’est-à-dire des lieux privés où un certain nombre de gens ont l’habitude de se rendre) devrait prendre la forme d’un décret est que lorsque le promoteur de cette interdiction a voulu déposer un projet de loi, les députés n’ont même pas souhaité en discuter.<br />
Dans ces conditions, il est apparu parfaitement logique, et c’est ainsi que les choses nous sont présentées par les politiciens et par les très indépendants médias français, d&#8217;adopter la procédure du décret. Si une loi ne passe pas, on n’a qu’à faire passer un décret. Après tout, c’est le résultat qui compte.<br />
Et si, pour une raison ou pour une autre, le décret ne pouvait pas passer non plus, la logique voudrait peut-être qu’on organise un coup d’État. Après tout, si c’est le résultat qui compte, pourquoi pas ?<br />
Parmi les particularités de la constitution française figure le fait que les domaines de la loi et du règlement y sont délimités. La loi est censé régir un certain nombre de choses, le règlement d’autres choses. C’est en soi un peu curieux puisque l’on aurait pu penser que, comme dans les démocraties, la loi aurait dû l’emporter sur le règlement dans tous les cas. Toujours est-il que les choses sont ainsi faites.<br />
Or, on se trouve aujourd’hui dans une situation qui semble indiquer que, en fin de compte, la différence entre la loi et le règlement, c’est que quand le gouvernement ne peut pas faire voter une loi, par exemple parce que les députés ne le veulent pas, il peut passer un décret à la place. C’est un procédé intéressant qui a le mérite de montrer assez clairement de quelle façon évolue le rôle du parlement sous la Ve République : c’est un rôle qui devient consultatif. On savait déjà que le peuple avait un rôle consultatif en matière de modification de la constitution puisque le parlement – réunis en « congrès » –  peut voter des réformes constitutionnelles dont le peuple ne veut pas. Désormais, nous avons donc le rôle consultatif du parlement en matière de loi, ou du moins de mesures dont le gouvernement pense dans un premier temps qu’elles devraient faire l’objet d’une loi.<br />
Apparemment, peu de gens en France, pays des philosophes inventeurs de la démocratie moderne, se demandent si ce qui est important n’est pas, plutôt que le « résultat », le fait de savoir qui détient et exerce la souveraineté. Deux siècles de bavardages sur l’esprit des lois, le bon gouvernement, l’état de nature et les droits naturels ont apparemment abouti à l’idée que ce qui compte, c’est le résultat.<br />
L’idée serait d’ailleurs plus ou moins défendable si on pensait réellement en termes de résultat, mais ce à quoi l’on fait généralement référence dans le débat politique français quand on emploie ce mot n’est pas le résultat mais l’intention. Les socialistes se félicitaient jusqu’en 2002 du succès des 35 heures au motif qu’elles s’appliquaient et des emplois-jeunes parce qu’ils avaient été effectivement créés. En réalité, les partisans de l’interdiction mentionnée plus haut ne songent pas tant au résultat de leur mesure qu’au simple fait que la mesure sera prise. Personne n’a la moindre idée de ses résultats futurs.<br />
Donc le gouvernement, ou plus probablement le président, qui a arrêté de fumer vers décembre 2002 (ce qui explique probablement en grande partie sa conduite de la politique étrangère française dans les mois qui ont suivi), avait décidé que cette mesure devait être prise et n’avait apparemment aucune envie de se demander si elle était réellement opportune.<br />
Quelles seront ses conséquences ? Il est très peu probable qu’elles seront « bonnes », c’est-à-dire conforme aux souhaits affichés du gouvernement, qui voudrait qu’il y ait moins de fumeurs et moins de gens qui tombent malades du fait de la « tabagie passive ». Croire que ce fléau, du reste essentiellement imaginaire, va reculer du fait d’une loi – pardon, d’un décret – n’a pas beaucoup de sens. Les gens passent en général assez peu de temps dans les « lieux publics » visés, c’est-à-dire les cafés et les restaurants ; ces endroits sont généralement assez peu enfumés ; et, par parenthèse, beaucoup moins de gens y passeraient leur journée si les Français travaillaient un peu plus, mais cela est un autre sujet, apparemment beaucoup moins prioritaire pour le gouvernement. Mais surtout, à qui veut-on exactement faire croire que le gouvernement veut que les Français fument moins, c’est-à-dire lui donnent moins d’argent ?<br />
La réalité est selon toute vraisemblance beaucoup plus simple : les politiciens français veulent prendre une mesure apparemment populaire, notamment parce que les associations anti-tabac font beaucoup de bruit et parce que les gens qui sont incommodés par la fumée seront très content que cela leur arrive moins souvent. Cette interdiction est une petite mesure démagogique semblable à beaucoup d’autres. C’est à peu près tout ce dont l’État est capable de nos jours. Par la suite, l’État va probablement s’attaquer de la même manière au problème de l’obésité, avec toutes sortes de mesures intrusives et des objectifs dont la moralité sera présentée comme incontestable. Tant que ça marche, pourquoi s’en priver ? La notion de vie privée et de liberté individuelle est de plus en plus largement considérée comme un luxe petit-bourgeois dans le meilleur des cas, et plus généralement comme un prétexte pour légitimer toutes sortes de comportements répréhensibles et non-citoyens. Et bien sûr, l’obésité de l’État et son addiction aux revenus fiscaux du tabac ne sont pas du tout un problème.</p>
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		<title>A quoi servent les médias ?</title>
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		<pubDate>Mon, 18 Sep 2006 17:30:47 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Say No More</dc:creator>
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Thomas Madden résume dans National Review Online le discours récent au cours duquel le Pape a été amené à citer un propos de Manuel II Paléologue à propos de Mahomet. Comme on sait, cette citation a provoqué une nouvelle &#8220;vague de colère dans le monde musulman&#8221;, c&#8217;est-à-dire la vague de festivités annuelle ou semi-annuelle au [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://www.bundestag.de/parlament/praesidium/bilder/jenninger.jpg" alt="Et encore, s'il avait cité le Mufti..." /></p>
<p>Thomas Madden <a href="http://article.nationalreview.com/print/?q=ZDFiZjUyOWNjYmViNjcyMWRjOGM4ZDRkYjQ4NTllNGY=">résume </a>dans National Review Online le discours récent au cours duquel le Pape a été amené à citer un propos de Manuel II Paléologue à propos de Mahomet. Comme on sait, cette citation a provoqué une nouvelle &#8220;vague de colère dans le monde musulman&#8221;, c&#8217;est-à-dire la vague de festivités annuelle ou semi-annuelle au cours de laquelle les musulmans brûlent des drapeaux, détruisent quelques bâtiments et tuent quelques personnes sous un prétexte quelconque.<br />
Les trois dernières histoires connues utilisées pour l&#8217;organisation des festivités en question ont été celle du Coran profané, celle des caricatures vraies et fausses et, donc, celle du discours du Pape.<br />
La première de ces histoires supposait juste de croire que la chose était physiquement possible. Le lecteur est invité à tenter l&#8217;expérience. La deuxième, en partie inventée par des islamistes du Danemark qui ont effectué une tournée de présentation des caricatures en question en en rajoutant quelques unes de leur cru nettement plus osées (et qui ne semblent pas avoir eu d&#8217;ennuis pour leurs propres créations), impliquait une sorte de copyright sur un personnage historique. Mahomet a joué un rôle politique important et connu, donc décréter qu&#8217;on ne doit pas le critiquer ni l&#8217;insulter sous prétexte qu&#8217;il aurait été un &#8220;prophète&#8221; va plus loin qu&#8217;une simple règle de savoir-vivre vis-à-vis des musulmans. Enfin, concernant la troisième histoire, il faut croire que l&#8217;Empereur de Byzance ne devrait pas critiquer l&#8217;islam bien que les musulmans soient alors occupés à détruire l&#8217;empire sur lequel il règne.<br />
Bien évidemment, le discours du Pape était un discours savant assez complexe auquel absolument personne n&#8217;a compris quoi que ce soit, du moins parmi les masses musulmanes qui sont de toutes façon sous-informées et pas très intéressées au départ, et bien évidemment parmi les analphabètes qui écrivent les dépêches d&#8217;agences de presse et les articles de journaux. ll y a quand même un point à partir duquel il n&#8217;est pas forcément sans intérêt d&#8217;aller soi-même regarder le contexte dans lequel a été prononcée une phrase litigieuse. Les journalistes ne le font pas alors qu&#8217;ils savent que ce genre de choses peut provoquer des événements regrettables, et leur comportement ne peut certainement pas être justifié par la nécessité de publier les informations même lorsqu&#8217;elles &#8220;dérangent&#8221;, puisqu&#8217;il ne s&#8217;agit pas d&#8217;informations.<br />
Cela fait longtemps que la presse travaille de cette manière. Si l&#8217;on veut bien se souvenir de Philipp Jenninger, président du Bundestag de 1984 à 1988, on dispose d&#8217;un parfait exemple d&#8217;irresponsabilité journalistique. Jennniger prononçait un discours devant le Bundestag lors de la commémoration de la Nuit de crystal. Au cours de ce discours, il cita des propos antisémites d&#8217;un responsable nazi afin d&#8217;illustrer son propos. A ce moment-là, quelques députés quittèrent la salle, croyant peut-être que c&#8217;était Jenninger lui-même qui s&#8217;exprimaient. Il va de soi, en effet, que le président du Bundestag, en 1988, peut parfaitement tenir des propos antisémites ultraviolents dans un discours de commémoration de la Nuit de cristal et il n&#8217;y a bien évidemment aucune raison de supposer qu&#8217;il pourrait éventuellement s&#8217;agir d&#8217;une citation.<br />
Les images ont bien évidemment fait le tour du monde et provoqué un scandale politique qui a conduit Jenninger à démissioner et à mettre fin à sa carrière politique. C&#8217;est que son discours, dont le véritable contenu n&#8217;a commencé à intéresser les journalistes que quelques jours plus tard, était construit d&#8217;une manière qui n&#8217;indiquait pas assez clairement que les propos en cause étaient des citations. Jenninger, par ailleurs, aurait lu son discours d&#8217;un ton monocorde, ce qui ne correspond absolument pas au style habituel des politiciens qui lisent des discours, si bien que la citation paraissait s&#8217;intégrer au reste du texte. Jenninger aurait sans doute dû prendre une voix  suraigüe et se coller une fausse moustache rectangulaire au moment de sa citation, les choses auraient peut-être commencé à être un peu plus claires pour les journalistes. Il aurait aussi pu prendre un accent allemand s&#8217;il ne l&#8217;avait pas été lui-même.<br />
Bref, l&#8217;histoire du Pape n&#8217;a rien d&#8217;étonnant. Ce qui est ennuyeux, c&#8217;est que les médias ont désormais un public particulièrement réceptif à ce genre de choses. Avec le monde musulman, les médias peuvent provoquer des vagues d&#8217;incidents à répétition et il va de soi que personne ne va leur demander des comptes, puisque cela impliquerait de s&#8217;appuyer sur les médias.<br />
La question qui se pose est celle des motivations des journalistes. La facilité est probablement l&#8217;une d&#8217;elles. Après tout, tout ce qu&#8217;on demande à un reporter, c&#8217;est d&#8217;envoyer des histoires. Tant qu&#8221;il n&#8217;est pas pris en flagrant délit de mensonge, la seule chose qui compte est que son histoire fasse vendre. Or, malgré les blogs et les sites spécialisés, la détection des mensonges est rarissime. La concurrence étant ce qu&#8217;elle est, il faudrait sans doute une dose de vertu assez importante à un reporter &#8220;de terrain&#8221; pour qu&#8217;il se mette à vérifier ses informations. Les gens qui critiquent Enderlin pour avoir menti sciemment à au moins une reprise, en fait assez régulièrement, ne se rendent sans doute pas compte de ce qui est demandé à quelqu&#8217;un qui fait son métier. Evidemment, on peut se demander à quoi sert le métier en question dans ces conditions. Il paraît également que la plupart des journalistes sont très à gauche. On s&#8217;en douterait un tout petit peu en lisant leur production, mais cela ne devrait pas nécessairement les empêcher d&#8217;essayer de faire leur métier correctement. C&#8217;est sans doute Mark Steyn qui a trouvé la meilleure explication (dans une interview récente). Le journalisme est devenu une corporation qui sait très bien se protéger mais qui s&#8217;est du même coup placée en marge du monde réel. Les journalistes devraient en principe décrire le monde tel qu&#8217;il est à des gens qui sont eux-mêmes plus ou moins enfermés dans leurs obligations personnelles et qui n&#8217;ont de ce fait ni le temps, ni les moyens, d&#8217;aller regarder eux-mêmes ce qui les intéresse. Malheureusement, les journalistes sont devenus une sorte de groupe social très particulier et assez fermé dont la perception du monde est complètement déformée. Les reporters &#8220;de terrain&#8221; font la queue pour photographier le Palestinien de service en train de lancer une pierre contre un mur ou de tirer dans une pièce vide, les employés de Reuters rajoutent de la fumée aux immeubles pour rendre la photo un peu plus marrante, les histoires qui finissent au JT sont vendues sur place par des locaux qui organisent des visites complètes avec interviews et émeutes, etc. Et le ticket d&#8217;entrée sur ce marché est probablement assez élevé, en tout cas si l&#8217;on en juge par le nombre de nouveaux organes de presse qui se créent en France et dans le reste du monde occidental. Et bien sûr, il y a plus de journalistes en Israël et dans les territoires palestiniens que sur l&#8217;ensemble du continent africain, ce qui donne une idée de sa &#8220;&#8216;couverture&#8221;.<br />
La vérité est que nous sommes dans la brume et que ce ne sont pas nos médias qui vont dissiper cette purée de pois.</p>
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		<title>Effort de paix au Moyen-Orient</title>
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		<pubDate>Fri, 15 Sep 2006 13:15:47 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Say No More</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Nous allons peut-être assister à un tournant dans le conflit palestino-palestinien puisque le Hamas et le Fatah ont décidé de former un gouvernement commun et ont adopté une plate-forme commune. Cette dernière contient, tenez-vous bien, la reconnaissance d&#8217;Israël. En effet, le programme commun du Hamas et du Fatah prévoit de limiter les attaques militaires contre [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Nous allons peut-être assister à un tournant dans le conflit palestino-palestinien puisque le Hamas et le Fatah ont décidé de former un gouvernement commun et ont adopté une plate-forme commune. Cette dernière contient, tenez-vous bien, la reconnaissance d&#8217;Israël. En effet, le programme commun du Hamas et du Fatah prévoit de limiter les attaques militaires contre l&#8217;entité sioniste aux objectifs situés dans les territoires conquis en 1967. Autrement dit, la paix avance au Moyen-Orient.<br />
L&#8217;Autorité palestinienne va donc autoriser les attaques contre les colonies israéliennes et les postes militaires situés en Cisjordanie. Tout cela est apparemment suffisant pour que la diplomatie française fasse savoir qu&#8217;à son avis, il faudrait remettre en place l&#8217;aide financière qui a été plus ou moins suspendue lorsque le Hamas a gagné les élections législatives. Trois conditions devaient être remplies par le Hamas pour que l&#8217;aide financière soit rétablie : reconnaissance d&#8217;Israël, cessation de la violence, respect des engagements de l&#8217;Autorité palestinienne. Apparemment, la diplomatie française estime que décider de n&#8217;attaquer des objectifs israéliens que s&#8217;ils sont situés dans les territoires équivaut à une reconnaissance d&#8217;Israël et que les deux autres conditions ne sont pas si importantes que cela, en fin de compte.<br />
Il faut donc que la France soit particulièrement pressée de donner de l&#8217;argent aux Palestiniens. On peut comprendre la lâcheté jusqu&#8217;à un degré assez élevé car c&#8217;est un sentiment fondamentalement assez rationnel, mais qu&#8217;en est-il ici ? C&#8217;est assez curieux. Les responsables palestiniens du Fatah viennent parfois expliquer à Paris que si nous ne donnons pas d&#8217;argent à l&#8217;Autorité palestinienne, la situation va devenir très tendue sur place, ce qui est peut-être une menace voilée contre la France, mais s&#8217;agit-il de cela ? Est-ce que les dirigeants français tiennent à donner de l&#8217;argent aux Palestiniens pour éviter que ces derniers n&#8217;organisent des attentats en France ? Ou alors la France estime-t-elle simplement que quand on dépense, on existe, et que si nous donnons de l&#8217;argent à des gens dans cette région, alors nous sommes par conséquent &#8220;présents&#8221; ?<br />
De toute manière, le gouvernement devrait expliquer aux contribuables français pour quelle raison il leur demande de donner de l&#8217;argent aux Palestiniens et en quoi cela est une bonne affaire pour la France.</p>
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		<title>C&#8217;est reparti</title>
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		<pubDate>Fri, 15 Sep 2006 13:00:14 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Say No More</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Le Pape ayant publiquement crtiqué l&#8217;islam, ou du moins certains aspects de l&#8217;islam, nous sommes partis pour une nouvelle affaire des caricatures danoises. En fait, si la succession d&#8217;affaires de ce type se poursuit, il sera de plus en plus clair que ce sont en fait des épisodes successifs d&#8217;un seul conflit. L&#8217;islam veut bénéficier [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Le Pape ayant publiquement crtiqué l&#8217;islam, ou du moins certains aspects de l&#8217;islam, nous sommes partis pour une nouvelle affaire des caricatures danoises. En fait, si la succession d&#8217;affaires de ce type se poursuit, il sera de plus en plus clair que ce sont en fait des épisodes successifs d&#8217;un seul conflit. L&#8217;islam veut bénéficier d&#8217;une déférence de la part des autres religions dont il n&#8217;entend pas une seule seconde faire preuve vis-à-vis d&#8217;elles. La chrétienté historique réagit pour l&#8217;instant assez mollement à ce qui ne lui paraît pas constituer un danger immédiat.<br />
Avec cette nouvelle affaire, il y a cependant une différence de taille : c&#8217;est l&#8217;Eglise catholique qui se retrouve exposée. Lors de l&#8217;affaire des caricatures, l&#8217;Eglise catholique a plutôt pris le parti des musulmans, peut-être pour essayer d&#8217;obtenir le même genre de faveurs particulières que celles demandées par les musulmans. Avec l&#8217;affaire actuelle, ce sera plus diffcile. On peut imaginer quelques dignitaires plus ou moins connus se désolidariser du Pape, mais la plupart vont sans doute devoir subir dse attaques assez violentes, quoique verbales pour la plupart, et il faudra qu&#8217;ils y réagissent d&#8217;une façon ou d&#8217;une autre. Cela devrait être intéressant.</p>
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		<title>Que veulent les Européens ?</title>
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		<pubDate>Wed, 06 Sep 2006 06:22:15 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Say No More</dc:creator>
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		<description><![CDATA[C&#8217;est une intéressante stratégie que celle qui consiste à poser un ultimatum et à ne rien faire lorsque celui à qui il a été adressé ne fait pas ce qu&#8217;on lui demande de faire. C&#8217;est apparemment ainsi que les Européens ont décidé de procéder vis-à-vis de l&#8217;Iran : une résolution du Conseil de sécurité leur [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>C&#8217;est une intéressante stratégie que celle qui consiste à poser un ultimatum et à ne rien faire lorsque celui à qui il a été adressé ne fait pas ce qu&#8217;on lui demande de faire. C&#8217;est apparemment ainsi que les Européens ont décidé de procéder vis-à-vis de l&#8217;Iran : une résolution du Conseil de sécurité leur demande de cesser leurs activités d&#8217;enrichissement d&#8217;uranium avant le 31 août 2006, l&#8217;Iran ne cesse rien du tout et les diplomates européens expliquent qu&#8217;il est trop tôt pour songer à des sanctions et qu&#8217;il vaut mieux discuter.<br />
Quand on sait ce que signifie le mot &#8220;discuter&#8221; dans le vocabulaire euro-diplomatique (généralement, l&#8217;acception est assez proche de &#8220;donner de l&#8217;argent&#8221;), l&#8217;eurostratégie devient encore plus intéressante.<br />
On verra bien dans les prochaines semaines, ou peut-être plutôt les prochains mois ou les prochaines années, ce que les Européens ont exactement en tête, mais pour le moment, leur façon de procéder ressemble plutôt à une façon d&#8217;échapper le plus longtemps possible à toute confrontation vaguement sérieuse. Il faut quand même préciser que quand on parle de &#8220;sanctions&#8221;, on songe à Bruxelles à des mesures aussi inhumaines que priver de visas d&#8217;entrée dans l&#8217;Union européenne des scientifiques iraniens.<br />
La question qui commence à se poser est celle des motivations des diplomates européens. Sont-ils animés par une confiance sans bornes dans le multilatéralisme et la discussion, trouvent-ils que la bombe iranienne serait un gage de stabilité ou découvrira-t-on d&#8217;ici quelques années que des bons de pétrole n&#8217;ont pas été perdus pour tout le monde ? Les exemples de Boidevaix et Mérimée devraient inciter à regarder un peu plus souvent du côté de ce dernier type de motivations. Dans le cas de la question iranienne, le problème est qu&#8217;on n&#8217;a pas vraiment intérêt à attendre plusieurs années.</p>
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		<title>Imparable</title>
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		<pubDate>Wed, 06 Sep 2006 05:58:23 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Say No More</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Extrait d&#8217;un article du Jerusalem Post titré &#8220;EU to revisit conditions for Hamas talks&#8221; :
&#8220;&#8221;No one is questioning the need for the three conditions,&#8221; a senior European diplomatic source said. &#8220;But maybe if you cannot get wholesale adherence by Hamas to these three conditions, why not start with one, and see where that gets us.&#8221;
Les [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Extrait d&#8217;un article du Jerusalem Post titré &#8220;<a href="http://www.jpost.com/servlet/Satellite?cid=1154526011680&#038;pagename=JPost%2FJPArticle%2FPrinter">EU to revisit conditions for Hamas talks</a>&#8221; :<br />
&#8220;&#8221;No one is questioning the need for the three conditions,&#8221; a senior European diplomatic source said. &#8220;But maybe if you cannot get wholesale adherence by Hamas to these three conditions, why not start with one, and see where that gets us.&#8221;<br />
Les trois conditions sont celles auxquelles le Hamas devrait se soumettre pour que l&#8217;Union européenne engage des discussions avec lui. Le &#8220;senior European diplomatic source&#8221; pense donc que, comme le Hamas n&#8217;a pas envie de se soumettre à ces trois conditions (reconnaissance d&#8217;Israël, arrêt du terrorisme, respect des engagements de l&#8217;Autorité palestinienne), on devrait commencer par n&#8217;en présenter qu&#8217;une et voir ce qui se passe après.<br />
C&#8217;est d&#8217;une logique absolument imparable et nous devons nous féliciter d&#8217;avoir recruté des diplomates à l&#8217;esprit aussi agile que celui-là. Donc on dit au Hamas que ce n&#8217;est plus la peine de renoncer au terrorisme et de reconnaître Israël, par exemple, pour discuter avec l&#8217;Europe (c&#8217;est-à-dire pour obtenir de l&#8217;argent européen, pour l&#8217;essentiel), on &#8220;discute&#8221; avec eux (on leur donne de l&#8217;argent) et on voit si ils veulent bien, maintenant, reconnaître Israël et renoncer au terrorisme.<br />
On tient le bon bout. Continuons comme ça.</p>
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		<title>Bilan</title>
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		<pubDate>Fri, 11 Aug 2006 14:31:28 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Say No More</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Si le Conseil de Sécurité de l&#8217;ONU vote une résolution aujourd&#8217;hui, vendredi 11 août, et si Israël accepte cette résolution, ce qui est probable, alors il sera possible de dresser le bilan suivant.
La crise aura d&#8217;abord été une défaite pour Israël. En un mois, Israël n&#8217;a pas obtenu la victoire décisive qu&#8217;il pouvait et devait [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Si le Conseil de Sécurité de l&#8217;ONU vote une résolution aujourd&#8217;hui, vendredi 11 août, et si Israël accepte cette résolution, ce qui est probable, alors il sera possible de dresser le bilan suivant.<br />
La crise aura d&#8217;abord été une défaite pour Israël. En un mois, Israël n&#8217;a pas obtenu la victoire décisive qu&#8217;il pouvait et devait obtenir. Les deux soldats sont toujours prisonniers et les roquettes sont toujours tirées sur le Nord d&#8217;Israël, c&#8217;est-à-dire jusqu&#8217;à Haifa.<br />
Le gouvernement a été incapable de prendre une décision ferme. L&#8217;offensive terrestre qui a été approuvé tardivement, puis suspendue en attendant le vote du Conseil de Sécurité aurait dû avoir lieu dès le début de l&#8217;opération. Olmert a été incapable d&#8217;entreprendre une action militaire décisive, et sa carrière politque en souffrira probablement. Un cessez-le-feu entre Israël et le Hezbollah entraînerait surtout le début d&#8217;une nouvelle guerre, celle qui décidera du sort de l&#8217;actuel gouvernement, de son chef et de son parti. Olmert sera probablement fortement discrédité et la droite israélienne devrait en tirer profit. Kadima va peut-être exploser, ou peut-être changer de chef. Mofaz a été présenter à Olmert un plan alternatif en oubliant d&#8217;en avertir Peretz, ce qui indique qu&#8217;il entend peut-être apparaître comme celui qui aurait dû être à la place de Peretz, ou plutôt d&#8217;Olmert, pendant la crise. Netanyahou, quant à lui, devrait logiquement tirer un certain profit de son opposition aux désengagements unilatéraux.<br />
La crise est également une défaite pour les Occidentaux. Européens et Américains tenaient à ce qu&#8217;Olmert mette en oeuvre son plan de désengagement de la Cisjordanie. On voit mal comment cela serait possible désormais. Ce plan aurait pu être sauvé par une victoire israélienne totale au Liban. Si ce n&#8217;est pas le cas, et ce ne sera probablement pas le cas, alors Israël n&#8217;évacuera pas une zone située à quelques kilomètres de son centre vital. C&#8217;est une chose de subir des bombardements dans le Neguev ou dans la région de Kyriat Shmona, c&#8217;en est vraiment une autre quand il s&#8217;agit de Tel Aviv.<br />
Mais les Occidentaux sont également perdants en raison de la survie probable du Hezbollah, qui est un outil de l&#8217;Iran et un atout dont dispose ce pays pour poursuivre son programme d&#8217;armement nucléaire. Le Hezbollah est capable de déstabiliser sa région, ce que les Occidentaux veulent éviter, et ce qu&#8217;il fera si l&#8217;Iran le décide. Nous venons d&#8217;avoir un avant-goût de la capacité de nuisance du Hezbollah et de l&#8217;Iran dans la région.<br />
Pour obtenir satisfaction de leurs intérêts, les Occidentaux n&#8217;avaient qu&#8217;à laisser Israël travailler pour eux. Ils en ont été incapables. Chirac a été lui-même : hésitant, incapable de la moindre logique, guidé par de vagues sentiments et instruit de la situation par le journal télévisé ou par des notes d&#8217;un niveau comparable. Alors qu&#8217;il tenait absolument, il y a moins d&#8217;une semaine, à ce que des soldats français partent surveiller le Sud-Liban et désarmer le Hezbollah, il aurait récemment découvert que le Hezbollah était capable de ne pas se laisser désarmer facilement. Donc nous avons &#8220;pesé&#8221; pour qu&#8217;une force internationale comprenant des Français soit mise en place à la suite d&#8217;un cessez-le-feu, mais nous trouvons désormais que cela ne serait pas plus mal si quelqu&#8217;un d&#8217;autre faisait ce travail, finalement. Nous avons simplement veillé à ce qu&#8217;Israël ne finisse pas le sien.<br />
Les Etats-Unis ont été incapables de résister aux pressions européennes. Peut-être n&#8217;est-ce qu&#8217;une façade, ce que j&#8217;espère, et peut-être le désaccord franco-américain n&#8217;est-il qu&#8217;un moyen de retarder le plus possible le cessez-le-feu afin de laisser Israël faire ce qu&#8217;il a à faire. Dans le cas contraire, pour quelle raison les Etats-Unis peuvent-ils bien souhaiter sauver le Hezbollah, puisque c&#8217;est à cela que les choses risquent d&#8217;aboutir ? Pour appaiser les chiites d&#8217;Irak ? Il faut savoir ce que l&#8217;on veut. L&#8217;élimination du Hezbollah est une question de semaines. Les Israéliens ont certes été étonamment inefficace, mais un ou deux mois de plus devraient largement leur suffire pour obtenir un bon résultat, et un Liban débarrassé du Hezbollah en vaudrait la peine.<br />
Israël se relèvera certainement de ce qui n&#8217;est pas, malgré tout, une vraie défaite, et les comptes seront probablement réglés un jour. Les Occidentaux feront peut-être le nécessaire à propos de l&#8217;Iran. Mais la façon dont tout le monde a joué contre son camp du côté occidental est proprement effrayante.</p>
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		<title>La France et les conséquences de la crise</title>
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		<pubDate>Wed, 09 Aug 2006 13:22:26 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Say No More</dc:creator>
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		<description><![CDATA[La France, ou plutôt Chirac, souhaite l&#8217;envoi de troupes françaises au Sud-Liban dans le cadre d&#8217;une force internationale. Ce souhait a été formulé de façon apparemment assez claire au sein de l&#8217;élite politico-médiatique française mais il est difficile de comprendre ce qui le motive.
Chirac, semble-t-il, pense ce qu&#8217;il dit, ce qui veut surtout dire qu&#8217;il [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>La France, ou plutôt Chirac, souhaite l&#8217;envoi de troupes françaises au Sud-Liban dans le cadre d&#8217;une force internationale. Ce souhait a été formulé de façon apparemment assez claire au sein de l&#8217;élite politico-médiatique française mais il est difficile de comprendre ce qui le motive.<br />
Chirac, semble-t-il, pense ce qu&#8217;il dit, ce qui veut surtout dire qu&#8217;il ne pense rien de plus. Il veut que la France aide le Liban, soit présente dans la région, pèse sur le règlement des crises et soit écoutée. Il trouve apparemment que des liens profonds existent entre la France et le Liban, et notamment des liens historiques. Cela signifie que la France, avant de lâcher les chrétiens du Liban en 1983, puis en 1989, avait eu de l&#8217;influence dans cette région. Il y a aussi les liens plus actuels et plus personnels entre Chirac et un certain nombre de personnalités libanaises.<br />
Tout cela est sympathique mais la France a-t-elle intérêt à envoyer des troupes sur place ?<br />
Si les combats s&#8217;arrêtent prochainement, le Sud-Liban ne sera pas nettoyé et le Hezbollah sera encore fort, donc en état de ne pas se laisser désarmer. La force internationale sera incapable de le contraindre au désarmement et elle deviendra une deuxième FINUL. Non seulement le Hezbollah sera toujours là et continuera à lancer des opérations ponctuelles contre Israël, mais chaque crise constituera en outre un danger pour nos troupes qui feront office de boucliers humains. Leur mandat n&#8217;y changera rien car ce n&#8217;est pas une question de mandat mais de moyens et de volonté politique. Si la France et les autres pays contributeurs acceptent de désarmer le Hezbollah par la force et s&#8217;en donnent les moyens, alors l&#8217;opération a un sens. Sinon, elle n&#8217;en a aucun.<br />
Ce qui est dommage est que la crise actuelle est l&#8217;occasion pour les pays occidentaux de priver l&#8217;Iran de l&#8217;un de ses moyens de pression majeurs sans avoir à faire quoi que ce soit. La seule chose que les Occidentaux doivent faire est, précisément, de ne rien faire. Il suffit de rester passifs, de ne pas trouver de compromis franco-américain pour une résolution du Conseil de Sécurité et de ne pas prononcer de condamnation immédiate et sans vérification préalable des faits lorsqu&#8217;un incident du type de celui de Cana survient. Le gouvernement français ne va pas être renversé, ni même devenir moins populaire s&#8217;il s&#8217;en tient à cette ligne de conduite. Ce qui se passe au Liban ne concerne pas directement la France qui n&#8217;y est pour rien. Le Hezbollah a agressé gratuitement Israël et Israël s&#8217;emploie à le détruire, ce qui est légitime et même le gouvernement français devrait être capable de soutenir ce point de vue, ou du moins de ne pas soutenir un point de vue inverse.<br />
On peut supposer que les diplomates français et leur chef, Chirac, trouvent que la France doit en permanence justifier sa position de membre permanent du Conseil de Sécurité par une hyperactivité diplomatique à chaque fois que survient une crise dans cette région, mais ils devrait ne pas perdre de vue que l&#8217;activisme diplomatique au Conseil de Sécurité peut, dans des cas exceptionnels, avoir des conséquences réelles. Dans le cas présent, ces conséquences risquent d&#8217;être néfastes pour tout le monde, sauf pour l&#8217;Iran, que nous essayons pourtant d&#8217;obliger à renoncer à l&#8217;arme nucléaire, et pour la Syrie, que Chirac tient pour responsable de la mort de son grand ami Harri. Donc pourquoi fait-il tout ce qu&#8217;il faut pour que la crise se conclue en leur faveur ?<br />
Les historiens risquent de se poser cette question pendant très longtemps.</p>
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		<title>Gilles Kepel est un imbécile bavard, pédant et prétentieux</title>
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		<pubDate>Tue, 08 Aug 2006 22:00:41 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Say No More</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Gilles Kepel est l&#8217;expert spécialiste du Moyen Orient à la mode en France depuis quelques années. Il a des titres et sait à la fois beaucoup de choses sur l&#8217;islam, les Arabes et la manière de devenir célèbre à Paris.
En France, on a l&#8217;habitude de demander à des arabisants spécialistes du monde musulman de commenter [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Gilles Kepel est l&#8217;expert spécialiste du Moyen Orient à la mode en France depuis quelques années. Il a des titres et sait à la fois beaucoup de choses sur l&#8217;islam, les Arabes et la manière de devenir célèbre à Paris.<br />
En France, on a l&#8217;habitude de demander à des arabisants spécialistes du monde musulman de commenter les événements qui ont lieu en Israël. Les événements en question impliquent souvent des Arabes, palestiniens ou non, ce qui justifie en partie qu&#8217;on fasse appel à des gens comme Kepel ou Olivier Roy, mais en partie seulement. Généralement, ces spécialistes sont tellement noyés dans les infinies nuances du djihad et de la politique de l&#8221;Orient compliqué auquel seul les arabisants comprennent quelque chose qu&#8217;ils oublient qu&#8217;Israël ne fonctionne pas exactement de la même manière.<br />
Cette remarque n&#8217;a pas grand-chose à voir avec ce qui suit. Ce qui suit est un article de Kepel publié aujourd&#8217;hui dans le Monde. C&#8217;est un article dans lequel Kepel se positionne courageusement comme partisan de la politique française et opposé à la politique américaine. Comme on va le voir, son article ne s&#8217;élève pas beaucoup plus haut que cela. Par exemple, il est difficile de comprendre en le lisant pour quelle raison Kepel trouve la politique française meilleure que la politique américaine. En fait, il est difficile de comprendre quoi que ce soit car son article ne contient pas vraiment de raisonnement. Rappelons-le : il s&#8217;agit non pas de raisonner mais de se positionner.<br />
Le voici (en italique).</p>
<p><em>L&#8217;échec de la stratégie Bush, par Gilles Kepel<br />
LE MONDE | 08.08.06 | 13h50  •  Mis à jour le 08.08.06 | 15h06 </em></p>
<p><em>Les enjeux de la nouvelle guerre qu&#8217;Israël mène simultanément au Liban et dans la bande de Gaza dépassent de beaucoup les affrontements armés qui ont opposé de manière récurrente l&#8217;Etat hébreu et ses voisins arabes depuis 1948. </em> </p>
<p>Les enjeux des guerres précédentes étaient en effet parfaitement insignifiants. C&#8217;est sans doute la raison pour laquelle les Etats-Unis avaient augmenté leur niveau d&#8217;alerte nucléaire en 1973, pour ne prendre qu&#8217;un exemple.<br />
Evidemment, il faut bien que Kepel introduise dignement son analyse géopolitque grand style.</p>
<p><em>Elle entérine l&#8217;échec de la politique de l&#8217;administration Bush à sécuriser le Moyen-Orient par l&#8217;usage unilatéral de la force, après le fiasco de l&#8217;occupation de l&#8217;Irak &#8211; tandis que les deux grandes lignes de faille de la région, qui passent par la question israélo-palestinienne et par la tension dans le Golfe, se conjuguent désormais en préparation des séismes à venir. La &#8220;guerre contre la terreur&#8221; avait en effet vocation, en renversant la dictature de Saddam Hussein et en promouvant la démocratisation du Moyen-Orient, à pacifier pour de bon cette partie du monde récalcitrante qui n&#8217;aurait d&#8217;autre choix que de se plier à l&#8217;hégémonie bienveillante des Etats-Unis.</em></p>
<p>Le Hezbollah est actif depuis 1982 et a bombardé Israël en 1996, avant la politique d&#8217;&#8221;usage unilatéral de la force&#8221; de Bush. Le Hezbollah a lancé son offensive quelques heures avant le vote d&#8217;une résolution du Conseil de Sécurité &#8211; multilatérale, donc &#8211; sur le nucléaire iranien, et tout cela survient relativement peu de temps après le départ du Liban des troupes syriennes, lequel résulte également d&#8217;une résolution du Conseil de Sécurité que la &#8220;communauté internationale&#8221; n&#8217;a pas cherché à faire appliquer complètement, d&#8217;où la présence du Hezbollah.<br />
Mais Kepel établit un lien incontestable entre l&#8217;Irak et le Liban, puisque les deux endroits ont en commun d&#8217;être des &#8220;lignes de faille&#8221;.</p>
<p><em>&#8220;La route de Jérusalem passe par Bagdad&#8221;, disait-on à Washington pour signifier que les Palestiniens, privés du soutien d&#8217;un monde arabe abasourdi et vaincus dans la seconde Intifada, se résigneraient aux conditions d&#8217;un Ariel Sharon détruisant systématiquement les infrastructures de l&#8217;Autorité palestinienne avant d&#8217;évacuer Gaza, et éliraient en février 2006 une majorité accommodante.<br />
On connaît le résultat &#8211; de la victoire du Hamas à sa mise au ban, de l&#8217;enlèvement du caporal Shalit au retour des blindés de Tsahal à Gaza.</em></p>
<p>Kepel essaye de suggérer que la victoire du Hamas s&#8217;explique par la politique de Sharon et celle des Etats-Unis en Irak, mais je n&#8217;arrive même pas à comprendre comment il fait le lien entre les deux choses. Pour le Hamas, les gens qui ne voulaient pas admettre que les électeurs palestiniens savaient pour qui ils avaient voté ont avancé comme explication de ce vote la corruption du Fatah, et cela leur a déjà énormément coûté puisqu&#8217;il leur fallait critiquer ce dont ils avaient dit le plus grand bien du vivant d&#8217;Arafat. Expliquer la victoire du Hamas par l&#8217;invasion de l&#8217;Irak et par la &#8220;destruction systématique des infrastructures&#8221; de l&#8217;AP était à ma connaissance inédit. Cependant, je ne lis pas le Monde très souvent.</p>
<p><em>Pendant ce temps, en Irak, les Etats-Unis s&#8217;enlisaient face à l&#8217;insurrection sunnite, tandis qu&#8217;à Téhéran, principal soutien des partis religieux chiites, le président Ahmadinejad saisissait cette opportunité politique pour affirmer ses ambitions nucléaires tout en appelant à &#8220;effacer Israël de la carte&#8221;. Les missiles de son protégé libanais, le Hezbollah, s&#8217;abattant sur Haïfa, en sont, aux yeux de l&#8217;opinion israélienne, un avant-goût et signifient que la route de Haïfa et de Tel-Aviv passe par Téhéran &#8211; faisant aussi la preuve de l&#8217;incapacité de Washington, empêtré à Bagdad, de garantir la sécurité de son principal allié.</em></p>
<p>J&#8217;ai également du mal à comprendre le sens de ce paragraphe et je ne crois pas qu&#8217;il en ait vraiment un, sinon que Kepel pense que ce sont les Etats-Unis qui sont censés protéger Israël contre le Hezbollah. Kepel pense probablement qu&#8217;Israël n&#8217;existe que parce que les Etats-Unis le protègent.</p>
<p><em>De son côté, Israël plonge dans l&#8217;abîme un pays dont le gouvernement, issu de la &#8220;révolution du Cèdre&#8221; du printemps 2005 &#8211; avec l&#8217;appui de Paris et Washington &#8211; s&#8217;était libéré de la tutelle syrienne. Beyrouth, à son tour, fait l&#8217;expérience amère que l&#8217;alliance américaine n&#8217;est pas une garantie de sécurité.</em></p>
<p>Oui, donc, justement, le gouvernement libanais s&#8217;est libéré de la tutelle syrienne avec l&#8217;appui multilatéral de Paris et de Washington formalisé par une résolution du CS. Néanmoins, c&#8217;est curieusement l&#8217;alliance américaine qui est en cause et pas l&#8217;alliance française, ainsi que l&#8217;unilatéralisme et pas la faillite du multilatéralisme.<br />
Jusqu&#8217;ici, l&#8217;article de Kepel n&#8217;est pas grand-chose de plus qu&#8217;un alignement de slogans et je ne vois pas où est son raisonnement, s&#8217;il y en a un.</p>
<p><em>En se posant en champion de la résistance à la politique des Etats-Unis dans la région et en adversaire de l&#8217;Etat hébreu par Hezbollah interposé, Téhéran met en porte à faux les dirigeants de la plupart des Etats arabes. Mais dans les villes arabes, les manifestations de solidarité avec le Liban victime mettent en avant le portrait du cheikh Nasrallah, tandis qu&#8217;Al Jazeera lui offre trois d&#8217;heures d&#8217;interview &#8211; consacrant le secrétaire général du &#8220;Parti de Dieu&#8221; chiite comme le héros des foules et des téléspectateurs sunnites. Un oecuménisme contre &#8220;l&#8217;ennemi sioniste&#8221; qui vient à propos pour laver les chiites d&#8217;Irak, aux yeux des mêmes sunnites, de l&#8217;accusation de collusion avec l&#8217;occupation américaine.</em></p>
<p>Quand on manque de matière pour analyser un problème international, on peut toujours se réfigier dans la &#8220;médiologie&#8221;. C&#8217;est ce que fait Kepel. La preuve que la situation actuelle est un désastre pour les Etats-Unis et Israël, c&#8217;est que les &#8220;opinions&#8221; arabes prennent parti contre les Etats-Unis et Israël. Ainsi, les chiites d&#8217;Irak peuvent se laver de l&#8217;accusation de collusion avec l&#8217;occupation américaine, ce que Kepel ajoute à la liste des désastres. Est-ce un désastre ? Est-ce que Kepel trouverait préférable que les chiites d&#8217;Irak ne puissent pas se laver de cette accusation ? </p>
<p><em>Pareil désastre pour la politique de sécurité mise en place par les Etats-Unis au Moyen-Orient ne vient pas seul : l&#8217;ingénierie démocratique, qui devait parachever la &#8220;guerre contre la terreur&#8221; en portant au pouvoir des élites philo-occidentales issues de la société civile, s&#8217;est traduite, dans la plupart des pays où des élections libres ou semi-libres ont eu lieu, par des gains significatifs ou par la victoire de partis islamistes anti-occidentaux, de l&#8217;Iran à la Palestine en passant par le Koweït, l&#8217;Egypte, l&#8217;Arabie saoudite ou le Bahrein.</em></p>
<p>Kepel a la curieuse idée de fournir une liste de pays où les islamistes ont obtenu des succès électoraux mais où Sharon n&#8217;a pas &#8220;détruit systématiquement les infrastructures&#8221;, ce qui pourrait suggérer que le lien entre les deux choses n&#8217;est pas forcément si clair que cela, même à Gaza. Si Kepel pense que la poussée islamiste s&#8217;explique par l&#8217;invasion de l&#8217;Irak, c&#8217;est une hypothèse comme une autre mais le fait que les partis islamistes sont généralement la seule alternative aux partis nationalistes arabes est connu depuis les années quatre-vingt dix et Kepel l&#8217;a peut-être remarqué à l&#8217;époque. On peut également conjecturer que les succès des partis islamistes dans les années quatre-vingt dix ne s&#8217;expliquaient pas par la politique de Bush le jeune. Même remarque concernant les attentats terroristes des années quatre-vingt dix, mais Kepel n&#8217;aborde pas la question du terrorisme dans son article &#8211; il ne semble pas juger nécessaire d&#8217;écrire par exemple que &#8220;les attentats du 11 septembre ont poussé l&#8217;Amérique dans une voie désastreuse&#8221;, désormais, on peut simplement dire que la politique américaine est désastreuse, pas la peine de lui attribuer des causes. </p>
<p><em>Ces succès ont été motivés par le refus des électeurs d&#8217;entériner une politique unilatérale américaine dont les chaînes satellites arabes leur montrent au quotidien l&#8217;inanité et que vitupèrent en chaire et sur le petit écran des prédicateurs qui appellent au djihad pour libérer la terre d&#8217;islam de la domination des infidèles et glorifient les &#8220;martyrs&#8221; morts lors des attentats-suicides.</em></p>
<p>Ce passage est intéressant parce que Kepel dit que la poussée islamiste s&#8217;explique par le fait que la politique américaine scandalise les électeurs, après quoi il développe cette idée en parlant de la propagande des chaînes satellites arabes. Kepel pense vraiment qu&#8217;il n&#8217;y avait pas d&#8217;appels au djihad sous Clinton ?<br />
Par ailleurs, le fait que la propagande arabe lance des appels au djihad, aussi extraordinaire que soit l&#8217;événement, est-il dû au fait que la politique américaine est désastreuse (sans quoi aucun appel au djihad ne serait jamais lancé par les médias arabes) ou au fait que les médias arabes aiment bien lancer des appels au djihad ? C&#8217;est probablement une question très complexe à laquelle seul un spécialiste comme Kepel serait capable d&#8217;apporter des éléments de réponse. Dans l&#8217;immédiat, il faut se contenter de remarquer que les médias arabes passent leur temps à lancer des appels au djihad depuis des décennies et à tout propos. Peut-être n&#8217;est-ce pas étranger au fait qu&#8217;ils lancent des appels au djihad aujourd&#8217;hui.</p>
<p><em>Désormais, la démocratisation n&#8217;est plus une priorité pour Washington, au grand soulagement des régimes autoritaires, et à l&#8217;amertume des démocrates du Moyen-Orient, qui s&#8217;estiment d&#8217;autant plus trahis que dans le seul pays où des élections ne s&#8217;étaient pas traduites par la victoire islamiste &#8211; le Liban, si l&#8217;on excepte les succès du Hezbollah dans les urnes chiites &#8211; les Etats-Unis n&#8217;ont rien fait pour protéger l&#8217;intégrité du territoire face aux frappes israéliennes, et ne se pressent pas pour demander un cessez-le-feu.</em></p>
<p>Kepel ne compte apparemment pas Israël comme un pays du Moyen Orient ni les Israéliens comme des &#8220;démocrates du Moyen Orient&#8221;. D&#8217;une certaine manière, c&#8217;est plutôt flatteur pour Israël de pas être considéré comme un pays du Moyen Orient, mais c&#8217;est tout de même faux. Les Etats-Unis, de fait, soutiennent actuellement une démocratie, ce qui devrait réjouir les démocrates du Moyen Orient, sauf s&#8217;ils pensent que le plus important est de soutenir un pays arabe, pas une démocratie. C&#8217;est apparemment ce que pense Kepel.<br />
Ce qui est intéressant dans ce passage, c&#8217;est que Kepel n&#8217;écrit pas que le Liban est une démocratie. Quelque chose l&#8217;en a apparemment retenu, peut-être le ridicule. En attendant, ce conflit oppose une démocratie à quelque chose qui est peut-être le Liban, peut-être le Hezbollah, mais qui n&#8217;est pas une démocratie, et qui a par ailleurs attaqué une démocratie.<br />
Kepel trouve manifestement que les Etats-Unis auraient dû protéger l&#8217;&#8221;intégrité du territoire&#8221; libanais. En français, cela signifie : faire en sorte que le territoire libanais ne soit attaqué par Israël en aucun endroit, pas même au Sud. Je ne sais absolument pas si c&#8217;est bien ce que Kepel a voulu dire, mais c&#8217;est ce qu&#8217;il a dit, ce qui signifie que soit il le pense, ce qui rend sa démonstration encore plus curieuse et encore moins convaincante, soit il ne maîtrise pas la langue française.</p>
<p><em>De cette déconfiture générale émergent plusieurs leçons, conditionnant le devenir d&#8217;une région cruciale pour la planète &#8211; qui ne peut se passer une seule journée des hydrocarbures dont le Moyen-Orient est le principal producteur. La sécurité, qui repose sur l&#8217;équilibre des forces, doit se traduire par la négociation et la prise en compte des intérêts des communautés ou des peuples en situation de faiblesse &#8211; sous peine de les transformer en électrons libres.</em></p>
<p>Dire que la &#8220;planète&#8221; (laquelle ? Pluton ?) ne peut se passer &#8220;une seule journée&#8221; du pétrole du Moyen Orient dénote une grande ignorance des questions énergétiques. Des réserves stratégiques existent et plus de la moitié du pétrole consommé vient de pays de l&#8217;OCDE. Le Moyen Orient, ou plutôt le Golfe, qui est une autre région que le &#8220;Levant&#8221;, est important dans ce domaine mais pas au point que la planète ne puisse pas se passer de son pétrole pendant une seule journée.</p>
<p><em>La destruction de l&#8217;Autorité palestinienne par Israël a amené la victoire du Hamas, la marginalisation des sunnites d&#8217;Irak par l&#8217;occupant américain, l&#8217;insurrection. Ces garanties de sécurité ne peuvent être fournies par les seuls Etats-Unis, mais doivent impliquer les Etats de la région et l&#8217;Europe.</em></p>
<p>A nouveau, la victoire du Hamas est due aux destructions israéliennes, bien que la poussée islamiste soit un phénomène général dans la région. Par ailleurs, l&#8217;insurrection irakienne s&#8217;explique par la marginalisation des sunnites, mais les chiites n&#8217;étaient-ils pas &#8220;une communauté en situation de faiblesse&#8221; assez fortement marginalisée elle-même auparavant ? Kepel semble incapable de voir que tous les groupes essayent d&#8217;accroître leur influence et que les Américains ne cherchent plus depuis un bon moment à marginaliser les sunnites mais au contraire à trouver un compromis entre les différents groupes, même si cela est difficile. Non, tout doit être attribué aux desseins maléfiques des faucons néoconservateurs.</p>
<p><em>A cet égard, le déploiement d&#8217;une force internationale à la frontière israélo-libanaise, pour préparer le contrôle de celle-ci par l&#8217;armée libanaise, en application de la résolution 1559, sera un test de la capacité de la communauté internationale.</em></p>
<p>En effet, ce sera un test. On espère par conséquent que si ce test démontre que la &#8220;communauté internationale&#8221; est parfaitement incapable de désarmer le Hezbollah, de stabiliser le Sud-Liban ou de régler le problème israélo-libanais d&#8217;une quelconque façon, alors les gens comme Kepel arrêteront de l&#8217;invoquer toutes les cinq lignes dans des éditoriaux stupides.</p>
<p><em>Le télescopage entre la crise israélo-arabe et la crise du Golfe est l&#8217;autre défi majeur. Il fait, pour l&#8217;heure, de l&#8217;Iran de Mahmoud Ahmadinejad l&#8217;un des principaux bénéficiaires de la situation, créant une menace de déstabilisation pour la péninsule Arabique, dont les dirigeants redoutent un retour au messianisme de l&#8217;ère Khomeiny.</em></p>
<p>Oui, il faudrait que la crise prenne fin. On ne voit pas très bien ce que Kepel désigne exactement quand il parle de télescopage (entre les deux &#8220;lignes de faille&#8221;). Par ailleurs, que veut dire &#8220;messianisme de lère Khomeiny&#8221; ? Les islamistes iraniens attendent le Messie ?</p>
<p><em>Le découplage des deux crises ne peut se produire que si se mettent en place des garanties internationales à la sécurité du Golfe, dans les eaux duquel transitent les pétroliers de tous les pays. Par-delà sa rhétorique belliqueuse, Téhéran joue son va-tout : il sait qu&#8217;il ne pourra pas accéder au nucléaire civil s&#8217;il ne négocie pas avec ses voisins et les grandes puissances un pacte régional de sécurité.</em></p>
<p>Encore un passage assez curieux. Kepel semble penser que l&#8217;objectif principal de Téhéran aujourd&#8217;hui consiste à accéder au nucléaire civil.  Kepel sait-il que l&#8217;Iran s&#8217;intéresse non pas au nucléaire civil mais au nucléaire militaire ? Probablement, donc qu&#8217;a-t-il voulu dire ? Pourquoi Téhéran ne pourrait pas accéder au nucléaire civil sans négocier un pacte régional de sécurité, alors que les pays occidentaux lui proposent de faciliter, précisément, cet accès en échange de sa renonciation au nucléaire militaire ? Cela ne veut strictement rien dire.<br />
Peut-être est-ce une faute de frappe. Peut-être Kepel voulait-il en fait parler du nucléaire militaire, mais dans ce cas, cela signifie que Kepel pense que l&#8217;Iran pourra y accéder s&#8217;il négocie un pacte de sécurité avec les grandes puissances, et qu&#8217;il le sait. En réalité, les grandes puissances considèrent actuellement comme inacceptable une bombe atomique iranienne et n&#8217;ont aucun désir d&#8217;entériner un tel état de choses en signant un pacte de sécurité avec l&#8217;Iran. Kepel désire probablement le contraire, mais c&#8217;est ainsi. En deuxième lieu, l&#8217;Iran ne &#8220;sait&#8221; certainement pas une chose qui est fausse, et il est peu probable qu&#8217;il le croie.<br />
Mais nous tenons ici, en fin d&#8217;article, amené par une série de considérations décousues et complètement hasardeuses, sa véritable conclusion, qui est malheureusement celle d&#8217;un certain nombre de gens en France aujourd&#8217;hui et qui peut se formuler ainsi : l&#8217;Iran est une grande puissance et nous ne pouvons pas l&#8217;empêcher d&#8217;accéder au nucléaire militaire. Il faut donc immédiatement traiter avec ce pays et essayer de savoir ce qu&#8217;il veut, etc.<br />
Pourtant, si le seul moyen pour Téhéran d&#8217;accéder au nucléaire militaire était de signer un grand pacte de sécurité, il suffirait précisément de ne pas le signer avec Téhéran pour qu&#8217;il ne puisse pas avoir la bombe. Kepel semble préférer que Téhéran ait la bombe.</p>
<p><em>Dans ce domaine, l&#8217;initiative européenne est seule à même d&#8217;arrêter la spirale de la surenchère et de favoriser à terme des changements structurels à Téhéran &#8211; sans quoi il n&#8217;y aura plus d&#8217;échappatoire à un affrontement militaire qui prendrait en otage le monde entier en mettant en péril son approvisionnement en hydrocarbures. </em></p>
<p>L&#8217;initiative européenne peut seule sauver l&#8217;approvisionnement en hydrocarbures. Tout le monde croyait que cette initiative avait pour but d&#8217;empêcher l&#8217;Iran d&#8217;accéder au nucléaire militaire, mais tout le monde n&#8217;est pas Kepel.</p>
<p><em>Gilles Kepel est professeur à Sciences Po-Paris (chaire Moyen-Orient Méditerranée)</em></p>
<p>Enfin une phrase intelligible et construite correctement. Malheureusement, c&#8221;est une mauvaise nouvelle pour cette école et ses étudiants. L&#8217;autre mauvaise nouvelle est que les nullités comme Kepel sont souvent des nullités bavardes et très écoutées. L&#8217;article dont il a été question ici ne contient rien ni information intéressante, ni raisonnement original, ni raisonnement tout court, à vrai dire. C&#8217;est une simple énumération d&#8217;affirmations qui pourraient aussi bien être présentées dans un ordre aléatoire. Apparemment, un nom et un titre suffisent pour obtenir une tribune, et c&#8217;est ainsi que le débat politique est conduit en France.</p>
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		<title>Guerre médiatique</title>
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		<pubDate>Mon, 07 Aug 2006 09:32:44 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Say No More</dc:creator>
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		<description><![CDATA[A chaque nouvelle guerre, c&#8217;est-à-dire assez souvent, le thème de la &#8220;guerre des médias&#8221; est remis en avant, et pas seulement pour rendre compte d&#8217;un aspect particulier du conflit, mais généralement pour essayer de montrer que la guerre médiatique est en fait plus importante que la vraie guerre.
Le raisonnement se comprend ainsi : chaque camp [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>A chaque nouvelle guerre, c&#8217;est-à-dire assez souvent, le thème de la &#8220;guerre des médias&#8221; est remis en avant, et pas seulement pour rendre compte d&#8217;un aspect particulier du conflit, mais généralement pour essayer de montrer que la guerre médiatique est en fait plus importante que la vraie guerre.<br />
Le raisonnement se comprend ainsi : chaque camp a intérêt à mettre de son côté la &#8220;communauté internationale&#8221;, laquelle sera fortement influencée par l&#8217;&#8221;opinion internationale&#8221;, laquelle sera à son tour influencée par les médias. Dans sa version la plus naïve, ce raisonnement se prolonge par l&#8217;idée que pour mettre les médias de son côté, chaque camp doit être le plus gentil possible, car l&#8217;&#8221;opinion internationale&#8221; le jugera sur les bien-fondé de ses actes, et l&#8217;opinion internationale est par ailleurs vertueuse et n&#8217;aime pas la guerre. En fin de compte, tout cela revient à dire qu&#8217;on gagne les guerres en étant gentil.<br />
Pour procéder clairement, il convient de s&#8217;intéresser dans un premier temps à ce dernier point. L&#8217;&#8221;opinion internationale&#8221; est-elle gentille, vertueuse et pacifiste ? La réponse est négative. Si l&#8217;humanité était allergique à la guerre et à l&#8217;injustice, il n&#8217;y aurait ni guerres, ni injustices, ou alors de façon strictement accidentelle. La plupart des gens sont capables de faire preuve de bon sens et comprennent parfaitement la nécessité d&#8217;un certain nombre de guerres ou d&#8217;actes violents. Quand ils sont attaqués, ils veulent généralement se défendre, et si on leur parle de quelqu&#8217;un qui est attaqué, ils n&#8217;ont pas pour réflexe de lui demander de se laisser faire. Le pacifisme et les slogans utopistes sont le fait d&#8217;une minorité de &#8220;penseurs&#8221; qui tentent de raisonner de façon abstraite et qui signent ou rédigent des pétitions, mais ce n&#8217;est pas ce groupe qui compose la plus grande partie de l&#8217;électorat.<br />
Ce qui amène au point suivant : qu&#8217;appelle-t-on l&#8217;&#8221;opinion internationale&#8221; ? La notion même d&#8217;&#8221;opinion publique&#8221; est née en France peut de temps avant la révolution française et ne désignait pas du tout le point de vue de la majorité des gens, mais celui de la minorité d&#8217;intellectuels, de &#8220;publicistes&#8221;, qui étaient en mesure de se faire entendre. On imagine assez facilement qui, aujourd&#8217;hui en France, est en mesure de se faire entendre. Il s&#8217;agit des gens qui peuvent publier des éditoriaux, être interviewés à la radio ou à la télévision ou disposer d&#8217;une tribune quelconque. Il faut aussi compter dans le lot les gens qui peuvent se faire entendre, non pas du public, mais des décideurs, c&#8217;est-à-dire un certain nombre de gens qui gravitent autour du milieu politique. Les cabinets ministériels, les diplomates, un certain nombre de hauts fonctionnaires, etc.<br />
Tout cela est assez clair dans un pays comme la France, mais qu&#8217;en est-il de l&#8217;&#8221;opinion internationale&#8221; ? Généralement, quand on entend parler de l&#8217;&#8221;opinion internationale&#8221;, l&#8217;expression désigne une sorte d&#8217;agglomérat d&#8217;événements assez divers : une manifestation au Caire, des articles dans la presse russe, une pétition d&#8217;intellectuels aux Etats-Unis, etc. En réalité, il n&#8217;existe aucun moyen de mesurer l&#8217;opinion internationale. Pour prendre l&#8217;exemple d&#8217;une fraction de celle-ci, l&#8217;opinion arabe, on peut supposer sans prendre trop de risques que l&#8217;opinion arabe est défavorable à Israël et à ce que fait Israël au Liban, et nos médias le disent, de même qu&#8217;ils rendaient compte de l&#8217;hostilité de l&#8217;opinion arabe à l&#8217;invasion de l&#8217;Irak en 2003 ainsi qu&#8217;à toutes sortes de choses faites par l&#8217;Occident ou par Israël. Mais nos médias ne rendent pas compte d&#8217;un élément pourtant connu, à savoir l&#8217;hostilité de l&#8217;opinion arabe à Israël et à son existence quoi qu&#8217;Israël fasse, élément qui mettrait les choses en perspective.<br />
Et surtout, nos médias ne rendent pas tellement compte du caractère assez artificiel des mouvements d&#8217;humeur de l&#8217;opinion arabe. Une manifestation islamiste au Caire est un événement organisé et provoqué par des politiciens locaux qui veulent donner l&#8217;impression d&#8217;un mouvement d&#8217;opinion. Ils n&#8217;ont pas beaucoup de mal à trouver des gens pour manifester parce qu&#8217;il s&#8217;agit le plus souvent de manifestations visant à critiquer le gouvernement pour son manque d&#8217;ardeur à combattre le grand et le petit Satan. Or, les gens ont très envie de crtiquer le gouvernement pour de nombreuses raisons mais ne peuvent le faire que pour cette raison-là. Par conséquent, les volontaires ne manquent pas pour manifester. Enfin, de toute façon, le gouvernement égyptien et les autres gouvernements arabes n&#8217;ont strictement rien à craindre de ce type de manifestations. La &#8220;rue arabe&#8221; s&#8217;&#8221;enflamme&#8221; sur commande et n&#8217;a jamais renversé un gouvernement.<br />
Mais en fin de compte, l&#8217;événement se réduit pour l&#8217;essentiel à cela : des gens qui sont en permanence hostiles à Israël manifestent parce que cela leur donne l&#8217;occasion de crtquer leur propre gouvernement. Doit-on en déduire que l&#8217;opinion arabe est en train de &#8220;devenir&#8221; très hostile à Israël ? Cela paraît un peu rapide.<br />
En bref, l&#8217;&#8221;opinion internationale&#8221; est un serpent de mer. Personne ne connaît l&#8217;état de l&#8217;&#8221;opinion internationale&#8221;. Par conséquent, personne ne peut prédire les effets politques des mouvements d&#8217;opinion en question. Pourtant, l&#8217;&#8221;opinion internationale&#8221; est prise en considération par nos gouvernements, mais comme ils n&#8217;ont aucun moyen de savoir ce que &#8220;pense&#8221; l&#8217;&#8221;opinion internationale&#8221;, ils l&#8217;anticipent en s&#8217;appuyant sur ce que montrent les médias, ce qui nous amène au point suivant.<br />
Si les médias montrent des images d&#8217;enfants morts sous les bombes, les décideurs occidentaux vont en déduire que l&#8217;opinion internationale va être furieuse contre les auteurs du bombardement et qu&#8217;il va falloir en tenir compte, par exemple en prenant position contre ces derniers. Ainsi, l&#8217;opinion internationale sera apaisée.<br />
Il faut ici être clair : dans cet exemple, qui peut se référer par exemple au récent bombardement de Cana, les gouvernements occidentaux savent que le bombardement n&#8217;aurait aucun effet sur l&#8217;opinion internationale si son résultat n&#8217;apparaissait pas sur des images animées. Il y a eu des miliers de bombardements beaucoup plus meurtriers que celui-là et personne ne s&#8217;y est jamais intéressé tant que la télévision ne les montrait pas. Les gouvernement savent également que les images en question peuvent être partielles, plus ou moins truquées ou tout simplement montées de toute pièce. Malgré cela, les gouvernements occidentaux ont réagi au bombardement de Cana extrêmement vite et ont émis des déclarations de condamnation avant d&#8217;avoir eu la moindre chance de vérifier quoi que ce soit, qu&#8217;il s&#8217;agisse des circonstances du bombardement, du bilan exact, du caractère plus ou moins voulu de la frappe en cause ou de quoi que ce soit d&#8217;autre relatif à cet événement.<br />
Les condamnations émises par les gouvernements occidentaux, dans ce cas comme dans d&#8217;autre, ont eu des conséquences diplomatiques importantes. Dans ce cas précis, par exemple, l&#8217;administration américaine a apparemment exigé d&#8217;Israël une suspension de 48 heures de sa campagne de frappes.<br />
Donc, pour résumer, les gouvernements occidentaux prennent des décisions importantes en raison d&#8217;événements dont on n&#8217;est même pas sûr qu&#8217;ils aient réellement eu lieu (l&#8217;exemple de Jénine serait ici approprié) et justifient leur précipitation par l&#8217;argument de l&#8217;&#8221;opinion internationale&#8221;, objet dont on ignore tout, sinon que sa capacité à influer sur le cours réel des choses est à peu près insignifiante. Ajoutons que dans un cas comme celui de Cana, les gouvernements occidentaux agissent assez clairement contre leurs propres intérêts. Les Etats-Unis veulent qu&#8217;Israël détruise le Hezbollah, mais font obstacle à cette destruction à la suite du bombardement de Cana.<br />
Comment justifie-t-on généralement cette façon assez originale de conduire une politique étrangère ? Généralement en insistant sur le fait que la &#8220;guerre médiatique&#8221; est aussi importante que la guerre proprement dite, et que ce qui passe à la télé devient immédiatement important.<br />
Mais c&#8217;est un raisonnement parfaitement cyclique, puisque ce ne sont pas tant les médias qui transforment un non-événement en date historique que ceux qui surréagissent aux médias. La réalité est que les gouvernements occidentaux peuvent très bien ne réagir que très mollement aux événements de ce type s&#8217;ils estiment y avoir intérêt. Ils peuvent également attirer l&#8217;attention sur d&#8217;autres événements dont les médias parlent moins, rappeler que les médias rendent compte de façon extrêmement sélective de ce qui se passe dans le monde, etc. Absolument rien n&#8217;oblige les gouvernements occidentaux à surréagir comme ils le font au moindre reportage télévisé.<br />
Compte tenu de tout cela, quelle est l&#8217;importance réelle de la &#8220;guerre des images&#8221; ? Son importance est parfois réelle, mais elle ne l&#8217;est que parce que les gouvernements occidentaux pensent qu&#8217;elle l&#8217;est. L&#8217;administration américaine a cru que le bombardement de Cana allait retourner l&#8217;opinion arabe contre Israël et qu&#8217;il fallait donc donner l&#8217;impression de s&#8217;en désolidariser. Ce faisant, elle omettait de tenir compte du fait que l&#8217;administration américaine ne sera de toute façon jamais désolidarisée d&#8217;Israël dans l&#8217;esprit des Arabes et que l&#8217;opinion arabe n&#8217;a jamais été susceptible de devenir encore plus hostile à Israël parce qu&#8217;elle l&#8217;est en permanence totalement. L&#8217;administration américaine pouvait en outre estimer que ne pas réagir aux coups médiatiques comme celui de Cana ou celui de Jénine, ou du moins ne pas y réagir de façon instantanée, aurait pour vertu de rendre ces coups plus rares, parce que inefficaces, à l&#8217;avenir.<br />
Une des raisons pour lesquelles la &#8220;guerre des images&#8221; est considérée comme cruciale est sans doute le fait que les médias la présentent comme telle. Cela peut se comprendre : comme les médias sont incapables de rendre compte du déroulement de la guerre réelle, ils peuvent au moins essayer d&#8217;avoir l&#8217;air utile non seulement en rendant compte du déroulement de la guerre des images, mais encore en y participant. Pas la peine d&#8217;envoyer une équipe prendre de vraies images, ou plutôt les fabriquer elle-même, il suffit désormais de récupérer celles d&#8217;al-Jazira et de les présenter comme un document sur la &#8220;guerre des images&#8221;. De même, tout le monde peut parler de la guerre des images parce que tout le monde en est témoin. Pas besoin d&#8217;aller sur place, il suffit de regarder France 2. Il est simplement un peu dommage que la guerre médiatique soit confondue avec la vraie guerre.</p>
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		<title>Crédibilité de la diplomatie occidentale</title>
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		<pubDate>Mon, 31 Jul 2006 09:13:21 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Say No More</dc:creator>
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			<content:encoded><![CDATA[<p>S&#8217;il fallait une preuve par l&#8217;absurde de ce que les questions d&#8217;&#8221;image&#8221; et de communication sont plus complexes et probablement moins importantes qu&#8217;on ne le pense, la crise libanaise est probablement en voie de l&#8217;apporter. Van Creveld avait expliqué il y a quelques années que si Israël voulait se tailler une meilleure réputation, il lui fallait changer de politique. Sa remarque concernait les territoires palestiniens, toujours partiellement occupés, et Van Creveld pense qu&#8217;Israël peut et doit évacuer ces territoires, notamment parce qu&#8217;il ne sert plus à rien de continueur à les contrôler : Israël peut se défendre aux frontières  Van Creveld s&#8217;inscrit donc dans le courant très vaste des partisans du retrait unilatéral. Pour certains membres de ce courant, le retrait unilatéral procure avant tout un avantage stratégique, le recul étant compensé par une meilleure disponibilité des moyens militaires ; pour d&#8217;autres, il procure surtout un gain en matière de légitimité internationale. Le raisonnement se comprend ainsi : Israël ayant évacué la totalité ou la quasi-totalité des territoires palestiniens, plus personne ne lui fera de reproches sérieux s&#8217;il réagit à une attaque conduite depuis l&#8217;un de ces territoires.<br />
Les opposants au retrait unilatéral pouvaient principalement mettre en avant trois idées : Israël sera vulnérable aux attaques de roquettes ou d&#8217;artillerie ; le retrait du Liban a galvanisé les Palestiniens qui ont presque immédiatement lancé la deuxième Intifada ; Israël ne se verra jamais reconnaître une légitimité internationale quelconque.<br />
La portée de ces arguments était toutefois limitée. Une réponse existait à chacun d&#8217;entre eux : les tirs de roquettes sont peu nombreux et imprécis ; peu importe que le retrait de Gaza et de la Cisjordanie galvanise qui que ce soit puisque Israël ne sera plus en contact avec les populations en question ; la nouvelle légitimité internationale d&#8217;Israël lui permettra de contre-attaquer ponctuellement et d&#8217;établir ainsi un pouvoir de dissuasion qui devrait être suffisant.<br />
Le Hezbollah a probablement perçu une légère faille dans le troisième point et s&#8217;y est engouffré. Il s&#8217;est construit un stock de missiles important et en tout cas suffisant pour envoyer sur Israël une centaine de roquettes par jour pendant plusieurs semaines ; il a ainsi établi un contact indirect avec Israël, c&#8217;est-à-dire une capacité à frapper Israël sans être présent physiquement sur son sol ; il a compté sur une légitimité internationale israélienne limitée dans les faits.<br />
C&#8217;est peut-être le troisième point qui a constitué de la part du Hezbollah la meilleure intuition. Au début de la crise, les Etats occidentaux et mêmes arabes ont effectivement admis le droit d&#8217;Israël à réagir aux attaques lancées par le Hezbollah. Il était sans doute difficile de faire autrement dans la mesure où il s&#8217;agissait d&#8217;une agression parfaitement gratuite, que même les intellectuels d&#8217;extrême-gauche avaient du mal à justifier, et qui en outre n&#8217;arrangeait absolument pas les affaires des pays arabes de la région.<br />
Mais cela ne pouvait pas durer. Dès le début de la crise, les Etats occidentaux ont exigé d&#8217;Israël qu&#8217;il mette en application la notion parfaitement creuse de &#8220;proportionnalité&#8221;, confondant encore une fois guerre et droit pénal sous l&#8217;expression elle-même finalement assez creuse de &#8220;droit international&#8221;.<br />
Par ailleurs, des doutes ont été émis sur l&#8217;efficacité de l&#8217;offensive israélienne, et une offensive inefficace est injustifiable. L&#8217;offensive israélienne est-elle inefficace ? Il est trop tôt pour le dire. Il est tout à fait possible qu&#8217;Israël ait employé une tactique inappropriée pour deux raisons.<br />
Tout d&#8217;abord, Israël a peut-être sous-estimé les capacités offensives du Hezbollah et par conséquent le temps nécessaire à les réduire. Peut-être les services de renseignement sont-ils devenus trop méfiants depuis l&#8217;affaires des armements irakiens, et peut-être a-t-on pour cette raison sous-estimé l&#8217;arsenal du Hezbollah.<br />
En deuxième lieu, la stratégie israélienne semble essentiellement basée sur les frappes aériennes, dont l&#8217;efficacité a été surestimée à plusieurs reprises, notamment lors de la crise du Kosovo. Cela dit, les opérations aériennes sont les plus visibles tandis que les opérations terrestres sont beaucoup plus discrètes. C&#8217;est pour cela qu&#8217;il faut être assez réservé sur la question de l&#8217;efficacité de la contre-attaque israélienne. Il reste que le 30 juillet, le Hezbollah était encore capable de tirer environ 140 roquettes sur Israël, ce qui fait beaucoup.<br />
Le fond du problème est qu&#8217;Israël se trouve obligé de pratiquer la contre-insurrection sur un territoire non-occupé. Or, une contre-insurrection prend déjà beaucoup de temps sur un territoire occupé, c&#8217;est-à-dire assez bien connu et où le contact avec la population est permanent. Au Sud-Liban, les forces israéliennes doivent s&#8217;appuyer sur un renseignement forcément fragmentaire et opérer sur un terrain que l&#8217;ennemi a été capable de modeler selon ses besoins et en prévision de la présente offensive.<br />
L&#8217;inconvénient du retrait unilatéral, c&#8217;est que la connaissance du terrain diminue ; son avantage est que le contact ayant été rompu, les capacités de nuisance adverses sont diminuées, voire inexistantes. C&#8217;est du moins ce qu&#8217;on pouvait croire, mais ce n&#8217;est pas le cas. les roquettes permettent tout simplement de réaliser des attentats à distance. Cette capacité rique d&#8217;augmenter à mesure que les missiles sol-sol dont disposent les guérillas comme le Hezbollah deviendront plus sophistiqués. Les roquettes lancées par le Hezbollah sont plus efficaces que les V-1 mais sont encore assez primitives par rapport à ce qui peut être fait de nos jours avec quelques moyens. Qu&#8217;on y monte des systèmes de guidage GPS et il sera possible de viser directement des bâtiments spécifiques.<br />
Donc, la &#8220;communauté international&#8221; pouvait au bout de quelques jours s&#8217;appuyer sur quelque chose pour critiquer Israël. Démanteler le Hezbollah prend du temps et la &#8220;légitimité internationale&#8221; acquise par Sharon et Olmert au prix du contrôle de la bande de Gaza équivaut à un crédit d&#8217;environ une semaine ou deux en cas d&#8217;agression gratuite. Les conséquences de la crise risquent d&#8217;être importantes.<br />
Pour commencer, la frontière Nord elle-même risque de poser un problème important. Israël semble vouloir procéder en deux temps. Il s&#8217;agit dans un premier temps d&#8217;endommager aussi sérieusement que possible les capacités du Hezbollah ; dans un deuxième de confier le Sud-Liban à une force d&#8217;occupation étrangère qui s&#8217;assurera que le Hezbollah ne se réinstalle pas. Les Israéliens ne pensent apparemment pas pouvoir éliminer complètement, par eux-mêmes, le potentiel offensif du Hezbollah. Cela dit, il faudra qu&#8217;il soit très sérieusement diminué pour qu&#8217;une &#8220;force internationale&#8221; soit capable à l&#8217;avenir d&#8217;assurer la stabilité du Sud-Liban. S&#8217;il s&#8217;agit de faire ce qu&#8217;Israël est en train de faire, mieux vaut laisser faire Israël. Le travail est déjà difficile et on voit assez mal qui pourrait le faire plus efficacement. S&#8217;il s&#8217;agit simplement d&#8217;être là une fois ce travail fait, alors le plus avantageux, surtout pour les futurs pays contributeurs, est de laisser l&#8217;armée israélienne travailler le plus longtemps possible. Est-ce que la France souhaite vraiment envoyer des troupes au Sud-Liban avec la mission de désarmer un Hezbollah encore armé ? La France dit souhaiter un mandat autorisant le recours à la force, mais le problème n&#8217;est pas que le recours à la force soit autorisé ; le problème est que la force soit suffisante pour qu&#8217;y avoir recours ait un sens. Or, la demande française de cessez-le-feu immédiat implique que le Hezbollah soit très imparfaitement désarmé, et l&#8217;intéressante suggestion de Douste-Blazy, qui a dit souhaiter un échange de prisonniers entre Israël et le Hezbollah, si elle était mise en application, aurait pour conséquence que ce même Hezbollah, toujours armé, donc, serait très fortement incité à relancer une crise à la première occasion. La présence d&#8217;une force internationale constituerait en outre non seulement un bouclier humain, mais un véritable bouclier &#8220;humano-politique&#8221; puisque Israël n&#8217;aurait aucune envie de bombarder par erreur une position française. Pourtant, Israël serait probablement obligé d&#8217;attaquer à nouveau les positions du Hezbollah à plus ou moins long terme. La crise actuelle aurait de fortes chances de recommencer d&#8217;ici quelqeus années, mais avec des conséquences plus graves. C&#8217;est ce qui arrive quand on gèle une situation au lieu de résoudre les problèmes qui se posent.<br />
Mais l&#8217;instabilité à la frontière Nord d&#8217;Israël et la mise en danger de soldats français ne sont qu&#8217;une partie des conséquences néfastes qu&#8217;aurait la mise en application des demandes de la diplomatie française. Leur deuxième effet important concernerait la politique intérieure isralélienne et l&#8217;avenir à moyen terme des territores paelstiniens.<br />
La France avait d&#8217;abord accueilli de façon glaciale le projet d&#8217;évacuation unilatérale de Sharon parce qu&#8217;elle le trouvait insuffisant, puis avait fini par s&#8217;y rallier avec quelques réserves, probablement après avoir constaté que les projets de paix négociés ne pouvaient aboutir nulle part. Ces derniers mois, Olmert était très vivement encouragé à poursuivre son plan de &#8220;convergence&#8221; ou de &#8220;réalignement&#8221; avec notamment l&#8217;évacuation d&#8217;une partie de la Cisjordanie. Politiquement, Olmert a été élu sur cette question. Au stade actuel, il est déjà pratiquement inenvisageable qu&#8217;Olmert procède comme prévu à l&#8217;évacuation de la Cisjordanie dans les délais prévu, mais si la crise actuelle était réglée à l&#8217;avantage d&#8217;Israël, avec un désarmement complet du Hezbollah et un règlement satisfaisant des problèmes posés par la bande de Gaza, il ne serait pas impossible que l&#8217;évacuation de la Cisjordanie ait tout de même lieu un peu plus tard que prévu. Cela semble mal parti et la France fait tout ce qu&#8217;il faut pour que la crise actuelle soit une catastrophe pour Israël.<br />
Depuis le début de la crise libanaise, il paraît assez probable que l&#8217;ambiance sera tendue dans l&#8217;administration et le gouvernement israélien lorsqu&#8217;elle aura pris fin. On peut imaginer que les militaires et le gouvernement s&#8217;accuseront mutuellement : le gouvernement accusera les militaires d&#8217;avoir mal géré la frontière Nord pendant six ans ; les militaires accuseront les politiques de leur avoir lié les mains, notamment en limitant l&#8217;envergure de l&#8217;offensive terrestre. Olmert ne sera pas dans une position semblable à celle de Golda Meir en 1973 parce qu&#8217;il ne gouverne pas depuis longtemps et ne peut pas, par conséquent, être tenu pour personnellement responsable de la politque suivie depuis mai 2000 vis-à-vis du Liban, mais il peut être tenu responsable de toutes les erreurs éventuellement commises en ce moment, et surtout, il a tout fait pour que l&#8217;idée de retrait unilatéral apparaisse comme la sienne. En bref, sa carrière politque se heurte aujourd&#8217;hui à un obstacle assez sérieux. Tant que dure la crise, le Likoud s&#8217;en tient à l&#8217;attitude loyale généralement adoptée par les partis d&#8217;opposition dans ce genre de situation, mais dès qu&#8217;elle sera terminée, la position d&#8217;Olmert et de son gouvernement sera plus que délicate. Le plus probable est que ce gouvernement ne durera pas très longtemps et que son successeur sera beaucoup moins proche des positions françaises sur toutes ces questions qui du reste ne regardent pas vraiment la France ni l&#8217;Europe.<br />
Or, c&#8217;est cette situation que la diplomatie française, Chirac en tête, fait tout pour rendre plus probable.<br />
Enfin, bien évidemment, le Hezbllah est l&#8217;un des principaux outils de la politique étrangère iranienne. C&#8221;est peut-être l&#8217;Iran qui a déclenché cette crise afin de semer la zizanie dans le camp occidental, ou peut-être pour montrer que ses capacités de nuisance sont importantes. Si c&#8217;est le cas, l&#8217;Iran a peut-être mal joué en donnant l&#8217;occasion à Israël de le priver de son outil, mais cela n&#8217;est pas encore joué. Les Européens, en principe, ne souhaitent pas que l&#8217;Iran arrive à ses fins en matière nucléaire et devraient logiquement souhaiter le priver autant que possible de moyens de pressions. S&#8217;il faut un jour exercer une pression forte sur l&#8217;Iran, en l&#8217;attaquant ou en le sanctionnant d&#8217;une manière ou d&#8217;une autre, il sera souhaitable que le Hezbollah soit le moins opérationnel possible. La crise actuelle est une occasion de le rendre très peu opérationnel, mais la France et les Européens agissent comme s&#8217;ils souhaitaient exactement l&#8217;inverse.<br />
Il y a donc, apparemment, un problème de logique dans la politique française. Comme d&#8217;habitude, on a le choix entre deux types d&#8217;explications : soit la politique française est hypocrite, soit elle est vraiment illogique. La meilleure explication est probablement la seconde. La diplomatie française est divisée en courants très opposés les uns aux autres, et les divisions se sont probablemetn creusées depuis 2001, mais la politique extérieure française est en réalité faite par le président, un individu dont l&#8217;intelligence est toujours une question ouverte et dont les vues en matière de politique extérieure comme intérieure sont rarement parfaitement claires. L&#8217;idée selon laquelle il n&#8217;y a jamais de solution militaire aux problèmes militaires est peut-être réellement le principe directeur de sa politique étrangère. Il est possible que ses liens personnels avec diverses personnalités libanaises comptent plus à ses yeux que l&#8217;intérêt de la France, notamment en ce qui concerne le programme nucléaire iranien.<br />
Chirac est également sensible à l&#8217;opinion, ou plutôt à l&#8217;idée qu&#8217;il s&#8217;en fait, et il n&#8217;est pas le seul. L&#8217;incident de Kana, qui est peut-être une bavure israélienne et probablement un événement souhaité par le Hezbollah, semble avoir terrorisé les diplomaties occidentales qui ont émis des condamnations vigouresues avant d&#8217;avoir reçu la moindre information précise. Idem pour le bombardement du poste d&#8217;observation de la FINUL quelques jours plus tôt. Leur souci devrait pourtant être de faire en sorte que les opérations israéliennes soient aussi efficaces que possible.<br />
Le plus probable est que les diplomaties occidentales naviguent à vue en essayant de ménager tout le monde, mais la visibilité française est toujours assez faible. C&#8217;est très dommage parce que le manque de détermination des Occidentaux est assez  visible, non seulement depuis Téhéran, mais également depuis Moscou, Pékin, et probablement depuis beaucoup d&#8217;endroits très reculés dont le présentateur du journal télévisé ne connaît pas encore le nom mais que tous les téléspectateurs auront mémorisé d&#8217;ici quelque temps.</p>
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		<title>Israël contre les non-Etats</title>
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		<pubDate>Tue, 18 Jul 2006 08:13:38 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Say No More</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Comme on le sait parfaitement, seule la création d&#8217;un Etat palestinien mettra fin aux conflits du Moyen Orient &#8211; et seules des pressions américaines vis-à-vis de l&#8217;entité sioniste permettront la création dudit Etat. C&#8217;est sur ce double axiome qu&#8217;a été basée la pensée &#8220;géopolitique&#8221; française de ces cinq ou six (ou trente) dernières années.
Autre sujet [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Comme on le sait parfaitement, seule la création d&#8217;un Etat palestinien mettra fin aux conflits du Moyen Orient &#8211; et seules des pressions américaines vis-à-vis de l&#8217;entité sioniste permettront la création dudit Etat. C&#8217;est sur ce double axiome qu&#8217;a été basée la pensée &#8220;géopolitique&#8221; française de ces cinq ou six (ou trente) dernières années.<br />
Autre sujet d&#8217;intérêt, plus récent, d&#8217;un certain nombre d&#8217;experts français, les &#8220;Etats faillis&#8221;, traduction de &#8220;failed state&#8221;, comme l&#8217;Afghanistan avant et pendant le règne des Talibans ou la Somalie aujourd&#8217;hui. Les failed states sont des endroits où règne une sorte d&#8217;anarchie qui peut receler des dangers pour les Etats occidentaux. S&#8217;il n&#8217;y a pas d&#8217;Etat pour répondre du comportement des résidents de ces endroits, ces derniers peuvent servir de base à des mouvements terroristes et il est difficile d&#8217;y faire quoi que ce soit.<br />
Enfin, un troisième thème qui a été à la mode à Paris ces dernières années a été celui de la &#8220;prolifération étatique&#8221;. En fait, il s&#8217;agit surtout d&#8217;une expression inventée par l&#8217;immense Pascal Boniface qui a remarqué au début des années quatre-vingt dix qu&#8217;il y avait plus d&#8217;Etats qu&#8217;à l&#8217;époque où l&#8217;URSS existait. La raison de cette &#8220;prolifération étatique&#8221; était surtout la division en quinze parties de l&#8217;URSS, ce qui faisait quatorze Etats de plus, ainsi que l&#8217;apparition de l&#8217;Erythrée, la division en deux de la Tchécoslovaquie et peut-être quelques autres événements analogues. Boniface avait quand même remarqué que la souveraineté procurait toutes sortes d&#8217;avantages.<br />
Tout cela étant posé, que faire quand on veut disposer d&#8217;une bonne base pour lancer des opérations terroristes tout en percevant des aides internationales ? Le plus simple est de créer un &#8220;Etat failli dirigé&#8221;. Un EFD est un territoire principalement régi par une autorité mais non reconnu comme un Etat et néanmoins protégé politiquement, dans une certaine mesure, contre les invasions.<br />
Toujours à la pointe de l&#8217;innovation, les terroristes arabes ont créé à ce jour deux EFD aux frontières d&#8217;Israël : le Liban-Sud et la Bande de Gaza.<br />
Il semble que lorsque Israël évacue un territoire, la réaction immédiate des gens qui en prennent le contrôle consiste non seulement à le transformer en camp d&#8217;entraînement géant pour kamikazes, mais aussi et surtout à le maintenir à l&#8217;écart du système interétatique. Le but du jeu semble être d&#8217;avoir les mains libres lorsqu&#8217;il s&#8217;agit d&#8217;attaquer et, lorsque les Israéliens contre-attaquent, de pouvoir utiliser qui on veut comme bouclier humain. Le Hamas et le Fatah utilisent propre population du territoire, comme c&#8217;est le cas depuis assez longtemps, tandis que le Hezbollah utilise le Liban, ce qui est à première vue encore plus efficace. Israël ne peut pas exiger du Liban ce qu&#8217;il ne peut pas faire, à savoir contrôler son propre territoire, et personne n&#8217;a très envie de le faire  la place du Liban. Israël ne peut pas non plus contrôler le Liban-Sud lui-même, donc Israël ne peut rien faire.<br />
En réalité, Israël va vraisemblablement pouvoir mener une opération d&#8217;une certaine envergure sans subir de trop fortes pressions internationales, mais il a probablement fallu pour cela que le Hezbollah surestime les avantages que lui procurait cette situation &#8211; à moins que ce mouvement ne soit capable de jouer plusieurs coups à l&#8217;avance et n&#8217;ait déjà anticipé une occupation israélienne qui tournerait à son avantage.<br />
Mais même si Israël reprend le dessus et parvient à nettoyer plus ou moins durablement Gaza et le Liban Sud, la formule de l&#8217;&#8221;Etat failli dirigé&#8221; a peut-être un avenir.<br />
D&#8217;abord, la communauté internationale et une vache à lait à qui on ne demande pas son avis avant de la traire. Un territoire anarchique et rempli de camps d&#8217;entraînement terroristes peut quand même assez facilement espérer toutes sortes d&#8217;aides internationales. Il suffit de montrer des enfants mourant de faim, et ce n&#8217;est pas ce qui manque quand on en a besoin.<br />
Ensuite, les Occidentaux détestent mettre les pieds dans ces endroits et quand ils le font quand même, l&#8217;opération ne peut pas être répétée des dizaines de fois de toute façon. L&#8217;Afghanistan, l&#8217;Irak, le Kosovo coûtent déjà cher. La Somalie ne risque pas de faire l&#8217;objet d&#8217;un processus du même type pour le moment.<br />
Enfin, le fait de ne pas être un Etat n&#8217;empêche pas de bénéficier des avantages dont bénéficient les Etats, comme la reconnaissance internationale ou l&#8217;accès à l&#8217;ONU. Les Palestiniens ont été parmi les premiers à bénéficier de ces avantages, ce qui fut également cas de quelques mouvements comme l&#8217;ANC ou la SWAPO. Il est vrai que c&#8221;est l&#8217;OLP qui a bénéficié d&#8217;une sorte de reconnaissance diplomatique (la communauté internationale décrétant que l&#8217;OLP était le seul représentant légitime du peuple palestinien, de même que la SWAPO pour le &#8220;peuple namibien&#8221;, etc.), et pas la &#8220;Palestine&#8221;, mais la nuance échappe à la plupart des gens et ce n&#8221;est pas forcément un problème pour le Hamas. Après tout, ce sont les représentants de l&#8217;OLP qui vont racketter les capitales européennes en expliquant aux dirigeants que s&#8217;ils ne donnent pas d&#8217;argent au gouvernement palestinien, alors la stabilité des territoires ne pourra pas être garantie et le terrorisme va reprendre. Les dissenssions internes sont très pratiques, finalement, et le Fatah et le Hamas seront toujours capables de se mettre d&#8217;accord ponctuellement, tant qu&#8217;il s&#8217;agira de faire front contre l&#8217;ennemi sioniste.<br />
Donc Israël se retrouve face à des non-Etats qui lui font une guerre ouverte mais qui n&#8217;existent pas en tant que tels et sont par conséquent diplomatiquement plus ou moins invulnérables. Le Hezbollahstan, le Hamastan et le Fatahstan peuvent continuer à exister pendant assez longtemps sous la forme de domaines indépendants et contrôlés par des terroristes mafieux. Israël étant un Etat occidental, il se considère soit en guerre, soit en paix, ou à la limite en &#8220;paix armée&#8221; avec ses voisins, mais il refuse l&#8217;espèce de situation intermédiaire de guerre de basse intensité perpétuelle qui est fréquente au Moyen Orient. Le Hamas et le Hezbollah, et surtout les médias occidentaux, ont sans doute du mal à comprendre cela. Israël ne pratique pas la vendetta mais cherche à neutraliser l&#8217;ennemi. C&#8217;est du moins la finalité de sa stratégie. Ses ennemis semblent capable de n&#8217;être ni en paix, ni en guerre, mais dans une sorte de situation intermédiaire dans laquelle on peut se battre tout en se parlant, et où un affront peut être lavé par un affront en sens inverse, un certain équilibre pouvant plus ou moins se trouver instauré de cette façon.<br />
Donc Israël fait face à des entités antisionistes auxquelles ont ne peut jamais vraiment s&#8217;adresser directement, même amicalement, et qui ne font pas réellement la différence entre la paix et la guerre ; et on dirait que les évacuations israéliennes successives ont tendance à déboucher sur ce genre de situation. Il sera intéressant de voir comment nos experts vont analyser cela.</p>
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		<title>Sortez vos morlingues</title>
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		<pubDate>Mon, 30 Jan 2006 21:42:22 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Say No More</dc:creator>
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		<description><![CDATA[La victoire du Hamas aux élections du 25 janvier peut s&#8217;expliquer par trois facteurs.
A long terme, les territoires palestiniens ont subi depuis 1967 une transition extrêmement profonde et rapide. D&#8217;une région relativement peu peuplée et pauvre, ils étaient devenus en 1987 une région prospère et assez peuplée. L&#8217;expansion économique s&#8217;expliquait par le caractère libéral et [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>La victoire du Hamas aux élections du 25 janvier peut s&#8217;expliquer par trois facteurs.<br />
A long terme, les territoires palestiniens ont subi depuis 1967 une transition extrêmement profonde et rapide. D&#8217;une région relativement peu peuplée et pauvre, ils étaient devenus en 1987 une région prospère et assez peuplée. L&#8217;expansion économique s&#8217;expliquait par le caractère libéral et favorable à l&#8217;activité de l&#8217;occupation israélienne ; l&#8217;expansion démographique, plus difficile à expliquer, peut sans doute être attribuée en partie à l&#8217;amélioration de l&#8217;accès aux soins médicaux. Peut-être y a-t-il eu également un peu d&#8217;immigration en provenance de Jordanie. A partir de 1987, la situation a cessé de s&#8217;améliorer au même rythme, mais à partir de 1993, les territoires palestiniens ont accédé au statut de région la plus subventionné du monde, en termes d&#8217;aide internationale par habitant. Ainsi, les trois ingrédients que sont la prospérité économique, la jeunesse de la population et l&#8217;assistanat sont réunis et leur mélange est particulièrement instable.<br />
A moyen terme, le règne de l&#8217;Autorité palestinienne a été pour les Palestiniens celui de l&#8217;incompétence, du gangstérisme et de l&#8217;autoritarisme. La liberté surveillée de l&#8217;occupation israélienne a été remplacée par un avant-goût du modèle arabe, c&#8217;est-à-dire la dictature nationaliste, clanique, clientéliste et violente, mais sans la possibilité de susciter l&#8217;adhésion du peuple à une sorte de fierté patriotique parfaitement illusoire mais relativement efficace politiquement. Les Palestiniens savaient que leur gouvernement était nul, ils avaient connu autre chose et avaient un meilleur accès à l&#8217;information que les Syriens ou les Egyptiens. En outre, ils avaient l&#8217;habitude jusqu&#8217;en 2001 ou 2002 d&#8217;aller travailler en Israël. Ils pouvaient comparer.<br />
A court terme, les Palestiniens ont perdu la guerre et veulent leur revanche. Le fait que le modèle israélien soit efficace ne les rendra jamais pro-israéliens. Au mieux, ils seront partagés entre l&#8217;envie d&#8217;imiter Israël et les pays occidentaux et l&#8217;envie de leur être supérieurs, un peu comme l&#8217;était Nasser. Au pire, ils ne rêveront que de détruire ce modèle en raison de sa corruption et de sa méchanceté fondamentale qui seules peuvent expliquer sa réussite. La jalousie et l&#8217;aigreur rendent souvent les gens très moraux. Ces dernières années, il se trouve que la supériorité du modèle israélien s&#8217;est principalement manifestée au travers de la raclée militaire subie par les groupes armés palestiniens, ce qui ne rend certainement pas le modèle israélien plus aimable aux yeux des électeurs palestiniens.<br />
Le désordre, le mépris pour les gouvernants en place et le désir de détruire l&#8217;ennemi me paraissent expliquer de façon satisfaisante la victoire du Hamas, mais une condition nécesaire à cette victoire a également été l&#8217;auto-aveuglement. Le Hamas, entend-on dire, vient de respecter une &#8220;trève&#8221; (une &#8220;trève unilatérale&#8221;, en fait) pendant plus d&#8217;un an. L&#8217;honnêteté oblige à prendre acte de ces excellentes dispositions, en notant toutefois que l&#8217;Entité sioniste les ont très fortement favorisées, notamment en éliminant la direction du mouvement et en neutralisant ses capacités d&#8217;action armée. Le Hamas a été depuis un peu plus d&#8217;un an incapable de mener la moindre campagne terroriste contre Israël et le plus probable est que ce qui restait de la direction du mouvement a assez rapidement décidé de faire porter l&#8217;effort principal sur le front intérieur. Le pouvoir était à ramasser depuis un certain temps, et c&#8217;est chose faite.<br />
Que va-t-il se passer ? Les Israéliens ont mené depuis cinq ou six ans une politique de plus en plus adaptée à une situation de ce type, à savoir une politique &#8220;unilatérale&#8221;. Le mot est entre guillements parce que la politique israélienne n&#8217;est en réalité pas tout à fait unilatérale. Elle n&#8217;est pas bilatérale parce qu&#8217;elle n&#8217;est pas définie conjointement avec les Palestiniens. Sharon a su faire en sorte de pouvoir les ignorer si besoin est. En revanche, la politique israélienne n&#8217;est pas non plus totalement unilatérale parce qu&#8217;elle tient compte des principaux partenaires d&#8217;Israël. Sharon a compris que les Européens et, dans une certaine mesure, les Américains voulaient des  plans de paix, et il leur a laissé cette possibilité. La Feuille de Route est une réalité. On en parle, on la brandit, on l&#8217;oppose. C&#8217;est un instrument juridique et le &#8220;Quartet&#8221; en est l&#8217;utilisateur principal. Les membres du Quartet, notamment les Européens, ont fini par réaliser que ce conflit ne les concernait pas particulièrement, qu&#8217;ils n&#8217;avaient de toute façon à peu près aucune influence sur son déroulement et que, par conséquent, mieux valait s&#8217;en désintéresser, surtout dans la mesure où la forte implication verbale de nos gouvernement avait un peu trop tendance à être prise au pied de la lettre par des gens un peu trop enthousiastes, ce qui entraînait des incidents déplaisants.<br />
Donc Israël s&#8217;est adapté à la fois à l&#8217;impossibilité de discuter de quoi que ce soit avec les Palestiniens et à la soif de bavardage des Européens et de quelques autres. Cette politique me paraît parfaitement adaptable à la situation actuelle. Israël peut continuer à fixer ses frontières, ou décider de mettre fin aux retraits, le fait que le Hamas soit majoritaire au sein du législatif n&#8217;y changera pas grand-chose. Israël est en train de s&#8217;isoler totalement des territoires palestiniens de toute façon.<br />
En revanche, l&#8217;Union européenne se trouve dans une situation plus délicate. Nous verrons bien ce qui se passera, mais l&#8217;idée que l&#8217;UE puisse refuser de donner de l&#8217;argent à un gouvernement qui le lui demande est assez difficile à concevoir. Les fonctionnaires palestiniens, nous dira-t-on, doivent bien être payés.<br />
C&#8217;est en effet un excellent argument qui devrait être invoqué à l&#8217;appui de l&#8217;arrêt des aides financières. Si l&#8217;on espère que le Hamas, faisant face à de nouvelles responsabilités, va devenir raisonnable, la première chose à faire est de faire en sorte que ces responsabilités existent effectivement. C&#8217;est au gouvernement palestinien de payer ses fonctionnaires, ce qui implique qu&#8217;il soit capable de collecter de l&#8217;argent, ce pour quoi il faut une économie en état de fonctionnement et, par conséquent, une situation généralement à peu près stable. Un gouvernement qui vit exclusivement de l&#8217;assistanat international à toute la latitude qu&#8217;il veut pour mal gouverner, et une telle situation n&#8217;est pas précisément de nature à le rendre plus responsable. Comme les Palestiniens jouissent par ailleurs d&#8217;une immunité quasi totale en matière de guerre, Israël étant en permanence empêché par ses propres alliés de détruire son ennemi, le gouvernement palestinien peut lui faire la guerre en ne risquant ni la ruine économique des dirigeants, ni la défaite militaire totale, car il n&#8217;est pas évident qu&#8217;Israël pourra aussi facilement éliminer les dirigeants du Hamas maintenant qu&#8217;ils sont députés et bientôt ministres.<br />
Responsabiliser le Hamas est sans doute utopique, mais dans le cas de figure assez improbable où la chose serait envisageable, elle cesserait de l&#8217;être si les aides financières étaient poursuivies. L&#8217;assistanat est précisément ce qui empêchera la très hypothétique responsabilisation du Hamas, et c&#8217;est également l&#8217;assistanat qui &#8220;renforcera les extrémistes du Hamas&#8221; au détriment des très hypothétiques &#8220;modérés&#8221;.<br />
Il est néanmoins écrit dans le marbre que l&#8217;Union européenne financera l&#8217;Autorité palestinienne afin de ne pas renforcer les extrémistes du Hamas et de favoriser la responsabilisation des dirigeants palestiniens. Le modéré sera peut-être Abbas, dont la cohabitation avec le Hamas présentera probablement des points communs avec la cohabitation française ; ou peut-être mettra-t-on en avant de véritables &#8220;modérés du Hamas&#8221;. On expliquera que le discours d&#8217;Untel qui vient d&#8217;expliquer qu&#8217;il faut raser Israël n&#8217;est que la partie visible d&#8217;une lutte de pouvoir souterraine qui est en fait en train de tourner en faveur des partisans de la paix. Et les Européens passeront à la caisse. J&#8217;ai énormément de mal à imaginer le contraire.<br />
On peut donc conclure que peu de choses ont changé. Les Palestiniens n&#8217;ont pas été convertis à l&#8217;&#8221;esprit d&#8217;Oslo&#8221;. L&#8217;&#8221;esprit d&#8217;Oslo&#8221; n&#8217;habite que les Occidentaux et quelques Israéliens qui ont goûté depuis 1993 aux joies du jet-set diplomatique. Les Occidentaux ont essayé pendant des années d&#8217;acheter le Fatah, sans jamais y parvenir totalement, et le Fatah ne sert de toute façon plus à grand-chose. Le plus probable est qu&#8217;ils vont maintenant essayer d&#8217;acheter le Hamas à coups d&#8217;aides financières et que ça ne marchera pas mieux qu&#8217;avec le Fatah. Il est également éminemment probable qu&#8217;aucune leçon ne sera tirée de tout cela.</p>
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		<title>Fin de carrière pour Sharon</title>
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		<pubDate>Thu, 05 Jan 2006 09:28:35 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Say No More</dc:creator>
		
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		<description><![CDATA[Sharon est politiquement mort à défaut de l&#8217;être cliniquement. J&#8217;espère qu&#8217;il survivra, ne serait-ce que pour terminer ses Mémoires, qui dans leur état actuel s&#8217;arrêtent vers 1989. D&#8217;une façon ou d&#8217;une autre, son passage aura été remarqué.
Israël est au moment de son départ dans une situation meilleure qu&#8217;à son arrivée. Allégé de la bande de [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Sharon est politiquement mort à défaut de l&#8217;être cliniquement. J&#8217;espère qu&#8217;il survivra, ne serait-ce que pour terminer ses Mémoires, qui dans leur état actuel s&#8217;arrêtent vers 1989. D&#8217;une façon ou d&#8217;une autre, son passage aura été remarqué.<br />
Israël est au moment de son départ dans une situation meilleure qu&#8217;à son arrivée. Allégé de la bande de Gaza, où on me convaincra difficilement qu&#8217;une présence israélienne est indispensable, économiquement plus sain et généralement plus sûr. Le pays vit en fait presque normalement, ce qui n&#8217;était certainement pas le cas jusqu&#8217;en 2001-2002. Sharon a fait preuve à la fois d&#8217;une rare détermination et d&#8217;une grande capacité à surprendre. Pendant la campagne électorale de décembre 2000-janvier 2001, il a expliqué qu&#8217;il avait un plan pour mettre fin aux hostilités contre les Palestiniens mais qu&#8217;il ne voulait pas en révéler le contenu. Etait-ce vraiment le cas ou a-t-il improvisé ?<br />
Dans ses Mémoires, Sharon déclare ne pas être un improvisateur mais au contraire un planificateur méticuleux. Il est vrai que les meilleures improvisations sont celles qui s&#8217;appuient sur un plan bien établi. C&#8217;est très bien de surprendre tout le monde en traversant le Canal de Suez, mais cela fonctionne encore mieux lorsque la traversée en question a été préparée de longue date, ce qui était le cas en 1973.<br />
Au cours de sa carrière de Premier ministre, Sharon a souvent surpris, notamment lorsqu&#8217;il a concédé aux Palestiniens des territoires où il avait lui-même renforcé l&#8217;implantation israélienne des années auparavant. Il est diffcile de ne pas penser qu&#8217;il a au moins changé d&#8217;avis sur un ou deux points avant de prendre cette décision. Mais toutes ses manoeuvres durant ces cinq années, à l&#8217;intérieur comme à l&#8217;extérieur, ont semblé avoir été préparées soigneusement et très mûrement réfléchies. Quelles que soient les tergiversations éventuelles de Sharon, lorsqu&#8217;elles ont abouti à des décisions, celles-ci ont été mises en oeuvre méticuleusement et ont porté leurs fruits.<br />
Il sera probablement difficile de lui trouver un successeur d&#8217;un niveau équivalent. L&#8217;échiquier politique israélien est en pleine confusion et les élections de mars prochain auront au moins le mérite d&#8217;y remettre un peu d&#8217;ordre. Quant à la nouvelle génération de leaders, le problème est qu&#8217;il est difficile d&#8217;y trouver quelqu&#8217;un qui ait réellement fait ses preuves. Les Premiers ministres qui se sont succédés depuis Begin ont rarement duré très longtemps, ce qui semble indiquer qu&#8217;il faut des compétences tactiques assez élevées pour survivre politiquement en Israël. Dans le cas contraire, le risque d&#8217;instabilité est assez élevé. Sharon laisse un héritage important, mais manifestement aucun testament très clair. </p>
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		<title>Iran</title>
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		<pubDate>Thu, 05 Jan 2006 09:06:58 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Say No More</dc:creator>
		
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		<description><![CDATA[Ludovic Monnerat propose un exercice de planification concernant l&#8217;Iran. Il ne sera probablement bientôt plus le seul à se livrer à ce genre d&#8217;exercice.
Est-il possible d&#8217;arrêter le programme nucléaire iranien ? C&#8217;est une question de moyens et d&#8217;organisation. L&#8217;opération serait probablement assez complexe, mais pourquoi serait-elle hors de portée ?
- En premier lieu, il faut [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Ludovic Monnerat propose un exercice de <a href="http://www.ludovicmonnerat.com/archives/2006/01/iran_planificat.html#comments">planification </a>concernant l&#8217;Iran. Il ne sera probablement bientôt plus le seul à se livrer à ce genre d&#8217;exercice.<br />
Est-il possible d&#8217;arrêter le programme nucléaire iranien ? C&#8217;est une question de moyens et d&#8217;organisation. L&#8217;opération serait probablement assez complexe, mais pourquoi serait-elle hors de portée ?<br />
- En premier lieu, il faut arrêter le programme nucléaire proprement dit. Cet objectif doit pouvoir être atteint par une campagne de frappes d&#8217;assez grande envergure. L&#8217;Air Force et la Navy ont certainement les capacités requises pour contrôler le ciel iranien et procéder aux frappes requises pendant un certain temps. Eventuellement, des opérations terrestres ponctuelles de vérification pourraient suivre les frappes en question. Le tout est d&#8217;identifier les cibles correctement et on peut supposer que c&#8217;est choses faite.<br />
- En second lieu, une campagne d&#8217;élimination des cadres Hezbollah connus permettrait de réduire la capacité de représailles iranienne. Israël serait mis à contribution, ce qui a un sens étant donné l&#8217;intérêt israélien dans l&#8217;élimination du potentiel nucléaire iranien.<br />
- En Irak, la tâche sera peut-être plus difficile puisqu&#8217;il faudra obtenir l&#8217;accord du gouvernement pour l&#8217;utilisation de facilités sur le territoire du pays. Le tout est de le demander poliment et d&#8217;une manière telle qu&#8217;il serait très impoli de refuser.<br />
En agissant de la sorte, on peut assez légitimement espérer que le gouvernement iranien ne sortira pas particulièrement renforcé de l&#8217;affaire. Après tout, Milosevic n&#8217;avait pas tellement bénéficié des opérations de 1998.</p>
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		<title>Une sortie honorable</title>
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		<pubDate>Thu, 08 Dec 2005 10:10:21 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Say No More</dc:creator>
		
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		<description><![CDATA[Israël a-t-il gagné la guerre ? A mon avis, oui, mais tout le monde n&#8217;est pas de cet avis. Par exemple, les auteurs de la &#8220;septième guerre d&#8217;Israël&#8221;, deux journalistes de Ha&#8217;aretz (un journal qui vient de s&#8217;illustrer par un scrupuleux compte-rendu d&#8217;entretien avec Finkielkraut), pensent apparemment que c&#8217;est une guerre sans vainqueur.
Ils sont peut-être [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Israël a-t-il gagné la guerre ? A mon avis, oui, mais tout le monde n&#8217;est pas de cet avis. Par exemple, les auteurs de la &#8220;septième guerre d&#8217;Israël&#8221;, deux journalistes de Ha&#8217;aretz (un journal qui vient de s&#8217;illustrer par un scrupuleux compte-rendu d&#8217;entretien avec Finkielkraut), pensent apparemment que c&#8217;est une guerre sans vainqueur.<br />
Ils sont peut-être mieux placés que moi pour en juger, mais je pense quand même qu&#8217;ils se trompent. Il faudrait, pour être méthodique, confronter les résultats aux enjeux. Evidemment, toute la question est là : les enjeux n&#8217;ont jamais été parfaitement clairs. Mais comme ce sont les Palestiniens qui ont déclenché cette guerre, ou du moins, comme ce sont eux qui ont au départ voulu changer la situation, on peut déjà poser que ce sont eux qui ont fixé les objectifs de la guerre, Israël cherchant au départ principalement à les empêcher de les atteindre.<br />
Partant de là, on peut estimer en étant relativement proche de la réalité que la direction palestinienne a cherché à obtenir plus de concessions de la part de Barak lorsque la deuxième Intifada a commencé (qu&#8217;ils l&#8217;aient ou non planifiée, cela ne change pas grand-chose), et que leurs troupes visaient &#8211; et étaient motivées par &#8211; un objectif plus radical et plus simple, à savoir la disparition d&#8217;Israël.<br />
Israël n&#8217;a pas disparu et n&#8217;est pas spécialement sur le point de disparaître, et la direction palestinienne est plutôt en passe d&#8217;obtenir nettement moins que ce qu&#8217;elle aurait obtenu sans cette guerre. En ce sens, il me paraît tout à fait raisonnable de dire qu&#8217;Israël a gagné et que les Palestiniens ont perdu. On peut bien sûr souligner que le coût pour Israël a été relativement élevé, mais c&#8217;est le cas de toute guerre, y compris celles que l&#8217;on gagne. A ce compte-là, la France n&#8217;aurait pas gagné la Première guerre mondiale.<br />
Comment, donc, se fait-il qu&#8217;Israël ait gagné une guerre réputée ingagnable, ou du moins non gagnable par des moyens militaires, le conflit étant d&#8217;essence politique ? Le procédé rhétorique est ici, j&#8217;en conviens, un peu facile, mais c&#8217;est bien ce qui a été répété <em>ad nauseam</em> pendant cinq ans. La réponse est que l&#8217;on trouvera difficilement dans l&#8217;histoire de l&#8217;humanité des conflits qui ne soient pas d&#8217;essence politique ou qui aient été gagnés autrement que par des moyens militaires. Ce qui s&#8217;est passé en Israël est assez banal.<br />
En revanche, nous sommes sujets à une illusion qui consiste à croire que la victoire est une espèce d&#8217;état idéal et par conséquent plus ou moins hors d&#8217;atteinte. Il n&#8217;en est rien. La victoire consiste à atteindre des objectifs qui changent généralement dans le cours du conflit, et le fait d&#8217;être vainqueur, aussi agréable que cela soit, ne résout aucun problème autre que le conflit lui-même.<br />
Aujourd&#8217;hui, Israël a de meilleures lignes de défense qu&#8217;il y a cinq ans et s&#8217;apprête manifestement à les améliorer encore en procédant à des évacuations supplémentaries en Cisjordanie. Le projet d&#8217;Oslo est pratiquement abandonné : Israël se prépare à un isolement relatif vis-à-vis du reste du Moyen Orient, isolement imposé par la situation et de toute façon assez peu coûteux. Il n&#8217;y a pas grand-chose à tirer pour le moment d&#8217;une intégration régionale plus poussée, du moins pour Israël.<br />
De l&#8217;autre côté, l&#8217;évolution de la lutte armée palestinienne rejoint celle de beaucoup de mouvements de guérillas avant elle. On peut en effet formuler la loi suivante : quand un mouvement de guérilla est actif pendant un certain temps sans atteindre ses objectifs, il se criminalise.<br />
On a assisté à des phénomènes comparables en Amérique du Sud (FARC), en Afrique (Liberia, etc.), en Corse, en Irlande du Nord et dans beaucoup d&#8217;autres endroits. En fin de compte, il n&#8217;y a pas beaucoup de manière différentes d&#8217;évoluer pour une guérilla. La plupart sont vaincues rapidement, quelques-unes survivent et gagnent, beaucoup d&#8217;autres survivent sans vaincre et deviennent des gangs.<br />
Il est exact que les guérillas ont pour elles le fait qu&#8217;il leur suffit de ne pas être complètement détruites pour poser un problème insoluble à leur adversaire. Ce dernier, comme le rappelle fort bien une analyse récente de Stratfor (un lien sera placé quand elle sera disponible en ligne), finit par réaliser que sa présence est devenue irrationnelle de son propre point de vue et cherche à partir aussi honorablement que possible. C&#8217;est en ce sens, nous dit cette analyse, que certains conflits sont &#8220;asymétriques&#8221; : non pas parce que les deux adversaires n&#8217;ont pas les mêmes moyens, mais parce qu&#8217;ils n&#8217;ont pas le même degré de motivation.<br />
Dans ce sens, le conflit israélo-palestinien n&#8217;est pas asymétrique, ou en tout cas pas dans le sens auquel on pense habituellement. Les Israéliens seraient probablement plus motivés que les Palestiniens. Après tout, vivre sous l&#8217;autorité des Palestiniens n&#8217;est pas imaginable pour les Israéliens, tandis que l&#8217;inverse correspond plus ou moins à la réalité, ou y correspondait.<br />
L&#8217;objectif des mouvements armés palestiniens n&#8217;était pas réaliste parce qu&#8217;ils entendaient user de moyens limités pour provoquer un basculement stratégique complet. Il leur aurait fallu non seulement survivre, mais bel et bien vaincre l&#8217;armée israélienne pour atteindre leurs objectifs.<br />
On pourrait citer quelques autres cas de guérillas qui ont échoué à atteindre leurs objectifs parce que ces derniers étaient irréalistes. L&#8217;IRA peut difficilement s&#8217;installer au pouvoir dans une région dont la majorité de la population lui est foncièrement hostile. Les indépendantistes corses sont également isolés. D&#8217;autres mouvements, en Afrique ou en Amérique latine, ont voulu remplacer leur gouvernement, ce qui n&#8217;est possible que si ce dernier est d&#8217;entrée de jeu particulièrement faible.<br />
C&#8217;est dans les cas de ce type que l&#8217;on a abouti au phénomène de &#8220;criminalisation des guérillas&#8221;, dont les mécanismes ont été assez bien étudiés depuis les années quatre-vingt dix. Ce qui a été bien vu à l&#8217;époque est le fait que l&#8217;arrêt des financements soviétique, et plus rarement occidental, a obligé certaines guérillas à vivre sur le terrain et à se transformer en organisations criminelles. Ce qui a peut-être été moins souligné est l&#8217;importance des facteurs politques dans ce phénomène.<br />
Donc les mouvements palestiniens en sont là, ou du moins en prennent le chemin. Le Hamas, les Martyrs d&#8217;al-Aqsa ou le Jihad islamique ne peuvent pas vaincre Israël aujourd&#8217;hui. S&#8217;ils tentent leur chance, leurs chefs seront les premiers à être éliminés, et le reste de la hiérarchie les suivra rapidement. Aujourd&#8217;hui, ils cherchent plutôt à prendre le pouvoir dans l&#8217;Etat palestinien créé de fait en août dernier, c&#8217;est-à-dire Gaza, ainsi que dans le reste des territoires autonomes. Cet objectif est plus réaliste que le précédent, mais dans le contexte palestinien, il est peu probable qu&#8217;il puisse être pleinement atteint par une faction. Le plus probable est qu&#8217;il y aura une sorte de partage de fait selon des clivages qui seront fonction des divisions claniques, des régions et des activités. Les barons palestiniens vont pouvoir se partager les subventions de la &#8220;communauté internationale&#8221; et risquent de consacrer l&#8217;essentiel de leur énergie à cette activité, beaucoup plus rentable et moins risquée que la guerre ouverte contre les juifs.<br />
En passant de la situation qui prévalait en 2000 à la situation actuelle, Israël a donc bien obtenu une victoire. Son ennemi est divisé et n&#8217;est plus en mesure d&#8217;atteindre son objectif. Il est effectivement impossible pour Israël d&#8217;éliminer complètement la guérilla palestinienne, sauf en évacuant complètement les territoires où elle se forme, auquel cas la guérilla se transforme en armée et n&#8217;est pas réellement éliminée. En revanche, Israël a réussi à faire en sorte que la poursuite des hostilité soit irrationnelle pour la guérilla, et pas pour lui. La guérilla n&#8217;a donc plus qu&#8217;à chercher une sortie plus ou moins honorable. Le moins que l&#8217;on puisse dire est qu&#8217;elle a perdu l&#8217;initiative.</p>
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		<title>Gaza III</title>
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		<pubDate>Sat, 27 Aug 2005 12:38:21 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Say No More</dc:creator>
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		<description><![CDATA[L&#8217;Economist publie aujourd&#8217;hui un article sur le statut futur de Gaza.
Comme prévu, l&#8217;autorité palestinienne déclare qu&#8217;Israël &#8220;will remain an occupying power under international law&#8221; parce qu&#8217;Israël, en plus de contrôler l&#8217;espace aérien, la côte et les frontières de Gaza, fournit l&#8217;eau et l&#8217;électricité. Le contrôle de l&#8217;espace aérien et de la côte peuvent constituer des [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>L&#8217;Economist publie aujourd&#8217;hui un <a href="http://www.economist.com/printedition/displayStory.cfm?Story_ID=4323279">article</a> sur le statut futur de Gaza.<br />
Comme prévu, l&#8217;autorité palestinienne déclare qu&#8217;Israël &#8220;will remain an occupying power under international law&#8221; parce qu&#8217;Israël, en plus de contrôler l&#8217;espace aérien, la côte et les frontières de Gaza, fournit l&#8217;eau et l&#8217;électricité. Le contrôle de l&#8217;espace aérien et de la côte peuvent constituer des arguments relativement valides s&#8217;il s&#8217;agit d&#8217;une interdiction, c&#8217;est-à-dire si personne ne peut passer. S&#8217;il s&#8217;agit simplement de surveillance, l&#8217;autonomie effective de Gaza ne s&#8217;en trouvera pas nécessairement réduite. En outre, l&#8217;Autorité palestinienne peut probablement assez facilement passer des accords avec Israël sur ces questions. Israël sera parfaitement heureux de leur donner satisfaction.<br />
L&#8217;argument frontalier n&#8217;est plus valide depuis que le contrôle de la frontière égyptienne a été transféré à l&#8217;Egypte. Chacun contrôle ses frontières. Les Palestiniens aimeraient sans doute contrôler la frontière avec Israël, c&#8217;est-à-dire disposer du droit d&#8217;y entrer à volonté, mais on ne peut pas tout avoir.<br />
Quant à l&#8217;eau et l&#8217;électricité, l&#8217;argument est tellement risible qu&#8217;il n&#8217;est pas vraiment nécessaire de la commenter, sinon pour rappeler qu&#8217;Israël pourrait toujours cesser de fournir ces deux ressources si cela était vraiment nécessaire.<br />
Donc les Palestiniens ont la souveraineté effective mais ne veulent pas de la souveraineté juridique. <a href="http://www.steynonline.com/pageprint.cfm?edit_id=24">Mark Steyn</a> voit les choses de la même façon mais insiste sur la préférence pour le Jew-killing au détriment du state-building, ce qui n&#8217;est pas sans pertinence. En tout état de cause, le problème de fond est le même : la souveraineté a été un bien précieux parce qu&#8217;elle procurait toutes sortes d&#8217;avantages : siège à l&#8217;ONU, aides internationales assez faciles à obtenir, droit de faire toutes les idioties que l&#8217;on veut chez soi sans que personne n&#8217;intervienne, etc. La seule contrepartie était une responsabilité minimale qui impliquait notamment l&#8217;obligation, plus ou moins imposée dans les faits, de veiller à ce que personne n&#8217;utilise le territoire dont on disposait pour lancer des attaques contre un voisin.<br />
Les Palestiniens ont été les premiers à disposer de tous les avantages de la souveraineté sans aucune contrepartie. Ils ont obtenu en 1993 un statut d&#8217;autonomie qui leur procurait tous ces avantages sans la moindre responsabilité, donc pourquoi voudraient-ils que cela change ?<br />
Bien entendu, la plupart des commentateurs et des dirigeants du reste du monde n&#8217;ont pas encore perçu le léger problème que le statut actuel de Gaza risque de poser. Si Gaza devient, comme cela est tout à fait possible, voire probable, une sorte d&#8217;Etat pirate méditerrannéen, les Européens seront probablement parmi les premiers à en prendre conscience, comme le fait remarquer Steyn. La question qui se pose est : combien de temps pourront-ils continuer à rendre Israël responsable de la situation ?</p>
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		<title>Gaza II</title>
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		<pubDate>Wed, 27 Jul 2005 09:15:21 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Say No More</dc:creator>
		
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		<description><![CDATA[Où en est-on avec ce fameux Etat ?]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>L&#8217;idée d&#8217;un Etat palestinien est depuis longtemps considérée comme excellente en France et dans beaucoup d&#8217;autres pays. L&#8217;Etat palestinien est considéré comme l&#8217;aboutissement ultime de tout processus de paix fructueux au Moyen Orient et comme une chose à laquelle les habitants des territoires palestiniens ont droit de façon évidente. Il est aujourd&#8217;hui difficile d&#8217;être pris au sérieux si l&#8217;on ne s&#8217;en proclame pas un ardent partisan. Mais est-ce une perspective sérieuse ?<br />
L&#8217;idée qu&#8217;il faut créer un Etat palestinien découle en théorie du droit des peuples à disposer d&#8217;eux-mêmes, formule issue des quatorze points du Président Wilson. Comme on le sait, ce droit a été appliqué jusqu&#8217;à nos jours de façon partielle et avec une certaine lenteur. Outre la mauvaise volonté d&#8217;un certain nombre de gens qui disposaient de peuples auxquels ils n&#8217;appartenaient pas et qui souhaitaient que cette situation perdure, à commencer par les pays qui possédaient des empires coloniaux, le principe se heurte d&#8217;entrée de jeu à deux difficultés.<br />
- Qu&#8217;est-ce qu&#8217;un peuple ? Cette difficulté-là est à la limite assez facilement contournable. En théorie, n&#8217;importe quel groupe de personnes pourrait déclarer qu&#8217;il constitue un peuple et réclamer son indépendance politque. Les Corses constituent-ils un peuple ? Le débat qui a eu lieu en France sur ce sujet était rendu particulièrement difficile du fait que l&#8217;on voulait que ce soit le législateur français qui tranche.  En réalité, c&#8217;est probablement aux Corses eux-mêmes de trancher cette question, si l&#8217;on admet qu&#8217;il n&#8217; s&#8217;agit pas de déclarer ou non son propre caractère de peuple pour en retirer des avantages politiques, mais bien de savoir s&#8217;ils ressentent réellement une tel particularisme. La principale difficulté est ici de savoir si les gens pensent vraiment ce qu&#8217;ils disent, et cette difficulté-là n&#8217;est pas facilement contournable. En revanche, dès que la chose est attestée d&#8217;une manière ou d&#8217;une autre, il est relativement facile d&#8217;en tirer les conséquences qui s&#8217;imposent. Si les Corses estiment réellement qu&#8217;ils constituent un peuple distinct du peuple français, alors il est parfaitement logique qu&#8217;ils &#8220;disposent d&#8217;eux-mêmes&#8221; s&#8217;ils le souhaitent. Dans la réalité, évidemment, il faut souvent franchir un certain nombre de caps difficiles avant d&#8217;en arriver à des conclusions définitives, et le principe du droit des peuples à disposer d&#8217;eux-mêmes n&#8217;est certainement pas d&#8217;une application aisée, mais au moins, il a un sens.<br />
- Deuxième difficulté, une fois établi qu&#8217;un certain peuple  existe en tant que tel et peut par conséquent prétendre à disposer de lui-même, où exactement est-il censé disposer de lui-même ? La France avait joué avec l&#8217;idée de conserver le Sahara à la fin de la guerre d&#8217;Algérie, puisque les gens qui y vivaient ne faisaient pas forcément partie du même &#8220;peuple&#8221; que les autres Algériens. L&#8217;Afrique du Sud a tenté d&#8217;attribuer des territoires à peu près inutilisables à ses &#8220;minorités&#8221;, puisque le gouvernement sud-africain avait décidé que les &#8220;noirs&#8221; n&#8217;existaient pas en tant que tels et se décomposaient en fait en &#8220;Xhosas&#8221;, &#8220;Zoulous&#8221;, &#8220;Tswanas&#8221;, etc., tandis que les blancs ne se décomposaient pas du tout en Boers et en Anglais mais constituaient bel et bien un &#8220;peuple&#8221;. Lorsque l&#8217;apartheid a pris fin, au début des années quatre-vingt dix, certains Afrikaners se sont dit que le droit à disposer de soi-même ne devait pas leur être refusé et qu&#8217;ils pourraient peut-être essayer de créer un Etat afrikaner à l&#8217;intérieur du territoire sud-africain, mais où le créer ? Les Afrikaners constituaient sans doute bien un peuple distinct, mais ils étaient dispersés dans l&#8217;ensemble du territoire. De même, le serpent de mer des frontières africaines, qu&#8217;il faudrait d&#8217;après certains &#8220;redessiner&#8221; conformément à la &#8220;réalité ethnique&#8221; du continent se heurtera toujours à ce même problème : les peuples existent peut-être, mais ils n&#8217;ont pas de territoires distincts. Peut-être aurait-il mieux valu parler du &#8220;droit des peuples vivant sur un territoire précis à disposer du territoire en question&#8221;. En attendant, il n&#8217;est pas interdit de comprendre de cette façon la formule de Wilson, et c&#8217;est, dans l&#8217;ensemble, ce qui a été fait jusqu&#8217;à présent.<br />
Si l&#8217;on pose ces deux questions à propos des Palestiniens, la réponse n&#8217;est pas complètement évidente. Se considèrent-ils comme un peuple ? La réponse est sans doute affirmative, mais il est difficile d&#8217;en être absolument certain, compte tenu de la diversité des sitations des intéressés et de l&#8217;absence de liberté d&#8217;expression qui touche une importante partie d&#8217;entre eux. Une façon relativement plausible de voir les choses consisterait à estimer que, bien que les Palestiniens n&#8217;aient pas réellement constitué un peuple distinct au début du XXe siècle, leur histoire a contribué à forger un sentiment d&#8217;appartenance à un même groupe, si bien qu&#8217;ils constitueraient un véritable peuple aujourd&#8217;hui (si l&#8217;on met de côté les cas assez nombreux de personnes inscrites plus ou moins frauduleusement sur les lsites de l&#8217;UNRWA afin de bénéficier des avantages matériels afférents, ainsi qu&#8217;un certain nombre d&#8217;autres situations).<br />
Cela paraît relativement raisonnable dans la mesure où les peuples sont des ensembles changeants, contrairement à l&#8217;idée reçue fort répandue selon laquelle les peuples seraient des sortes de réalités immémoriales. Les tribus germaines qui posèrent beaucoup de problèmes aux Romains portent toutes des noms et, curieusement, portent les mêmes noms dans la géographie de Pline et chez les auteurs qui les évoques trois ou quatre siècles plus tard, alors qu&#8217;il s&#8217;agit en réalité d&#8217;alliances claniques très changeantes. En réalité, les peuples se constituent et se défont relativement vite, et il est probable que les intérêts communs jouent un rôle très important dans ce processus. Ainsi, les Palestiniens ont fort bien pu ne pas constituer un peuple il y a cent ans et en constituer un aujourd&#8217;hui.<br />
La question du territoire est plus délicate. Les Palestiniens sont majoritaires en Jordanie. L&#8217;application du principe wilsonien aboutirait logiquement à ce que la Jordanie soit le, ou au moins un Etat palestinien. La réalité politique s&#8217;y est jusqu&#8217;à présent opposée. Les Bédouins contrôlent ce pays et n&#8217;ont pas l&#8217;intention de céder le pouvoir aux Palestiniens. Israël et les pays occidentaux s&#8217;entendent assez bien avec la Jordanie et n&#8217;ont pas envie de favoriser un bouleversement politique dans ce pays. Ariel Sharon était l&#8217;un des seuls Israéliens à trouver, lors de l&#8217;insurrection de septembre 1970, qu&#8217;un pouvoir palestinien en Jordanie serait une bonne chose et qu&#8217;Israël ne devait pas défendre la monarchie bédouine. Une fois que les Palestiniens auraient à adminsitrer des égouts, peut-être auraient-ils moins de temps à consacrer à l&#8217;élimination de la présence juive dans la région. Après tout, la Jordanie résultait du partage de la Palestine effectué par les Britanniques en 1922, avec à l&#8217;Est un territoire destiné aux Arabes et à l&#8217;Ouest un territoire destiné aux Juifs.</p>
<p>Lorsqu&#8217;on évoque de nos jours un Etat palestinien, on songe pourtant au territoire constitué par la bande de Gaza et la Cisjordanie, avec des formules variables concernant la ville de Jérusalem. Si les demandes officielles palestiniennes étaient exaucées, les Palestiniens se retrouveraient en fin de compte avec trois Etats : la Jordanie où ils seraient majoritaires sans exercer le pouvoir, la &#8220;Palestine&#8221; où ils seraient majoritaires et exerceraient le pouvoir et Israël, où le &#8220;retour des réfugiés&#8221; rendraient rapidement les Palestiniens majoritaires et où ils exerceraient rapidement un pouvoir que l&#8217;on peut supposer assez exclusif. Dans l&#8217;immédiat, il est prévu qu&#8217;ils disposent de la bande de Gaza, avec la perspective de disposer peut-être, un peu plus tard, d&#8217;une partie importante de la Cisjordanie. Israël n&#8217;y voit pas vraiment d&#8217;inconvénient dès lors que la &#8220;Palestine&#8221; ne devient pas un Etat hostile et menaçant et que certains territoires demeurent israéliens.</p>
<p>C&#8217;est là qu&#8217;intervient un problème sans doute plus fondamental que les deux évoqués plus haut à propos du principe wilsonien : est-ce qu&#8217;un peuple dont l&#8217;existence en tant que peuple ne fait pas de doute et dont la présence exclusive ou quasi exclusive sur un territoire précis ne fait pas de doute détient automatiquement un droit à fonder un Etat souverain ?<br />
En premier lieu, il n&#8217;est pas évident qu&#8217;un tel droit ait réellement un sens. Un Etat est réellement souverain à partir du moment où les autres Etats sont suffisamment nombreux à le reconnaître en tant que tel. Dans le cas contraire, les intéressés peuvent toujours se réclamer d&#8217;un droit à la souveraineté mais il n&#8217;y a pas de police mondiale pour leur garantir son application. Dans le cas des Palestiniens, la reconnaissance serait cependant facile à obtenir.<br />
La véritable question concerne l&#8217;attitude de l&#8217;Etat en question. On voit assez mal pour quelle raison un Etat devrait accepter que se constitue à ses frontières un nouveau voisin si ce dernier lui est résolument hostile et menace sa sécurité, ou, comme cela pourrait être le cas avec les Palestiniens, si le voisin en questin est surtout un &#8220;failed state&#8221; dont le gouvernement ne contrôle pas les éléments armés hostiles, qu&#8217;il ne le veuille pas ou qu&#8217;il ne le puisse pas. En vertu de quel principe Israël doit-il accepter que se crée un Etat palestinien qui se transformera immédiatement en sanctuaire terroriste dirigé contre lui, ou qui du moins risque fortement d&#8217;évoluer de cette façon ?</p>
<p>En fait, la question n&#8217;est pas passée inaperçue auprès des partisans les plus ardents de la création d&#8217;un Etat palestinien puisque ces derniers s&#8217;appliquent déjà à contester les conditions dans lesquelles cet Etat risque de voir le jour. L&#8217;Etat palestinien, disent-ils, doit être &#8220;viable&#8221;, c&#8217;est-à-dire ne pas être traversé, même partiellement, par des blocs de colonies israéliens, avoir Jérusalem-Est pour capitale ou encore &#8220;être d&#8217;un seul tenant&#8221;. Cette dernière exigence doit généralement être attribuée à une ignorance de la géographie locale qu&#8217;à une réelle volonté de voir la &#8220;Palestine&#8221; annexer le Néguev, mais il est tout de même un peu inquiétant d&#8217;entendre Condolezza Rice la formuler telle quelle. Son speechwriter se sera sans doute mal relu.</p>
<p>Il convient de se demander en quoi ces éléments rendront l&#8217;Etat palestinien plus viable. La viabilité d&#8217;un Etat ne dépend pas de sa taille mais de la façon dont il est administré et de ses relations de voisinage. L&#8217;Etat palestinien ne sera de toute façon pas plus grand que l&#8217;ensemble Gaza/Cisjordanie, avec éventuellement un morceau de Jérusalem, et le fait que sa capitale se trouve dans cette partie de Jérusalem ne changera strictement rien à la question. On voit ma en quoi le fait de placer la capitale palestinienne à Jéricho, Ramallah ou Gaza rendrait l&#8217;Etat moins &#8220;viable&#8221;. En revanche, il est d&#8217;ores et déjà absolument certain que la viabilité de l&#8217;Etat palestinien dépendra de ses bonnes relations avec Israël, l&#8217;Egypte et la Jordanie, ainsi que de la manière dont il sera gouverné.</p>
<p>Créer un Etat palestinien non viable n&#8217;a effectivement pas beaucoup d&#8217;intérêt. La question qui se pose maintenant est donc la suivante : compte tenu de la situation actuelle, un Etat palestinien qui serait constitué aujourd&#8217;hui pourrait-il être viable ? La réponse est négative. L&#8217;administration palestinienne est corrompue jusqu&#8217;aux os, et ce malgré toutes les aides financières et techniques déversée sur l&#8217;Autorité palestinienne depuis Oslo. L&#8217;administration palestinienne n&#8217;est pas réellement distincte de certains groupes terroristes et ne fait à peu près rien contre les autres. L&#8217;Etat palestinien peut exister sans constituer une menace grave contre Israël en raison des mesures de sécurité, à commencer par la barrière, prises par ce dernier, mais l&#8217;Etat palestinien n&#8217;est sûrement pas &#8220;viable&#8221; au sens où l&#8217;entendent ses partisans ; et lui adjoindre Jérusalem, le Néguev ou même l&#8217;ensemble d&#8217;Israël n&#8217;y changera strictement rien. Le Luxembourg est viable et l&#8217;URSS ne l&#8217;était pas.</p>
<p>L&#8217;indépendance palestinienne n&#8217;est donc pas nécessairement une très bonne idée, même si la question est tout à fait ouverte et dépend de nombreuses autres considérations, mais surtout, il n&#8217;est pas évident qu&#8217;elle constitue un droit. Pour être plus bref, un peuple qui réclame la souveraineté n&#8217;est pas le seul concerné. En outre, est-il certain que les Palestiniens réclament la souveraineté ?</p>
<p>On sait qu&#8217;Arafat n&#8217;acceptait la création d&#8217;un Etat palestinien qui signerait un traité de paix avec Israël qu&#8217;à des conditions inacceptables pour ce dernier. Aujourd&#8217;hui, la question se pose un peu différemment. Israël doit évacuer la bande de Gaza à la mi-août. Le lendemain de l&#8217;évacuation, la bande de Gaza ne sera plus soumise à aucune tutelle étrangère. Quel sera son statut juridique ? Ce ne sera plus un territoire occupé. Les accords de cessez-le-feu de 1967 prennent acte de l&#8217;occupation israélienne sur ce territoire et en Cisjordanie, mais n&#8217;obligent pas Israël à les occuper. L&#8217;ancien occupant de la bande de Gaza, l&#8217;Egypte, n&#8217;a pas l&#8217;intention d&#8217;y retourner. L&#8217;occupant précédent, ou plutôt la puissance mandataire, le Royaume-Uni, ne semble pas non plus nourrir de projet de cet ordre. Un certain nombre de gens ont évoqué l&#8217;idée d&#8217;une occupation étrangère ou d&#8217;une tutelle internationale, mais les volontaires ne sont pas très nombreux et cela se comprend fort bien. Apparemment, la bande de Gaza va devenir complètement indépendante.</p>
<p>Le fameux Etat palestinien va-t-il pour autant voir le jour ? Je n&#8217;en sais rien. La presse n&#8217;évoque pas à ma connaissance de projet de proclamation de la part de l&#8217;Autorité palestinienne. Il y aura un ou plusieurs pouvoirs de fait, mais ce n&#8217;est pas la même chose qu&#8217;une autorité souveraine reconnue car une telle autorité n&#8217;a pas que du pouvoir : elle a aussi des obligations. Si les Palestiniens créent un Etat à Gaza, ce qu&#8217;ils peuvent faire, quitte à revendiquer des territoires en Cisjordanie et ailleurs s&#8217;ils le souhaitent, ils auront dès lors des responsabilités. Ils pourront être tenus pour directement et jurdiiquement responsables lorsque des roquettes s&#8217;envoleront de leur territoire pour exploser à Sderot. Cela changera un certain nombre de choses. Jusqu&#8217;à présent, l&#8217;occupation, même là où elle était inexistante, leur a permis d&#8217;être de simples demandeurs. Désormais, il leur faudra également &#8220;fournir&#8221;, &#8220;deliver&#8221;, comme dit l&#8217;Economist. Peut-être vont-ils refuser de proclamer un Etat en argant de ce que l&#8217;Etat palestinien ne verra le jour que lorsque telle ou telle zone aura été libérée, mais en fin de compte, cela ne changera pas grand-chose. L&#8217;attention du reste du monde pourrait bien se porter désormais vers l&#8217;Etat ou le quasi-Etat palestinien tel qu&#8217;il est, et non tel qu&#8217;il est imaginé ou souhaité, et cela sera sans doute intéressant. Pour Israël, les avantages seront au moins au nombre de deux : Israël n&#8217;aura plus besoin de faire la police pour 1,3 millions de Palestiniens ; les Palestiniens seront enfin considérés comme des acteurs autonomes. Il est probable que la question du rattachement de la Cisjordanie à l&#8217;Etat palestinien sera posée d&#8217;une façon un peu différente dès lors que la bande de Gaza devra faire ses preuves. Si le chaos s&#8217;y installe, aura-t-on vraiment envie d&#8217;y rattacher des territoires supplémentaires ? Le Quai d&#8217;Orsay continuera-t-il à considérer que l&#8217;Etat palestinien est la solution à tous les problèmes de la région, voire du monde ?</p>
<p>Il n&#8217;y avait pas vraiment de raison de considérer le conflit israélo-palestinien comme central car il ne l&#8217;a jamais été, mais à force de voir les choses sous cet angle, on pourrait bien assister à une petite révolution intellectuelle. Non seulement la situation d&#8217;Israël risque d&#8217;être vue sous un angle nouveau, mais le principe même du droit des peuples à disposer d&#8217;eux-mêmes pourrait être vu désormais avec un certain scepticisme : quels peuples, où et pour quoi faire ?</p>
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		<title>Gaza</title>
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		<pubDate>Wed, 20 Jul 2005 00:54:22 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Say No More</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Le 17 août prochain, les Palestiniens auront en principe un territoire pour eux seuls. La bande de Gaza est un territoire de petite taille mais qui accueille une population relativement importante (environ 1,3 millions de personnes) et dont le niveau d&#8217;éducation est plutôt élevé par rapport aux pays de la région à l&#8217;exception d&#8217;Israël. La [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Le 17 août prochain, les Palestiniens auront en principe un territoire pour eux seuls. La bande de Gaza est un territoire de petite taille mais qui accueille une population relativement importante (environ 1,3 millions de personnes) et dont le niveau d&#8217;éducation est plutôt élevé par rapport aux pays de la région à l&#8217;exception d&#8217;Israël. La bande de Gaza est relativement bien pourvue en infrastructures (routes, eau courante, électricité) et possède plusieurs universités. Ses voisins sont les deux plus importantes économies de la région, ce qui, compte tenu du niveau de Gaza en termes d&#8217;équipements et d&#8217;éducation, devrait permettre des échanges économiques fructueux. Gaza possède également un port et un aéroport. Enfin, son importante croissance démographique peut être un atout pour l&#8217;avenir, même si le nombre important de jeunes peut constituer un poids dans l&#8217;immédiat. Le tout est que l&#8217;économie soit suffisamment dynamique, et les Palestiniens sont réputés pour leur esprit d&#8217;entreprise, même si ce dernier s&#8217;est surtout révélé soit dans la diaspora, soit sous l&#8217;occupation israélienne qui, pendant ses vingt premières années, a fait passer les territoires palestiniens d&#8217;une situation proche de celle du Yémen à celle d&#8217;une zone qui était en 1987 la plus développée du monde arabe, avec entre autres choses le PIB par habitant le plus élevé de l&#8217;ensemble arabe, monarchies pétrolières mises à part. La bande de Gaza ne donc sera peut-être pas immédiatement le Hong Kong arabe, mais elle ne manque certainement pas d&#8217;atouts. Gaza pourrait devenir un centre économique méditerrannéen relativement important.</p>
<p>A côté de ces atouts incontestables, la bande de Gaza souffre toutefois d&#8217;un certain nombre de handicaps. Gaza glisse dans la guerre civile. La direction politique est constituée par des groupes à la fois terroristes et mafieux, et ces groupes ont apparemment convaincu une partie importante de la population de ce que le but ultime que doit se fixer un individu ne consiste pas à rechercher le bonheur sur cette terre mais à viser plutôt l&#8217;extase d&#8217;un accès direct au paradis. Il est probable que la bande de Gaza, après le 17 août, fera l&#8217;objet d&#8217;une compétition pour le pouvoir entre les principaux groupes locaux et que ces groupes seront incités à la fois à rechercher l&#8217;appui de la communauté internationale et des élites locales. Dans le premier cas, ce seront surtout les groupes les plus proches du pouvoir qui auront intérêt à montrer qu&#8217;ils contrôlent suffisamment l&#8217;endroit pour que l&#8217;argent qui leur sera versé serve à quelque chose, mais qu&#8217;ils ne le contrôlent pas assez bien pour qu&#8217;il soit raisonnable d&#8217;exiger d&#8217;eux qu&#8217;ils assument des responsabilités quelconques. Cela fait maintenant très longtemps que les dirigeants du tiers monde ont appris le fonctionnement de la diplomatie et de l&#8217;aide internationale. Dans le deuxième cas, ce sera surtout l&#8217;opposition qui jouera le peuple contre les élites en le dirigeant contre l&#8217;ennemi commun.</p>
<p>L&#8217;évacuation de la bande de Gaza sera probablement une bonne chose pour Israël qui pourra se contenter d&#8217;opérations relativement ponctuelles dans la zone lorsque des attaques auront lieu. Les attaques en question seront probablement limitées. En outre, il n&#8217;est pas impossible que des groupes locaux décident de se globaliser et s&#8217;attaquent d&#8217;ici quelque temps à l&#8217;Europe ou aux Etats-Unis. Même sans cela, la bande de Gaza fera suscitera probalbement l&#8217;intérêt d&#8217;al-Qaida. Les Palestiniens qui font actuellement carrière dans le terrorisme international voudront peut-être s&#8217;y installer et susciter des vocations locales. Israël n&#8217;aura aucune envie de s&#8217;y réinstaller de façon permanente et ses interventions seront probablement prioritairement dirigées contre les groupes terroristes anti-israéliens. Si des terroristes basés à Gaza attaquaient un jour Londres, il serait intéressant d&#8217;observer la réaction de Ken Livingtstone.</p>
<p>Il n&#8217;est donc pas impossible que les Européens et les Américains finissent par ressentir le besoin de s&#8217;impliquer eux-mêmes dans le jeu politique gazéen. Ce serait une évolution importante car elle ferait d&#8217;Israël une sorte de base avancée de l&#8217;Occident au Moyen Orient. C&#8217;est déjà le cas, mais les pays occidentaux, Européens en tête, refusent de l&#8217;admettre. La récente déclaration de Livingstone est symptomatique : à peine quelques jours après l&#8217;attentat de Londres, le maire de cette ville renouvelle son soutien à la cause palestinienne et sa très profonde compréhension vis-à-vis des kamikazes palestiniens, qui d&#8217;après lui n&#8217;agissent ainsi que faute de posséder des armes puissantes, tandis qu&#8217;Israël se serait placé à la limite du crime contre l&#8217;humanité. Tout cela est très élégant.</p>
<p>Lorsque Gaza aura été évacuée, il sera intéressant de savoir si les autorités locales voudront y proclamer un Etat palestinien indépendant. Personne ne les en empêchera. Peut-être s&#8217;y refuseront-elles en arguant de ce que l&#8217;Etat ne peut être proclamé que dans &#8220;la Palestine tout entière&#8221;, ou au moins dans un ensemble comprenant la Cisjordanie et à condition que les &#8220;réfugiés&#8221; aient reçu l&#8217;autorisation d&#8217;envahir Israël. Mais alors, quel sera le statut du territoire ? Il ne sera pas occupé ni ne fera l&#8217;objet d&#8217;aucune revendication, il ne sera manifestement administré que par les autorités actuelles, qui sont locales. Il sera difficile à ces dernières d&#8217;échapper à un minimum de responsabilités. Il sera également difficile de prétendre que la bande de Gaza n&#8217;est pas viable, et à plus forte raison qu&#8217;aucun Etat palestinien ne sera viable s&#8217;il n&#8217;inclut pas la moitié de Jérusalem. Il devrait rapidement être visible que le problème n&#8217;est pas là.  La non-viabilité et l&#8217;autodestruction sont deux choses différentes.</p>
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		<title>Intifada européenne ?</title>
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		<pubDate>Wed, 13 Jul 2005 14:28:37 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Say No More</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Les attentats de Londres étaient apparemment les premiers attentats-suicides en Europe (en admettant que la Russie et la Turquie n&#8217;en font pas partie, ce qui peut se concevoir). Bienvenue au club. Les terroristes étaient d&#8217;origine pakistanaise, c&#8217;est-à-dire originaires d&#8217;une région où ces choses se pratiquent plus qu&#8217;en Afrique du Nord, dit-on, mais les modes peuvent [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Les attentats de Londres étaient apparemment les premiers attentats-suicides en Europe (en admettant que la Russie et la Turquie n&#8217;en font pas partie, ce qui peut se concevoir). Bienvenue au club. Les terroristes étaient d&#8217;origine pakistanaise, c&#8217;est-à-dire originaires d&#8217;une région où ces choses se pratiquent plus qu&#8217;en Afrique du Nord, dit-on, mais les modes peuvent évoluer.</p>
<p>Sommes-nous à la veille d&#8217;une Intifada européenne comme le suppose Ludovic Monnerat (www.ludovicmonnerat.com) ? Il n&#8217;est certainement pas interdit de le supposer, mais on peut se demander ce que demanderont exactement les &#8220;intifadistes&#8221;. En Israël, ils veulent la disparition d&#8217;Israël. En Europe, ils peuvent fort bien vouloir la disparition de l&#8217;Europe, mais cela risque de poser deux problèmes :</p>
<p>- ils n&#8217;ont aucune chance. Pour les islamistes, cependant, cela semble ne faire aucune différence. Quelques dizaines de psychopathes peuvent déclarer la guerre aux Etats-Unis, donc pourquoi pas à l&#8217;Europe ? Le fait que la notion de rapports de force semble échapper complètement aux ben-ladenistes contribue probablement à notre propre incompréhension et leur permet de bénéficier d&#8217;un certain effet de surprise. On a un peu de mal à croire que ces gens aient vraiment entrepris de nous détruire ou de nous convertir de force, ce qui nous rend parfois peu réactifs. En fin de compte, nous réagissons tout de même relativement vite non pas à cause des buts de guerre des terroristes, que nous ne prenons pas au sérieux, mais en raison de notre propre et justifiée sensibilité aux agressions perpétrées contre nos propres populations. Mais toutes ces considérations n&#8217;arrêtent évidemment pas des terroristes qui n&#8217;envisagent pas, de toute façon, d&#8217;être victorieux de leur vivant et qui estiment probablement qu&#8217;une fois morts, le temps sera de leur côté.</p>
<p>- les populations sur lesquelles ils comptent s&#8217;appuyer vont en revanche être un peu plus sensibles à la réalité. Si les terroristes ne présentent pas des revendications légèrement plus réalistes que ce qui semble leur tenir lieu de buts de guerre, leurs soutiens resteront limités.</p>
<p>Ainsi, il manque d&#8217;après moi une composante essentielle au lancement d&#8217;une intifada européenne, à savoir la mise en avant de demandes pas forcément réalistes, mais qui ressemblent au moins à une étape possible vers une extension de la lutte. Malgré leurs innombrables cafouillages, les Palestiniens ont tout de même obtenu par le terrorisme un certain nombre de choses, notamment une influence à l&#8217;ONU, des territoires autonomes ou le soutien d&#8217;intellectuels et d&#8217;une partie des médias occidentaux.</p>
<p>S&#8217;ils veulent étendre leur influence, les jihadistes auront, eux aussi, besoin de présenter des demandes intermédiaires. Ces demandes devront viser deux objectifs :</p>
<p>- faciliter le recrutement au sein des populations d&#8217;origine immigrée vivant en Europe. Pour cela, il faut que les populations en question aient l&#8217;impression que les jihadistes se soucient de leur condition. Des politiques de quotas, des statuts autonomes, la possibilité de créer des sortes d&#8217;enclaves pourraient faire partie des revendications tactiques des jihadistes.</p>
<p>- donner envie aux gouvernements européens de négocier. Quand on promet simplement à son adversaire de mettre fin à son existence, il y a peu de chances pour qu&#8217;il ait envie de négocier même s&#8217;il est particulièrement lâche. Si on laisse entendre qu&#8217;il existe peut-être une solution de compromis, il se croira obligé de &#8220;tout faire&#8221; pour la trouver.</p>
<p>Enfin, le lancement d&#8217;une intifada en règle suppose en principe des martyrs. Les terroristes suicidaires ne font pas de très bons martyrs tant que la guerre n&#8217;a pas vraiment commencé. Les jihadistes auraient plutôt besoin de manifestants morts. Cela suppose d&#8217;abord qu&#8217;ils soient capables d&#8217;organiser des manifestations, ce qui suppose des revendications un minimum mobilisatrices. En deuxième lieu, il faut que les manifestations soient violentes. Pour cela, il faut que les manifestants soient jeunes et de préférence agressifs, mais il faut surtout qu&#8217;il y ait dans la manifestation quelques individus, de préférence organisés, capables de commettre de véritables agressions telles que des lynchages ou des tirs d&#8217;armes à feu. Peut-être les djihadistes peuvent-ils organiser quelque chose comme cela dans l&#8217;une de nos merveilleuses banlieues, et peut-être s&#8217;y préparent-ils aujourd&#8217;hui. Nous avons déjà connu des émeutes, mais elles n&#8217;ont généralement pas débordé de leur cadre local. Des émeutes un peu plus violentes, donnant lieu à plus de bavures et résultant de manifestations plus politiques pourraient constituer un point de départ.</p>
<p>Que faire ? Pour l&#8217;instant, pas grand-chose. La politique antiterroriste française a jusqu&#8217;à présent donné des résultats décents et la situation en matière d&#8217;immigration n&#8217;est pas excellente, mais l&#8217;intifada n&#8217;est pas là, du moins pour le moment. Le tout est probablement d&#8217;être vigilant, de surveiller attentivement les groupes potentiellement subversifs et de prévoir des forces anti-émeutes de bonnes qualité (et la France en possède ; le rôle des CRS est généralement sous-estimé). Il peut en effet être crucial de disposer d&#8217;unités capables non seulement de faire face à des agressions telles que décrites plus haut, mais surtout à prévenir la montée aux extrêmes que rechercheraient les djihadistes. Le reste est une affaire de bonne politique.</p>
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		<title>Au secours</title>
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		<pubDate>Mon, 11 Jul 2005 14:32:21 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Say No More</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Les choses se calment en Israël et dans les territoires palestiniens, et ce grâce aux mesures prises par Israël pour se protéger du terrorisme. La rareté actuelle des attentats entraîne deux conséquences. La première est l&#8217;absence de commentaires médiatiques appliquant l&#8217;habituelle présomption de responsabilité qui pèse sur Israël. La seconde est le plus faible nombre [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Les choses se calment en Israël et dans les territoires palestiniens, et ce grâce aux mesures prises par Israël pour se protéger du terrorisme. La rareté actuelle des attentats entraîne deux conséquences. La première est l&#8217;absence de commentaires médiatiques appliquant l&#8217;habituelle présomption de responsabilité qui pèse sur Israël. La seconde est le plus faible nombre d&#8217;actions militaires ou policières de la part d&#8217;Israël, ce qui lui permet encore d&#8217;échapper à un certain nombre de critiques. La conclusion qui s&#8217;impose est que le meilleur moyen de vaincre le terrorisme consiste à vaincre le terrorisme. Une guerre se gagne sur le champ de bataille et non dans les salles de rédactions ou à l&#8217;ONU, et encore moins au Quai d&#8217;Orsay.</p>
<p>En revanche, il est intéressant d&#8217;observer que l&#8217;autre conflit israélo-palestinien, celui des médias et des intellectuels, continue à faire rage en France. En ce moment, la bataille qui retient l&#8217;attention d&#8217;une petite partie de nos élites et celle qui oppose Edgar Morin et ses amis à la justice française et à ceux qui défendent le jugement récemment rendu contre ce personnage.</p>
<p>Pour résumer, Morin a publié voici environ deux ans un article intitulé &#8220;Israël-Palestine, le cancer&#8221;. Cet article était complètement idiot, comme tout ce qu&#8217;écrit Edgar Morin, et manquait totalement d&#8217;originalité. Il était d&#8217;ailleurs cosigné par Danièle Sallenave et Sami Naïr, deux brillants intellectuels dont je ne sais à peu près rien. L&#8217;article expliquait que le conflit israélo-palestinien était une chose terrible qui menaçait la paix mondiale et qu&#8217;il fallait y mettre fin. Il expliquait aussi que les Juifs étaient devenus un peuple de gardiens de prison et contenait encore deux ou trois remarques du même genre. Par exemple, il y était dit que les Juifs prenaient plaisir à humilier (je crois).</p>
<p>L&#8217;aspect un peu pathétique de cette affaire, c&#8217;est que Morin et ses amis, condamnés en appel pour antisémitisme et, donc, défendus par des dizaines de pétitionnaires plus ou moins célèbres selon les cas, sont sincèrement persuadés de ne pas être du tout antisémites. Pour commencer, être antisémite est mal et ils sont bons, en conséquence de quoi il y a nécessairement un malentendu. Ensuite, l&#8217;antisémitisme fait partie du fascisme et ils ne sont pas fascistes. Par conséquent, il est logiquement impossible qu&#8217;ils soient antisémites. Enfin, l&#8217;antisémitisme est le fait de militaristes qui occupent des territoires étrangers et qui portent des uniformes, tandis que leurs adversaires ne portent pas d&#8217;uniformes et cherchent à les chasser des territoires en question. Or, Morin, Sallenave et Naïr prenaient précisément position contre de tels militaristes et en faveur de leurs adversaires. Il est donc absurde de les qualifier d&#8217;antisémites.</p>
<p>Leur condamnation a donc dû leur faire un certain effet. Les pétitionnaires partagent apparemment complètement ce point de vue puisqu&#8217;ils expliquent dans leur pétition que leurs trois amis ont toujours défendu des causes très justes, en conséquence de quoi leur non-antisémitisme ne devrait pas faire l&#8217;objet du moindre doute.</p>
<p>Il est également dit quelque part dans la pétition que l&#8217;on ne devrait pas condamner les gens pour ce qu&#8217;ils écrivent lorsqu&#8217;ils critiquent la politique d&#8217;un Etat. Cela est exact. En fait, on ne devrait pas condamner les gens pour ce qu&#8217;ils écrivent d&#8217;une manière générale. Du moins est-ce mon avis, mais est-ce le leur ? Probablement pas. Je serais assez surpris qu&#8217;il se trouve parmi ces dizaines de signataires une seule personne qui désapprouverait les condamnations pour négationnisme. Ce qu&#8217;ils défendent ici n&#8217;est pas la liberté d&#8217;expression mais le droit d&#8217;exprimer publiquement ce qu&#8217;ont exprimé Morin et ses deux collègues tout en étant protégé de l&#8217;accusation d&#8217;antisémitisme. D&#8217;une certaine manière, ce que défendent les pétitionnaires, c&#8217;est une définition restrictive de l&#8217;antisémitisme qui n&#8217;étendrait pas cette notion aux opinions telles que celles formulées dans l&#8217;article dont il est ici question.</p>
<p>Nous avons donc d&#8217;un côté un débat public pollué par les entraves à la liberté d&#8217;expression et de l&#8217;autre des gens qui représentent probablement une partie très significative de l&#8217;opinion publique convaincus qu&#8217;il n&#8217;y a rien d&#8217;antisémite dans le fait de trouver que les juifs sont des gens qui prennent plaisir à humilier et constituent un peuple de gardien de prison. Le débat public est pollué parce que l&#8217;on ne se demande plus tant, aujourd&#8217;hui, si une opinion est fondée que si elle est légale. C&#8217;est ce que j&#8217;appelle un débat pollué. Il me semble que nous avons la reproduction dans la sphère légale de ce qui a eu cours pendant des décennies dans l&#8217;esprit des intellectuels de gauche. Ces derniers ont passé l&#8217;essentiel du XXe siècle à se demander ce qu&#8217;ils avaient le droit de penser, s&#8217;il pouvaient se permettre de &#8220;désespérer Billancourt&#8221;, et à sombrer dans la dépression à chaque fois qu&#8217;il devenait trop ridicule de continuer à vanter les mérites des régimes politiques qu&#8217;ils avaient décidé d&#8217;idolâtrer quelques années plus tôt. Ces gens sont passés de l&#8217;urssophilie à la maophilie, puis à la castrophilie pour se retrouver aujourd&#8217;hui pratiquant la palestinophilie. Comme on le voit, on vénère les modèles que l&#8217;on trouve et, comme le dit Binet dans un épisode des Bidochons, &#8220;de catégorie en catégorie, la comparaison s&#8217;est imposée&#8221; : les idoles d&#8217;aujourd&#8217;hui présentent plus d&#8217;un point commun avec ce qui constituait le contre-modèle de départ, à savoir le nazisme.</p>
<p>Néanmoins, dans l&#8217;esprit de la gauche intellectuelle, le parcours intellectuel a plus d&#8217;importance que les faits (on peut avancer que tout a plus d&#8217;importance que les faits). Aussi est-il plus important de savoir par quelle trajectoire on en est arrivé à admirer la cause palestinienne que si la cause en question mérite objectivement d&#8217;être défendue. Elle est défendue par ces personnes parce que c&#8217;est une cause négative. Pour un intellectuel de gauche, l&#8217;important est que le modèle admiré se révèle désastreux le plus tard possible. En principe, les Palestiniens n&#8217;ayant pas d&#8217;Etat, le moment où il sera devenu impossible de nier que l&#8217;Etat palestinien a sombré dans le totalitarisme et la corruption devrait être assez tardif. En outre, les personnes dont il est ici question ne sont pas particulièrement jeunes, donc il n&#8217;est même pas sûr qu&#8217;elles se ridiculisent de leur vivant. Bien entendu, le modèle palestinien a réussi le tour de force de sombrer dans le totalitarisme et la corruption avant la création d&#8217;un Etat palestinien, mais la non-existence de l&#8217;Etat palestinien est justement un atout, puisque l&#8217;Etat palestinien, qui n&#8217;existe pas, ne peut  être accusé de quoi que ce soit. Concrètement, il suffit de rendre Israël responsable et tout va bien.</p>
<p>L&#8217;âge de ces intellectuels de gauche mérite d&#8217;être mentionné à un titre supplémentaire : ils ont aujourd&#8217;hui, pour les plus jeunes d&#8217;entre eux, une cinquantaine d&#8217;années. Autrement dit, ils sont aujourd&#8217;hui au pouvoir. Ce sont eux qui nous ont infligé le trentenaire de mai 68 en 1998. Disons qu&#8217;ils avaient cinquante ans cette année-là, ce qui leur en fait cinquante-sept aujourd&#8217;hui. La manifestation palestinienne que j&#8217;ai croisée samedi dernier reflétait assez bien cet état de chose démographique. Les manifestants non-arabes avaient généralement cinquante ans ou plus, sauf une poignée de jeunes représentant le CNT (Confédération nationale du travail, une confédération probablement composée d&#8217;une composante unique comprenant des gens apparemment très peu nationalistes et qui ne travaillent certainement pas douze heures par jour). En bref, ils sont influents aujourd&#8217;hui mais leur influence risque de diminuer assez fortement dans les dix années qui viennent et leurs héritiers n&#8217;ont pas l&#8217;air particulièrement nombreux.</p>
<p>Mais ils laisseront des traces, et l&#8217;une des traces que laissera cette Sainte génération est la légisaltion qui permet de condamner des gens ayant tenu des propos racistes ou négationnistes. Comme on sait, il est difficile de se prononcer publiquement contre cette législation sans avoir l&#8217;air de chercher à prendre la défense de ceux qu&#8217;elle permet de condamner, et la courage n&#8217;est pas une qualtié particulièrement répandue dans le débat public aujourd&#8217;hui. Cette législation entraîne divers effets pervers, mais l&#8217;un des principaux me semble être le fait que la validité des points de vue exprimés devient moins importante que leur légalité, et cela est préoccupant. Ainsi, si cette génération d&#8217;intellectuels soixante-huitards disparaît et entraîne avec elle ses délires totalitaires, elle aura tout de même réussi à imposer à la société française la camisole de force mentale que ses représentants ont revêtue dès qu&#8217;ils ont atteint l&#8217;âge auquel ils auraient pu se forger un jugement personnel. Désormais, ce seront tous les Français qui devront ce demander ce qu&#8217;ils doivent ou ne doivent pas penser.</p>
<p>Les principes absurdes entraînent des résultats absurdes. C&#8217;est ainsi que des intellectuels de gauche pétitionnent aujourd&#8217;hui pour le droit à l&#8217;antisémitisme, ou plus exactement pour la déqualification légale de certaines idées antisémites. N&#8217;osant pas contester publiquement une décision de justice (sans doute estiment-lis qu&#8217;ils ne le &#8220;doivent pas&#8221;), ils ne demandent en fait rien de particulier mais on peut supposer qu&#8217;une loi spécifiant le caractère non-antisémite de toute critique de la politique israélienne, par exemple, leur ferait plaisir. Peut-être finiront-ils par obtenir quelque chose comme cela. Après tout, il y a là un dangereux vide juridique et l&#8217;intervention du législateur s&#8217;impose d&#8217;urgence.</p>
<p>Au secours&#8230;</p>
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		<title>Is that the best you can do?</title>
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		<pubDate>Thu, 07 Jul 2005 08:33:15 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Say No More</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Les terroristes semblent pour l&#8217;instant incapable de répéter ce qu&#8217;ils ont fait le 11 septembre 2001, ce qui signifie soit qu&#8217;ils ont eu beaucoup de chance ce jour-là, soit qu&#8217;ils ont subi des pertes très graves depuis lors. Les attentats qui ont eu lieu aujourd&#8217;hui à Londres ne sont même pas aussi réussis que ceux [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Les terroristes semblent pour l&#8217;instant incapable de répéter ce qu&#8217;ils ont fait le 11 septembre 2001, ce qui signifie soit qu&#8217;ils ont eu beaucoup de chance ce jour-là, soit qu&#8217;ils ont subi des pertes très graves depuis lors. Les attentats qui ont eu lieu aujourd&#8217;hui à Londres ne sont même pas aussi réussis que ceux du 11 mars 2004 à Madrid. Le Royaume-Uni ne va pas être traumatisé par cette attaque après avoir subi la campagne terroriste de l&#8217;IRA pendant plus d&#8217;une décennie. On prête parfois aux terroristes islamiques un art consommé de la manipulation médiatique, mais c&#8217;est leur faire beaucoup d&#8217;honneur.</p>
<p>Non seulement les attentats de ce type risquent plutôt de les faire passer pour des amateurs, mais les dernières apparitions verbales de Ben Laden (comme celle qui a précédé de peu la réélection de Bush) dénotent une vision simpliste, conspirationniste et tout simplement complètement stupide de la politique internationale et de la politique des pays occidentaux. On a manifestement affaire à des esprits limités tout juste capables d&#8217;assimiler la pensée de Michael Moore, celle de Noam Chomski demeurant pour eux hors de portée.</p>
<p>C&#8217;est ainsi que Ben Laden a probablement cru que la chute des tours déstabiliserait l&#8217;économie américaine, ou encore qu&#8217;il a adhéré à l&#8217;idée selon laquelle les Occidentaux sont désormais trop effeminés pour supporter des pertes au combat. Aussi l&#8217;invasion de l&#8217;Afghanistan devait-elle nécessairement aboutir à une déroute pour les Etats-Unis et leurs alliés et, pourquoi pas, ultimement à la destruction des Etats-Unis. Si cela a marché avec l&#8217;URSS, cela marche forcément avec tout le monde. Les attentats de Madrid n&#8217;ont probablement rien fait pour les éclairer. Nietsche savait que la victoire pouvait rendre stupide, mais l&#8217;Allemange du XIXe siècle avait au moins pour elle de ne pas être complètement analphabète au départ. Les attentats de Madrid ont procuré à al-Qaida la victoire de Zapatero et le retrait espagnol d&#8217;Irak plus probablement en raison de la maladresse d&#8217;Aznar que par un effet de terreur qui aurait amené l&#8217;électorat espagnol à capituler dans les urnes. Quoi qu&#8217;il en soit, les terroristes ont été complètement incapable de reproduire cette victoire en Australie et aux Etats-Unis.</p>
<p>Quant au Royaume-Uni, ils ont tout simplement attaqué après la réélection de Blair, ce qui n&#8217;est pas le moyen le plus efficace de l&#8217;empêcher. Est-ce qu&#8217;ils ont voulu mettre à profit le sommet du G8 ? Si c&#8221;est le cas, ils auront plutôt rendu service à cet organisme informel qui sombre à vitesse constante dans le ridicule.</p>
<p>En fait, il est possible que les terroristes n&#8217;aient tout simplement pas de stratégie. Les attentats de ce type visent à tuer des Occidentaux (ou des juifs, ou des infidèles, etc.) Il faut simplement en tuer le plus possible pour qu&#8217;il en reste moins après. A ce stade, les motivations profondes de ces personnes sont d&#8217;ailleurs sans grand intérêt pour nous. Tout ce que nous avons besoin de savoir est qu&#8217;ils cherchent à nous tuer et comment faire pour qu&#8217;ils meurent les premiers.</p>
<p>Cela étant dit, Ben Laden semble avoir récemment annoncé qu&#8217;il disposait &#8220;des armes de l&#8217;ennemi&#8221;, ce qui fait penser à des ADM sans plus de précision, et qu&#8217;il comptait lancer une sorte d&#8217;offensive d&#8217;été. Peut-être ses gens ont-ils des atouts dont nous n&#8217;aurions pas encore pris note. C&#8217;est possible, mais la capacité des ces personnes à acquérir des moyens conséquents et, surtout, à les mettre de côté discrètement en attendant une occasion favorable est douteuse.</p>
<p>Les Anglais vont sans doute avoir envie de se venger, et Blair est capable de sentir et de satisfaire partiellement les souhaits de cet ordre. Peut-être va-t-il essayer d&#8217;exploiter cette situation pour faire attendre un peu plus longemps Gordon Brown. Un détail qui m&#8217;échappe un peu est la baisse du cours du pétrole. Généralement, lorsque quelque chose se passe mal avec le Moyen Orient, le pétrole augmente. Peut-être cette baisse s&#8217;explique-t-elle par une suréaluation générale.</p>
<p>En bref, l&#8217;Angleterre n&#8217;est pas gravement atteinte, mais elle l&#8217;est sans doute juste assez pour être un peu exaspérée, ce qui n&#8217;est en sotit pas une très bonne nouvelle pour les terroristes.</p>
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		<title>Trois suggestions</title>
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		<pubDate>Sun, 26 Jun 2005 06:42:49 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Say No More</dc:creator>
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		<description><![CDATA[L&#8217;évolution de la situation en Irak montre que l&#8217;important dans cette affaire est la victoire militaire. Il n&#8217;y a pas de solution uniquement &#8220;politique&#8221;, le mot étant pris dans son usage courant, c&#8217;est-à-dire &#8220;non militaire&#8221;. Cet usage est faux car la guerre n&#8217;est pas &#8220;la continuation de la politique par d&#8217;autres moyens&#8221;, mais tout simplement [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>L&#8217;évolution de la situation en Irak montre que l&#8217;important dans cette affaire est la victoire militaire. Il n&#8217;y a pas de solution uniquement &#8220;politique&#8221;, le mot étant pris dans son usage courant, c&#8217;est-à-dire &#8220;non militaire&#8221;. Cet usage est faux car la guerre n&#8217;est pas &#8220;la continuation de la politique par d&#8217;autres moyens&#8221;, mais tout simplement l&#8217;un des moyens de la politique.</p>
<p>En attendant, les attentats continuent en Irak tandis que la reconstruction politique et économique a fait des progrès considérables. Les bombes n&#8217;arrêtent pas d&#8217;exploser lorsqu&#8217;un gouvernement est mis en place ou quand la population commence à s&#8217;enrichir. Elles arrêtent d&#8217;exploser lorsque ceux qui les font exploser sont morts ou incarcérés. Pour ce faire, il faut lancer une campagne contre-insurrectionnelle selon un mode opératoire qui ne varie pas beaucoup d&#8217;un conflit à l&#8217;autre. En Algérie, ce fut le plan Challe qui consistait à quadriller l&#8217;ensemble du pays et à neutraliser les terroristes là où ils se trouvaient. Cela n&#8217;a pas suffi à maintenir l&#8217;Algérie sous souveraineté française parce que le maintien en question ne présentait aucun intérêt pour la France, mais cela a suffi à éliminer la guérilla. En avril 2002, les Israéliens ont fait la même chose plus vite et plus efficacement dans un pays plus petit. Les terroristes palestiniens ne s&#8217;en sont pas encore remis. Dans le cas de l&#8217;Irak, le problème est que les Irakiens doivent faire eux-mêmes le travail. Ils le font, mais cela prend du temps parce que les unités irakiennes sont encore assez peu nombreuses. Quelques mesures pourraient s&#8217;avérer utiles.</p>
<p>La première consisterait à expulser la plupart des chaînes de télévision d&#8217;Irak. Leur présence ne procure aucun bénéfice à qui que ce soit, sinon elles-mêmes. Ce que font les journalistes de télévision en Irak ou dans les territoires palestiniens n&#8217;est pas de l&#8217;information mais du tourisme aventureux par procuration. Les événements filmés sont généralement mis en scène, comme le fut la &#8220;mort&#8221; de Mohammed al-Dura à l&#8217;automne 2000, ou comme le sont les attentats à Bagdad, qui ont lieu juste avant le prime-time américain, de sorte que les équipes de télévision peuvent filmer une colonne de fumée depuis leurs chambres d&#8217;hôtel. Ces images sont des séquences de propagande qui profitent au camp le plus dépourvu de scrupules.</p>
<p>En deuxième lieu, il faudrait nettoyer Bagdad. De grandes opérations de nettoyage ont eu lieu dans plusieurs régions d&#8217;Irak, mais Bagdad est la plus importante. Le quart de la population y vit et les habitants de Bagdad ont des contacts avec toutes les autres régions. Bagdad contrôle le reste du pays. Par conséquent, il faut contrôler Bagdad. Pour ce faire, il faudra nettoyer la ville maison par maison, ce qui sera politiquement beaucoup plus facile si les équipes de télévision ne sont pas sur les lieux.</p>
<p>Pour être réaliste, le nettoyage sera sans doute progressif et se fera quartier par quartier, chaque quartier étant préalablement bouclé. Cela impliquera tout de même des moyens irakiens assez importants qui ne sont probablement pas encore disponibles, mais il est important que cela soit fait le plus tôt possible. Peut-être les forces américaines devraient-elles se charger de ce travail immédiatement.</p>
<p>Troisième mesure, les pays comme la France devraient profiter de la situation pour se débarrasser du plus grand nombre possible d&#8217;éléments indésirables. Les réseaux de passeurs qui s&#8217;occupent de recruter en Europe des terroristes censés opérer là-bas peuvent nous être très utiles. Nous devrions les infiltrer de façon à savoir ce qu&#8217;ils font, et surtout où, exactement, ils expédient leurs recrues, puis éliminer sur place les recrues en question, ou plutôt les faire éliminer par les Irakiens et les Américains. Nous avons une occasion de nous débarrasser préventivement des islamistes les plus motivés et les plus dangereux ; nous devrions la saisir.</p>
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		<title>Une impulsion nommée Galouzeau</title>
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		<pubDate>Tue, 31 May 2005 10:17:22 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Say No More</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Raffarin est un professionnel de la communication, donc comment peut-on penser un seul instant que quelqu&#8217;un d&#8217;autre puisse être plus qualifié que lui pour diriger le gouvernement ? C&#8217;est impossible.
La France n&#8217;a pas de &#8220;marge de manoeuvre&#8221;, ce qui signifie que l&#8217;Etat dépense déjà trop et ne veut pas, ou plutôt ne peut pas annoncer [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Raffarin est un professionnel de la communication, donc comment peut-on penser un seul instant que quelqu&#8217;un d&#8217;autre puisse être plus qualifié que lui pour diriger le gouvernement ? C&#8217;est impossible.</p>
<p>La France n&#8217;a pas de &#8220;marge de manoeuvre&#8221;, ce qui signifie que l&#8217;Etat dépense déjà trop et ne veut pas, ou plutôt ne peut pas annoncer qu&#8217;il va, prélever plus. Or, il est impossible à l&#8217;élite politique française d&#8217;imaginer une politique de lutte contre le chômage, ou une politique économique quelconque, reposant sur autre chose que sur des dépenses publiques. C&#8217;est pourquoi seul un professionnel de la communication peut remplir la fonction de Premier ministre. Il lui faut expliquer aux Français que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles.</p>
<p>Bien entendu, le mot important ici est le mot &#8220;possible&#8221;. Le réalisme français consiste en effet à admettre que le problème du chômage ne peut pas être résolu, à moins de sacrifier ce sans quoi nous ne pourrons plus vivre, à savoir le modèle français. Le modèle français est une collection de réformes qui n&#8217;ont pas été faites du fait de l&#8217;opposition des syndicats ou de la démagogie électorale. Le système politique français, en effet, ne permet pas de faire des réformes impopulaires. Comme l&#8217;a expliqué Revel dans l&#8217;Absolutisme inefficace, la présidence écrase les autres pouvoirs tout en étant incapable de remplir la tâche pour laquelle elle a été ainsi conçue, c&#8217;est-à-dire faire passer au forceps les réformes difficiles. Il y a sans doute d&#8217;autres raisons expliquant l&#8217;incapacité française à réformer, mais le résultat est que les Français savent parfaitement comment on réduit un taux de chômage, mais ne veulent même plus envisager de s&#8217;y atteler.</p>
<p>Pour réduire un taux de chômage, il faut libéraliser l&#8217;économie. Cela heurte beaucoup d&#8217;intérêts et les résultats mettent parfois du temps à venir. En France, non seulement les difficultés à attendre dans un premier temps d&#8217;une telle politique sont dissuasives aux yeux de beaucoup de gens, mais la simple difficulté à faire adopter de telles réformes est totalement dissuasive aux yeux de tous les politiciens qui pourraient en être partisans. Les Français préfèrent donc trouver d&#8217;excellentes raisons de ne pas mettre en oeuvre une politique libérale. C&#8217;est de cette tension que naissent la plupart des idées politiques aujourd&#8217;hui produites en France. En premier lieu, il faut montrer que le libéralisme est inefficace, ou plutôt que son coût social est trop élevé. C&#8217;est ainsi que l&#8217;on invente des dizaines de millions de pauvres aux Etats-Unis qui ne sont en réalité qu&#8217;une construction statistique artificielle (immigrants récents, jeunes, personnes en difficultés avant versement des aides sociales). Il faut en deuxième lieu montrer que le libéralisme non seulement n&#8217;est pas souhaitable, mais qu&#8217;il n&#8217;est tout simplement pas possible. Encore une fois, les Etats-Unis font figure de contre-exemple, mais cette fois-ci dans une perspective plus &#8220;ethnodifférentialiste&#8221;, comme dirait Alain de Benoist. Les Américains sont ainsi présentés comme fondamentalement différents de nous. Leur adoption d&#8217;un modèle économique aussi néfaste est expliquée par un égoïsme profond, au coeur de la mentalité américaine et qui s&#8217;exprime sous la forme d&#8217;un darwinisme social inhumain. C&#8217;est le genre d&#8217;idées que l&#8217;on trouve parfois dans le Monde diplomatique, par exemple.</p>
<p>On préférera donc conserver le modèle français, et même, si possible, le diffuser. Cela n&#8217;est évidemment pas possible en matière économique puisque son inefficacité est patente, mais la diffusion du modèle politique français est en revanche peût-être possible. Un certain nombre de pays, comme le Kazakhstan, se vantent de s&#8217;être inspirés pour l&#8217;élaboration de leurs institutions, du modèle constitutionnel français. La France est-elle embarrassée de ce son modèle institutionnel soit apparemment très utile aux dictateurs qui veulent demeurer au pouvoir en faisant semblant de démocratiser leurs institutions ? Je n&#8217;en sais rien. En attendant, les Etats-Unis ne menacent certainement pas le modèle français mais l&#8217;antiaméricanisme est nécessaire à sa préservation.</p>
<p>Néanmoins, les élites françaises n&#8217;ignorent pas complètement que le modèle français, qu&#8217;elles sont parvenues jusqu&#8217;ici à &#8220;préserver&#8221;, menace tout de même de s&#8217;effondrer de lui-même car il est non seulement inefficace mais intenable. Elles ont cru avoir trouvé un moyen de mettre en oeuvre un certain nombre de réformes en France, ce qui aurait permis à celle-ci de sortir sans douleur de cette situation apparemment sans issue, et ce en continuant à faire semblant de défendre ce modèle dont l&#8217;existence est plus que douteuse.</p>
<p>Ce moyen était l&#8217;Europe. Grâce à l&#8217;Europe, il aurait dû être possible de faire adopter des réformes plus ou moins libérales en Conseil des ministres, puis de les faire transformer en directives par la Commission, puis enfin de les faire transposer en droit national par les parlements nationaux, et ce sans que l&#8217;opinion publique ne se rende compte de quoi que ce soit. Donc non seulement on continuait en France à attribuer tous les maux de la terre au libéralisme, mais on cherchait par ailleurs à l&#8217;introduire en catimini et par une procédure assez peu démocratique, puisque les parlements se trouvaient réduits à un rôle de ratification de traités. L&#8217;opinion publique n&#8217;étant évidemment pas dupe une seule seconde, ce procédé a discrédité à la fois le libéralisme (qui n&#8217;en avait pas besoin), l&#8217;Europe et les élites françaises. Les élites politiques françaises ont donc voulu prouver que la construction européenne n&#8217;était pas l&#8217;avant-garde du rouleau-compresseur libéral. Elles ont donc repris à leur compte l&#8217;idée d&#8217;Europe sociale, c&#8217;est-à-dire d&#8217;imposition de normes sociales contraignantes à des Etats qui n&#8217;en ont jamais voulu, et ont commencé à se demander comment Bruxelles pourrait obliger les Etats d&#8217;Europe de l&#8217;Est, qui ont une certaine expérience du socialisme, à s&#8217;y retremper la pointe des pieds, tout en continuant à compter sur l&#8217;Europe pour mettre en oeuvre à leur place une libéralisation dont elles faisaient leur possible pour dégoûter les Français. L&#8217;ambiguïté a culminé avec le rejet français de la directive Bolkestein. Cette directive, mise en perspective avec le discours politique français, devenait une tentative européenne pour imposer à  la France l&#8217;ultralibéralisme anglo-saxon. Les élites françaises devaient donc à  la fois s&#8217;élever contre une directive qu&#8217;elles avaient elles-mêmes approuvée et dont la responsabilité exclusive se trouvait rejetée sur l&#8217;&#8221;Europe&#8221;, et continuer à vanter les mérites de cette dernière. Pour finir, la directive ayant été rejetée, les élites françaises semblent avoir pour projet de la réintroduire sous un autre nom et avec des changements mineurs, à l&#8217;insu, donc, de l&#8217;opinion publique française. Par quel enchantement ce qui n&#8217;a pas marché cette fois-ci devrait marcher la fois prochaine, personne n&#8217;en sait rien, mais personne ne semble se demander si le meilleur moyen de libéraliser les services en Europe ne consisterait pas à commencer par expliquer pour quelle raison il faut le faire, puis à le faire de façon visible.</p>
<p>La campagne pour le référendum sur le traité constitutionnel européen s&#8217;est déroulée essentiellement dans ces termes. Ceux qui étaient contre ont dénoncé le traité constitutionnel comme ultralibéral, tandis que ceux qui étaient pour l&#8217;ont présenté comme un rempart contre l&#8217;ultralibéralisme anglo-saxon. Dans ces conditions, quelle est la signification du vote du 29 mai ? Dans un cas comme dans l&#8217;autre, les Français auraient de toute façon voté contre l&#8217;ultralibéralisme anglo-saxon. Ce qui a clairement été rejeté est en tout cas cette stratégie de réforme libérale rampante. Soit c&#8217;est le libéralisme lui-même qui pose problème (ce qui ne serait pas surprenant après vingt ans de bombardement antilibéral tous azimuts), soit c&#8217;est son côté rampant, mais en additionnant les deux facteurs, il n&#8217;y a pas vraiment de quoi s&#8217;étonner. Chirac a donc réagi en décidant de lancer une nouvelle impulsion. L&#8217;impulsion s&#8217;appelle Galouzeau. Galouzeau, donc, remplace Raffarin le Communicateur. Chirac estime probablement que Galouzeau communique encore mieux que Raffarin. Il est indispensable que le Premier ministre sache communiquer, car seule une bonne communication peut convaincre les Français de l&#8217;immense valeur de leur modèle social et du fait que rien ne pourra jamais justifier sa remise en cause, tout en continuant à essayer de faire des réformes en catimini. Un poète ne sera pas de trop. </p>
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		<title>Gaymard et l&#8217;Iran</title>
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		<pubDate>Wed, 02 Mar 2005 01:06:30 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Say No More</dc:creator>
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		<description><![CDATA[La défaite est souvent acceptée avant d&#8217;être consommée. Dès lors que l&#8217;on commence à se sentir vaincu, l&#8217;adversaire le sent également et attaque. Il n&#8217;est jamais recommandé de laisser l&#8217;adversaire sentir l&#8217;odeur du sang.
C&#8217;est ce que pourrait se dire Hervé Gaymard. Il a commencé par expliquer qu&#8217;il allait déménager, ce qui aurait dû mettre fin [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>La défaite est souvent acceptée avant d&#8217;être consommée. Dès lors que l&#8217;on commence à se sentir vaincu, l&#8217;adversaire le sent également et attaque. Il n&#8217;est jamais recommandé de laisser l&#8217;adversaire sentir l&#8217;odeur du sang.<br />
C&#8217;est ce que pourrait se dire Hervé Gaymard. Il a commencé par expliquer qu&#8217;il allait déménager, ce qui aurait dû mettre fin à son affaire. Après cela, il a admis qu&#8217;il avait commis une erreur, ce qui l&#8217;a relancée. Il espérait probablement profiter de l&#8217;occasion pour démontrer sa bonne foi. Quelques jours plus tard, il s&#8217;est retrouvé en train de démissionner. Raffarin l&#8217;a viré en espérant sans doute montrer à quel point son gouvernement est transparent et digne de confiance, mais le résultat sera sans doute la victoire de la gauche en 2007. Les Français n&#8217;ont probablement pas très envie de voter pour des gens qui se débandent au moindre article du Canard enchaîné et qui virent le ministre des finances alors qu&#8217;il n&#8217;a rien fait d&#8217;illégal et qu&#8217;il n&#8217;a pas commis de faute particulière dans le cadre de sont travail. Si l&#8217;on veut s&#8217;amuser à se faire peur, on peut imaginer des gens comme Gaymard ou Raffarin dans une situation où ils devraient prendre une décision de feu nucléaire. Non pas que Jospin ou Hollande seraient tellement plus rassurants, mais eux ont l&#8217;avantage de ne pas avoir été mis à l&#8217;épreuve ces dernières années.<br />
Le Moyen Orient est généralement gouverné par des gens plus déterminés que Gaymard ou Raffarin (ou Hollande ou Jospin) parce qu&#8217;il faut l&#8217;être pour gouverner les pays de cette région. Ces gens déterminés ont également à leur disposition des forces de sécurité. Il ont besoin que ces forces de sécurité croient en leur détermination et soient suffisamment confiantes pour accepter de tuer quelques centaines ou quelques milliers de personnes en cas de révolte. Bachar al-Assad a de ce point de vue un problème : il a cédé du terrain. Il a donné le demi-frère de Saddam Hussein, il a cédé aux pressions américaines, il a essayé de temporiser. Lorsqu&#8217;il a voulu se reprendre, il est allé un peu trop loin et n&#8217;a pas réussi à retrouver sa crédibilité qui n&#8217;a du reste jamais été immense. Résultat : les Libanais sont dans la rue et l&#8217;armée libanaise ne leur tire pas dessus, le gouvernement libanais a démissionné et Bachar a annoncé un retrait plus ou moins prochain des troupes syriennes du Liban. S&#8217;il ne parvient pas à reprendre le contrôle de la situation, cela peut lui coûter cher. Les Libanais ont senti l&#8217;odeur du sang et c&#8217;est probablement également le cas des Syriens. Si Bachar n&#8217;arrive pas à contrôler la situation au Liban, il ne la contrôlera pas plus en Syrie lorsque le Liban aura été évacué. La situation est pour lui très difficile.<br />
Si les Syriens quittent le Liban, le Hezbollah sera seul face à l&#8217;armée libanaise et risquera d&#8217;être éliminé d&#8217;une manière ou d&#8217;une autre. Le régime iranien ne pourra pas y faire grand-chose, sera furieux et ne pourra pas le cacher. Les Iraniens risquent fortement de descendre à leur tour dans la rue, pensant que le régime est faible et estimant que les forces de sécurité du régime ne font plus autant confiance à ce dernier. Chaque membre des forces de sécurité doit évaluer pour lui-même s&#8217;il a intérêt à obéir à l&#8217;ordre de tirer sur la foule. S&#8217;il sent le régime affaibli, obéir devient risqué. S&#8217;il sent que ses collègues pensent la même chose, il est encore plus improbable qu&#8217;il exécute l&#8217;ordre. Les manifestants le sentent et s&#8217;en trouvent encouragés.<br />
Le Mur de Berlin est tombé peu après que Honecker ait été publiquement humilié par Gorbatchev. La situation actuelle au Moyen Orient est du même ordre. Les régimes sont affaiblis et cela se sent.<br />
Bush est celui qui a rendu cette situation possible et je serais très étonné qu&#8217;il se mette d&#8217;un seul coup à miser sur la stabilité et le &#8220;retour dans le concert international&#8221; de ces régimes. Les Etats-Unis ont tout intérêt à demander toujours plus à ces régimes, tout en continuant à encourager les populations de ces pays à les remettre en question.<br />
De leur côté, les Européens devraient ralentir les négociations avec l&#8217;Iran à propos du programme nucléaire iranien. Ces négociations représentent sont pour Téhéran un moyen de faire durer la situation si elles s&#8217;éternisent, de franchir quelques étapes en toute quiétude si elles aboutissent selon leurs voeux. Les Européens devraient attendre de voir ce qui se passe au Liban, et si le Hezbollah se trouve à un moment dans une situation difficile, et si Téhéran est visiblement mal à l&#8217;aise, ils devraient alors interrompre les négociations en donnant l&#8217;impression de ne pas prendre le régime au sérieux. Le régime iranien sera surpris et mal à l&#8217;aise, et la population sera susceptible d&#8217;en tirer parti.<br />
Les pays occidentaux peuvent difficilement télécommander une révolution en Iran, mais ils peuvent la rendre plus probable. Pour ce faire, il faut donner l&#8217;impression à la population que le régime est faible. Le meilleur moyen est d&#8217;amener ce dernier à faire des concessions qu&#8217;il ne souhaitait pas faire auparavant, mais un effet du même ordre peut être obtenu en le privant d&#8217;un de ses atouts. Lorsqu&#8217;un pouvoir commence à céder, la pente tend à devenir de plus en plus glissante. Cela vaut pour Gaymard comme pour les Mollahs. Ces derniers sont un peu plus déterminés que Gaymard, mais tout le monde a ses limites.</p>
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		<title>Un léger malentendu</title>
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		<pubDate>Wed, 26 Jan 2005 10:16:18 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Say No More</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Les personnes dont l&#8217;arrestation a été annoncée aujourd&#8217;hui doivent être un peu surprises : on les arrête en effet sous le motif qu&#8217;elles s&#8217;apprêtent à se rendre en Irak afin d&#8217;y combattre les forces alliées et gouvernementales. Or, cela fait maintenant plus d&#8217;un an et demie que les médias français incitent en permanence leurs usagers [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Les personnes dont l&#8217;arrestation a été annoncée aujourd&#8217;hui doivent être un peu surprises : on les arrête en effet sous le motif qu&#8217;elles s&#8217;apprêtent à se rendre en Irak afin d&#8217;y combattre les forces alliées et gouvernementales. Or, cela fait maintenant plus d&#8217;un an et demie que les médias français incitent en permanence leurs usagers à soutenir ce combat. Et quand ce ne sont pas les médias, c&#8217;est le gouvernement qui se met de la partie, soit de façon implicite, en votant à reculons des résolutions favorables à la reconstruction de l&#8217;Irak, soit de façon quasiment explicite comme lorsque Michel Barnier propose d&#8217;inviter les terroristes irakiens à discuter de l&#8217;avenir de leur pays.</p>
<p>Plus généralement, le procédé employé par le gouvernement français consiste à ne pas prendre explicitement position en faveur des terroristes, mais à prendre position contre les Etats-Unis dès qu&#8217;une occasion se présente de le faire tout en continuant à passer pour à peu près raisonnable. Les médias n&#8217;ont évidemment pas besoin de prendre ce type de précautions.</p>
<p>Donc les gens qui s&#8217;apprêtaient à partir pour l&#8217;Irak et qui ont été arrêtés sont probablement un peu étonnés. Peut-être préparent-ils maintenant une défense d&#8217;ordre politique. Peut-être feront-ils appel à Vergès ou à Gisèle Halimi. S&#8217;ils décident d&#8217;en appeler à l&#8217;opinion publique, il se peut que le procédé s&#8217;avère relativement efficace.</p>
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		<title>Leçons de 39-45</title>
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		<pubDate>Tue, 25 Jan 2005 10:26:09 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Say No More</dc:creator>
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		<description><![CDATA[1) Les monstruosités sont possibles. Avant de se demander ce que sont exactement les origines et les causes du génocide, il convient de se rappeler que de tels événements peuvent survenir, et qu&#8217;il ne faut pas spécialement s&#8217;étonner lorsque c&#8217;est le cas. C&#8217;est pour cette raison que la thèse de l&#8217;&#8221;unicité de la Shoah&#8221; me [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>1) Les monstruosités sont possibles. Avant de se demander ce que sont exactement les origines et les causes du génocide, il convient de se rappeler que de tels événements peuvent survenir, et qu&#8217;il ne faut pas spécialement s&#8217;étonner lorsque c&#8217;est le cas. C&#8217;est pour cette raison que la thèse de l&#8217;&#8221;unicité de la Shoah&#8221; me paraît infondée. Ce génocide présente certainement un caractère exceptionnel, mais aucun événement historique n&#8217;est unique, ou du moins pas plus que les autres. Le génocide rwandais est, d&#8217;une façon un peu différente, également hallucinant. La mise en oeuvre organisée et &#8220;rationnelle&#8221; du génocide juif est surprenante, mais l&#8217;est-elle tellement plus que la mise en oeuvre &#8220;agricole&#8221; du génocide rwandais ? Si l&#8217;on décide que la Shoah est unique, on en conclut logiquement que rien de semblable n&#8217;aura jamais lieu, alors qu&#8217;on n&#8217;en sait rien. Si l&#8217;on veut que le souvenir du génocide serve à quelque chose, il faut surtout se rappeler qu&#8217;il est reproductible.</p>
<p>2) Quand quelqu&#8217;un annonce qu&#8217;il va commettre une monstruosité, il convient de prendre ce qu&#8217;il dit au pied de la lettre. Par exemple, le pouvoir hutu au Rwanda était parfaitement sérieux, et on peut sans grande difficulté trouver d&#8217;autres exemples. Aujourd&#8217;hui, le pouvoir iranien annonce qu&#8217;il envisage d&#8217;utiliser la bombe atomique contre Israël. Il se peut qu&#8217;il soit sérieux et on devrait partir du principe qu&#8217;il l&#8217;est, c&#8217;est-à-dire l&#8217;empêcher de mettre en oeuvre le projet qu&#8217;il s&#8217;attribue publiquement. Au pire, on aura neutralisé un régime malfaisant et on aura contribué à dissuader ceux qui voudraient proférer de telles menaces, ce qui n&#8217;est pas complètement inutile. Les menaces ne devraient pas être mieux tolérées que les agressions.</p>
<p>3) Il faut se méfier des subtils. Les esprits subtils sont intellectuellement bien armés et peuvent utiliser cette capacité de la meilleure comme de la pire façon. Pendant la Seconde guerre mondiale, il y a eu des esprits subtils pour militer contre une guerre préventive pendant les années trente, pour affirmer que les ambitions territoriales réelles d&#8217;Hitler étaient inférieures à celles qu&#8217;il proclamait, pour estimer que la défaite de 1940 était une opportunité à saisir pour la France, et ainsi de suite. Les gens brillants sont distrayants, mais font plus souvent plus de mal que de bien. Quant on est en guerre, un Bigeard est généralement plus utile qu&#8217;un Céline.</p>
<p>4) La guerre n&#8217;est pas une promenade. La Seconde guerre mondiale n&#8217;a pas été gagnée par des casques bleus travaillant en coordination avec les ONG humanitaires dans le cadre d&#8217;une résolution de l&#8217;ONU approuvée par l&#8217;ensemble de la Communauté internationale. Elle a été gagnée par des guerriers qui savaient souffrir en silence, tuer leurs adversaires au couteau quand il le fallait et se faire tuer ou mutiler quand ils n&#8217;avaient pas de chance. Les vainqueurs de la Seconde guerre mondiale étaient sales, parfois peu éduqués et pas toujours honnêtes. Il y a eu des viols, des exécutions sommaires de prisonniers, des sévices de toutes sortes et des massacres de populations civiles, et tout cela a été fait, entre autres, pas les armées alliées occidentales. Ces actes n&#8217;étaient généralement pas indispensables, mais ils étaient généralement inévitables, car c&#8217;est ainsi qu&#8217;une guerre se déroule. Raymond Aron, quand on lui parlait des bombardements sur les villes allemandes, se contentait de rappeler qu&#8217;on fait en temps de guerre des choses qu&#8217;on ne ferait pas en temps de paix.</p>
<p>5) La Seconde guerre mondiale a été mal gagnée. Les Soviétiques ont occupé l&#8217;Europe de l&#8217;Est pendant quarante-quatre ans. Les pays d&#8217;Asie impliqués dans la guerre ont, pour certains d&#8217;entre eux, sombré dans des guerres coloniales ou dans des guerres civiles. Les communistes ont pris le pouvoir en Chine. La France et le Royaume-Uni ont été définitivement affaiblis. Les gens qui se sont retrouvés au pouvoir en France n&#8217;étaient pas toujours les plus méritants. Peu de guerres se concluent de façon idéale, mais elles sont quand même parfois nécessaires.</p>
<p>6) La politique ne s&#8217;arrête pas. Pendant la Seconde guerre mondiale, un camp était préférable à l&#8217;autre d&#8217;un point de vue moral, mais la Seconde guerre mondiale n&#8217;était pas un combat entre le bien et le mal. Le bien et le mal sont des abstractions, et, à ce titre, n&#8217;ont pas d&#8217;armées. Pendant la Seconde guerre mondiale, tout le monde a joué son jeu. Les Espagnols ont jugé fort intelligemment qu&#8217;il valait mieux rester hors du coup. Les partisans yougoslaves étaient plus intéressés par ce qui se passerait après le départ des Allemands que par le fait de se faire massacrer tout de suite par ses derniers. Les partisans français communistes ou non, ont conçu des programmes de gouvernement concurrents qui ne se limitaient pas au départ des Allemands. Staline savait ce qu&#8217;il voulait depuis le début. Les communistes chinois n&#8217;étaient pas plus opposés aux Japonais qu&#8217;au Kuo Min Tang, et l&#8217;inverse est vrai. Les Soviétiques préféraient laisser les Allemands éliminer la résistance polonaise non-communiste plutôt que d&#8217;aider cette dernière lorsqu&#8217;elle s&#8217;est soulevée à Varsovie. Il y a eu peu d&#8217;acteurs intéressés exclusivement par la victoire contre les Allemands, et ceux qui ont été dans ce cas étaient généralement des acteurs passifs qui n&#8217;avaient pas tellement d&#8217;autre choix, à commencer par les juifs, du moins les rares fois où ils ont pu s&#8217;organiser. A vrai dire, même au sein de la résistance du ghetto de Varsovie, les deux principaux groupes, le ZOB et le ZZW, le premier de gauche et le second de droite, se détestaient et refusaient de collaborer. De cela, on peut tirer la conclusion qu&#8217;il n&#8217;y a pas de résistants, mias des mouvements politiques armés dont les objectifs peuvent être plus ou moins défendables moralement, mais qui sont avant tout des mouvements politiques. La morale existe, mais n&#8217;est pas le meilleur point de départ si l&#8217;on veut comprendre une situation politique.</p>
<p>7) Les attaques préventives ne sont appréciées à leur juste valeur que lorsqu&#8217;elles n&#8217;ont pas lieu. L&#8217;attaque préventive contre l&#8217;Allemagne qui n&#8217;a pas eu lieu pendant les années trente est très populaire aujourd&#8217;hui dans l&#8217;opinion. Si elle avait eu lieu, elle se serait sans doute heurtée à beaucoup de critiques et pour peu que sa mise en oeuvre se soit révélée difficile, elle laisserait peut-être de très mauvais souvenirs aujourd&#8217;hui. Pas aussi mauvais que ceux laissés par la Seconde guerre mondiale, cela dit, mais mauvais quand même. En bref, il ne faut pas rêver : parfois, il n&#8217;y a que des mauvaises solutions.</p>
<p> <img src='http://www.peresfondateurs.com/~saynomore/wp-includes/images/smilies/icon_cool.gif' alt='8)' class='wp-smiley' /> Tout est oublié quand on gagne. La Seconde guerre mondiale est aujourd&#8217;hui considérée comme une victoire du bien contre le mal et tout le reste a finalement peu d&#8217;importance. Ce qui est dommage est qu&#8217;on se fait de se conflit une idée simpliste et parfois fausse. D&#8217;un autre côté, il reste une dernière leçon à en tirer : l&#8217;important, quand on est en guerre, c&#8217;est de gagner. Mais c&#8217;est sans doute la plus difficile à mémoriser.</p>
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		<title>Prévisions pour 2005</title>
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		<pubDate>Thu, 30 Dec 2004 07:01:08 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Say No More</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Edition &#8211; 26 janvier 2005 : je ne sais pas pourquoi je suis parti du principe qu&#8217;Allawi serait réélu Premier ministre après les élections législatives du 30 janvier. J&#8217;ai sans doute calqué sa situation sur celle de Karzai, mais j&#8217;ai eu tort. Allawi risque fortement d&#8217;être battu le 30 janvier. Je remplacerai bien le mot [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Edition &#8211; 26 janvier 2005 : je ne sais pas pourquoi je suis parti du principe qu&#8217;Allawi serait réélu Premier ministre après les élections législatives du 30 janvier. J&#8217;ai sans doute calqué sa situation sur celle de Karzai, mais j&#8217;ai eu tort. Allawi risque fortement d&#8217;être battu le 30 janvier. Je remplacerai bien le mot &#8220;Allawi&#8221; par &#8220;le Premier ministre&#8221;, mais à quoi cela servirait-il de faire des prévisions si c&#8217;était pour les modifier au fur et à mesure qu&#8217;elles ne se réalisent pas ? De toute façon, il est évident que cela ne sert strictement à rien.</p>
<p>A la lecture de mes propres prévisions pour 2004, je me dis que je ferais peut-être mieux de refaire des prévisions pour 2004 maintenant et de faire celles pour 2005 dans un ans. Un compromis complètement bancal consiste à essayer de rectifier celles de 2004 point par point. Allons-y.</p>
<p>En 2004, la France continuera à ne pas résoudre les quelques légers problèmes auxquels elle se heurte depuis un certain temps. Le chômage de masse ne sera pas substantiellement réduit le 31 décembre 2004, les prélèvements obligatoires n&#8217;auront pas diminué (ils n&#8217;ont pas diminué depuis 2002, puisque l&#8217;augmentation des impôts locaux a dépassé la baisse de l&#8217;impôt sur le revenu), la croissance économique ne dépassera pas 2,5% et ne les atteindra probablement pas. Toutefois, si la croissance atteint 2%, le gouvernement exultera.</p>
<p>OK, ça paraît facile à première vue, mais rappelons que notre gouvernement est toujours en train d&#8217;appliquer un plan anti-chômage quelconque et qu&#8217;il peut être par conséquent relativement pertinent d&#8217;en prendre acte et d&#8217;annoncer qu&#8217;il marchera ou qu&#8217;il ne marchera pas. En l&#8217;occurence, il n&#8217;a pas marché et j&#8217;ajoute qu&#8217;il ne marchera pas non plus en 2005. Je n&#8217;ai pas non plus entendu dire que les prélèvements obligatoires avaient baissé en 2004. Sauf erreur de ma part, ça n&#8217;a pas été le cas et ça le sera encore moins en 2005 puisque la croissance va être inférieure à ce qui a été prévu au cours de l&#8217;année.</p>
<p>Concernant la croissance, elle était censé avoir déjà atteint 2,5% en rythme annuel à l&#8217;automne. Finalement, elle devrait maintenant se situer entre 2 et 2,5%, ce qui satisfait bien entendu le gouvernement. Pas d&#8217;augmentation de la croissance en vue pour 2005, donc disons qu&#8217;elle se situera entre 1,5 et 2%, ce qui correspond à peu près à notre rythme de croisière.</p>
<p>Les problèmes assez confus de sécurité et d&#8217;&#8221;identité&#8221; (c&#8217;est-à-dire les problèmes liés à l&#8217;immigration) seront toujours là. L&#8217;éventuelle loi sur l&#8217;interdiction du foulard islamique dans les lycées devrait provoquer des réactions plus ou moins outrées de la part des musulmans, mais ne résoudra pas les problèmes liés à l&#8217;islam traditionnaliste et à l&#8217;islam militant, problèmes qui n&#8217;ont qu&#8217;un rapport indirect avec ces foulards. L&#8217;insécurité diminuera peut-être si Sarkozy poursuit sa politique, mais il est à craindre que l&#8217;extrême-gauche ne s&#8217;emploie à la contrecarrer.</p>
<p>L&#8217;extrême-gauche n&#8217;est pas en mesure de contrecarrer grand-chose, contrairement à Chirac. Galouzeau ne s&#8217;est pas tellement fait remarquer à son nouveau poste. Il est probable que ses discours passionnés (et ses sonnets) font moins d&#8217;effet aux policiers qu&#8217;aux diplomates. L&#8217;insécurité ne devrait pas beaucoup évoluer en 2005.</p>
<p>Sur le foulard, la prévision pour 2004 n&#8217;en était pas une. L&#8217;islamisme est un problème croissant en France, mais c&#8217;est en Hollande qu&#8217;il s&#8217;est manifesté de façon spectaculaire. Je laisse cette question dans la catégorie plutôt vaste des problèmes qui ne seront pas réglés dans l&#8217;année qui vient.</p>
<p>La droite devrait perdre les prochaines élections générales, notamment parce que son bilan sera désastreux. Néanmoins, il n&#8217;y aura pas d&#8217;élections générales cette année, à moins que la nature ne fasse son oeuvre. Si cela arrive, droite et gauche seront divisées, ce qui laisse à la gauche de fortes chances de l&#8217;emporter. Le bilan de la gauche au pouvoir sera désastreux, et la droite remportera les élections générales suivantes.</p>
<p>Cette prévision est invérifiable jusqu&#8217;en 2007, si aucun événement biologique ne modifie le calendrier électoral. Je la maintiens. La droite va probablement entamer une guerre interne opposant Sarkozy à quelques autres et son bilan sera de toute façon médiocre. Pour conserver le pouvoir, il faut au moins un bilan à peu près défendable, condition que les gouvernements français ne parviennent pas à remplir.</p>
<p>Plus généralement, les Français continueront à ne porter aucun intérêt aux questions internationales, sauf, très vaguement, lorsqu&#8217;il s&#8217;agira de l&#8217;Europe et uniquement si on leur demande de se prononcer sur quelque chose d&#8217;important par référendum, auquel cas le &#8220;non&#8221; l&#8217;emportera ; et lorsqu&#8217;il sera question des Etats-Unis et du Moyen Orient, auquel cas une partie des Français jugera utile de s&#8217;exprimer de façon hostile aux Etats-Unis et à Israël.</p>
<p>Il n&#8217;y a pas eu de référendum sur l&#8217;Europe, mais prévoir un &#8220;non&#8221; était risqué. Les référendum sur l&#8217;Europe interviennent généralement lorsque le gouvernement estime le &#8220;oui&#8221; probable. En 2005, les Français devraient se prononcer sur le Traité constitutionnel européen, et si c&#8217;est le cas, le &#8220;oui&#8221; l&#8217;emportera. L&#8217;oppostion au traité sera dispersée et son discours ne sera pas très clair, tandis que les grands partis y seront favorables. Pour les Etats-Unis et Israël, l&#8217;hostilité de l&#8217;opinion diminuera en 2005 pour deux raisons : Bush a été réélu et accède donc au statut de &#8220;grand président&#8221; ; Israël subit moins d&#8217;attentats et a donc moins d&#8217;occasions d&#8217;y répondre.</p>
<p>Bush sera réélu et les Français, entre autres, en seront très surpris. La croissance économique aux Etats-Unis sera élevée et la situation internationale restera tendue, ce qui conduira les Germano-français rester à l&#8217;écart des Etats-Unis. Les Américains rencontreront des difficultés diplomatiques avec d&#8217;autres alliés : le gouvernement pakistanais deviendra moins fiable parce que la menace d&#8217;al-Qaïda se fait plus précise ; Taiwan va songer que sa dernière chance de proclamer son indépendance doit être vite saisie, avant que la Chine ne soit en mesure de riposter militairement de façon immédiate ; l&#8217;Arabie saoudite va se tenir tranquille mais demeurera un problème.</p>
<p>Bush a été réélu et les Français en ont été très surpris, sauf moi. Je suis très fier et j&#8217;en profite parce que ça ne va pas tarder à changer. La croissance économique américaine a été &#8220;élevée&#8221;, en tout cas par rapport à la France, ce qui n&#8217;était pas très difficile à prévoir. Un facteur qui a conduit les Français à rester à l&#8217;écart a été la prise d&#8217;otage de l&#8217;été, qui vient de se terminer. Sur ce point, un léger rapprochement est probable en 2005 : la politique de Bush est devenue une donnée pour encore quatre ans et Chirac devra s&#8217;y faire ; les élections irakiennes devraient donner plus de légitimité internationale à Allawi et il va peut-être devenir un peu plus difficile de cirer les babouches des &#8220;résistants&#8221; locaux.</p>
<p>Et là, les choses se gâtent. Le Pakistan n&#8217;a pas fait parler de lui et la menace d&#8217;al-Qaida ne s&#8217;est pas faite plus précise pour l&#8217;instant., du moins pas dans cette région. Au contraire, les Afghans sont optimistes et je pense qu&#8217;ils ont raison. Karzai va consolider son pouvoir en 2005, lentement mais sûrement. Les Taiwanais ont voté pour le KMT, c&#8217;est-à-dire contre les indépendantistes. Cela dit, ça s&#8217;est joué à très peu de choses et le KMT n&#8217;est pas non plus favorable à l&#8217;intégration. Cependant, il est possible que la chance de proclamer l&#8217;indépendance taiwanaise soit déjà passée. Taiwan va chercher le compromis mais se sentira un peu plus prise au piège le 31 décembre 2005. Sur l&#8217;Arabie saoudite, je maintiens pour 2005, mais les choses ne dureront pas éternellement.</p>
<p>La Russie va devoir faire face à une légère baisse des tarifs pétroliers, dès lors que la production en Irak va reprendre. Cela entraînera une diminution des recettes de l&#8217;Etat russe. La situation en Tchétchénie ne s&#8217;améliorera pas vraiment : Poutine peut obtenir le calme sur place, mais le terrorisme sporadique devrait se poursuivre.</p>
<p>Comment dirais-je ? Les tarifs pétroliers ont légèrement augmenté, et ce pour des raisons apparemment structurelles, notamment l&#8217;augmentation de la consommation en Asie. La situation en Irak devrait quand même se stabiliser en 2005 et entraîner l&#8217;effet annoncé de façon un peu prématurée. Pour la Tchétchénie, le terme &#8220;sporadique&#8221; pourrait sembler inapproprié pour décrire Beslan, mais après tout, il n&#8217;y a rien eu de tel depuis lors. C&#8221;est bien un terrorisme sporadique, et c&#8217;est bien une situation bloquée, sans solution évidente et ne satisfaisant personne. Poutine risque cependant d&#8217;être secoué par la perte de l&#8217;Ukraine, ce qui devrait encourager ses ennemis, parmi lesquels les séparatistes et islamistes tchétchènes. Donc la situation sur place devrait se dégrader un peu en 2005.</p>
<p>La guerre antiterroriste continuera de façon relativement discrète, mais il ne restera plus grand-chose du réseau Ben Laden le 31 décembre 2004, du moins en ce qui concerne sa partie strictement interne. Le fanatisme arabo-musulman, en revanche, ne cessera pas cette année.</p>
<p>Le pire, c&#8217;est que j&#8217;avais eu l&#8217;impression sur le moment d&#8217;écrire des choses ayant une vague signification, et pas des prédictions invérifiables ou, pire, irréfutables, du type : &#8220;le fanatisme arabo-musulman ne cessera pas cette année&#8221;. Bon, disons qu&#8217;il ne cessera pas non plus en 2005. Il ne reste peut-être pas grand-chose du réseau Ben Laden aujourd&#8217;hui, mais il reste Ben Laden, contrairement à ce que l&#8217;on pouvait très raisonnablement penser. Cela dit, j&#8217;ai toujours autant de mal à trouver ses menaces crédibles. Ses résultats sont probablement très inférieurs à ses objectifs. Le grignotage de son réseau continuera probablement en 2005.</p>
<p>La situation en Irak va s&#8217;améliorer, mais sans événement décisif, ou du moins pas plus décisif que la capture de Saddam Hussein. Cela est parfaitement logique puisque ce n&#8217;est pas un événement ponctuel qui est visé par les Etats-Unis et leurs alliés, mais une amélioration progressive de la situation. Cette dernière prendra la forme de la mise en place d&#8217;un gouvernement constitutionnel à Bagdad, relativement stable et allié des Etats-Unis. La reconnaissance ou la non-reconnaissance d&#8217;Israël sera un indice de l&#8217;ouverture d&#8217;esprit des dirigeants irakiens. Quand on songe que l&#8217;Egypte et la Jordanie ont reconnu Israël et que, à l&#8217;inverse, l&#8217;Afghanistan de Hamid Karzaï s&#8217;y est refusé, on est en droit de douter de l&#8217;immense valeur de nos amis afghans. Quant à l&#8217;opposition armée, elle diminuera de façon progressive. La presse française continuera à parler de &#8220;désastre&#8221;.</p>
<p>La presse française a continué à parler de &#8220;désastre&#8221; en 2004 (ainsi que de &#8220;résistants&#8221;, de &#8220;bourbier&#8221;, etc.) La situation s&#8217;est tour à tour dégradée et améliorée. Disons que les choses sont plus claires aujourd&#8217;hui : il y a un gouvernement, pas exactement &#8220;constitutionnel&#8221; mais légal, depuis juillet 2004 et une armée irakienne embryonnaire. En janvier 2004, l&#8217;Irak avait plusieurs problèmes : les désaccords entre groupes ethniques et religieux, la lenteur supposée de la reconstruction et le terrorisme. Aujourd&#8217;hui, le terrorisme est toujours là mais les deux autres problèmes se sont tassés. Les élections du 30 janvier devraient contribuer au règlement du premier, tandis que la reconstruction devrait continuer. 2005 sera plutôt une bonne année pour l&#8217;Irak. Les élections vont refléter les équilibres démographiques, évidemment, et tourner à l&#8217;avantage des mouvements modérés chiites et kurdes, tandis que les Sunnites seront moins nombreux à voter et demeureront en partie un problème. Pas un problème très grave, cependant, parce qu&#8217;ils seront quand même représentés. Tout dépendra ensuite de l&#8217;autorité d&#8217;Allawi, qui sera probablement encore en place à la fin 2005. Le 31 décembre 2005, l&#8217;Irak sera devenu un pays arabe allié des Etats-Unis qui cherchera à montrer qu&#8217;il ne dépend pas de ces derniers. Quant au terrorisme, il n&#8217;aura pas disparu mais il aura diminué.</p>
<p>L&#8217;Afghanistan est censé se doter d&#8217;une constitution et organiser des élections générales en 2004. Elles auront lieu parce que le fait qu&#8217;elles aient lieu devient politiquement presque aussi important que le fait qu&#8217;elles se passent bien. Néanmoins, elles se passeront moyennement bien et donneront lieu à des contestations de la part des extrémistes, ce qui ne diffèrera pas fondamentalement de la situation actuelle. Vis-à-vis des alliés de Karzaï, il faudra négocier le résultat avec eux.</p>
<p>Il y a eu des contestations le jour du scrutin et des négociations ont très certainement eu lieu pour y mettre fin. Les élections afghanes se sont bien passées, pas &#8220;moyennement bien&#8221;, malgré ces quelques problèmes le jour du scrutin. Les responsables Afghans sont aujourd&#8217;hui optimistes. Les Afghans vont élire leurs deux chambres vers le printemps et cela se passera bien. Dès lors, l&#8217;Etat afghan va commencer à fonctionner et fera face à deux risques : un problème de crédibilité pour ses autorités qui vont sérieusement manquer de moyens ; une criminalisation de la vie politique due au poids économique de la production d&#8217;héroïne, ou du moins de pavot. L&#8217;Etat sera quand même viable. Après tout, la Colombie existe toujours.</p>
<p>Israël s&#8217;orientera de façon décisive vers la séparation unilatérale telle que Sharon l&#8217;a décrite. Les plans de paix ne marcheront pas. L&#8217;Autorité palestinienne continuera à faire usage du terrorisme de façon plus ou moins directe et les opérations israéliennes dans les territoires palestiniens continueront. Si Arafat meurt, la situation deviendra un peu moins claire car il sera plus difficile de savoir qui est raisonnable et qui ne l&#8217;est pas. Si Sharon meurt, Netanyahou ou Mofaz lui succèdera. Israël parviendra à maintenir de bonnes relations avec les Etats-Unis et sera en mesure d&#8217;imposer les mesures unilatérales exposées par Sharon à la place de la &#8220;feuille de route&#8221;, laquelle ne marchera pas.</p>
<p>OK, sauf en ce qui concerne la succession d&#8217;Arafat. On sait relativement bien qui est raisonnable et qui ne l&#8217;est pas. Abbas est raisonnable ; Barghouti et les islamistes ne le sont pas. Finalement, la mort d&#8217;Arafat a clarifié plus de choses que prévu. Il n&#8217;y avait pas de successeur évident avant sa mort, mais il a fallu en trouver un après, et il a été trouvé. Abbas a probablement bénéficié d&#8217;un règlement assez efficace du problème de l&#8217;héritage financier d&#8217;Arafat. Sans doute a-t-on donné à sa morue suffisamment d&#8217;argent pour continuer à vivre dans un palace parisien, et à un certain nombre de personnes problématique de quoi les calmer. Abbas et ses proches ont donc les mains à peu près libres, une élection déjà négociée et Barghouti en back-up pour les motiver. Abbas va donc être élu le 9 janvier, un peu de la même façon qu&#8217;Arafat en 1996, ce qui est un peu dommage parce que cela ne renforcera pas son autorité. Sa tâche sera d&#8217;autant plus difficile que, contrairement à son illustre prédécesseur, il lui sera plus difficile de se faire aider par les fous-furieux de son camp. Dans l&#8217;ensemble, il y aura un nouveau processus (la feuille de route un peu réadaptée) un peu moins difficile que le précédent, mais pas facile à résoudre non plus. Abbas va probablement s&#8217;orienter vers un compromis sur les questions difficiles (réfugiés, Jérusalem), mais il faudra pour cela des pressions assez fortes de la part des Etats-Unis et d&#8217;Israël sur les Etats arabes. L&#8217;Europe essayera sans succès de jouer un rôle (n&#8217;importe lequel). La paix froide devrait être en vue le 31 décembre 2005, mais les islamistes essayeront probablement de profiter 1) de l&#8217;évacuation israélienne et 2) de la &#8220;trahison&#8221; d&#8217;Abbas pour relancer une campagne terroriste. Cette dernière aura peu de succès en raison de la barrière de sécurité.</p>
<p>Les gouvernements arabes seront un déstabilisés, ainsi que l&#8217;Iran. Le régime iranien entrera dans une phase d&#8217;agonie et tombera. Cet événement sera décisif pour la région même, ainsi que pour le monde arabe. Le régime syrien, en revanche, survivra mais sera de plus en plus isolé et finalement assez impotent. Le Liban s&#8217;émancipera en partie, mais pas totalement, les Libanais se rappelant quand même qu&#8217;ils n&#8217;ont pas à ce jour réussi à se mettre d&#8217;accord entre eux en matière de partage du pouvoir.</p>
<p>Badaboum. Ce n&#8217;est pas le gouvernement iranien qui est tombé mais ma géniale prédiction. Le gouvernement iranien est assez solide. L&#8217;élite semble le détester, mais il a problablement des soutiens dans les campagnes. En 2005, l&#8217;Iran poursuivra son programme nucléaire et n&#8217;aura pas trop de problèmes, finalement.</p>
<p>Syrie et Liban : le Liban ne s&#8217;est pas émancipé parce que la Syrie a maintenu son contrôle et parce que la stratégie choisie par les Occidentaux pour le réduire a consisté à faire adopter une résolution par le Conseil de Sécurité. Le régime syrien est tout de même plus isolé aujourd&#8217;hui qu&#8217;il y a un an, entre autres du fait d&#8217;une plus grande méfiance de la part de la France. A-t-il été responsable de la prise d&#8217;otages ? Sans doute, au moins en partie. Didier Julia découvre qu&#8217;il est moins bien vu qu&#8217;autrefois d&#8217;entretenir d&#8217;excellentes relations personnelles avec ce régime. Ca ne s&#8217;arrangera pas, mais 2005 ne devrait pas apporter beaucoup de modifications à la situatino. Bachar va continuer à doser son soutien aux terroristes irakiens de façon à ne pas subir de représailles.</p>
<p>C&#8217;est tout pour cette année. Tout cela est probablement faux et de toute façon, il est probable que cette page sera effacée pour une raison ou pour une autre d&#8217;ici le 31 décembre 2004.</p>
<p>Donc, bonne année. Si 2004 ressemble à ce qui est décrit plus haut, ce sera une année relativement calme et pas particulièrement palpitante.</p>
<p>2004 n&#8217;a pas été si inintéressante que cela, finalement. A mon avis, la tendance majeure a été la confirmation de la politique américaine et sa validation par les électeurs américains. En 2005, on ne peut plus miser sur le départ des Républicains de la Maison blanche, ni du Congrès, donc il faut faire avec.</p>
<p>Cela signifie pour le Moyen Orient que les régimes politiques de la région vont adopter un profil bas et chercher le compromis, plus ou moins à l&#8217;exemple de la Libye. Ce sera insuffisant pour satisfaire les neocons, mais suffisant pour que les priorités américaines n&#8217;incluent pas leur remplacement immédiat.</p>
<p>Les Etats-Unis sont en mesure d&#8217;essayer d&#8217;amadouer l&#8217;ONU et les Européens. Ce n&#8217;est pas leur priorité mais cela leur serait utile. C&#8217;est sans doute ce qu&#8217;essaiera de faire Rice, qui est une conservatrice classique, pas vraiment kissingerienne mais pas une neocon non plus. L&#8217;Europe va encore chercher à étendre son influence sur le continent par le même moyen que ces dernières années, à savoir sa propre construction. Le procédé atteint ses limites avec la Turquie, mais la question de l&#8217;intégration de l&#8217;Ukraine va se poser en 2005 d&#8217;une autre façon. Il s&#8217;agira surtout de faire accepter par la Russie, qui n&#8217;aura pas vraiment le choix, et de savoir si la Russie elle-même a vocation à entrer dans l&#8217;UE. La question va sans doute se poser parce que 1) si la Turquie rentre, pourquoi pas la Russie, et 2) la Russe n&#8217;est pas l&#8217;URSS. C&#8217;est un pays beaucoup plus petit et son poids économique est plutôt limité. En bref, l&#8217;UE va commencer à muter vers une organisation vraiment paneuropéenne, ou en tout cas, il en sera question. Pendant ce temps, le régime politique russe sera devenu plus autoritaire, mais ce n&#8217;est pas en 2005 que Poutine commencera à rencontrer des problèmes. Il vient d&#8217;être réélu. Les prochaines élections risquent d&#8217;être un peu agitées, mais en 2005, Poutine devrait plutôt continuer à renforcer son pouvoir à l&#8217;intérieur, tandis que son influence à l&#8217;extérieur sera plutôt en diminution.</p>
<p>L&#8217;Asie du Sud et du Sud-Est sera affectée par la catastrophe du 26 décembre 2004, mais cela n&#8217;aura pas de conséquences économiques énormes. La crise du secteur touristique durera juste ce qu&#8217;il faut pour reconstruire les infrastructures et retrouver du personnel. Un pays comme l&#8217;Inde a connu bien pire. La région n&#8217;a pas vraiment de raison d&#8217;entrer dans une crise majeure en 2005. Le Pakistan et l&#8217;Inde sont plutôt en phase d&#8217;apaisement mutuel, la Birmanie est relativement tranquille tant qu&#8217;on s&#8217;intéresse au Moyen Orient, les Talibans se sont évaporés, etc.</p>
<p>2005 s&#8217;annonce comme une année plutôt banale pendant laquelle on cherchera surtout à digérer les conséquences de ce qui a été fait en 2003 et 2004. Je prédis également que ces prévisions se seront révélées fausses ou sans intérêt le 31 décembre 2005. J&#8217;aimerais bien prévoir un gros coup, mais j&#8217;ai plutôt l&#8217;impression que la politique des grandes puissances est précisément faite pour éviter que de telles choses ne se produisent. La politique américaine est peut-être révolutionnaire au Moyen Orient, mais elle fait l&#8217;objet d&#8217;annonces assez précoces. Dans les autres régions, elle est au contraire très mesurée et prudente, qu&#8217;il s&#8217;agisse de la Russie ou de la Chine. L&#8217;année 2005 sera donc assez conservatrice.</p>
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		<title>La gratuité existe, finalement ?</title>
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		<pubDate>Thu, 23 Dec 2004 09:37:57 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Say No More</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Le discours télévisé de Chirac célébrant la libération des deux otages français en Irak ne mérite probablement pas de commentaire particulier. Ce qu&#8217;on peut en retenir, c&#8217;est que leur libération est due à la mobilisation et aux efforts de tous les Français, ce qui signifie probablement, en clair, que Chesnot et Malbrunot ont été libérés [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Le discours télévisé de Chirac célébrant la libération des deux otages français en Irak ne mérite probablement pas de commentaire particulier. Ce qu&#8217;on peut en retenir, c&#8217;est que leur libération est due à la mobilisation et aux efforts de tous les Français, ce qui signifie probablement, en clair, que Chesnot et Malbrunot ont été libérés grâce aux pétitions et aux différentes campagnes en faveur de leur libération. Ce qui est un peu inquiétant est le fait que les médias n&#8217;ont pas particulièrement cherché à pousser l&#8217;analyse plus loin. Le Parti socialiste a quand même joué son rôle d&#8217;opposant en demandant des explications, mais, je ne sais pas pourquoi, j&#8217;ai un peu de mal à imaginer Hollande donnant des leçons de fermeté à qui que ce soit.</p>
<p>Alliot-Marie a déclaré qu&#8217;aucune rançon n&#8217;avait été donnée aux preneurs d&#8217;otages et que si c&#8217;était le cas, le gouvernement ne le cacherait pas car personne n&#8217;y verrait d&#8217;inconvénient de toute façon. Cette candeur a quelque chose d&#8217;émouvant. Le Ministre de la défense français nous explique en toute simplicité qu&#8217;elle ne voit pas quel mal il peut y avoir à donner de l&#8217;argent à des gens qui s&#8217;en serviront pour fabriquer des ceintures d&#8217;explosifs qui seront utilisées contre des civils irakiens ou des soldats américains. La France explique depuis le 11 septembre 2001 que l&#8217;un des meilleurs moyens de lutter contre le terrorisme consiste à mettre à jour et tarir ses sources de financement, puis nous fait savoir que l&#8217;on pourrait néanmoins envisager sans le moindre état d&#8217;âme de financer le terrorisme.</p>
<p>De toute façon, le Premier ministre et le Ministre de la défense ont très probablement menti. Lorsque les otages français au Liban ont été libérés, le gouvernement a pareillement déclaré qu&#8217;aucune rançon n&#8217;avait été donnée aux preneurs d&#8217;otages. Une quinzaine d&#8217;années plus tard, une polémique opposait les socialistes aux gaullistes, les premiers déclarant qu&#8217;ils étaient sur le point d&#8217;obtenir la libération des otages peu avant les élections de 1986, en échange d&#8217;une rançon, et que les seconds seraient alors intervenus pour retarder la libération en question afin qu&#8217;elle n&#8217;intervienne qu&#8217;une fois la droite au gouvernement, et ce en échange d&#8217;une rançon plus importante que celle promise par les socialistes.</p>
<p>Outre que si cette histoire est vraie, il s&#8217;agit d&#8217;un acte de trahison de la part des négociateurs gaullistes &#8211; et de celui qui les a mandatés &#8211; qui mériterait une sanction pénale particulièrement lourde (la prison serait-elle un châtiment excessif pour des gens qui auraient délibérément prolongé la détention des otages ?) ; l&#8217;aveu des socialistes est tout de même assez ahurissant, notamment parce qu&#8217;il ne concerne pas seulement cette affaire. Il concerne en fait le principe même selon lequel on ne négocie pas avec des terroristes, pas plus qu&#8217;on ne verse de rançon à des preneurs d&#8217;otages. Eh bien c&#8217;est du flan. La France négocie avec les terroristes et verse des rançons quand des Français sont pris en otages. Et elle s&#8217;en vante.</p>
<p>Inutile de répéter ici ce que tout le monde sait, à savoir que dès lors que des terroristes récoltent un bénéfice du fait de leurs actes, ils sont incités à les reproduire. On se contentera d&#8217;admettre qu&#8217;il faut parfois faire preuve de souplesse dans des cas où l&#8217;on est littéralement coincé et où l&#8217;on hésite à laisser mourir des dizaines de personnes alors qu&#8217;on peut les tirer d&#8217;affaire en faisant des concessions, quitte à compenser ces dernières par la suite en poursuivant les terroristes en question. Cela peut être admissible dans certains cas.</p>
<p>Mais nous n&#8217;en sommes pas là. Nous en sommes au stade où nous nous en fichons éperdument. Peu importe le gain immédiat pour les terroristes, et peu importe le fait d&#8217;accroître le risque qu&#8217;ils sévissent à nouveau. Surtout, peu importe les autres otages, américains, britanniques, italiens, népalais ou autres qui seront bientôt capturés et, pour beaucoup d&#8217;entre eux, exécutés.</p>
<p>Donc, avons-nous versé une rançon ? Je n&#8217;en sais rien, mais j&#8217;ai beaucoup de mal à comprendre par quel miracle les preneurs d&#8217;otages ont finalement décidé de devenir gentils si nous ne leur avons rien donné en échange. Chirac nous expliquera que la libération des otages a été produite par la &#8220;mobilisation&#8221; des Français et le gouvernement nous dira que nous avons obtenu cette libération par la négociation, mais qu&#8217;avons-nous mis sur la table lors de cette négociation ? Rien ? Les vertus intrinsèques de la négociation produisent d&#8217;elles-mêmes des solutions négociées ?</p>
<p>Ne soyons pas surpris si, dans une dizaine d&#8217;années, on nous explique que nous avons bien sûr versé une rançon aux preneurs d&#8217;otages irakiens, avec des sous-entendus subtils signalant que seuls les naïfs un peu demeurés avaient cru le contraire. Après tout, si c&#8217;est ainsi que le gouvernement nous considère, cela a quelque chose de flatteur.</p>
<p>Tout cela est assez effrayant. Il est vraiment dommage que ce soit ce clown de Julia qui ait été le seul à trouver les mots justes à propos du Ministre des affaires étrangères qui est donc selon lui un &#8220;ministre complètement nul&#8221;. Il aurait fallu creuser un peu plus loin et un peu plus haut.</p>
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		<title>Now, Watch This Drive</title>
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		<pubDate>Wed, 03 Nov 2004 01:42:46 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Say No More</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Une soirée électorale américaine consiste à élaborer toutes sortes de scénarios basés sur la conquête de tel ou tel Etat et à refaire en permanence le calcul du nombre de grands électeurs qu&#8217;implique chaque scénario, tout cela selon le rythme imposé par les différentes phases de la soirée, à savoir les premiers sondages à la [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Une soirée électorale américaine consiste à élaborer toutes sortes de scénarios basés sur la conquête de tel ou tel Etat et à refaire en permanence le calcul du nombre de grands électeurs qu&#8217;implique chaque scénario, tout cela selon le rythme imposé par les différentes phases de la soirée, à savoir les premiers sondages à la sortie des bureaux de vote, les taux de participation, la prise de conscience de l&#8217;absurdité des sondages, les rumeurs, les premiers sondages basés sur les dépouillements, les projections plus précises, les analyses des résultats acquis Etat par Etat et, pour finir, le décompte final des Etats conquis.</p>
<p>Tout cela est très amusant, mais n&#8217;a finalement pas grand-chose à voir avec la réalité. Généralement, c&#8217;est celui qui remporte le plus de voix qui gagne et les sondages nationaux sont en fait assez pertinents. Quand un candidat commence à distancer son adversaire, il le fait généralement partout à la fois et c&#8217;est cela qui fait &#8220;swinguer&#8221; les swing states.</p>
<p>Bien entendu, lorsque l&#8217;écart est faible, les calculs locaux deviennent d&#8217;autant plus pertinents, mais ça n&#8217;a probablement pas été le cas en 2004. L&#8217;élection présidentielle s&#8217;est, plus que d&#8217;habitude, jouée sur la politique étrangère et la sécurité. L&#8217;évolution culturelle des Etats-Unis a également son importance, mais j&#8217;ai tout de même l&#8217;impression que le grand problème du moment demeure la sécurité.</p>
<p>Par ce terme, il faut entendre quelque chose de plus large que la guerre contre le terrorisme, car les problèmes posés par l&#8217;Iran et la Corée du Nord sont également très présents en ce moment. Plus généralement, il y a apparemment une prise de conscience générale de ce que les questions de sécurité sont importantes. Les Américains ont commencé à comprendre qu&#8217;il peut ne pas être très prudent de laisser un pays comme l&#8217;Afghanistan sombrer dans le chaos. C&#8217;est peut-être loin, mais pas suffisamment pour pouvoir être totalement ignoré.</p>
<p>Les années quatre-vingt dix sont très loin. Aujourd&#8217;hui, cette éloignement est confirmé par la victoire de Bush. C&#8217;est une victoire propre : trois millions de voix de plus que Kerry, plus un élargissement de la majorité républicaine au Congrès.</p>
<p>Bush est désormais un &#8220;grand président&#8221;. La promotion des chefs d&#8217;Etat dans les médias est analogue à celle des fonctionnaires français au sein de leurs administrations : c&#8217;est une simple question d&#8217;ancienneté. Reagan, Mitterrand, Clinton et Chirac sont des grands chefs d&#8217;Etat, ils ont la &#8220;stature&#8221;. Giscard ou Bush le père sont des chefs d&#8217;Etat mineurs. Bush le fils sera désormais pris au sérieux. Ce n&#8217;est pas rien pour quelqu&#8217;un qui vient de passer quatre ans à se faire traiter de crétin et de truand tout en se voyant reprocher ses attaques personnelles contre son adversaire.</p>
<p>Par ailleurs, ce qui est important est que cette victoire nette montre que les Américains ont tourné une page. Kerry a hésité pendant cette campagne entre une vision du monde conforme aux années quatre-vingt dix et une acceptation tacite des nouvelles règles du jeu. Il a probablement senti qu&#8217;il lui était nécessaire de s&#8217;adapter au monde tel qu&#8217;il est depuis le 11 septembre 2001 tout en se sentant obligé de satisfaire la partie la plus militante de son électorat qui continuait à vivre dans les années soixante et soixante-dix, ou du moins dans la vision très reconstruite qu&#8217;elle se faisait de cette période : une période pendant laquelle les Etats-Unis menaient des guerres de choix, la confrontation n&#8217;étant jamais perçue comme nécessaire.</p>
<p>Les Américains ont apparemment assez rapidement pris conscience du changement. Aujourd&#8217;hui, le danger est présent même quand il est lointain. Les Etats-Unis ne sont pas le gendarme du monde, car un gendarme protège d&#8217;autres gens, tandis que les Etats-Unis doivent se protéger eux-mêmes. Les Démocrates devront s&#8217;adapter à cette évolution, et ils le feront probablement, même si on ne sait pas encore comment.</p>
<p>En attendant, les quatre prochaines années permettront à Bush de poursuivre sa politique, mais cette dernière sera désormais perçue différemment. Elle ne sera plus considérée comme une sorte d&#8217;accident dû aux délires d&#8217;un hurluberlu élu par hasard, mais comme une politique pensée, validée et confirmée par la société américaine, et dont la poursuite future ne fera plus de doute. Même les Français finiront probablement par en prendre conscience.</p>
<p>C&#8217;est cela qui rend cette élection si importante. Une victoire de Kerry aurait peut-être abouti à une évolution semblable et finalement anticipée de la part des démocrates, mais j&#8217;ai du mal à l&#8217;imaginer. Ce n&#8217;est pas impossible, mais Kerry n&#8217;avait pas forcément la personnalité requise pour provoquer une telle évolution dans son parti. Clark ou Lieberman en auraient peut-être été capables, mais probablement pas Kerry, et encore moins Edwards. C&#8217;est dans l&#8217;opposition que les démocrates devront s&#8217;adapter, et il est probable qu&#8217;ils le feront.</p>
<p>Les quatre prochaines années seront donc intéressantes. Bush a désormais les mains libres et la bataille peut reprendre dans des conditions probablement meilleures qu&#8217;il y a deux ans, et certainement meilleures que pendant cette campagne. Au programme : Falloudjah, les élections de janvier 2005, la reprise de la poursuite de Ben Laden, l&#8217;Iran d&#8217;une manière ou d&#8217;une autre, la Corée du Nord, et toutes les surprises qui ne manqueront certainement pas de se présenter.</p>
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		<title>Nuisance</title>
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		<pubDate>Thu, 21 Oct 2004 00:09:28 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Say No More</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Le terrorisme est-il une simple nuisance, comme le suggère Kerry dans une récente déclaration ? On pourrait penser cela au vu du nombre de victimes résultant du terrorisme si on le compare au nombre de tués par les accidents de la route ou par d&#8217;autre phénomènes du même ordre. Il y a néanmoins une différence [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Le terrorisme est-il une simple nuisance, comme le suggère Kerry dans une récente déclaration ? On pourrait penser cela au vu du nombre de victimes résultant du terrorisme si on le compare au nombre de tués par les accidents de la route ou par d&#8217;autre phénomènes du même ordre. Il y a néanmoins une différence de taille. Les accidents de la route tuent à peu près chaque année le même nombre de personnes, avec de légères variations ou des évolutions relativement lentes résultant des politiques suivies dans ce domaine ou de l&#8217;évolution des comportements. Par conséquent, on peut dire que les accidents de la route &#8220;tuent&#8221; chaque année un certain nombre de personnes, car le nombre de victimes de l&#8217;année prochaine sera proche de celui de l&#8217;année écoulée. Il n&#8217;en va pas de même pour le terrorisme. Le nombre annuel de victimes peut varier fortement en fonction des politiques antiterroristes d&#8217;une part, de la réussite des groupes terroristes d&#8217;autre part. Al-Qaida peut tuer un nombre très élevé de gens l&#8217;année prochaine si les gouvernements occidentaux ne font rien, et même s&#8217;ils font quelque chose. En bref, le terrorisme n&#8217;est pas un phénomène que l&#8217;on peut aborder sous l&#8217;angle statistique. Les statistiques, dans ce domaine, n&#8217;ont pas de rapport avec les probabilités. On ne peut pas extrapoler à partir du nombre de victimes passées pour en déduire le nombre probable de vicimes futures. Aussi n&#8217;est-il pas correct d&#8217;estimer que le terrorisme &#8220;tue&#8221; un nombre donné de personnes par an. Il &#8220;a tué&#8221; ce nombre de personnes, en moyenne, chaque année, mais on ne sait pas combien de personne il tuera l&#8217;année prochaine, même de façon approximative. C&#8217;est pour cette raison que le terrorisme n&#8217;est pas une nuisance plus ou moins constante, et ne l&#8217;a jamais été, mais s&#8217;identifie bien à un danger grave. C&#8217;est apparemment ce que Kerry n&#8217;a pas compris.</p>
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		<title>Une proposition prétentieuse</title>
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		<pubDate>Wed, 20 Oct 2004 08:54:44 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Say No More</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Le rapport sur le racisme et l&#8217;antisémitisme remis hier au ministre de l&#8217;Intérieur Galouzeau et dirigié par Jean-Christophe Rufin contient plusieurs points intéressants sur lesquels il serait sûrement opportun de revenir, dès lors que l&#8217;auteur de ces lignes en aura trouvé le temps.
En attendant, je souhaite traiter très brièvement de la question de l&#8217;&#8221;antisémitisme par [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Le rapport sur le racisme et l&#8217;antisémitisme remis hier au ministre de l&#8217;Intérieur Galouzeau et dirigié par Jean-Christophe Rufin contient plusieurs points intéressants sur lesquels il serait sûrement opportun de revenir, dès lors que l&#8217;auteur de ces lignes en aura trouvé le temps.</p>
<p>En attendant, je souhaite traiter très brièvement de la question de l&#8217;&#8221;antisémitisme par procuration&#8221; dont il est question dans ce rapport. Rufin estime que l&#8217;antisémitisme peut prendre la forme de l&#8217;antisionisme radical, ce en quoi il a parfaitement raison. Alain Finkielkraut l&#8217;a dit à plusieurs reprises d&#8217;une façon différente, mais la nouveauté est que l&#8217;idée figure désormais dans un rapport officiel apparemment conforme aux souhaits de son commanditaire, le ministre, donc, de l&#8217;intérieur. Peut-être ce dernier devrait-il néanmoins se demander si sa fameuse &#8220;théorie de la parenthèse&#8221; ne présente pas certains points communs avec ce que vise Rufin, mais ce n&#8217;est pas un problème urgent, notamment parce que ladite théorie n&#8217;a jamais été formulée publiquement.</p>
<p>La proposition prétentieuse promise est la suivante : il s&#8217;agirait de parler non pas d&#8217;&#8221;antisémitisme par procuration&#8221;, mais d&#8217;&#8221;antisémitisme par induction&#8221;. Le discours visé par Rufin consiste en effet à donner à l&#8217;auditeur les éléments à partir desquels il aboutira de lui-même à des conclusions antisémites. Exemple déjà cité à propos de Boniface : &#8220;les Juifs empoisonnent l&#8217;eau des puits, mais vous en déduirez ce que vous voudrez à propos de ces derniers, et ne me traitez surtout pas d&#8217;antisémite&#8221;.</p>
<p>Boniface avec qui Rufin a par parenthèse souvent travaillé et entretenu des relations variables.</p>
<p>Néanmoins, c&#8217;est une excellente chose que ce phénomène ait été ainsi publiquement évoqué.</p>
<p>Cela étant dit, Rufin propose aussi de pénaliser la chose. Je crois que c&#8217;est une grave erreur et que cela dénote même une certaine incompréhension du problème en question. La raison d&#8217;être de l&#8217;&#8221;antisémitisme par induction&#8221; ou par procuration est que l&#8217;antisémitisme direct est pénalisé. Si l&#8217;on pénalisait l&#8217;antisémitisme indirect, alors c&#8217;est un antisémitisme un peu plus indirect qui apparaîtrait immédiatement et qui s&#8217;appuierait sur la pénalisation en question.</p>
<p>Exemple : &#8220;ce sont en particulier les Juifs qui sont accusés d&#8217;empoisonner l&#8217;eau des puits. Pour ma part, je ne confirme ni n&#8217;infirme cette accusation&#8221;, etc.</p>
<p>On peut toujours pousser le raisonnement, mais la loi qui le régit est la suivante : un discours antisémite n&#8217;est pas nécessaire, il suffit de produire un discours qui soit le plus antisémite possible tout en restant dans la légalité. L&#8217;auditoiire recevra toujours le massage 5 sur 5. Or, un tel discours, par définition, existe toujours. Il n&#8217;est pas nécessaire de pousser la pénalisation très loin pour que le discours du général De Gaulle, selon lequel le peuple juif avait &#8220;suscité&#8221; l&#8217;antisémitisme, ne devienne un délit pénal, mais il suffirait de mettre en oeuvre une pénalisation du même ordre que celle proposée par Rufin pour que ce discours soit entendu comme implicitement mais fortement antisémite. Il suffirait, pour être clair, que tout discours légèrement plus antisémite que celui de De Gaulle soit interdit.</p>
<p>Concrètement, si on interdit d&#8217;accuser Israël d&#8217;apartheid, Boniface pourra continuer à écrire que Sharon est semblable à Milosevic, puisqu&#8217;il sera tout autant interdit d&#8217;écrire que Milosevic est semblable à Hitler.</p>
<p>Le fond du problème est que l&#8217;antisémitisme n&#8217;est peut-être pas un phénomène contre lequel on puisse lutter très efficacement. Cela tient peut-être au parcours historique particulier du peuple juif ou à d&#8217;autres facteurs, mais l&#8217;antisémitisme est constamment réapparu depuis 2000 ans sous une forme ou sous une autre. Je doute qu&#8217;une loi du type des loi Gayssot ou Pleven soit capable d&#8217;y mettre fin. L&#8217;important me semblerait plutôt de s&#8217;assurer que les Juifs sont en mesure de se protéger et de se défendre contre l&#8217;antisémitisme.</p>
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		<title>Otages</title>
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		<pubDate>Thu, 23 Sep 2004 23:06:58 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Say No More</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Les raisons de la capture des deux journalistes français n&#8217;ont pas été clairement déterminées. Les preneurs d&#8217;otages ont demandé l&#8217;abrogation de la loi française sur les signes religieux à l&#8217;école, mais cette demande ressemble plus à une opération de communication de la part des terroristes qu&#8217;à leur motivation véritable. Cette loi n&#8217;est probablement pas leur [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Les raisons de la capture des deux journalistes français n&#8217;ont pas été clairement déterminées. Les preneurs d&#8217;otages ont demandé l&#8217;abrogation de la loi française sur les signes religieux à l&#8217;école, mais cette demande ressemble plus à une opération de communication de la part des terroristes qu&#8217;à leur motivation véritable. Cette loi n&#8217;est probablement pas leur premier souci et leur demande n&#8217;est pas très réaliste : un pays comme la France peut très bien céder à un ultimatum de ce type, mais il essaie alors de le faire plus ou moins discrètement. Il serait difficile d&#8217;abroger cette loi discrètement.</p>
<p>Ils ont pu se tromper, comme cela a été suggéré, et croire dans un premier temps que leur deux pensionnaires venaient d&#8217;un pays membre de la coalition. Néanmoins, si c&#8217;est ainsi, pourquoi ne pas les avoir relâchés ? Soit les preneurs d&#8217;otages veulent détenir ces deux Français, soit ils n&#8217;en veulent pas. Peut-être essayent-ils maintenant de les revendre, mais la France leur aurait assez rapidement proposé un prix attractif si c&#8217;était le cas et l&#8217;affaire serait sans doute réglée aujourd&#8217;hui.</p>
<p>Mon hypothèse est tout simplement que les deux Français ont été pris en otages pour que la France reste à l&#8217;écart de l&#8217;Irak. Vers le printemps 2004, on parlait en France d&#8217;un rapprochement avec les Etats-Unis et la coalition et il était question de diverses formes de participation indirecte à la reconstruction de l&#8217;Irak, dont la formation de policiers irakiens (proposée par la France en 2003) et une participation de l&#8217;OTAN à la formation des forces de sécurité irakiennes. La France a approuvé des résolutions du Conseil de Sécurité sur la reconstruction de l&#8217;Irak et une visite d&#8217;Allawi était prévue à Paris lorsque la capture a eu lieu.</p>
<p>En tenant les deux otages et en les gardant, sans les libérer ni les égorger, les terroristes ont réussi à paralyser la France. Les réticences françaises vis-à-vis de l&#8217;entreprise irakienne constituant aux yeux de nos élites notre principale chance de revoir vivants nos deux journalistes, les remettre en cause passerait pour de la légèreté vis-à-vis de leur sort. Chirac ne va pas annoncer la création d&#8217;un centre de formation en France pour les policiers irakiens tant que Chesnot et Malbrunot sont prisonniers.</p>
<p>C&#8217;est une hypothèse simple qui me paraît avoir l&#8217;avantage d&#8217;expliquer ce prolongement assez atypique de la détention des deux otages. Et tout cas, si elle est exacte, les otages ne sont pas près d&#8217;être libérés. Par ailleurs, dans ce même cas, le moins que l&#8217;on puisse dire est que les terroristes ont gagné. De la même façon qu&#8217;ils ont réussi à éloigner l&#8217;Espagne, ils auraient réussi à tenir la France en respect. Cette dernière a réagi en faisant preuve d&#8217;une lâcheté plus ostensible que d&#8217;habitude mais qui s&#8217;est surtout exprimée par des déclarations publiques et par le recueil de soutiens dont nous pourrions nous dispenser. Mais ce spectacle en lui-même assez affligeant a peut-être masqué le plus important, à savoir la facilité avec laquelle un groupe de délinquants aura mis son veto sur une évolution diplomatique certes limitée que la France semblait envisager.</p>
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		<title>Kerry et les Français</title>
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		<pubDate>Thu, 23 Sep 2004 23:04:34 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Say No More</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Kerry est très populaire en France, mais gagnerait-il une élection ici ?
Les Français affichent leur préférence pour un homme qu&#8217;ils pensent subtil et raffiné contre un personnage qu&#8217;ils jugent inculte et populiste. Or, ils ont élu Chirac contre Jospin, qu&#8217;ils pensaient également subtil et raffiné (et honnête, paraît-il).
Les Français n&#8217;aiment pas la rhétorique sécuritaire de [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Kerry est très populaire en France, mais gagnerait-il une élection ici ?</p>
<p>Les Français affichent leur préférence pour un homme qu&#8217;ils pensent subtil et raffiné contre un personnage qu&#8217;ils jugent inculte et populiste. Or, ils ont élu Chirac contre Jospin, qu&#8217;ils pensaient également subtil et raffiné (et honnête, paraît-il).</p>
<p>Les Français n&#8217;aiment pas la rhétorique sécuritaire de Bush et préfèrent le multilatéralisme de Kerry, mais il n&#8217;est pas du tout sûr qu&#8217;ils éliraient un fédéraliste européen vibrant contre un partisan du renforcement de la sécurité intérieure qui se montrerait méfiant vis-à-vis de Bruxelles.</p>
<p>Les Français ont retenu des débats sur la carrière militaire des deux candidats que Kerry était un héros et Bush un lâche, mais on trouvera difficilement trace dans l&#8217;histoire récente de la France d&#8217;une élection qui se serait jouée sur l&#8217;héroïsme d&#8217;un candidat pendant la guerre d&#8217;Algérie.</p>
<p>Les Français reprochent accessoirement à Bush de pratiquer des attaques personnelles contre Kerry (celles de Kerry contre Bush passant pour parfaitement légitimes) et en déduiront probablement que Bush aura gagné en pratiquant les coups bas. Ont-ils donc oublié l&#8217;affaire des diamants et la feuille d&#8217;impôts de Chaban, ou encore le vent de culpabilité qui avait soufflé sur le pays lors du suicide de Bérégovoy ?</p>
<p>D&#8217;un autre côté, les Français ont bien élu Mitterrand, ce qui semble indiquer que les retournements de veste ne les dérangent pas plus que cela. Ils ont également élu Chirac, ce qui, encore une fois, démontre que leurs exigences intellectuelles vis-à-vis de leurs dirigeants sont finalement assez modérées. Eliraient-ils pour autant un candidat doté à la fois des principes moraux de Mitterrand et de l&#8217;intelligence de Chirac ?</p>
<p>Tout cela est évidemment futile puisque les Français ne voteront pas le 2 novembre et que leurs préférences ne découlent que de leur perception lointaine de la politique étrangère américaine. Kerry, pensent-ils, sera multilatéraliste et la France sera écoutée et non plus méprisée. Il est vrai que la francophobie est devenue un phénomène palpable aux Etats-Unis, mais elle est généralement le fait de personnes qui connaissent assez peu la France et qui en font plus qu&#8217;autre chose un sujet de débat politique interne. Nous en faisons autant vis-à-vis des Etats-Unis. Les désaccords réels entre la France et les Etats-Unis risquent en revanche de demeurer exactement les mêmes en cas de victoire de Kerry, car le contexte international sera le même et parce que Kerry semble vouloir demander à la France de s&#8217;impliquer en Irak tout en maintenant que ce pays est devenu un bourbier. La rhétorique de Kerry est très particulière.</p>
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		<title>Baslan</title>
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		<pubDate>Wed, 08 Sep 2004 11:49:49 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Say No More</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Une bonne raison de déclarer la guerre &#8220;au terrorisme&#8221; plutôt qu&#8217;à des adversaires désignés spécifiquement tient à ce que l&#8217;usage de cette tactique par nos adversaires pose certains problèmes assez graves. Ce n&#8217;est pas une raison pour ne pas déclarer également la guerre à al-Qaïda ou à ce qu&#8217;il reste des mouvements terroristes européens, mais [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Une bonne raison de déclarer la guerre &#8220;au terrorisme&#8221; plutôt qu&#8217;à des adversaires désignés spécifiquement tient à ce que l&#8217;usage de cette tactique par nos adversaires pose certains problèmes assez graves. Ce n&#8217;est pas une raison pour ne pas déclarer également la guerre à al-Qaïda ou à ce qu&#8217;il reste des mouvements terroristes européens, mais la généralisation de l&#8217;outil terroriste est en elle-même une source d&#8217;inquiétude. Pour commencer, le terrorisme, lorsqu&#8217;il prend un aspect massif, peut faire de très gros dégats. Il ne faut pas perdre de vue ce que le 11 septembre a montré : non seulement qu&#8217;un attentat peut faire des milliers de morts, mais aussi et surtout que nous sommes souvent en retard d&#8217;un attentat. Le prochain pourrait être d&#8217;une nature que nous n&#8217;aurons même pas imaginée. En deuxième lieu, la prise d&#8217;otages de Baslan pose un autre problème. Dans ce cas, les Russes ne pouvaient probablement pas faire grand-chose : les terroristes étaient déterminés, correctement organisés et suffisamment nombreux pour qu&#8217;il soit extrêmement difficile de les prendre par surprise, ce qui aurait été nécessaire pour les neutraliser tout en sauvant les otages. Le plus probable est que même le SAS ou le Sayeret Matkal n&#8217;aurait pas pu sauver grand-monde. Dans ce cas, quelles options nous reste-t-il ? Face à des gens qui se donnent les moyens de nous massacrer et qui se considèrent d&#8217;entrée de jeu comme morts, la dissuasion directe ne fonctionne sans doute pas très bien. On peut difficilement leur faire peur. On peut essayer de prévenir les opérations de ce type par les moyens classiques, mais un seul échec peut être grave. Quelles que soient les erreurs commmises par les services de renseignements américains avant le 11 septembre, on peut peut-être penser que ces attentats-là auraient pu être évités, mais on ne peut pas affirmer que des attentats de ce type auraient été impossible en leur absence. Le risque que nous courons est que nous n&#8217;ayons plus un jour à notre disposition que l&#8217;option qui consiste à exercer des représailles indistinctes et violentes contre des populations entières. Ce serait une grave erreur de croire que les insurgés gagnent toujours. Tout d&#8217;abord, c&#8217;est faux à notre époque, même avec une presse libre et une opinion publique sensible. Ensuite et surtout, ce fut faux par le passé. Les Romains ou les Mongols savaient fort bien mater une rébellion. Nous avons les moyens d&#8217;en faire autant. Les Américains peuvent raser Faloudjah sans évacuer la population avant. Les Israéliens peuvent en faire autant à Gaza. Les Français peuvent en faire autant dans des villages corses. Ce n&#8217;est pas une question de moyens, mais de conscience. Collectivement, nous refusons sincèrement de faire du mal à des gens qui, individuellement, ne nous ont rien fait, ou du moins, nous faisons ce que nous pouvons pour l&#8217;éviter. Mais cela dépend de nous. Si les épisodes du type de celui de Baslan se multiplient, nous changerons collectivement d&#8217;avis. Les gens qui dénoncent aujourd&#8217;hui les tortures et les massacres qu&#8217;ils prêtent aux Américains et aux Israéliens verront alors ce que sont de vrais massacres et de vraies tortures. Il n&#8217;est d&#8217;ailleurs pas évident que cela soit si efficace que cela. Les Russes en sont en quelque sorte déjà à ce stade en Tchétchénie. Cependant, ce qu&#8217;ils font en Tchétchénie semble plus résulter de l&#8217;indiscipline qui règne dans leur armée et d&#8217;une certaine absence de stratégie que d&#8217;une stratégie consciente. Si les Occidentaux jettent aux orties leurs inhibitions morales dans le cadre de stratégiees organisées, cela pourrait rendre ces dernièes plus efficaces. Je ne serais pas très heureux d&#8217;une telle évolution. Après tout, il s&#8217;agit de préserver un mode de vie et un héritages historiques qui ne sortiraient pas intacts d&#8217;une évolution de ce type. Et c&#8217;est ce vers quoi le terrorisme pourrait nous mener.</p>
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		<title>Svastikas</title>
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		<pubDate>Tue, 27 Jul 2004 02:11:15 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Say No More</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Dans les années quatre-vingt, il était régulièrement question d&#8217;une &#8220;internationale néo-nazie&#8221; extrêmement dangereuse et occupée à travailler en silence à sa prochaine prise du pouvoir.
Le phénomène n&#8217;était pas entièrement imaginaire. Il y avait quelques skinheads néo-nazis et quelques leaders réputés charismatiques, c&#8217;est-à-dire charismatique du point de vue d&#8217;un skinhead nazi. Ces personnes se réunissaient parfois [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Dans les années quatre-vingt, il était régulièrement question d&#8217;une &#8220;internationale néo-nazie&#8221; extrêmement dangereuse et occupée à travailler en silence à sa prochaine prise du pouvoir.</p>
<p>Le phénomène n&#8217;était pas entièrement imaginaire. Il y avait quelques skinheads néo-nazis et quelques leaders réputés charismatiques, c&#8217;est-à-dire charismatique du point de vue d&#8217;un skinhead nazi. Ces personnes se réunissaient parfois à Dixmude et se promettait de reconstruire le IIIe Reich. Leur médiatisation a probablement été pour eux une aubaine. Elle leur a en tout cas procuré une assez brève renommée. Ce devait être particulièrement satisfaisant pour un skinhead néo-nazi d&#8217;avoir l&#8217;impression de faire peur au reste de la société.</p>
<p>Bref, tel était le danger nazi quand la France bataillait furieusement contre l&#8217;antisémitisme. Car la France s&#8217;est battue contre l&#8217;antisémitisme, à peu près entre 1981 et 1988. Le combat contre l&#8217;antisémitisme était essentiellement mené par la gauche, puisqu&#8217;il s&#8217;agissait pour elle de battre politiquement la droite en s&#8217;efforçant de l&#8217;associer dans l&#8217;esprit des électeurs au danger raciste et antisémite. Cette association s&#8217;est principalemnet appuyée sur la dénonciation de connivences entre Le Pen et la droite, les charters pour immigrés clandestins et la mort du manifestant Malik Oussékine. SOS-Racisme a été fondé par un petit groupe de militants, dont Julien Dray, qui ont obtenu en échange du soutien explicite à Mitterrand de leur association la possibilité de créer un courant interne au Parti socialiste.</p>
<p>En bref, le racisme et l&#8217;antisémitisme étaient à cette époque des éléments constitutifs du jeu politique français. C&#8217;est cela qui a changé aujourd&#8217;hui. L&#8217;antisémitisme actuel est bien réel alors que l&#8217;ancien était largement imaginaire ; il est par ailleurs inutilisable. S&#8217;en prendre sérieusement à l&#8217;antisémitisme actuel reviendrait à se mettre à dos une partie des populations immigrées, même si on ne sait pas très bien de quelle partie il s&#8217;agit exactement. On prétendra plus volontiers inculquer aux intéressés la subtile distinction entre antisémitisme et antisionisme, mais cela posera un problème. En effet, cette distinction est assez pertinente du point de vue d&#8217;un Occidental. D&#8217;un point de vue arabe, c&#8217;est moins évident. Un discours à la fois antisioniste et philosémite risque tout simplement de passer pour contradictoire. Les notions de séparation entre religion et politique, nation et Etat, ethnicité et choix politique sont moins évidentes auprès de ces populations.</p>
<p>En outre, le discours antisioniste ou pro-palestinien tenu en France aujourd&#8217;hui n&#8217;est pas un discours raisonné. C&#8217;est un discours prémâché et répété qui ne se prête pas aux distinctions subtiles. Il est difficile d&#8217;expliquer que les Israéliens assassinent gratuitement des enfants palestiniens en utilisant des chars de combat mais que le voisin juif dont on sait qu&#8217;il est pro-israéliens n&#8217;est pas quelqu&#8217;un de profondément douteux. On ne peut pas à la fois demander aux gens d&#8217;être en permanence moraux et de passer l&#8217;éponge lorsqu&#8217;ils ont affaire à des gens aussi immoraux.</p>
<p>En réalité, la morale n&#8217;a évidemment pas grand-chose à voir dans tout cela. Se comporter de façon morale consisterait à éviter d&#8217;engager à la légère le sort d&#8217;autrui et à rechercher la vérité, c&#8217;est-à-dire le contraire de ce qui se fait aujourd&#8217;hui. Les mécanismes à l&#8217;oeuvre sont beaucoup plus classiques et mieux connus. Lors de la Grande Peste de 1348, on désignait des responsables pour des malheurs auxquels on ne comprenait pas grand-chose mais qui frappaient très durement la société. Aujourd&#8217;hui, les malheurs ne sont plus vécus mais seulement observés de loin et parfois imaginaires. On n&#8217;en cherche pas moins les responsables.</p>
<p>L&#8217;antisémitisme est plus réel aujourd&#8217;hui qu&#8217;il ne l&#8217;était dans les années quatre-vingt, mais il n&#8217;est plus aujourd&#8217;hui associé à la montée imaginaire du néo-nazisme. Finalement, l&#8217;antisémitisme est bien là, mais les croix gammées sont absentes. Lorsqu&#8217;elles apparaissent, comme lors de l&#8217;agression imaginaire du RER ou lors de la profanation de divers cimetières ces derniers mois, l&#8217;opinion se réveille, mais l&#8217;antisémitisme lui-même est finalement assez bien toléré. Le tout est de ne pas laisser traîner de croix gammées.</p>
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		<title>Pays antisémite</title>
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		<pubDate>Wed, 21 Jul 2004 10:55:14 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Say No More</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Ca ne coûte pas très cher de s&#8217;abstenir lors d&#8217;un vote à l&#8217;Assemblée générale de l&#8217;ONU. Dans le cas présent, il s&#8217;agit d&#8217;un vote qui fait suite à une résolution de la CIJ, laquelle a statué sur un sujet qui n&#8217;aurait pas dû lui être soumis, de l&#8217;avis de l&#8217;Union européenne qui s&#8217;était prononcé contre [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Ca ne coûte pas très cher de s&#8217;abstenir lors d&#8217;un vote à l&#8217;Assemblée générale de l&#8217;ONU. Dans le cas présent, il s&#8217;agit d&#8217;un vote qui fait suite à une résolution de la CIJ, laquelle a statué sur un sujet qui n&#8217;aurait pas dû lui être soumis, de l&#8217;avis de l&#8217;Union européenne qui s&#8217;était prononcé contre le fait de lui soumettre la question de la barrière de sécurité israélienne.</p>
<p>Il est probable que cette barrière n&#8217;aurait pas été jugée aussi sévèrement si elle avait été construite en territoire proprement israélien. En fait, le plus probable est que la CIJ n&#8217;aurait même pas été appelée à rendre un avis sur la question. Cependant, la CIJ n&#8217;a pas rendu un avis sur le tracé de cette barrière, pas plus que l&#8217;Assemblée générale de l&#8217;ONU. L&#8217;une comme l&#8217;autre demandent à Israël de démanteler la barrière, pas de la déplacer. Ces aboiements constituent une triple nuisance.</p>
<p>- Une nuisance intentionnelle contre Israël. Israël cherche à se défendre contre le terrorisme. La CIJ et l&#8217;Assemblée générale veulent l&#8217;en empêcher. Ces deux organismes soutiennent le terrorisme, ou du moins le terrorisme palestinien. Par &#8220;terrorisme palestinien&#8221;, je ne désigne pas l&#8217;ensemble des voies par lesquelles les Palestiniens essayent d&#8217;obtenir un Etat indépendant ou cherchent à remplir tout autre objectif politique, raisonnable ou non. Je parle bien du terrorisme, c&#8217;est-à-dire d&#8217;un moyen d&#8217;action spécifique. C&#8217;est ce moyen d&#8217;action et rien d&#8217;autre que la barrière vise à combattre, et à cela que la CIJ et l&#8217;Assemblée générale portent secours. La CIJ et l&#8217;Assemblée générale sont des alliés des terroristes. Cela doit être clair.</p>
<p>- Une nuisance pour le droit international. Ce dernier est détourné de sa fin ultime qui consiste à organiser les relations entre Etats d&#8217;une manière qui favorise le compromis. La CIJ privilégie la lettre lorsque cela va dans son sens, en considérant comme illégale la construction d&#8217;ouvrages militaires en territoires occupés, et ce qu&#8217;elle considère comme l&#8217;esprit lorsqu&#8217;elle produit cette interprétation originale de l&#8217;article 51 de la charte selon laquelle un Etat n&#8217;est pas attaqué lorsque l&#8217;attaque ne vient pas d&#8217;un autre Etat, en conséquence de quoi Israël ne peut invoquer la légitime défense aussi longtemps que les gens qui tuent des civils israéliens n&#8217;exécutent pas les ordres du gouvernement d&#8217;un Etat reconnu. Cette jurisprudence fera certainement l&#8217;objet d&#8217;une étude attentive.</p>
<p>- Une nuisance pour l&#8217;Union européenne. L&#8217;Union semble s&#8217;être alignée sur la position française, laquelle semble aujourd&#8217;hui définie par la Rue arabe du Quai et &#8211; bien entendu &#8211; par Chirac. On appelle &#8220;Rue arabe&#8221; la direction Afrique du Nord et Moyen Orient du ministère français des Affaires étrangères. Cette direction est principalement composée de diplomates arabisant, c&#8217;est-à-dire de gens qui ont appris l&#8217;arabe pendant leurs études par sympathie et attirance pour le monde arabe, ce qui, en France de nos jours, signifie par sympathie pour les gouvernements et les élites du monde arabe. Ces gens adhèrent généralement à l&#8217;idéologie arabe dominante quelle qu&#8217;elle soit. Aujourd&#8217;hui et depuis une cinquantaine d&#8217;années, cela signifie qu&#8217;ils veulent la destruction d&#8217;Israël. Comme il s&#8217;agit de dignes représentants de l&#8217;élite parisienne, ce sont des gens brillants et subtils qui maîtrisent l&#8217;art de la périphrase et de la déclaration à mots couverts. C&#8217;est pourquoi ils déclareront généralement souhaiter l&#8217;instauration d&#8217;un Etat binational en Palestine ou remarqueront simplement à l&#8217;occasion de dîners en ville que la déclaration Balfour fut une gigantesque erreur historique. Tous ne sont pas des arabisants, et ceux qui ne le sont pas observent généralement la même discipline idéologique. La Rue arabe n&#8217;est que l&#8217;endroit où ces personnes sont le plus nettement majoritaires. La tendance existe dans les autres directions.</p>
<p>Ces gens sont accessoirement antisémites. Les plaisanteries sur l&#8217;avarice des Juifs sont assez courantes au ministère des Affaires étrangères. Il y a toujours un ou deux diplomates pour se signaler à la manière française, comme le non regretté Daniel Bernard lorsqu&#8217;il qualifia Israël de pays de merde, ou l&#8217;actuelle ambassadeur Gérard Arraud qui qualiifa le même Etat de pays de voyous, tout cela dans un cadre privé, c&#8217;est-à-dire un dîner en ville. Le vernis diplomatique veut que la France soit publiquement favorable à une solution négociée au conflit. La marge de manoeuvre verbale de la France lui permet d&#8217;analyser le conflit en question d&#8217;une manière complètement erronée et très favorable à la partie arabe. La réalité est que de nombreux diplomates et de nombreux représentants des élites parisiennes souhaitent la destruction d&#8217;Israël.</p>
<p>Cela signifie-t-il que la France est antisémite ? Non, cela ne &#8220;signifie&#8221; pas que la France est antisémite, mais elle l&#8217;est quand même. La réaction unanime de la classe politique et des organisations juives à la déclaration de Sharon d&#8217;il y a quelques jours en est une manifestation. Les organisations juives, CRIF en tête, ont fait preuve d&#8217;une remarquable lâcheté, et il est assez probable qu&#8217;elles ont fait ce que la classe politique attendait d&#8217;elles, qu&#8217;elles y aient ou non été contraintes. La classe politique a obtenu des organisations juives qu&#8217;elles désavouent Israël. De leur part, c&#8217;est un aveu de faiblesse qui pourrait à terme coûter assez cher, car la classe politique sait désormais qu&#8217;elle peut exercer une pression efficace sur elles, et elle ne s&#8217;en privera pas. Si les choses évoluent ainsi, les Juifs français les désavoueront probablement, car les Juifs français sont généralement proches d&#8217;Israël et savent que Sharon a parlé en leur nom, contrairement au CRIF.</p>
<p>Surtout, Sharon a raison. L&#8217;antisémitisme s&#8217;est développé et la France a montré par la manière dont elle a réagi à ce phénomèe que l&#8217;antisémitisme ne la préoccupe que lorsque un avantage politique particulier peut être retiré de la lutte contre ce dernier. Ainsi, pendant les années quatre-vingt, la classe politique s&#8217;est appuyé sur la moindre manifestation d&#8217;antisémitisme pour nuire à Le Pen, tandis que la gauche s&#8217;efforçait pas les mêmes moyens de nuire à la droite. L&#8217;antisémitisme était alors une hydre monstrueuse par laquelle il était extrêmement mal vu de ne pas se dire terrorisé. Il ne suffisait pas de déclarer sans la moindre ambiguïté que l&#8217;on était opposé à Le Pen et à l&#8217;antisémitisme ; il fallait se dire inquiet. Ne pas avoir peur de l&#8217;antisémitisme rampant, c&#8217;était déjà un début d&#8217;antisémitisme.</p>
<p>Aujourd&#8217;hui, la situation s&#8217;est inversée et les masques sont tombés. Les élites françaises ont montré ces trois dernières années leur vrai visage et nous savons aujourd&#8217;hui ce qu&#8217;est le fond de leur pensée. Le fond de ce qui leur tient lieu de pensée, c&#8217;est l&#8217;idée que l&#8217;antisémitisme est un excellent levier politique aussi longtemps qu&#8217;il n&#8217;est pas vraiment en train de se manifester. Lorsque l&#8217;on a affaire à une véritable montée de l&#8217;antisémitisme, il vaut mieux l&#8217;ignorer.</p>
<p>Depuis trois ans, la France a nourri cet antisémitisme par ses prises de positions officielles et par l&#8217;attitude de ses médias. Israël a été chaque jour traîné dans la boue par ce pays, et chaque jour, les élites françaises ont incité les antisémites de ce pays à s&#8217;en prendre aux Juifs. Ce comportement a pu être attribué dans un premier temps à une sorte de réflexe militant plus ou moins gauchiste, mais ses conséquences sont suffisamment vite devenues évidentes. C&#8217;est en connaissance de cause que nos médias et nos élites ont persisté dans leur délire.</p>
<p>Au bout d&#8217;environ deux ans, Chirac et le gouvernement ont plus ou moins prétendu renforcer la lutte contre l&#8217;antisémitisme, et ce au moyen des mêmes casseroles utilisées contre l&#8217;antisémitisme imaginaire des années quatre-vingt, que l&#8217;hydre néo-nazie et les négationnistes étaient censés propager de façon rampante. Pour résumer, cette législation permet de faire en sorte que quelqu&#8217;un qui attaquerait un Juif dans la rue soit plus sévèrement puni s&#8217;il lui adresse une invective raciste, ou que quelqu&#8217;un qui met le feu à une synagogue soit plus durement sanctionné s&#8217;il dessine des croix gammées pendant qu&#8217;il y est.</p>
<p>Tout cela est évidemment risible. Si la France n&#8217;était pas antisémite, elle chercherait à mieux comprendre ce qui se passe au Moyen Orient. Il lui faudrait simplement surmonter l&#8217;ignorance crasse des journalistes que nous avons envoyé sur place, ce qui ne réclame jamais, après tout, qu&#8217;un minimum de curiosité. Mais ce n&#8217;est pas ce que nous faisons.</p>
<p>L&#8217;antisémitisme français n&#8217;est pas celui de l&#8217;Allemagne dans les années trente, comme l&#8217;a fait remarquer Julien Dray, mais c&#8217;est précisément en cela qu&#8217;il commet une erreur fondamentale : l&#8217;antisémitisme n&#8217;a pas nécessairement besoin de se manifester de cette façon-là. Il suffit qu&#8217;il se manifeste à demi-mot, selon l&#8217;art si bien maîtrisé par nos élites, celui de la litote et de la périphrase &#8220;brillantes&#8221;. Cet antisémitisme n&#8217;enverra pas les Juifs aux gaz, mais ils a déjà commencé à leur faire comprendre qu&#8217;ils seraient peut-être mieux ailleurs, en d&#8217;autres termes qu&#8217;ils ne sont pas si bien que ça ici et qu&#8217;ils ne seraient pas si mal en Israël. Les élites françaises se sont chargées de leur rappeler la première de ces deux propositions. Sharon s&#8217;est contenté de formuler la seconde.</p>
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		<title>Impression d&#8217;ensemble sur la guerre antiterroriste</title>
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		<pubDate>Fri, 25 Jun 2004 18:25:25 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Say No More</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Les &#8220;staff declarations&#8221; de la commission sénatoriale américaine sur le 11 septembre ne sont pas des documents très convaincants, mais ils ont le mérite non négligeable de fournir une vue d&#8217;ensemble de l&#8217;événement, ce qui permet au lecteur de commencer à se faire une idée de ce qu&#8217;est la guerre antiterroriste. Il y a aussi [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Les &#8220;staff declarations&#8221; de la commission sénatoriale américaine sur le 11 septembre ne sont pas des documents très convaincants, mais ils ont le mérite non négligeable de fournir une vue d&#8217;ensemble de l&#8217;événement, ce qui permet au lecteur de commencer à se faire une idée de ce qu&#8217;est la guerre antiterroriste. Il y a aussi le fait que les attentats ont eu lieu il y a près de trois ans, ce qui permet de commencer à prendre un peu de recul.</p>
<p>Au lendemain des attentats, on s&#8217;attendait assez couramment à ce que des répliques de même envergure aient lieu. Cela n&#8217;a pas été le cas. Il y a eu des attentats importants, comme ceux de Bali et de Madrid, mais rien de comparable au 11 septembre. Il y a également eu les attaques à l&#8217;anthrax, sur lesquelles on ne sait à peu près rien aujourd&#8217;hui, sinon qu&#8217;elles ont cessé comme elles avaient commencé, c&#8217;est-à-dire de façon inexpliquable.</p>
<p>Après les attentats, les Etats-Unis se sont lancés dans une campagne antiterroriste qui a consisté à utiliser pleinement l&#8217;outil militaire contre un ennemi pour lequel cet outil n&#8217;est pas vraiment prévu. Il a fallu définir des objectifs intermédiaires permettant d&#8217;exploiter au mieux cet outil. Ces objectifs ont été l&#8217;Afghanistan et l&#8217;Irak : l&#8217;Afghanistan de façon assez évidente et immédiate en raison des bases terroristes dont la présence sur place était avérée ; l&#8217;Irak pour des raisons moins évidentes et plus controversées. Néanmoins, dans le cas de l&#8217;Afghanistan, des exagérations ont eu lieu concernant les moyens dont disposaient les terroristes sur place, par exemple l&#8217;histoire du repaire souterrain de Ben Laden.</p>
<p>Le débat politique veut que l&#8217;on oppose fréquemment les deux opérations. En réalité, elles ne manquent pas de points communs et en ont un particulièrement important. Dans les deux cas, les Etats-Unis ont fait en sorte de placer l&#8217;affrontement sur le terrain qu&#8217;ils maîtrisent le mieux afin d&#8217;échapper aux problèmes que pose le caractère fuyant des terroristes.</p>
<p>Dans les deux cas, les responsabilités qui sont nées de ces deux opérations sont importantes et surtout, en quelque sorte, imméritées. Parce que des milliers d&#8217;Américains ont été tués par les terroristes, les Etats-Unis doivent maintenant tenir à bout de bras deux pays envers lesquels ils n&#8217;ont aucune dette. Cela ne paraît pas très équitable.</p>
<p>Cela tient en fait à ce qu&#8217;il existe un nombre limité d&#8217;options. Il y en a principalement trois : ne rien faire et essayer d&#8217;apaiser les Talibans et Saddam Hussein par des concessions ou des cadeaux ; envahir l&#8217;Afghanistan et l&#8217;Irak ; les détruire. La première solution étant exclue après le 11 septembre, il restait l&#8217;occupation ou la destruction. Cette dernière solution étant exclue pour toutes sortes de raisons, il ne restait plus que l&#8217;occupation, avec les responsabilités et les difficultés qu&#8217;elle entraîne.</p>
<p>Il est encore un peu tôt pour faire le bilan des deux occupations, mais ont peut en dire deux choses : elles se passent moins mal qu&#8217;on aurait pu le craindre (nos médias penseront toujours que tout va mal de toute façon) ; le nombre d&#8217;occupations réalisable est limité. Autrement dit, ça ne se passe pas si mal que ça, mais ce n&#8217;est pas généralisable. Il faudra désormais trouver autre chose.</p>
<p>La lutte antiterroriste discrète a également eu lieu, avec des arrestations dans différents pays qui ont été amenés à coopérer. Le prisonnier le plus important est sans doute Khalid Sheik Mohammed, mais personne ne sait très bien ce qu&#8217;il est devenu, mis à part ceux qui le détiennent. Dans son cas comme dans celui des autres détenus, il faudra au moins attendre que leur sort soit fixé définitivement pour en savoir plus, par exemple s&#8217;il y a un procès.</p>
<p>Le tableau qui émerge est toutefois celui d&#8217;une organisation aux moyens relativement limités (le 11 septembre aurait coûté environ 500 000 $) mais exerçant une inlfuence idéologique importante (Khalid Sheik Mohammed se serait ainsi spontanément mis en contact avec Ben Laden. Les terroristes islamistes sont liés par des convictions communes très profondes qui leur permet de se dispenser d&#8217;une structure organisationnelle complexe). On a affaire, en quelque sorte, à l&#8217;exact contraire des terroristes des films de James Bond qui sont des milliardaires très organisés et sans idéologie. Dans le monde réel, les gens se suicident pour faire mourir d&#8217;autres gens afin d&#8217;atteindre des objectifs d&#8217;ordre spirituel. C&#8217;est le monde imaginaire qui est dirigé par le profit.</p>
<p>Avant le 11 septembre, plusieurs Etats étaient susceptible de coopérer avec Ben Laden. L&#8217;Irak l&#8217;a peut-être fait, ainsi que le Pakistan, peut-être l&#8217;Iran et peut-être n&#8217;importe quel pays pensant pouvoir utiliser ce mouvement. Depuis lors, c&#8217;est devenu plus difficile car moins toléré par les Etats-Unis. Du même coup, la chose est devenue moins imaginable, y compris rétrospectivement. L&#8217;idée que l&#8217;Irak ait pu coopérer ou chercher à coopérer avec al-Qaida est devenue presque scandaleuse, alors que la chose paraissait parfaitement naturelle sous Clinton.</p>
<p>Le débat sur les &#8220;causes du terrorisme&#8221; ne sera jamais tranché, mais il a cessé d&#8217;être pertinent dès lors que les principaux choix stratégiques ont été faits à Washington. Ce débat manque de toute façon de logique. Ceux quii voulaient que l&#8217;on traite avant tout ces fameuses causes voulaient en réalité que l&#8217;on aide les Palestiniens contre Israël. Même aujourd&#8217;hui, lorsque les Américains proposent un plan d&#8217;aide à la démocratisation du Moyen Orient, les Français leur répondent qu&#8217;il faut d&#8217;abord &#8220;résoudre le conflit israélo-palestinien&#8221;, ce qui signifie en clair : le résoudre au profit des Palestiniens. Dans ce département-là, de toute façon, les choses se règlent d&#8217;elles-mêmes par le simple fait qu&#8217;Israël est en train d&#8217;achever de gagner la guerre. Ce débat était de toute façon parfaitement creux.</p>
<p>Le problème qui en revanche demeure plus que préoccupant est celui de la prolifération des ADM. La tendance naturelle des Etats est de se doter d&#8217;outils de défense efficaces, et les ADM répondent à cette description. Plus les ADM sont nombreux et dispersés dans le monde, plus il y a de chances pour que des terroristes s&#8217;en emparent et s&#8217;en servent. La rationnalité n&#8217;arrêtera pas les imitateurs de Mohammed Atta. Les gouvernements comme celui du Pakistan sont apparemment disposés à tolérer des trafics dans ce domaine, voire à les organiser eux-mêmes (l&#8217;attitude du Pakistan n&#8217;est pas du tout claire), pas nécessairement pour que des attentats aient lieu, mais tout simplement en échange d&#8217;autres choses. De proche en proche, les ADM peuvent finir par être détenus par des gens de moins en moins connus et de moins en moins sains d&#8217;esprit. Tel est le problème qui se pose aujourd&#8217;hui.</p>
<p>C&#8217;est un problème d&#8217;une extrême gravité et qui doit impérativement être traité de manière anticipée. Le droit international, c&#8217;est-à-dire le TNP et les conventions établies sur ce modèle, ne pèse pas lourd dès lors que des Etats sont décidés à le violer ou préfèrent tout simplement ne pas adhérer aux conventions en question. C&#8217;est le cas du Pakistan, mais même les Etats adhérents au TNP peuvent s&#8217;en retirer.</p>
<p>Tout ce qui sera fait pour solder les attentats du 11 septembre sera une bonne chose, mais ce qui est fait est fait. Les attentats en question nous ont montré que des gens peuvent vouloir organiser des attentats aussi meurtriers que possible. C&#8217;est en soi une bonne chose que nous le sachions, mais il est regrettable qu&#8217;on ait tellement voulu l&#8217;ignorer auparavant, malgré la tentative de février 1993. Nous savons donc également que nous avons tendance à ignorer les catastrophes jusqu&#8217;à ce qu&#8217;elles aient lieu. C&#8217;est surtout vrai des génies comme Pascal Boniface, mais peu de gens y échappent.</p>
<p>L&#8217;autre effet de ces attentats est probablement d&#8217;avoir donné des idées à d&#8217;autres terroristes. Il se peut que des terroristes inspirés par le 11 septembre soient en ce moment en train de planifier un attentat de même échelle. Tout ce qui se fera sans ADM pourra être dangereux, mais en principe pas tellement plus que les attentats du 11 septembre. Ce dont il faut que nous prenions conscience, c&#8217;est le fait que les trafics d&#8217;ADM risquent de rendre possibles dans un futur peut-être très proche des catastrophes beaucoup plus graves que celle du 11 septembre.</p>
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		<title>La transition se précise</title>
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		<pubDate>Tue, 15 Jun 2004 13:26:47 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Say No More</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Les terroristes qui ont entrepris de s&#8217;attaquer aux membres du futur gouvernement transitoire irakien n&#8217;ont toujours pas l&#8217;air d&#8217;avoir grand chose à proposer, mis à part le fait de chasser les Américains qui ont de toute façon l&#8217;air assez pressés de partir. Le seul désaccord entre eux et les terroristes est qu&#8217;ils entendent d&#8217;abord finir [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Les terroristes qui ont entrepris de s&#8217;attaquer aux membres du futur gouvernement transitoire irakien n&#8217;ont toujours pas l&#8217;air d&#8217;avoir grand chose à proposer, mis à part le fait de chasser les Américains qui ont de toute façon l&#8217;air assez pressés de partir. Le seul désaccord entre eux et les terroristes est qu&#8217;ils entendent d&#8217;abord finir le travail entrepris. Peuvent-ils le finir ou sont-ils en train de s&#8217;enfoncer un engrenage ?</p>
<p>On peut voir les choses de deux façons. Soit on observe les attentats et la régularité avec laquelle arrivent les mauvaises nouvelles. Dans ce cas, l&#8217;impression dominante est celle d&#8217;une opération qui se passe mal ; soit on prend acte des objectifs fixés et on se demande ce qui empêcher qu&#8217;ils soient atteints, auquel cas les choses sont un peu différentes.</p>
<p>Les assassinats de personnalités politiques, le scandale des sévices, la révolte de Sadr ou la situation à Falloudja ne sont pas en eux-mêmes des obstacles majeurs à la réalisation des objectifs américains en Irak. Si la transition politique se passe correctement à Bagdad, ces problèmes seront oubliés ou disparaîtront. La transition se joue entre le 1er juillet et le mois de janvier 2005. Si à cette date des élections ont eu lieu et se sont bien déroulées, la réussite sera très proche.</p>
<p>Les terroristes sont nuisibles mais apparemment assez peu influents au sein de la population. Ils peuvent jouer sur l&#8217;antiaméricanisme ambiant et sur la notion d&#8217;occupation qui constitue toujours un thème mobilisateur, mais il leur manque une perspective politique. Ils n&#8217;ont même pas de slogan. L&#8217;indépendance n&#8217;étant pas un problème, ils ne peuvent pas se positionner à la façon des mouvements anticoloniaux et Khomeiny ou Saddam sont des modèle qui n&#8217;ont probablement pas beaucoup de succès. C&#8217;est peut-être la raison de fond pour laquelle ces gens ne revendiquent jamais rien de précis: ils n&#8217;ont effectivement rien de mieux à proposer que Saddam ou Khomeiny, dont les scores électoraux serait sans doute assez faibles. Les élections seraient entre autres choses l&#8217;occasion de s&#8217;en assurer.</p>
<p>Il faut simplement espérer que les querelles au sein de l&#8217;administration ne vont pas trop se refléter sur la façon dont l&#8217;Irak est administré. On peut espérer que la mise en place du gouvernement provisoire réduira les possibilités de querelles entre les différentes branches de l&#8217;administration représentées à Bagdad.</p>
<p>La coalition peut aussi avoir de la chance. En juillet prochain, il y a des chances raisonnables pour qu&#8217;aient à nouveau lieu des manifestations étudiantes à Téhéran. Ce sera peut-être la première occasion de savoir si la chute de Saddam est susceptible de renforcer la position des opposants. Si les Iraniens avaient l&#8217;excellente idée de changer de régime par eux-mêmes, ce qu&#8217;ils sont probablement capables de faire à la manière des Européens de l&#8217;Est en 1989, l&#8217;effet serait extrêmement bénéfique. L&#8217;administration américaine aurait sans doute intérêt à surveiller cela de très près.</p>
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		<title>Chirac n&#8217;aime pas les enterrements</title>
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		<pubDate>Fri, 11 Jun 2004 02:28:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Say No More</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Chirac n&#8217;a certainement voulu vexer personne en n&#8217;assistant pas aux funérailles de Ronald Reagan, puisqu&#8217;il avait un important rendez-vous à honorer avec un dirigeant chinois.
Cela à un moment où la France est critiquée aux Etats-Unis pour beaucoup de choses, parmi lesquelles son désir de lever l&#8217;embargo sur les armes imposé à la Chine depuis 1989.
Sachant [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Chirac n&#8217;a certainement voulu vexer personne en n&#8217;assistant pas aux funérailles de Ronald Reagan, puisqu&#8217;il avait un important rendez-vous à honorer avec un dirigeant chinois.</p>
<p>Cela à un moment où la France est critiquée aux Etats-Unis pour beaucoup de choses, parmi lesquelles son désir de lever l&#8217;embargo sur les armes imposé à la Chine depuis 1989.</p>
<p>Sachant par ailleurs que les Etats-Unis et la France sont censés être amis malgré quelques divergences ponctuelles (et peut-être aussi malgré le fait que la France se débrouille toujours pour trouver une divergence ponctuelle à mettre en avant).</p>
<p>Ce n&#8217;est probablement pas très grave en soi. Chirac ne sera sans doute pas le seul chef d&#8217;Etat absent des cérémonies et la France n&#8217;a pas particulièrement manifesté l&#8217;intention de vexer qui que ce soit récemment.</p>
<p>Le seul problème, c&#8217;est que nous avons ici un assez bon exemple de la diplomatie vue par Chirac. Etre présent aux funérailles de Reagan aurait pu provoquer un très léger réchauffement des relations et rappeler que Reagan était un président avec lequel la France entretenait de bonnes relations.</p>
<p>Mitterrand avait rapidement cherché à le rassurer quand il a été élu. Par la suite, il a défendu l&#8217;installation de missiles américains à moyenne portée en Europe. La France a participé à l&#8217;intervention au Liban et s&#8217;est trouvée confrontée, en gros, aux mêmes problèmes en matière de terrorisme. Dans l&#8217;ensemble, il n&#8217;y a pas eu de problème majeur entre les deux pays pendant cette période.</p>
<p>Pourtant, Reagan était un conservateur et un &#8220;hardliner&#8221; en matière de politique étrangère. Il suscitait de ce fait une détestation assez semblable à celle que suscite Bush aujourd&#8217;hui, mais la France était peut-être un pays assez différent. Les Français étaient dans l&#8217;ensemble plutôt des &#8220;hardliners&#8221; eux-mêmes lorsqu&#8217;il s&#8217;agissait de terrorisme. Hernu avait dû montrer des photos à la télévision pour convaincre l&#8217;opinion que l&#8217;aéronavale française avait réellement frappé des installations terroristes au Liban après l&#8217;attentat contre les troupes françaises stationnées là-bas. Il n&#8217;avait d&#8217;ailleurs convaincu personne. Les Français n&#8217;étaient pas prosoviétiques comme ils sont aujourd&#8217;hui pro-arabes. Ce sont en apparence deux choses différentes, mais elles ont en commun le fait que dans les deux cas, il s&#8217;est agi de se déterminer pour ou contre les Etats-Unis. Les Français ont évolué dans ce domaine.</p>
<p>Les rétrospectives historiques qui accompagnent la mort de Reagan doivent rappeler tout cela de façon plus ou moins diffuse aux Français, du moins à ceux qui ont noté l&#8217;événement et qui savent qui était Reagan. Qu&#8217;en pense Chirac ? Probablement rien.</p>
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		<title>Torture ?</title>
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		<pubDate>Fri, 21 May 2004 02:58:41 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Say No More</dc:creator>
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		<description><![CDATA[C&#8217;est très bien de la part des &#8220;néo-conservateurs&#8221; américains de prendre position de façon aussi tranchée à propos des histoires de torture en Irak dont il est actuellement question : cela montre qu&#8217;ils ont des principes, qu&#8217;ils les défendent et, en un mot, qu&#8217;ils ne sont pas une sorte d&#8217;image inversée des staliniens.
Cela dit, il [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>C&#8217;est très bien de la part des &#8220;néo-conservateurs&#8221; américains de prendre position de façon aussi tranchée à propos des histoires de torture en Irak dont il est actuellement question : cela montre qu&#8217;ils ont des principes, qu&#8217;ils les défendent et, en un mot, qu&#8217;ils ne sont pas une sorte d&#8217;image inversée des staliniens.</p>
<p>Cela dit, il est toujours risquée de prendre des positions tranchées quand les faits ne sont pas encore connus avec suffisamment de précision. Il y a des questions importantes qui réclament encore des réponses.</p>
<p>L&#8217;ampleur du phénomène. Pour l&#8217;instant, peu de cas ont été identifiés et quelques commentateurs parlent de &#8220;pattern&#8221;. Peut-être les mauvais traitement ont-ils été plus nombreux que ceux qui ont été révélés, mais on ne le sait pas. On croit savoir que des officiers du renseignement militaire ont demandé à des policiers militaires de mettre certains prisonniers dans les dispositions adéquates aux interrogatoires, mais cela n&#8217;est pas très précis.</p>
<p>Donc de deux choses l&#8217;une : soit on a affaire à des cas isolés, statistiquement peu significatifs et qu&#8217;on trouverait sans doute tout aussi facilement dans des commissariats français, auquel cas un coup de balai s&#8217;impose mais devrait suffire ; soit c&#8217;est un problème d&#8217;obtention d&#8217;information, avec des interrogateurs qui veulent bénéficier des avantages de la torture sans pouvoir vraiment y recourir. C&#8217;est ce qui peut arriver dans des situation où la lutte contre-insurrectionnelle doit être menée dans un environnement mal connu et en l&#8217;absence d&#8217;un réseau d&#8217;informateurs. Si tel est le cas, alors les réflexions d&#8217;Alan Dershowitz sur la torture méritent peut-être d&#8217;être examinées. Sans forcément conclure qu&#8217;il faut mettre en place des &#8220;torture warrants&#8221;, il faudrait peut-être que soit posée la question des interrogatoires. Que doit-on faire en cas de &#8220;ticking bomb&#8221; ? Dire qu&#8217;il ne faut rien faire n&#8217;est peut-être pas une réponse totalement satisfaisante.</p>
<p>Ce qui amène au deuxième point : qui sont les prisonniers et pour quel motif ont-il subi des mauvais traitements ? Le seul exemple que j&#8217;ai trouvé, sur CNN, est le témoignage suivant :</p>
<p>&#8220;&#8221;We are Muslims. We don&#8217;t go naked in front of our families. But there we were, naked in front of American women and men,&#8221; he said, adding that this treatment went on for about four hours as punishment for beating a fellow prisoner suspected of spying for the Americans.&#8221;</p>
<p>Il y a eu des cas plus graves que celui-là, mais cet exemple est caricatural : ce prisonnier a été obligé de se déshabiller devant des Américains des deux sexes pour avoir battu un autre prisonnier. Classer cet incident comme acte de &#8220;torture&#8221; est un abus de langage.</p>
<p>Mais surtout, il s&#8217;agit d&#8217;un prisonnier qui est n&#8217;est apparemment pas innocent, puisqu&#8217;il bat (on apprécierait quelques détails sur ce que l&#8217;on entend ici par &#8220;battre&#8221;) un autre prisonnier, et qu&#8217;il le bat de surcroît parce qu&#8217;il le &#8220;soupçonne&#8221; (même remarque) d&#8217;espionner pour les Américains. On peut supposer qu&#8217;il se situe lui-même dans le camp opposé aux Américains et qu&#8217;il a des choses à leur cacher.</p>
<p>On ne peut pas tirer de conclusions générales d&#8217;un seul acte et, encore une fois, il y a eu pire, notamment des cas de sodomisation ou d&#8217;humiliation sexuelle assez poussée. Cela dit, tout cela est encore relativement inoffensif. La liste des &#8220;exactions&#8221; a même été complétée par des cas de prisonniers &#8220;traités d&#8217;homosexuels&#8221;, ce qui est certainement humiliant pour des musulmans (dixit le prisonnier situé plus haut), mais est-ce un critère pertinent ? Que fait Act-Up ? Sont également cités des cas non pas de torture, mais de menace de torture, ce qui ne peut pas nécessairement être considéré comme un acte de torture.</p>
<p>En bref, tout cela ne révèle pas grand-chose. La seule chose certaine est que des gardiens de prisons se sont mal comportés, ce qui signifie qu&#8217;ils ont été mal recrutés et encadrés. Bien entendu, tout cela nuit à l&#8217;entreprise de reconstruction de l&#8217;Irak et le monde arabe est furieux contre les Etats-Unis, ce qui est de toute façon le cas en permanence quoi qu&#8217;il arrive.</p>
<p>Un aspect un peu inquiétant est l&#8217;aspect sexuel de ces sévices, peut-être révélateur d&#8217;une sorte de permissivité malsaine dans ce domaine. Paradoxalement, cet élément pourrait faire rebondir l&#8217;affaire dans un sens favorable aux conservateurs.</p>
<p>Une mention spéciale doit enfin être décernée à E. Fottorino, qui compare dans le Monde ces incidents aux camps de concentration nazis. Ce n&#8217;est pas très original et il fallait bien que quelqu&#8217;un dresse cette intelligente comparaison. On n&#8217;a sans doute pas fini d&#8217;entendre ou de lire ce genre de choses, mais quelqu&#8217;un se rendra-t-il compte un jour du caractère profondément insultant de ce type de réflexion pour les gens qui ont eu d&#8217;une manière ou d&#8217;une autre subi les conséquences des événements auquel il est ainsi fait référence ?</p>
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		<title>P2P</title>
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		<pubDate>Wed, 05 May 2004 18:29:51 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Say No More</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Quand on jouait un morceau de Mozart au XVIIIe siècle, Mozart ne touchait pas d&#8217;argent. Son job consistait à composer un truc et à le jouer, point barre. Aujourd&#8217;hui, on nous explique que le droit d&#8217;auteur est sacré parce qu&#8217;il faut payer les artistes. Cela appelle deux remarques.
La première, c&#8217;est que les maisons de disque [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Quand on jouait un morceau de Mozart au XVIIIe siècle, Mozart ne touchait pas d&#8217;argent. Son job consistait à composer un truc et à le jouer, point barre. Aujourd&#8217;hui, on nous explique que le droit d&#8217;auteur est sacré parce qu&#8217;il faut payer les artistes. Cela appelle deux remarques.</p>
<p>La première, c&#8217;est que les maisons de disque gagnent de l&#8217;argent en fabriquant les objets devenus inutiles que sont les CD. Si elles se mettent à diffuser de la musique en ligne, ce travail sera tout aussi inutile car les internautes sont parfaitement capables de le faire eux-mêmes. A part ça, l&#8217;activité des maisons de disques consiste à faire de la promotion pour les artistes, et on voit mal pourquoi nous devrions rémunérer cette activité, et à fournir aux artistes les moyens de faire de la musique, mais ces moyens sont dérisoires. On peut produire un album en louant un studio d&#8217;enregistrement pendant une semaine, voire en utilisant un ordinateur. Bref, la contribution des maisons de disques au bien-être de la société me paraît plutôt réduit, mais on leur donne le pouvoir de mettre les gens en prison.</p>
<p>La deuxième remarque concerne les artistes.</p>
<p>Les artistes ne servent à rien. Ou du moins, ils ne sont pas d&#8217;une utilité qui justifie la rémunération de certains d&#8217;entre eux. Les salaires de Michael Jackson ou de Britney Spears ne me paraissent pas devoir être protégés à tout prix, au point de devoir mettre les gens en prison. La fortune de ces gens tient uniquement au fait que des maisons de disques qui exercent un monopole sur la vente de leurs oeuvres font de telles campagnes de communication sur ces dernières qu&#8217;il se trouve plusieurs millions de personnes prêtes à les acheter. Ce n&#8217;est pas immoral, mais il ne serait pas non plus immoral que cet état de choses prenne fin.</p>
<p>Peut-être 95% des artistes musicaux sont des gens qui produisent des oeuvres purement commerciales. Cela n&#8217;est pas non plus immoral, mais le monde ne sera pas un endroit plus désagréable si ces artistes doivent trouver un autre métier.</p>
<p>Quant à la petite minorité de bons artistes, c&#8217;est-à-dire les gens qui produisent des oeuvres de bonne qualité, la vérité est malheureusement que beaucoup souffrent déjà et que cela n&#8217;est pas dû au piratage. Le saxophoniste de Madness s&#8217;était retrouvé à vider les poubelles dans les années quatre-vingt dix et il n&#8217;est pas seul dans son cas.</p>
<p>Si le P2P l&#8217;emporte, il y aura certainement des artistes méritants qui en feront les frais, mais la situation sera dans l&#8217;ensemble plus saine.</p>
<p>D&#8217;abord, les consommateurs consommeront ce qu&#8217;ils voudront et n&#8217;auront plus besoin de s&#8217;acheter des albums insipides ou des compilations dont ils possèdent déjà presque tous les titres pour pouvoir écouter une seule chanson.</p>
<p>Du côté des artistes, les stars richissimes disparaîtront probablement, et ce ne sera sans doute pas un mal, y compris pour les intéressés. Quel est l&#8217;intérêt de devenir richissime à vingt ans si on meurt d&#8217;overdose à vingt-sept ? Demandez à Jim Morrison ou à Jimi Hendrix s&#8217;ils sont contents.</p>
<p>Ensuite, comme ce sera un marché moins riche, il y aura moins d&#8217;offre, c&#8217;est-à-dire moins d&#8217;artistes. Seuls les plus motivés feront de la musique, et ils choisiront ce métier pour ce qu&#8217;il est et non pour devenir des stars.</p>
<p>Enfin, il y aura une rémunération, mais pas de la même façon qu&#8217;aujourd&#8217;hui. Les artistes seront rémunérés par ceux qui ont intérêt à ce qu&#8217;ils existent, c&#8217;est-à-dire par les FAI. Les fournisseurs d&#8217;accès rémunéreront les artistes en fonction du trafic qu&#8217;ils provoqueront, et continueront d&#8217;être payés par les internautes.</p>
<p>Car le téléchargement, contrairement à ce que racontent P. Nègre et les autres voleurs, n&#8217;a jamais été gratuit. Les internautes payent très cher la possibilité d&#8217;accéder à la musique, et le P2P constitue un circuit commercial presque complet. Il se trouve simplement que les maisons de disques n&#8217;en font pas partie pour cause d&#8217;inutilité, et c&#8217;est ce qu&#8217;elles supportent mal.</p>
<p>Le tout est que l&#8217;opinion et les pouvoirs publics en prennent conscience, et c&#8217;est cela qu&#8217;il faut viser.</p>
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		<title>Quelques remarques</title>
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		<pubDate>Sat, 01 May 2004 18:30:33 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Say No More</dc:creator>
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		<description><![CDATA[La résolution du conflit israélo-palestinien n&#8217;est pas le préalable à toute évolution favorable du Moyen Orient, contrairement à ce que l&#8217;on entend sans cesse, et ce pour deux raisons très simples.
En premier lieu, personne ne sait comment résoudre le conflit israélo-palestinien. Généralement, lorsque l&#8217;on entend demander à l&#8217;administration américaine de commencer par résoudre ce conflit, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>La résolution du conflit israélo-palestinien n&#8217;est pas le préalable à toute évolution favorable du Moyen Orient, contrairement à ce que l&#8217;on entend sans cesse, et ce pour deux raisons très simples.</p>
<p>En premier lieu, personne ne sait comment résoudre le conflit israélo-palestinien. Généralement, lorsque l&#8217;on entend demander à l&#8217;administration américaine de commencer par résoudre ce conflit, cela signifie que Bush doit exercer des pressions sur Israël afin qu&#8217;aient lieu des négociations. C&#8217;est ce qu&#8217;on fait le premier Président Bush et Clinton et ça n&#8217;a pas fonctionné. C&#8217;est pour cette raison que l&#8217;administration américaine n&#8217;applique pas ce procédé aujourd&#8217;hui. Si elle l&#8217;appliquait à nouveau, cela donnerait le même résultat, parce que tordre le bras à Israël n&#8217;amènera pas les Palestiniens à plus de souplesse.</p>
<p>En deuxième lieu, la résolution du conflit israélo-palestinien ne change strictement rien aux perspectives d&#8217;évolution du monde arabe. Si les pays arabes sont des dictatures en faillite, ce n&#8217;est pas à cause du conflit israélo-palestinien, mais parce que les régimes en place veulent conserver le pouvoir.</p>
<p>La réalité est que ce ne sont pas seulement les Arabes qui mettent en avant ce prétexte absurde pour ne rien faire, mais également les Occidentaux, et ce parce qu&#8217;ils n&#8217;ont aucune envie de mettre les mains dans ce bourbier. Ils préfèrent donc accepter l&#8217;excuse du conflit israélo-palestinien et ne rien faire.</p>
<p>Peut-être vaut-il mieux ne rien faire, d&#8217;ailleurs. Il n&#8217;est pas sûr que nous ayons les moyens de faire évoluer le monde arabe et nous serions peut-être maladroits au point d&#8217;empirer la situation au lieu de l&#8217;améliorer. Mais cela ne nous oblige pas à soutenir le terrorisme. Or, c&#8217;est ce que nous faisons quand nous prétendons empêcher Israël d&#8217;éliminer des gens comme Yassine ou Rantissi, que nous aurions évidemment flingués nous-mêmes s&#8217;ils avaient été nos adversaires, ou de procéder au retrait partiel proposé par Sharon.</p>
<p>Ce qui conduit à la deuxième remarque. Pourquoi nous opposons-nous au plan de Sharon ? Ce plan n&#8217;est pas un plan de paix, mais un plan de redéploiement qui n&#8217;empêche absolument pas les Palesiniens de commencer à appliquer la &#8220;feuille de route&#8221; s&#8217;ils en éprouvent un jour l&#8217;envie.</p>
<p>Seulement voilà : une fois Israël hors de Gaza et hors d&#8217;une partie de la Cisjordanie, les Palestiniens risquent de disposer de moins de moyens de pression qu&#8217;auparavant. Il faut entendre par là qu&#8217;ils auront plus de mal à assassiner des gens en Israël. C&#8217;est ce dont la France et quelques autres ne veulent pas, de la même façon que la Syrie ne voulait pas qu&#8217;Israël évacue unilatéralement le Sud-Liban en 2000.</p>
<p>De la part des Arabes, cela peut se comprendre puisqu&#8217;ils auront plus de mal à frapper. De la part des Européens, c&#8217;est plus étonnant. Soit ils ont décidé de s&#8217;aligner sur les pays arabes, soit ils en ont personnellement après Israël, soit les deux.</p>
<p>C&#8217;est ainsi que l&#8217;on n&#8217;entend absolument jamais parler des perspectives pour Gaza après l&#8217;évacuation prévue, alors que ce sera l&#8217;occasion pour les Palestiniens de montrer qu&#8217;ils peuvent administrer correctement et calmement un territoire voisin d&#8217;Israël. Autrement dit, ils auront une responsabilité. Pour une fois, ce sera à eux de faire quelque chose. Le plus probable est que Gaza sera très mal administrée et grouillera de groupes terroristes occupés à attaquer Israël, ce qui fera assez mauvaise impression. C&#8217;est probablement ce qui déplait aux Européens.</p>
<p>Cela rejoint le point précédent : les Européens, ou du moins certains d&#8217;entre eux (à commencer par notre Quai d&#8217;Orsay) détestent apparemment l&#8217;idée que quoi que ce soit puisse être demandé aux Arabes. Ces derniers doivent demeurer de pauvres victimes et des créanciers. Le plan Bush et le plan Sharon feront d&#8217;eux des débiteurs.</p>
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		<title>Unilatéralisme américain</title>
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		<pubDate>Mon, 19 Apr 2004 18:31:16 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Say No More</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Il n&#8217;est pas établi qu&#8217;on puisse parler d&#8217;unilatéralisme américain, puisque les Etats-Unis participent à de nombreuses activités multilatérales et que l&#8217;intervention en Irak, qui leur vaut ce reproche, a dans les faits été conduite par plusieurs Etats. Le fait que les Etats-Unis y jouent un rôle dominant n&#8217;y change pas grand-chose puisque c&#8217;est tout autant [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Il n&#8217;est pas établi qu&#8217;on puisse parler d&#8217;unilatéralisme américain, puisque les Etats-Unis participent à de nombreuses activités multilatérales et que l&#8217;intervention en Irak, qui leur vaut ce reproche, a dans les faits été conduite par plusieurs Etats. Le fait que les Etats-Unis y jouent un rôle dominant n&#8217;y change pas grand-chose puisque c&#8217;est tout autant le cas lors d&#8217;opérations reconnues comme multilatérales, et ce pour des raisons fort simples qui tiennent aux moyens dont disposent les différents partenaires.</p>
<p>Néanmoins, s&#8217;il y a unilatéralisme, il n&#8217;est pas non plus établi qu&#8217;il soit américain, ou plus précisément dû à la politique américaine. Il se trouve en effet que les décisions concernant les opérations multilatérales doivent par définition être prises à plusieurs. Lorsqu&#8217;une opération multilatérale est décidée, la décision est collective. Lorsqu&#8217;une opération multilatérale est envisagée et finalement non entreprise, la décision est également collective. Si les Etats-Unis mènent seuls une opération pour laquelle ils ont d&#8217;abord demandé une participation internationale, c&#8217;est que leurs partenaires ont pris la décision de ne pas y participer. C&#8217;est cette décision, autant que la décision américaine de mener tout de même l&#8217;opération, qui aboutit à ce que la politique américaine soit unilatérale.</p>
<p>Ce qui est étrange est le fait que la décision de ne pas participer à une telle opération soit justifiée, comme ce fut le cas avec l&#8217;Irak, par l&#8217;attachement au multilatéralisme. La France fit en effet savoir aux Etats-Unis qu&#8217;elle ne participerait à l&#8217;invasion de l&#8217;Irak qu&#8217;en cas de décision du Conseil de sécurité, décision qui par ailleurs supposait l&#8217;approbation de la France. En quelque sorte, la France a dit aux Etats-Unis qu&#8217;elle participerait si elle décidait de participer.</p>
<p>Le fond du problème est que, concrètement, cela ne changeait pas grand-chose pour les pays membres permanents du Conseil de sécurité de participer ou non à l&#8217;invasion, puisque leur contribution aurait été minime, voire nulle, chacun demeurant libre d&#8217;approuver l&#8217;invasion sans y participer. En fin de compte, ce sont plutôt les quatre membres permanents non-américains du Conseil de sécurité qui décident en leur âme et conscience du caractère unilatéral ou multilatéral d&#8217;une opération américaine. C&#8217;est pourquoi il est un peu regrettable que tant d&#8217;encre et de papier soient gaspillés afin de nourrir un débat parfaitement circulaire.</p>
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		<title>S&#8217;en tenir au plan</title>
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		<pubDate>Thu, 08 Apr 2004 18:31:50 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Say No More</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Les principaux équilibres en Irak ne sont pas fondamentalement modifiés par l&#8217;insurrection qui a lieu actuellement. Il y a en Irak une majorité silencieuse qui serait tout à fait satisfaite de l&#8217;application du plan allié consistant à transférer le pouvoir le 30 juin prochain à des institutions locales et à poursuivre le travail de reconstruction. [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Les principaux équilibres en Irak ne sont pas fondamentalement modifiés par l&#8217;insurrection qui a lieu actuellement. Il y a en Irak une majorité silencieuse qui serait tout à fait satisfaite de l&#8217;application du plan allié consistant à transférer le pouvoir le 30 juin prochain à des institutions locales et à poursuivre le travail de reconstruction. Ce n&#8217;est pas cela qui est en cause.</p>
<p>Le problème est que les majorité silencieuses ne sont pas silencieuses pour rien. Elles le sont parce que la plupart des gens raisonnables ne font pas de politique, ou du moins n&#8217;en font pas leur métier, pour ne rien dire de la lutte politique armée. C&#8217;est la raison pour laquelle il a toujours été possible à des minorités de terroriser les majorités. C&#8217;est ce qui est arrivé en Irak pendant très longtemps et c&#8217;est ce qui se produira à nouveau si les forces insurgées l&#8217;emportent.</p>
<p>En principe, elles ont assez peu de chances de l&#8217;emporter. Ce sont des gens peu armés et probablement assez mal organisés, comparés à l&#8217;armée américaine. Cette dernière devrait mener à bien le nettoyage actuel sans problèmes majeurs. C&#8217;est plutôt à Washington qu&#8217;il faut surveiller les éventuels signes d&#8217;hésitation, lesquels n&#8217;échapperont à personne en Irak.</p>
<p>On va donc savoir assez vite si Bush a su acquérir la crédibilité requise pour que ses déclarations soient prises au sérieux. Ainsi, lorsqu&#8217;il affirme que la date du 30 juin sera respectée pour la restauration de la souveraineté irakienne, il est important qu&#8217;il soit cru en Irak. Il est évidemment également important que cette date soit respectée, même si l&#8217;autorité souveraine qui gouvernera l&#8217;Irak après le 30 juin devra elle-même faire ses preuves. D&#8217;ici-là, l&#8217;important est que les forces coalisées parviennent à rassurer la majorité silencieuse irakienne.</p>
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		<title>A propos d&#8217;une déclaration de Qoreï</title>
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		<pubDate>Wed, 31 Mar 2004 18:32:21 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Say No More</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Ahmed Qoreï a publiquement condamné aujourd&#8217;hui les attentats-suicides en insistant notamment sur leur effet négatif en termes d&#8217;image. Les attentats-suicides, a-t-il dit, ont conduit la communauté internationale à se détourner des Palestiniens.
Cette déclaration est bienvenue. Elle est probablement plus judicieuse que son éloge funèbre de Yacine il y a quelques jours. On peut faire remarquer [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Ahmed Qoreï a publiquement condamné aujourd&#8217;hui les attentats-suicides en insistant notamment sur leur effet négatif en termes d&#8217;image. Les attentats-suicides, a-t-il dit, ont conduit la communauté internationale à se détourner des Palestiniens.</p>
<p>Cette déclaration est bienvenue. Elle est probablement plus judicieuse que son éloge funèbre de Yacine il y a quelques jours. On peut faire remarquer que l&#8217;argument qu&#8217;il met en avant n&#8217;est pas très altruiste (il aurait pu regretter également le caractère meurtrier des attentats en question), mais on peut aussi admettre assez facilement que son public y sera plus sensible qu&#8217;à d&#8217;autres &#8211; même si cette déclaration est au moins autant destinée à la communauté internationale, justement, qu&#8217;à ses administrés. Cela revient évidemment à admettre que les Palestiniens aiment bien les attentats-suicides, mais cela n&#8217;étonne plus grand monde. Comme tous les leaders palestiniens non islamistes, Qoreï cherche à se montrer à la fois aussi dur qu&#8217;il peut pour son opinion intérieure et aussi modéré que possible pour l&#8217;extérieur. En d&#8217;autres termes, il veut passer pour faible. Dans son cas, c&#8217;est sans doute relativement sincère.</p>
<p>Le plus contestable dans sa déclaration est l&#8217;idée selon laquelle la communauté internationale verrait les Palestiniens sous un jour négatif en raison des attentats-suicides.</p>
<p>Tout d&#8217;abord, pourquoi les attentats-suicides seraient-ils moins bien vus que les attentats sans suicide ? La différence est de degré plutôt que de nature.</p>
<p>Les campagnes d&#8217;attentats au XXe siècle ont toujours trouvé des gens pour les justifier, de Sartre à Baudrillard si l&#8217;on veut rester en France. Les sociétés pacifiées comme la nôtre ont tendance à ignorer le mal tant qu&#8217;elles n&#8217;en font pas directement l&#8217;expérience. Les attentats contre d&#8217;autres gens que nous sont perçus comme des actes de vengeance. Pour des raisons historiques quelconques, nous sommes habitués à détester les forces armées gouvernementales mais pas les révolutionnaires. Les terroristes jouissent d&#8217;une certaine faveur a priori.</p>
<p>Ce qu&#8217;en pense la communauté internationale est difficile à établir car cela dépend de ce que l&#8217;on entend par &#8220;communauté internationale&#8221;, et il s&#8217;agit d&#8217;une notion dont la définition n&#8217;est pas tout à fait fixée, et n&#8217;est sans doute pas près de l&#8217;être.</p>
<p>Si la quesiton est de savoir si cette &#8220;communauté internationale&#8221; s&#8217;est détournée des Palestiniens à cause des attentats, la réponse est certainement négative. Au contraire, c&#8217;est d&#8217;abord ainsi qu&#8217;ils ont fait parler d&#8217;eux, en bien comme en mal. Ensuite, leurs partisans n&#8217;ont eu qu&#8217;à opposer aux attentats des crimes israéliens. Il n&#8217;y a rien de plus facile, puisque nous sommes incapables d&#8217;imaginer qu&#8217;ils n&#8217;aient pas eu lieu et qu&#8217;ils n&#8217;aient pas, de ce fait, été à l&#8217;origine des attentats en question. De ce fait, depuis les années soixante-dix, les Palestiniens sont devenus de plus en plus populaires et le terrorisme a contribué à cette popularité, sans doute de façon décisive.</p>
<p>Quant aux suicides, ils constituent finalement une preuve supplémentaire de détermination et mesurent à nos yeux l&#8217;horreur de la répression israélienne. Ils prouvent, par conséquent, le bien-fondé de la cause palestinienne. Depuis la fin 2000, les opérations militaires israéliennes ont toujours fait l&#8217;objet de condamnations plus dures que les attentats palestiniens de la part de la &#8220;communauté internationale&#8221; ou de la presse occidentale. Les Palestiniens ont en réalité tout à gagner aux attentats-suicides, et ils le savent parfaitement.</p>
<p>Si Qoreï les condamne aujourd&#8217;hui, c&#8217;est parce qu&#8217;ils n&#8217;ont plus lieu, ou du moins presque plus, en raison de l&#8217;efficacité des mesures défensives israéliennes. Si Qoreï s&#8217;accroche, il peut espérer succéder à Arafat dans un contexte où l&#8217;occupation israélienne aura pris fin et où les attentats seront demeurés extrêmement difficiles à mener. Qoreï aura tout intérêt à apparaître comme quelqu&#8217;un de modéré et crédible. Une condamnation précoce des attentats-suicides (c&#8217;est-à-dire au bout de trois ans et demie) lui vaudra d&#8217;être pris un peu plus au sérieux et d&#8217;avoir plus de chances d&#8217;être soutenu face à ses rivaux, à l&#8217;intérieur ou à l&#8217;extérieur de son parti.</p>
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		<title>Le désengagement se précise</title>
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		<pubDate>Tue, 30 Mar 2004 15:33:13 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Say No More</dc:creator>
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		<description><![CDATA[L&#8217;administration américaine serait selon le Jerusalem Post sur le point d&#8217;approuver officiellement un plan israélien de désengagement de toute la Bande de Gaza et de la plus grande partie de la Cisjordanie.
Ce désengagement correspond, comme l&#8217;avait expliqué Sharon lors de son discours d&#8217;Hertzlya, à l&#8217;hypothèse selon laquelle les Palestiniens n&#8217;honoreraient pas leurs engagements contenus dans [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>L&#8217;administration américaine serait selon le Jerusalem Post sur le point d&#8217;approuver officiellement un plan israélien de désengagement de toute la Bande de Gaza et de la plus grande partie de la Cisjordanie.</p>
<p>Ce désengagement correspond, comme l&#8217;avait expliqué Sharon lors de son discours d&#8217;Hertzlya, à l&#8217;hypothèse selon laquelle les Palestiniens n&#8217;honoreraient pas leurs engagements contenus dans la &#8220;feuille de route&#8221;. Comme il n&#8217;a pour ainsi dire jamais été question qu&#8217;ils en honorent un seul, il était normal qu&#8217;Israël prépare une politique alternative. Conformément aux habitudes prises vis-à-vis de ce conflit, si les Palestiniens n&#8217;honorent pas leurs engagements, il est demandé en contrepartie à Israël d&#8217;en respecter d&#8217;autres qu&#8217;il n&#8217;a pas pris. Ainsi, si Abou Mazen refusait publiquement d&#8217;entreprendre le démantèlement des mouvements terroristes, c&#8217;était, disait-on, parce que la politique israélienne, trop dure, ne lui permettait pas de &#8220;deliver&#8221; (le verbe était employé tel quel, sans complément, par l&#8217;Economist), de &#8220;fournir&#8221;, c&#8217;est-à-dire de donner à l&#8217;&#8221;opinion palestinienne&#8221; quelque chose en échange des concessions qui lui étaient demandées. En d&#8217;autres termes, la &#8220;feuille de route&#8221; n&#8217;avait aucune chance de réussir.</p>
<p>La politique israélienne consiste donc à mettre en oeuvre une solution unilatérale provisoire. C&#8217;est probablement ce qui peut être fait de mieux. La solution est unilatérale par la force des choses, et l&#8217;unilatéralisme en question est justifié par l&#8217;existence de la &#8220;feuille de route&#8221; : si les Palestiniens n&#8217;aiment pas l&#8217;unilatéralisme, personne ne les empêche d&#8217;appliquer le plan bilatéral. La solution israélienne est également provisoire puisqu&#8217;elle ne préjuge en rien du statut futur des territoires. A vrai dire, personne ne peut de toute façon préjuger en quoi que ce soit du statut futur des territoires. Si un statut définitif est un jour mis en place, cela signifiera la fin du conflit. Or, sans vouloir se montrer exagérément optimiste, on peut supposer que ce conflit-là n&#8217;est pas tant fondé sur des calculs stratégiques qui amèneraient la partie arabe à vouloir interrompre temporairement la paix que sur une sorte d&#8217;obligation morale. La paix avec Israël est perçue en elle-même comme humiliante. Inutile pour l&#8217;instant de se demander comment on pourrait sortir de cette situation problématique parce que cela risque de toute façon de prendre du temps. Mieux vaut la contourner et se fixer pour objectif une guerre froide plutôt que chaude. C&#8217;est pourquoi il existera à la fois une &#8220;feuille de route&#8221; pour satisfaire ceux qui veulent un processus de paix, et un désengagement pour les gens qui veulent simplement mettre fin aux hostilités.</p>
<p>Le souci principal d&#8217;Israël en cas de désengagement est probablement de faire en sorte qu&#8217;il ne revienne pas à une défaite. Il est évident que Martin Van Creveld et beaucoup d&#8217;autres le décriront comme tel de toute façon, mais l&#8217;important est que cela ne fasse pas l&#8217;objet d&#8217;un consensus de l&#8217;autre côté. Le plus souhaitable serait que les Palestiniens le considèrent comme une offre de paix, mais c&#8217;est peu réaliste. En fin de compte, le plus probable est que le désengagement sera dans un premier temps considéré comme une défaite israélienne, mais que le nouvel équilibre stratégique émergera assez vite. Les frictions seront sans doute plus fréquentes et moins contrôlées qu&#8217;elles ne le sont à la frontière Nord.</p>
<p>Israël cherche à conserver les blocs de colonies d&#8217;Ariel et de Gush Etzion. Ce souhait s&#8217;explique sans doute principalement par le peuplement relativement important de ces deux zones et par la nécessité de conserver quelque chose de relativement substantiel en Cisjordanie même (Jérusalem ne sera évidemment pas non plus évacuée). L&#8217;intérêt stratégique de ces deux zones semble en revanche limité. Elels permettront de maintenir une présence dans la région proche de la &#8220;taille de guèpe&#8221;, mais seulement une présence, pas un contrôle d&#8217;ensemble.</p>
<p>Le caractère provisoire du désengagement permet de le limiter. Le reste sera négociable et provisoire, étant entendu que ce qui est négociable n&#8217;est pas négocié tant qu&#8217;il n&#8217;y a pas de négociations faute de négociateurs, et que ce qui est provisoire l&#8217;est parfois définitivement.</p>
<p>En tout cas, ce désengagement retardera &#8220;provisoirement&#8221; le projet de &#8220;nouveau Moyen Orient&#8221; imaginé par Peres. Israël demeurera isolé dans la région, ce qui est déjà le cas de toute façon.</p>
<p>Le désengagement devrait dans un premier temps confirmer la politique consistant à renforcer la sécurité d&#8217;Israël grâce à la barrière de protection. Le territoire israélien se retrouve progressivement sanctuarisé, non seulement face aux menaces classiques grâce à la force de dissuasion israélienne, mais également face à la guérilla palestinienne. Les attentats palestiniens devraient demeurer assez rares grâce à la barrière, mais le désengagement proprement dit pourrait créer quelques opportunités pour les terroristes qui disposeront d&#8217;une base territoriale. Israël ne pourra probablement pas accepter que cette dernière soit également sanctuarisée. En conséquence, l&#8217;armée devra sans doute intervenir dans les territoires de façon ponctuelle, mais en bénéficiant sans doute d&#8217;un renseignement moins bon. Le but d&#8217;Israël sera alors de limiter l&#8217;avantage tactique acquis par les Palestiniens. Le but de la manoeuvre, en un mot, semble être de maintenir un niveau de sécurité au moins équivalent à l&#8217;actuel sans avoir besoin de se maintenir dans les territoires.</p>
<p>S&#8217;il y parvient, Israël disposera d&#8217;excellents atouts. La &#8220;communauté internationale&#8221; aura perdu l&#8217;essentiel de son argumentaire contre lui, puisque les Palestiniens seront plus visiblement responsables d&#8217;eux-mêmes qu&#8217;ils ne l&#8217;étaient lorsqu&#8217;ils ne disposaient que des zones A.</p>
<p>D&#8217;autre part, il y aura, et il y a déjà, moins d&#8217;attentats en Israël qu&#8217;auparavant, surtout pendant la période septembre 2000-avril 2002. Comme on peut déjà le constater, moins il y a d&#8217;attentats en Israël, moins Israël est critiqué. Chaque attentat provoque des discours sur le &#8220;cycle de la violence&#8221;, qu&#8217;Israël se voit accusé d&#8217;alimenter dès qu&#8217;à lieu une riposte. Cela est moins le cas aujourd&#8217;hui qu&#8217;auparavant, et on peut espérer que la situation ne se détériorera pas.</p>
<p>Enfin, la &#8220;feuille de route&#8221; restera en vigueur, bien entendu. Les amateurs de processus de paix pourront continuer à oeuvrer, mais le conflit entre Israël et les Palestiniens sera pour eux un terrain de jeu du même ordre que Chypre, avec une situation considérée comme non satisfaisante, mais en fin de compte plutôt stable comparée à de nombreuses autres régions.</p>
<p>Du côté palestinien, les choses sont difficiles à prévoir car elles dépendent assez largement d&#8217;une part d&#8217;un certain nombre d&#8217;individus dont le comportement et la durée de vie futurs sont inconnus, d&#8217;autre part de l&#8217;opinion publique palestinienne dont les souhaits ne sont, à ce jour, pas très clairs. Ce que l&#8217;on peut espérer, si l&#8217;on est optimiste, est que la vie politique palestinienne sera suffisamment calme pour que les Palestiniens en arrivent à accepter la situation telle qu&#8217;elle se présentera. Il n&#8217;y aura pas de reconnaissance officielle d&#8217;Israël dans les frontières tracées par Sharon, mais il n&#8217;est pas non plus obligatoire que le conflit demeure en activité.</p>
<p>Enfin, toujours d&#8217;après le Jerusalem Post, les Américains devraient également se prononcer publiquement contre le &#8220;droit au retour&#8221; des réfugiés de 1948. C&#8217;est en tout cas ce que commanderait le bon sens, et on aurait été en droit d&#8217;attendre que l&#8217;Europe elle-même en fasse autant. Il faut que les Palestiniens abandonnent cette idée, sans quoi le conflit ne peut que continuer, généralement de façon &#8220;active&#8221;. Ils ne l&#8217;abandonneront pas immédiatement, mais probablement au bout d&#8217;un certain temps ; et tant que nous serons dans la situation décrite ci-dessus, analogue à celle de Chypre, il sera sans importance qu&#8217;ils abandonnent cette demande ou non, puisqu&#8217;il n&#8217;y aura de toute façon aucune urgence à négocier.</p>
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		<title>L&#8217;expérience d&#8217;Heisenberg</title>
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		<pubDate>Tue, 30 Mar 2004 13:33:52 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Say No More</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Isaac Ben Israel, dans un excellent livre, raconte incidemment un épisode de la Seconde guerre mondiale qui n&#8217;est pas sans intérêt de nos jours.
Lorsque les Anglais ont capturé les principaux savants allemands qui travaillaient à l&#8217;élaboration d&#8217;une bombe atomique, ils les ont enfermés et interrogés pendant six mois. Lors des interrogatoires, ces savants, dont le [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Isaac Ben Israel, dans un <a href="http://www.amazon.fr/exec/obidos/ASIN/2841620735/171-2805120-4319462">excellent livre</a>, raconte incidemment un épisode de la Seconde guerre mondiale qui n&#8217;est pas sans intérêt de nos jours.</p>
<p>Lorsque les Anglais ont capturé les principaux savants allemands qui travaillaient à l&#8217;élaboration d&#8217;une bombe atomique, ils les ont enfermés et interrogés pendant six mois. Lors des interrogatoires, ces savants, dont le chef de file était Heisenberg, ont réussi à faire croire aux Anglais qu&#8217;ils n&#8217;avaient travaillé pour Hitler que pour s&#8217;assurer que l&#8217;Allemagne ne parviendrait jamais à construire une bombe atomique. Les Anglais les ont crus, du moins suffisamment pour en rester là. On a récemment découvert qu&#8217;ils avaient eu tort : Heisenberg et ses collègues avaient monté cette histoire pendant leur incarcération et avaient auparavant loyalement servi le IIIe Reich. Seules des erreurs de calcul ont empêché l&#8217;Allemagne de devenir la première puissance nucléaire.</p>
<p>Aujourd&#8217;hui, des savants irakiens qui ont convaincu les Américains qu&#8217;ils n&#8217;ont jamais réussi à produire quoi que ce soit d&#8217;intéressant lorsqu&#8217;ils étaient au service de Saddam Hussein. Ces savants sont menacés de mort par les partisans de l&#8217;ancien régime et deux d&#8217;entre eux ont été assassinés (alors qu&#8217;ils n&#8217;avaient rien à révéler, bien entendu). Contrairement aux savants allemands, les savants irakiens sont en liberté, ce qui signifie qu&#8217;ils sont à la fois plus menacés et parfaitement en mesure de se concerter pour inventer une histoire.</p>
<p>En bref, le sujet n&#8217;est pas clos.</p>
<p>Plus généralement, Ben Israel traite dans son livre des problèmes de méthode concernant l&#8217;analyse du renseignement en s&#8217;appuyant sur la philosophie des sciences, et notamment des travaux de Karl Popper sur ce sujet. Pour résumer, les renseignements obtenus permettent de construire des hypothèses, mais il est difficile d&#8217;aboutir à des conclusions certaines et utiles à partir de cette matière. Pour obtenir le meilleur résultat possible, Ben Israel conseille de confronter les différentes hypothèses possibles en dressant la liste des renseignements susceptibles d&#8217;invalider chacune d&#8217;entre elles. Cette méthode suppose de prendre deux précautions principales : ne construire que des hypothèses réfutables ; se rappeler que les renseignements ne peuvent que dans une certaine mesure être tenus pour des certitudes.</p>
<p>Si l&#8217;on applique cette méthode à la question des ADM irakiens, on peut par exemple confronter deux hypothèses ainsi formulées :</p>
<p>- Les stocks existaient et ont disparu ;</p>
<p>- Les stocks n&#8217;existaient pas mais Saddam croyait qu&#8217;ils existaient.</p>
<p>Certains des éléments invalidant chacune de ces hypothèses pourraient être les suivants :</p>
<p>Pour la première :</p>
<p>- On ne les a pas trouvés ;</p>
<p>- Les savants irakiens ont déclaré ne pas les avoir produits.</p>
<p>Pour la seconde :</p>
<p>- Saddam s&#8217;est comporté comme s&#8217;ils existaient.</p>
<p>&#8220;On ne les a pas trouvés&#8221; : le fait de ne pas avoir trouvé les stocks en question est problématique car cela supposerait qu&#8217;ils aient été cachés de façon efficace. D&#8217;un autre côté, les recherches se sont appuyées pour l&#8217;essentiel sur le renseignement acquis auprès des savants et des responsables irakiens. Le résultat actuel des recherches est donc lié aux sources de renseignement, et ces dernières ne sont peut-être pas complètement fiables. Ce qui nous amène au point suivant :</p>
<p>&#8220;Les savants irakiens ont déclaré ne pas les avoir produits&#8221; : tout dépend des conditions dans lesquelles ils ont fait ces déclarations. Il importe de savoir s&#8217;ils ont été menacés, s&#8217;ils ont pu se concerter pour inventer une histoire et si le renseignement préalable aux interrogatoire permettait de vérifier leurs affirmations. Les trois propositions sont sans doute vraies dans une certaine mesure (deux savants ont été assassinés, ils étaient en liberté, l&#8217;équipe de Kay disposait d&#8217;un certain nombre d&#8217;informations), ce qui conduit à une appréciation mesurée de la validité de cette source. On peut supposer que les savants et les responsables irakiens ont dû admettre une partie de la vérité, à savoir celle dont les Américains disposaient, et qu&#8217;ils pouvaient avoir une idée de ce que savaient les Américains.</p>
<p>Sur ces deux propositions, la première est avérée mais non suffisante pour invalider l&#8217;hypothèse de la possession irakienne de stocks ; la seconde, ou plutôt celle formulée par les savants irakiens, invaliderait l&#8217;hypothèse mais est douteuse.</p>
<p>&#8220;Saddam s&#8217;est comporté comme s&#8217;ils existaient&#8221; : cette proposition n&#8217;est pas douteuse. L&#8217;Irak n&#8217;a pas donné aucune indication sur la destruction de certains stocks alors que le régime de Saddam Hussein y avait incontestablement intérêt. Même en admettant que les savants irakiens ont menti à Saddam tout au long des années quatre-vingt dix à propos des programmes en cours, ces stocks anciens posent problème car il n&#8217;était pas nécessaire des les créer, puisqu&#8217;ils existaient déjà.</p>
<p>L&#8217;explication fournie par Kay est qu&#8217;ils ont été détruits accidentellement et que les responsables n&#8217;ont pas osé l&#8217;avouer à leurs supérieurs hiérarchiques, ce qui aurait conduit Saddam à croire qu&#8217;il les possédait toujours. Malheureusement, cette histoire est invérifiable. Peut-être est-elle plausible, mais elle peut aussi avoir été inventée.</p>
<p>En bref, le comportement même de Saddam pendant les années qui ont précédé sa chute rend l&#8217;hypothèse de la non possession par l&#8217;Irak d&#8217;armements de destruction massive au moins incertaine. Le moins que l&#8217;on puisse dire est que malgré l&#8217;occupation de l&#8217;Irak, il exsiste un grand nombre d&#8217;informations qui ne sont pas facilement accessibles aux services de renseignement américains.</p>
<p>Pour aboutir à une certitude ou à une quasi certitude à propos des stocks d&#8217;ADM irakiens, il faudrait soit les trouver, s&#8217;ils existent, soit reconstituer de façon extrêmement minutieuse et en utilisant des sources autres que les témoignages de savants irakiens l&#8217;histoire des programmes irakiens d&#8217;ADM.</p>
<p>En attendant, il faudrait surtout que nos médias admettent qu&#8217;ils ignorent ce qu&#8217;ils ignorent. S&#8217;ils établissent que l&#8217;administration américaine en savait moins qu&#8217;elle le prétendait, si c&#8217;est le cas, ils auront fait un travail honorable. En prétendant en savoir plus que ce qu&#8217;ils savent réellement, ils tombent eux-mêmes dans le travers qu&#8217;ils dénoncent.</p>
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		<title>Un mid-term français</title>
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		<pubDate>Mon, 29 Mar 2004 07:34:52 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Say No More</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Les élections régionales, présentées comme l&#8217;occasion de se prononcer sur des sujets locaux et &#8220;proches des gens&#8221;, pour employer le mode d&#8217;expression puéril des politiciens français, sont devenues une sorte de sondage géant. Les régions ont peu de responsabilités, mais les élections censées désigner leurs dirigeants font office de test national, contrairement à leur vocation [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Les élections régionales, présentées comme l&#8217;occasion de se prononcer sur des sujets locaux et &#8220;proches des gens&#8221;, pour employer le mode d&#8217;expression puéril des politiciens français, sont devenues une sorte de sondage géant. Les régions ont peu de responsabilités, mais les élections censées désigner leurs dirigeants font office de test national, contrairement à leur vocation et à l&#8217;intérêt du pays. La droite a joué ce jeu-là alors que, contrairement à l&#8217;opposition, elle n&#8217;y avait aucun intérêt. Le quinquennat était censé préserver la France de ses successions interminables de campagnes électorales, ce qui aurait dû redonner un minimum de courage et de constance aux gouvernements, du moins en principe. En fin de compte, les gouvernements trouveront dans ces élections sans enjeu l&#8217;occasion de faire preuve de la démagogie et de la lâcheté dont ils sont coutumiers.</p>
<p>Ce soir, la droite a été écrasée par la gauche aux élections régionales. La conclusion que Chirac se prépare à tirer de cette défaite est déjà annoncée par la presse : un &#8220;tournant social&#8221;. Les choses sont claires : la France va s&#8217;enfoncer dans le socialisme, et c&#8217;est la droite qui présidera à ce désastre car elle espère que les électeurs de gauche y seront suffisamment sensibles pour lui épargner la déaite vers laquelle elle se dirige en 2007, si le calendrier est respecté.</p>
<p>Cela ne marchera pas car les électeurs de droite s&#8217;abstiendront en nombre suffisamment grand pour assurer la victoire de la gauche. Tous les gouvernements de droite qui se succèdent dans ce pays répètent inlassablement cette séquence, et tous sont battus. Le fond de l&#8217;affaire est que les politiciens qui se disent de droite ne le sont pas, ou le sont à la mode française. En d&#8217;autres termes, ils sont socialistes avant tout, et vaguement conservateurs par ailleurs, ce qui signifie qu&#8217;ils se soucient un peu plus que la gauche de la sécurité publique et tiennent des discours sur l&#8217;identité française et la nécessité de la défendre.</p>
<p>Sur ce dernier point, la droite française fait généralement preuve d&#8217;une confusion intellectuelle totale en s&#8217;appuyant sur des références historiques ou religieuses plus ou moins vagues.</p>
<p>Ce qui n&#8217;est défendu ni par la droite, ni par la gauche, et en fait par pratiquement personne, c&#8217;est l&#8217;héritage démocratique. Lorsque la révolution française est invoquée, c&#8217;est plutôt sous l&#8217;angle d&#8217;un jacobinisme adouci mais toujours fondamentalement autoritaire. Quant à l&#8217;idée démocratique, elle est surtout rejetée avec mépris dès lors qu&#8217;elle peut être associée à quoi que ce soit d&#8217;&#8221;anglo-saxon&#8221;.</p>
<p>Enfin, la droite française n&#8217;a aucune leçon à donner à la gauche en matière de sécurité extérieure et de défense. Les deux camps font preuve du même cynisme en matière internationale, le tout sur fond de discours publicitaires qui cachent mal le mélange de vichisme et de soviétisme qui caractérise aujourd&#8217;hui la politique étrangère française.</p>
<p>Dans les années à venir, la France risque fortement d&#8217;être la cible d&#8217;attentats islamistes. Des menaces ont été proférées, la France est un pays occidental encore relativement important et al-Qaïda pourrait tenter de la pousser à rompre un peu plus profondément son alliance avec les Etats-Unis. Compte tenu du résultat des régionales d&#8217;une part, de la radicalisation de la gauche d&#8217;autre part, les islamistes peuvent tenter leur chance dans les trois années qui nous séparent normalement des prochaines élections générales.</p>
<p>Est-ce que les Français réagiraient de la même manière que les Espagnols en pareille situation ? Personne ne le sait. L&#8217;opinion française n&#8217;a jamais été très indulgente vis-à-vis des terroristes qui frappaient la France. D&#8217;un autre côté, elle semble être devenue assez compréhensive vis-à-vis des terroristes qui frappent d&#8217;autres pays, surtout ceux que l&#8217;on sait. En outre, nos gouvernements sont toujours là pour garantir que la lâcheté prendra le dessus. Nous connaissons le spectacle par coeur.</p>
<p>D&#8217;un autre côté, un scénario à l&#8217;espagnole signifie que les électeurs choisissent la réaction appropriée. Le choix fait par les Espagnols est consternant ; celui que feraient les Français est encore inconnu. De toute manière, les souhaits qu&#8217;expriment les Français lors des élections générales sont à peu près sans influence sur les politiques suivies par les gouvernements qu&#8217;ils élisent.</p>
<p>En fin de compte, il est difficile de savoir où se trouve la principale vulnérabilité de la France. Entre le déclin économique, les possibilités de guerre civile à moyen terme et les dangers extérieurs, le tableau qui se dessine d&#8217;une élection à l&#8217;autre évoque plutôt un pays qui se prive progressivement de l&#8217;ensemble de ses défenses et de ses capacités de réaction qu&#8217;un pays confronté à un danger particulièrement pressant.</p>
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		<title>Mort de Yacine</title>
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		<pubDate>Tue, 23 Mar 2004 12:34:57 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Say No More</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Il n&#8217;y a pas grand-chose à dire sur les conséquences de la mort de Yacine. En principe, les partisans du Hamas seront furieux et essaieront de se venger, ce qui ne signifie pas qu&#8217;ils y parviendront. Le Hamas fait en permanence ce qu&#8217;il peut pour nuire à Israël. Sa volonté de nuire est permanente et [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Il n&#8217;y a pas grand-chose à dire sur les conséquences de la mort de Yacine. En principe, les partisans du Hamas seront furieux et essaieront de se venger, ce qui ne signifie pas qu&#8217;ils y parviendront. Le Hamas fait en permanence ce qu&#8217;il peut pour nuire à Israël. Sa volonté de nuire est permanente et la mort de Yacine ne devrait pas démultiplier ses capacités dans ce domaine.</p>
<p>Concernant l&#8217;avenir de Gaza, on voit assez mal pour quelle raison  l&#8217;absence de Yacine nuirait au développement et à l&#8217;harmonie future de la région. Si l&#8217;on craint que le Hamas, armé d&#8217;un nouveau martyr, ne soit plus qu&#8217;avant en mesure de prendre le contrôle de la Bande de Gaza, alors il suffit d&#8217;équilibrer la partie en en procurant un à l&#8217;OLP.</p>
<p>Ce qui est assez remarquable, ce sont les réactions dans le reste du monde. Les pays arabes sont évidemment furieux, en apparence du moins. Si Israël s&#8217;attaque sérieusement aux cadres du Hamas, l&#8217;Egypte et la Jordanie pourraient cependant s&#8217;en trouver un peu soulagées, de même que l&#8217;Autorité palestinienne. Tout dépend des conséquences locales de cette élimination. Si le Hamas parvient à exploiter cette élimination et s&#8217;en trouve renforcé, cela sera problématique pour tout le monde. Si, au contraire et comme c&#8217;est probable, l&#8217;élimination de Yacine est le début d&#8217;une décapitation plus générale, ou si elle entraîne des luttes de factions internes, alors le spectacle sera intéressant mais les voisins n&#8217;ont pas grand-chose de sérieux à craindre.</p>
<p>La réaction des Etats-Unis est relativement peu étonnante. L&#8217;administration Bush essaye en ce moment d&#8217;être prudente. Bush aurait beaucoup de mal à se dire consterné, mais il n&#8217;a probablement pas envie qu&#8217;on lui mette sur le dos l&#8217;accroissement des tensions dans la région.</p>
<p>Quant à l&#8217;Europe, les choses sont plus inquiétantes. Quand les Russes ont descendu Djokhar Doudaïev en 1996, on a à peine entendu quelques critiques à l&#8217;égard de cette exécution extrajudiciaire. Or, Doudaïev avait certainement plus d&#8217;arguments à avancer pour sa défense que Yacine. Cette fois-ci, les Européens ont condamné l&#8217;exécution de Yacine avec une véhémence qui cache quelque chose.</p>
<p>La France avait fini par admettre avec une grande réticence que le Hamas est un mouvement terroriste, et non une sorte d&#8217;organisation de charité un peu agitée de temps en temps. Il faut croire que cette admission était essentiellement formelle. On n&#8217;ose pas faire publiquement l&#8217;éloge de ces islamistes qui ont entrepris ni plus ni moins qu&#8217;un génocide, lequel n&#8217;est empêché que par les moyens déployés par Israël. Néanmoins, le fait de tuer leur chef provoque un scandale.</p>
<p>Si les leaders européens s&#8217;en tenaient à leur argumentaire, c&#8217;est-à-dire l&#8217;&#8221;illégalité&#8221; de l&#8217;assassinat, on aurait affaire à une simple condamnation diplomatique formelle. L&#8217;ennui, c&#8217;est qu&#8217;ils insistent et que la mort de Yacine semble leur causer infiniment plus de soucis que celle, par exemple, des dix Israéliens tués à Ashdod il y a quelques jours. Tout est dans le ton et l&#8217;impression donnée par les discours plus que dans leurs contenus.</p>
<p>Les motivations des Européens ne sont pas claires. Après l&#8217;attentat de Madrid, à peu près tout le monde sait d&#8217;une part que l&#8217;Europe est une cible, d&#8217;autre part qu&#8217;à prendre le parti des terroristes, on s&#8217;expose à vivre sous l&#8217;empire de leur bon plaisir. En réalité, les réactions européennes sont probablement plus instinctives que raisonnées : l&#8217;agitation au Moyen Orient nous fait peur. Ce que fait Israël nous est utile et nous le savons, puisque cela contribue à décourager le terrorisme et à détruire un foyer islamiste parmi d&#8217;autres. En même temps, Israël n&#8217;ayant pas le choix, nous n&#8217;avons pas besoin de l&#8217;encourager. Mieux vaut condamner publiquement sa politique et ramasser à la fois les fruits de la politique antiterroriste israélienne et ceux de notre neutralité.</p>
<p>Si c&#8217;est ainsi que l&#8217;Europe entend devenir maîtresse de son destin, c&#8217;est un programme intéressant et original.</p>
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		<title>Premier tour et abstention</title>
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		<pubDate>Mon, 22 Mar 2004 18:37:46 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Say No More</dc:creator>
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		<description><![CDATA[La droite a subi une défaite ce soir, défaite qui sera probablement confirmée dans une semaine. Je crois que l&#8217;explication est assez simple.
En France, depuis 1981, toutes les élections générales (présidentielle ou législatives, ou les deux combinées) ont été gagnées par l&#8217;opposition, à l&#8217;exception de la présidentielle de 1995 qui a été gagnée par une [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>La droite a subi une défaite ce soir, défaite qui sera probablement confirmée dans une semaine. Je crois que l&#8217;explication est assez simple.</p>
<p>En France, depuis 1981, toutes les élections générales (présidentielle ou législatives, ou les deux combinées) ont été gagnées par l&#8217;opposition, à l&#8217;exception de la présidentielle de 1995 qui a été gagnée par une faction de la majorité opposée à celle qui gouvernait auparavant. Avant cette période, les deux dernières élections gagnées par la majorité, en 1978 et en 1974, l&#8217;ont été d&#8217;extrême justesse.</p>
<p>Cette alternance automatique ne provient pas spécialement d&#8217;un quelconque caractère versatile des électeurs français. Elle est tout simplement due au fait que les gouvernements sortants affichent de mauvais bilans. Depuis les années soixante-dix, le taux de chômage a augmenté jusqu&#8217;aux alentours de 10% et s&#8217;est stabilisé à ce niveau, tandis que la croissance est demeurée très basse, en fait quasiment inexistante si l&#8217;on tient compte de l&#8217;inflation. Dans le même temps, les prélèvement publics n&#8217;ont pas cessé d&#8217;augmenter. La France s&#8217;est d&#8217;une manière générale considérablement affaiblie. Dans les années soixante-dix, ce pays se percevait encore comme une puissance moyenne. Aujourd&#8217;hui, il se prétend tel mais n&#8217;y croit probablement plus.</p>
<p>En bref, l&#8217;alternance automatique française n&#8217;a rien de mystérieux et il n&#8217;y a pas de raison pour que ce phénomène prenne fin. Tous les gouvernements sont exécrablement mauvais et sont mis à la porte par les électeurs à la première occasion. L&#8217;actuel Président de la République est un démagogue imbécile, son Premier ministre est un apparatchik fade et un peu ridicule et les ministres sont dans l&#8217;ensemble des personnages plutôt insignifiants. A gauche, la situation n&#8217;est certainement pas meilleure, mais les politiciens de gauche jouissent pour l&#8217;instant de l&#8217;immense avantage de ne pas être au pouvoir.</p>
<p>Aujourd&#8217;hui, le gouvernement de droite applique une politique de gauche : antiaméricanisme et plus généralement soviétisme en matière extérieure, socialisme à l&#8217;intérieur avec, entre autres, le maintien de mesures prises par la gauche entre 1997 et 2002 auxquelles la droite, alors dans l&#8217;opposition, avait fait semblant de s&#8217;opposer.</p>
<p>La gauche, quant à elle, est incitée à surenchérir. Il est probable qu&#8217;elle gagnera les prochaines élections générales avec un programme d&#8217;extrême-gauche. Il se trouve en effet que l&#8217;on peut toujours surenchérir en matière de socialisme. La réponse des socialistes aux échecs systématiques des politiques socialistes consiste en effet généralement à considérer que les politiques en question ne l&#8217;étaient pas suffisamment. Lorsque ces politiques ont été menées par des gouvernements de droite, cet argumentaire est encore plus tentant.</p>
<p>En bref, la défaite de la droite est normale, la victoire de la gauche aux prochaines élections est probable et sa défaite aux élections suivantes est pratiquement écrite. La politique française est devenue ennuyeuse à force d&#8217;être lisible. Ce qui explique probablement que je n&#8217;aie pas voté. Il y a d&#8217;autres raisons, comme le peu de sympathie que m&#8217;inspirent les petits et les grands partis de ce pays, ainsi du reste que ses électeurs.</p>
<p>Cela, dit-on, n&#8217;est pas bien. Il faut voter pour prouver son amour de la république. Une mise au point s&#8217;impose, puisque les Français seraient majoritairement favorables (62%, d&#8217;après un récent sondage publié dans Ouest-France) au vote obligatoire.</p>
<p>Le droit de ne pas voter me paraît presque aussi important que le droit de vote. On vote en Iran et on votait en URSS. Cette année, en Iran, c&#8217;est l&#8217;abstention qui a permis de mesurer l&#8217;adhésion des Iraniens au régime, même si les citoyens sont tenus de rappeler périodiquement leur amour de la révolution islamique. En république, il doit en être de même : l&#8217;adhésion au régime ne doit pas être considérée comme acquise. Un électeur doit pouvoir s&#8217;abstenir s&#8217;il ne considère pas le scrutin comme suffisamment libre. Incidemment, c&#8217;est mon cas, en raison de la règle de la parité hommes-femmes. Aujourd&#8217;hui, en France, beaucoup de gens trouvent que l&#8217;on devrait obliger les citoyens à exprimer leur adhésion au régime en accomplissant cet acte hautement symbolique qu&#8217;est le vote.</p>
<p>C&#8217;est bien le problème dans ce pays : tout est symbolique. Le vote ne sert pas à choisir des dirigeants mais remplit une fonction symbolique. L&#8217;ISF est symbolique, l&#8217;autorisation administrative de licenciement est symbolique, etc. Les effets concrets de ces prétendus symboles ne sont apparemment pas dignes d&#8217;intérêt.</p>
<p>Bref, considérer l&#8217;abstention comme un problème est une première erreur logique. L&#8217;abstention peut être le révélateur d&#8217;un problème, elle n&#8217;en constitue pas un elle-même;</p>
<p>La deuxième erreur logique est enfantine : elle consiste à croire que le vote obligatoire supprimera l&#8217;abstention. En réalité, si tel est le but recherché, il faudrait aussi empêcher le vote blanc, par exemple en mettant en place un système de vote électronique d&#8217;où serait exclue cette option.</p>
<p>Dans ce cas, on commencerait à se rapprocher d&#8217;une sorte de &#8220;démocratie dirigée&#8221;, ou en tout cas de quelque chose qui ne serait plus exactement une démocratie. En tout cas, il vaut mieux éviter de tenir la démocratie pour un acquis, surtout en France, pays dont les habitants ont pour l&#8217;essentiel oublié ce qu&#8217;est la liberté.</p>
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		<title>Un problème de stocks</title>
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		<pubDate>Thu, 05 Feb 2004 18:38:33 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Say No More</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Sur Checkpoint Online, on trouve un article d&#8217;une trentaine de pages de Ludovic Monnerat sur la situation en Irak au début 2004. Pour l&#8217;instant, il existe très peu de travaux de recherche de cette qualité sur ce sujet. La conclusion de Monnerat est que malgré quelques incertitudes, la situation est en voie d&#8217;amélioration régulière, notamment [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Sur Checkpoint Online, on trouve un article d&#8217;une trentaine de pages de Ludovic Monnerat sur la situation en Irak au début 2004. Pour l&#8217;instant, il existe très peu de travaux de recherche de cette qualité sur ce sujet. La conclusion de Monnerat est que malgré quelques incertitudes, la situation est en voie d&#8217;amélioration régulière, notamment du point de vue de la sécurité. La guérilla irakienne n&#8217;est pas parvenue à se transformer en obstacle sérieux pour les coalisés. Elle demeurera sans doute une nuisance pendant un certain temps, mais on est très loin d&#8217;un embourbement.</p>
<p>Les problèmes, s&#8217;il y en a, auraient plus de chance de venir de la situation politique et de la difficulté à mettre en place des institutions satisfaisantes, mais il y a très peu de chances pour que les partisans de l&#8217;ancien régime ou les islamistes proches d&#8217;al-Qaïda jouent un rôle majeur dans la reconstruction politique de l&#8217;Irak.</p>
<p>En bref, les problèmes que posait le régime de Saddam Hussein sont apparemment réglés. L&#8217;arrestation de Saddam Hussein et la mort de ses deux fils n&#8217;en sont que des indices supplémentaires. De la même façon, la plupart des craintes que suscitait le projet d&#8217;invasion se sont avérées infondées.</p>
<p>Les adversaires de l&#8217;invasion de l&#8217;Irak étaient cependant nombreux et très motivés. Pendant les mois qui ont précédé l&#8217;invasion, les débats sur ce sujet ont été très durs, aux Etats-Unis comme dans le reste du monde. Ils ont été plus durs que ceux qui ont eu lieu à propos du Kosovo ou de la guerre de 1991.</p>
<p>C&#8217;est peut-être pour cette raison que l&#8217;opposition rétrospective à la guerre est aussi virulente aujourd&#8217;hui. Il pourrait paraître évident que le fait de ne pas trouver de stocks importants d&#8217;ADM ne revient pas à invalider a posteriori les arguments des partisans de l&#8217;invasion. L&#8217;Irak posait toutes sortes de problèmes, avec ou sans de tels stocks, et ces problèmes ont été exposés par les membres de l&#8217;administration Bush.</p>
<p>Aujourd&#8217;hui, personne n&#8217;a établi que les stocks d&#8217;ADM &#8220;n&#8217;existaient pas&#8221;, contrairement à ce qu&#8217;écrivent les menteurs professionnels du Monde, entre autres. En revanche, l&#8217;existence de tous les autres problèmes posés par le régime de Saddam Hussein a été confirmée : les programmes non conventionnels, les liens avec des organisations terroristes, l&#8217;histoire du régime et ses intentions. L&#8217;Irak s&#8217;est mis en contravention avec les résolutions du Conseil de sécurité d&#8217;une façon incontestable, ne serait-ce qu&#8217;en ne signalant pas les destructions de stocks d&#8217;ADM dont on suppose qu&#8217;elles ont eu lieu dans les années précédant l&#8217;invasion.</p>
<p>L&#8217;absence de stocks d&#8217;ADM là où on les a cherchés jusqu&#8217;à présent demeure par ailleurs inexpliquée. David Kay a présenté une hypothèse selon laquelle les Irakiens se seraient désinformés mutuellement, chacun ayant peur d&#8217;avouer à Saddam Hussein que les programmes n&#8217;avançaient pas. Quant aux stocks déclarés, ils auraient été détruits, donc, sans que cette destruction ne soit signalée à l&#8217;ONU. Pourquoi ? Peut-être pour faire croire au reste du monde que l&#8217;Irak disposait d&#8217;une capacité de dissuasion.</p>
<p>Donc les dirigeants irakiens auraient été persuadés qu&#8217;ils avaient des ADM et se seraient sentis obligés, dans le même temps, de faire croire au reste du monde qu&#8217;ils avaient d&#8217;autres ADM qu&#8217;ils savaient ne pas avoir, alors que le fait de convaincre l&#8217;ONU qu&#8217;ils n&#8217;avaient plus d&#8217;ADM aurait pu aboutir à la levée des sanctions, ce qui leur aurait permis précisément d&#8217;acquérir de nouveaux ADM plus facilement.</p>
<p>Ces explications sont peut-être en partie vraies. La désinformation du dirigeant par ses subordonnés est un phénomène relativement courant dans les régimes totalitaires, et c&#8217;est souvent ce à quoi l&#8217;on ne pense pas. Ce fut le cas avec l&#8217;URSS dans certains domaines, notamment en matière économique. On apprenait à l&#8217;école que l&#8217;URSS était la deuxième puissance économique mondiale.</p>
<p>En revanche, les programmes spatiaux soviétiques étaient réels et l&#8217;URSS a réussi à fabriquer des armements sophistiqués en grande quantité. Peut-être que l&#8217;Italie de Mussolini constitue un précédent historique plus pertinent.</p>
<p>Mais l&#8217;hypothèse d&#8217;une désinformation supplémentaire en sens inverse est plus difficile à accepter. Si les Irakiens ont entrepris de faire croire aux autres pays qu&#8217;ils disposaient d&#8217;ADM dont ils savaient ne pas disposer, et ce jusqu&#8217;au début 2003, cela signifie d&#8217;abord qu&#8217;ils avaient une étrange conception de leur propre intérêt, puisque c&#8217;était le meilleur moyen de provoquer l&#8217;invasion américaine ; mais cela signifie en outre qu&#8217;ils savaient ne pas disposer des ADM en question, ce qui contredit la première hypothèse.</p>
<p>Enfin, ces hypothèses sont peut-être plausibles dans une certaine mesure, mais est-on bien certain qu&#8217;elles le sont plus que celles d&#8217;une exportation d&#8217;ADM vers la Syrie ou vers une autre destination, ou d&#8217;une destruction précipitée des stocks juste avant l&#8217;invasion ? Je trouve qu&#8217;il est un peu tôt pour en faire des certitudes. C&#8217;est pourtant ce que font les bavards des deux côtés de l&#8217;Atlantique. On transforme des hypothèses en partie fumeuses en faits avérés, bien que ce soit là très exactement ce que l&#8217;on reproche aujourd&#8217;hui à Bush et à Blair.</p>
<p>En outre, la question de l&#8217;existence de ces stocks n&#8217;est pas un élément central. Le raisonnement de Bush prenait surtout en considération les intentions irakiennes et les capacités du régime de Saddam Hussein à moyen terme. Personne n&#8217;a prétendu que l&#8217;Irak était devenu un danger imminent le 11 septembre 2001. L&#8217;urgence était la même, mais elle était devenue plus apparente. Quant à l&#8217;accusation selon laquelle les dirigeants ont volontairement exagéré les conclusions de leurs services de renseignements, je suppose qu&#8217;elle va être examinée par diverses commissions d&#8217;enquête, mais que les accusateurs ne lâcheront jamais prise. Bush et Blair auraient certes pu décider de présenter au public les aspects les moins alarmants de ce qu&#8217;ils avaient sous les yeux. Le problème est que, en tant que dirigeants, leur rôle est de prendre des décisions. Il y avait certainement des divergences de vue au sein des organismes de renseignement, mais Bush et Blair n&#8217;étaient pas chargés de rédiger une thèse, ils devaient décider ou non de renverser le régime de Saddam Hussein.</p>
<p>C&#8217;est ainsi que les opposants à la guerre parviennent à construire une campagne d&#8217;opinion assez dure et persistante sur très peu de choses. Ils ont pour eux l&#8217;avantage de la simplicité, puisqu&#8217;il leur suffit de répéter que l&#8217;absence d&#8217;ADM démontre que la guerre n&#8217;aurait pas dû avoir lieu. Il est plus fastidieux de leur répondre en reprenant à chaque fois la justification d&#8217;ensemble de l&#8217;invasion en question, et il l&#8217;est encore plus de montrer que son bilan est jusqu&#8217;à présent beaucoup plus satisfaisant qu&#8217;on pourrait le croire.</p>
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		<title>La tromperie du Monde</title>
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		<pubDate>Wed, 28 Jan 2004 18:39:25 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Say No More</dc:creator>
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		<description><![CDATA[L&#8217;éditorial du monde paru hier s&#8217;appuyait sur l&#8217;interview du Dr. Kay parue un peu plus tôt dans le New York Times dans laquelle Kay explique pour quelle raison, à son avis, les stocks irakiens d&#8217;armements de destruction massive ont été surévalués. Kay n&#8217;accuse l&#8217;administration Bush d&#8217;aucune manipulation et dit que les Irakiens sont les premiers [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>L&#8217;éditorial du monde paru hier s&#8217;appuyait sur l&#8217;interview du Dr. Kay parue un peu plus tôt dans le New York Times dans laquelle Kay explique pour quelle raison, à son avis, les stocks irakiens d&#8217;armements de destruction massive ont été surévalués. Kay n&#8217;accuse l&#8217;administration Bush d&#8217;aucune manipulation et dit que les Irakiens sont les premiers responsables de cette surestimation, puisqu&#8217;ils ont passé un peu plus dix ans à se convaincre mutuellement qu&#8217;ils étaient suréquipés. Saddam Hussein était le premier à croire que l&#8217;Irak disposait de stocks importants d&#8217;ADM.</p>
<p>Voilà ce que dit Kay dans cet entretien.</p>
<p>La lecture qu&#8217;en fait le Monde est un peu particulière. Pour l&#8217;immense quotidien du soir français, Bush était le seul à savoir que les ADM irakiens n&#8217;existaient pas et a fait croire au reste du monde qu&#8217;ils existaient. En fait, quand on lit l&#8217;éditorial en question, on pourrait croire que tout les gens raisonnables savaient qu&#8217;ils n&#8217;y avait pas d&#8217;ADM en Irak et que Bush et ses sbires ont réussi à convaincre l&#8217;opinion de la véracité de cet invraisemblable histoire d&#8217;ADM irakiens. Mais comme l&#8217;éditorial s&#8217;appuie sur l&#8217;interview de Kay, et comme Kay dit très clairement que tout le monde pensait que l&#8217;Irak avait des ADM, pour qu&#8217;il y ait eu tromperie de la part de Bush, il fallait que Bush soit le seul à savoir que les ADM irakiens n&#8217;existaient pas. Donc, Bush savaient qu&#8217;ils n&#8217;existaient pas et disait qu&#8217;ils existaient, tandis que Saddam Hussein croyait qu&#8217;ils existaient mas disaient qu&#8217;ils n&#8217;existaient pas. C&#8217;est intéressant.</p>
<p>La thèse dominante actuellement à propos des ADM irakiens est qu&#8217;il n&#8217;y avait pas de stocks mais que l&#8217;ensemble des personnes impliquées dans les programmes faisaient croire à Saddam qu&#8217;il y en avait, ce qui a conduit les services de renseignement étrangers à croire la même chose.</p>
<p>Ce n&#8217;est pas absolument absurde, mais cela ressemble quand même à une rationnalisation d&#8217;un phénomène qu&#8217;on a du mal à comprendre. Cette hypothèse a été à ma connaissance formulée pour la première fois dans le National Review Online, mais elle a pu être depuis lors confirmée jusqu&#8217;à un certain point par les éléments trouvés en Irak. Il reste que les stocks dont la destruction n&#8217;a pas été documentée par l&#8217;Irak continuent de poser problème.</p>
<p>En attendant, on assiste à plusieurs phénomènes simultanés et assez intéressants. Si cette hypothèse est vraie, alors on aura assisté à une séance d&#8217;autopersuasion collective assez impressionnante. Un ou deux ans de plus et tout le monde aurait pu croire que l&#8217;Irak disposait de la bombe. Sans preuve du contraire, peut-être que plus personne n&#8217;aurait osé attaquer ce pays.</p>
<p>Que cette hypothèse soit vraie ou fausse, les opinions occidentales ont quant à elles perdu la mémoire. Il est tout de même assez fascinant de voir le Monde faire comme si ces histoires d&#8217;ADM irakiens avaient été des fables inventées par Rumsfeld et les Juifs du Pentagone ou par Bush et ses amis pétroliers texans. A lire le merveilleux quotidien vespéral, toute personne de bon sens trouvait absurde l&#8217;idée que Saddam Hussein ait pu envisager de se procurer ce genre de choses. Or, ça marche&#8230;</p>
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		<title>Mes prévisions pour 2004</title>
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		<pubDate>Wed, 31 Dec 2003 18:43:44 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Say No More</dc:creator>
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		<description><![CDATA[En 2004, la France continuera à ne pas résoudre les quelques légers problèmes auxquels elle se heurte depuis un certain temps. Le chômage de masse ne sera pas substantiellement réduit le 31 décembre 2004, les prélèvements obligatoires n&#8217;auront pas diminué (ils n&#8217;ont pas diminué depuis 2002, puisque l&#8217;augmentation des impôts locaux a dépassé la baisse [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>En 2004, la France continuera à ne pas résoudre les quelques légers problèmes auxquels elle se heurte depuis un certain temps. Le chômage de masse ne sera pas substantiellement réduit le 31 décembre 2004, les prélèvements obligatoires n&#8217;auront pas diminué (ils n&#8217;ont pas diminué depuis 2002, puisque l&#8217;augmentation des impôts locaux a dépassé la baisse de l&#8217;impôt sur le revenu), la croissance économique ne dépassera pas 2,5% et ne les atteindra probablement pas. Toutefois, si la croissance atteint 2%, le gouvernement exultera.</p>
<p>Les problèmes assez confus de sécurité et d&#8217;&#8221;identité&#8221; (c&#8217;est-à-dire les problèmes liés à l&#8217;immigration) seront toujours là. L&#8217;éventuelle loi sur l&#8217;interdiction du foulard islamique dans les lycées devrait provoquer des réactions plus ou moins outrées de la part des musulmans, mais ne résoudra pas les problèmes liés à l&#8217;islam traditionnaliste et à l&#8217;islam militant, problèmes qui n&#8217;ont qu&#8217;un rapport indirect avec ces foulards. L&#8217;insécurité diminuera peut-être si Sarkozy poursuit sa politique, mais il est à craindre que l&#8217;extrême-gauche ne s&#8217;emploie à la contrecarrer.</p>
<p>La droite devrait perdre les prochaines élections générales, notamment parce que son bilan sera désastreux. Néanmoins, il n&#8217;y aura pas d&#8217;élections générales cette année, à moins que la nature ne fasse son oeuvre. Si cela arrive, droite et gauche seront divisées, ce qui laisse à la gauche de fortes chances de l&#8217;emporter. Le bilan de la gauche au pouvoir sera désastreux, et la droite remportera les élections générales suivantes.</p>
<p>Plus généralement, les Français continueront à ne porter aucun intérêt aux questions internationales, sauf, très vaguement, lorsqu&#8217;il s&#8217;agira de l&#8217;Europe et uniquement si on leur demande de se prononcer sur quelque chose d&#8217;important par référendum, auquel cas le &#8220;non&#8221; l&#8217;emportera ; et lorsqu&#8217;il sera question des Etats-Unis et du Moyen Orient, auquel cas une partie des Français jugera utile de s&#8217;exprimer de façon hostile aux Etats-Unis et à Israël.</p>
<p>Bush sera réélu et les Français, entre autres, en seront très surpris. La croissance économique aux Etats-Unis sera élevée et la situation internationale restera tendue, ce qui conduira les Germano-français rester à l&#8217;écart des Etats-Unis. Les Américains rencontreront des difficultés diplomatiques avec d&#8217;autres alliés : le gouvernement pakistanais deviendra moins fiable parce que la menace d&#8217;al-Qaïda se fait plus précise ; Taiwan va songer que sa dernière chance de proclamer son indépendance doit être vite saisie, avant que la Chine ne soit en mesure de riposter militairement de façon immédiate ; l&#8217;Arabie saoudite va se tenir tranquille mais demeurera un problème.</p>
<p>La Russie va devoir faire face à une légère baisse des tarifs pétroliers, dès lors que la production en Irak va reprendre. Cela entraînera une diminution des recettes de l&#8217;Etat russe. La situation en Tchétchénie ne s&#8217;améliorera pas vraiment : Poutine peut obtenir le calme sur place, mais le terrorisme sporadique devrait se poursuivre.</p>
<p>La guerre antiterroriste continuera de façon relativement discrète, mais il ne restera plus grand-chose du réseau Ben Laden le 31 décembre 2004, du moins en ce qui concerne sa partie strictement interne. Le fanatisme arabo-musulman, en revanche, ne cessera pas cette année.</p>
<p>La situation en Irak va s&#8217;améliorer, mais sans événement décisif, ou du moins pas plus décisif que la capture de Saddam Hussein. Cela est parfaitement logique puisque ce n&#8217;est pas un événement ponctuel qui est visé par les Etats-Unis et leurs alliés, mais une amélioration progressive de la situation. Cette dernière prendra la forme de la mise en place d&#8217;un gouvernement constitutionnel à Bagdad, relativement stable et allié des Etats-Unis. La reconnaissance ou la non-reconnaissance d&#8217;Israël sera un indice de l&#8217;ouverture d&#8217;esprit des dirigeants irakiens. Quand on songe que l&#8217;Egypte et la Jordanie ont reconnu Israël et que, à l&#8217;inverse, l&#8217;Afghanistan de Hamid Karzaï s&#8217;y est refusé, on est en droit de douter de l&#8217;immense valeur de nos amis afghans. Quant à l&#8217;opposition armée, elle diminuera de façon progressive. La presse française continuera à parler de &#8220;désastre&#8221;.</p>
<p>L&#8217;Afghanistan est censé se doter d&#8217;une constitution et organiser des élections générales en 2004. Elles auront lieu parce que le fait qu&#8217;elles aient lieu devient politiquement presque aussi important que le fait qu&#8217;elles se passent bien. Néanmoins, elles se passeront moyennement bien et donneront lieu à des contestations de la part des extrémistes, ce qui ne diffèrera pas fondamentalement de la situation actuelle. Vis-à-vis des alliés de Karzaï, il faudra négocier le résultat avec eux.</p>
<p>Israël s&#8217;orientera de façon décisive vers la séparation unilatérale telle que Sharon l&#8217;a décrite. Les plans de paix ne marcheront pas. L&#8217;Autorité palestinienne continuera à faire usage du terrorisme de façon plus ou moins directe et les opérations israéliennes dans les territoires palestiniens continueront. Si Arafat meurt, la situation deviendra un peu moins claire car il sera plus difficile de savoir qui est raisonnable et qui ne l&#8217;est pas. Si Sharon meurt, Netanyahou ou Mofaz lui succèdera. Israël parviendra à maintenir de bonnes relations avec les Etats-Unis et sera en mesure d&#8217;imposer les mesures unilatérales exposées par Sharon à la place de la &#8220;feuille de route&#8221;, laquelle ne marchera pas.</p>
<p>Les gouvernements arabes seront un déstabilisés, ainsi que l&#8217;Iran. Le régime iranien entrera dans une phase d&#8217;agonie et tombera. Cet événement sera décisif pour la région même, ainsi que pour le monde arabe. Le régime syrien, en revanche, survivra mais sera de plus en plus isolé et finalement assez impotent. Le Liban s&#8217;émancipera en partie, mais pas totalement, les Libanais se rappelant quand même qu&#8217;ils n&#8217;ont pas à ce jour réussi à se mettre d&#8217;accord entre eux en matière de partage du pouvoir.</p>
<p>C&#8217;est tout pour cette année. Tout cela est probablement faux et de toute façon, il est probable que cette page sera effacée pour une raison ou pour une autre d&#8217;ici le 31 décembre 2004.</p>
<p>Donc, bonne année. Si 2004 ressemble à ce qui est décrit plus haut, ce sera une année relativement calme et pas particulièrement palpitante.</p>
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		<title>Nos médias</title>
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		<pubDate>Mon, 29 Dec 2003 16:42:16 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Say No More</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Ce livre (Alain Hertogue, Guerre à outrance) fait état de la manière dont les cinq principaux quotidiens français ont rendu compte de la campagne d&#8217;Irak de mars-avril 2003.
C&#8217;est assez consternant. Le Monde, la Croix, Libération, le Figaro et Ouest-France se sont trompés sur tout : ils ont d&#8217;abord expliqué que les Américains avaient promis une [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.amazon.fr/exec/obidos/ASIN/270213422X/171-2805120-4319462">Ce livre</a> (Alain Hertogue, Guerre à outrance) fait état de la manière dont les cinq principaux quotidiens français ont rendu compte de la campagne d&#8217;Irak de mars-avril 2003.</p>
<p>C&#8217;est assez consternant. Le Monde, la Croix, Libération, le Figaro et Ouest-France se sont trompés sur tout : ils ont d&#8217;abord expliqué que les Américains avaient promis une guerre-éclair, ce qu&#8217;ils n&#8217;avaient pas du tout promis, puis que ces promesses imaginaires de guerre-éclair n&#8217;allaient pas pouvoir être tenues en raison de l&#8217;enlisement non moins imaginaires du corps expéditionnaire américano-britannique en Irak. Lorsque les troupes de la coalition ont pris Bagdad, la presse française a annoncé que c&#8217;était pour y commettre toutes sortes d&#8217;atrocités et a employé à cette fin l&#8217;image des &#8220;colonnes infernales&#8221; de 1794. Pendant toute cette période, ces cinq quotidiens ont tout fait pour discréditer la coalition, d&#8217;abord en prévoyant un désastre humanitaire qui n&#8217;a jamais eu lieu ainsi qu&#8217;une déstabilisation de tout le Moyen Orient qui n&#8217;a jamais commencé a se concrétiser, puis en mettant sur le dos des coalisés diverses atrocités qu&#8217;ils n&#8217;ont jamais commises, ou, à la limite, qu&#8217;ils ont pu à la limite commettre involontairement sans que l&#8217;on puisse le vérifier, auquel cas nos cinq quotidiens se sont contentés de relayer la version officielle irakienne des faits sans la mettre particulièrement en doute.</p>
<p>La palme du désonnheur revient semble-t-il au Monde, pour son travail d&#8217;ensemble pendant le conflit. Celle du ridicule revient vraisemblablement à Jean-Louis Dufour, colonel à la retraite et consultant militaire du Figaro, qui a affirmé jusqu&#8217;à la chute de Bagdad que les troupes coalisés faisaient face à un obstacle trop important pour elles et que 100 000 hommes de troupes fidèles à Saddam allaient leur faire passer un mauvais quart d&#8217;heure dans la capitale irakienne. Une fois la capitale prise, alors que les troupes coalisées neutralisaient les dernières poches de résistance irakiennes, le Monde affirmaient que les Américains passaient leur temps à bombarder des objectifs civils et à tuer des centaines d&#8217;Irakiens innocents.</p>
<p>Hertoghe rend compte de tout ça de façon précise et attribue sobrement ce comportement à trois facteurs : l&#8217;antiaméricanisme, le chauvinisme, l&#8217;arabophilie. Il a sans doute raison, mais on peut faire quelques remarques supplémentaires.</p>
<p>Tout d&#8217;abord, on relève dans les extraits qu&#8217;il cite une propension permanente à la médiocrité prétentieuse. Les passages cités sont remplis d&#8217;images ou de métaphores assez faible : le &#8220;déluge de feu&#8221;, les armées qui &#8220;croisent le fer&#8221;, etc. Ces tournures sont utilisées d&#8217;une façon tellement systématique qu&#8217;elles finissent par remplacer le langage factuel. Les troupes coalisées &#8220;croisent le fer&#8221; avec les troupes irakiennes au lieu de se contenter d&#8217;entrer en contact avec elles, et ainsi de suite. L&#8217;épouvantable vulgarité stylistique de ces extraits est le signe d&#8217;une paresse intellectuelle et professionnelle qui est peut-être un autre facteur explicatif majeur du phénomène exposé par Hertogue.</p>
<p>Deuxième remarque, le livre d&#8217;Hertogue a le mérite de démontrer de façon convaincante le parti-pris de la presse écrite française pendant une courte période. En restreignant son objet d&#8217;étude, Hertogue s&#8217;est donné les moyens de rendre sa démonstration convaincante. S&#8217;il avait étudié, par exemple, la manière dont la presse française a rendu compte de l&#8217;ensemble des événements du Moyen Orient depuis le 11 septembre 2001, il n&#8217;aurait pu écrire qu&#8217;un livre fait d&#8217;impressions personnelles appuyées sur des exemples mais laissant une plus grande place au doute. Un tel livre aurait pu être excellent, comme ceux de Revel, mais n&#8217;aurait pas eu le même intérêt.</p>
<p>Néanmoins, il est évident que c&#8217;est l&#8217;ensemble des médias français qui souffre de ce mélange de parti-pris et de paresse, et pas seulement la presse écrite. Certains médias penchent plus du côté de la paresse, comme les journaux télévisés des grandes chaînes, d&#8217;autres penchent plutôt du côté du parti-pris, comme le Monde, mais le mélange est toujours à peu près le même, bien que le dosage puisse varier.</p>
<p>Puisque c&#8217;est mon blog, je me permet d&#8217;évoquer un souvenir personnel. J&#8217;ai regardé LCI le 11 septembre 2001. Vincent Hervouët a visiblement dû revenir précipitamment d&#8217;un week-end prolongé, ou c&#8217;est en tout cas l&#8217;impression qu&#8217;il donnait, puisqu&#8217;il est arrivé sur le plateau quelques heures après l&#8217;événement et qu&#8217;il n&#8217;était visiblement pas au courant de grand-chose, ce qui est tout à fait excusable. Une fois présent, il a commencé à recevoir des invités et à leur poser des questions, puis à utiliser les réponses de ses invités pour préparer les questions qu&#8217;il allait poser aux suivants. C&#8217;est ainsi qu&#8217;a été mis à la mode l&#8217;histoire de &#8220;Ben Laden, agent de la CIA&#8221;, d&#8217;abord évoquée avec applomb par un invité, puis resservie par Hervouêt aux invités suivants qui ne s&#8217;y connaissaient pas plus que lui mais qui ne voulaient pas avoiir l&#8217;air trop ignares et qui faisaient par conséquent semblant d&#8217;être déjà au courant. L&#8217;histoire était déjà connue avant, mais elle a été probablement popularisée à cette occasion.</p>
<p>Dans ce cas précis, ce n&#8217;était même pas une vraie manifestation d&#8217;antiaméricanisme, ou du mois pas uniquement. Disons que Hervouët avait besoin d&#8217;une histoire et que celle-ci permettait de boucher les trous. Par ailleurs, les gens sont plutôt disposés à croire que les Américains sont atrocement cyniques, et l&#8217;influence de films d&#8217;espionnage idiots peut aussi jouer son rôle. On n&#8217;a jamais vu autant de gros malins versé dans le renseignement que depuis le 11 septembre 2001.</p>
<p>Le parti-pris est un phénomène ancien qu&#8217;on a déjà vu à l&#8217;oeuvre pendant la guerre froide et probablement bien avant. Il n&#8217;y a pas très longtemps, on passait pour un danger public si l&#8217;on souhaitait publiquement la libération des pays d&#8217;Europe de l&#8217;Est (ou de la Lituanie, par exemple) et il était très mal vu de nier les acquis incontestable du communisme. Pas grand-chose de neuf, après tout. Ce qui est intéressant est de constater que l&#8217;usage des médias à des fins de propagande n&#8217;est pas un phénomène propre aux dictatures. Les médias des pays démocratiques peuvent apparemment se transformer d&#8217;eux-même en outil de propagande au service des idées que veulent défendre les gens qui travaillent dans ce secteur. Or, on sait comment forcer des médias à prendre parti, mais on ne sait pas comment les forcer à ne pas le faire.</p>
<p>Quant à la paresse, il n&#8217;y a pas tellement de mystère : pour un journaliste en poste à Bagdad, il est plus difficile d&#8217;aller chercher des informations lui-même que de profiter du guide et de la voiture avec chauffeur proposés par le ministère de l&#8217;information. D&#8217;ailleurs, le journaliste n&#8217;a sur ce point pas tellement le choix. Simon Leys a déjà dit tout cela dans les années soixante-dix : pourquoi le correspondant du Monde accepte-t-il de raconter ce que veulent lui faire raconter les autorités chinoises avec comme contrepartie la possibilité de rester en Chine, s&#8217;il ne peut pas y faire son travail normalement ? La réponse est probablement : parce qu&#8217;un journal a besoin d&#8217;histoires et que si le Monde n&#8217;a pas de correspondant en Chine, il n&#8217;a pas d&#8217;histoire. Les pays disposant d&#8217;une censure et d&#8217;un ministère de l&#8217;information sont donc avantagés, et le parti-pris de la presse fait le reste.</p>
<p>C&#8217;est donc ainsi que nous avons en France des médias qui se comportent comme les médias soviétiques et qui nous sont d&#8217;ailleurs aussi utiles que ces derniers. Il serait réconfortant de se dire que tout cela n&#8217;a pas de réelle conséquence, mais ce serait exagérément optimiste. Hertogue évoque vers le début de son livre les incidents qui ont marqué cetaines manifestations &#8220;pacifistes&#8221;, comme le tabassage en règle de juifs. A mon sens, la presse en est responsable. Peut-être pas dans ce cas précis, mais la presse française en général est responsable d&#8217;une partie importante des incidents antisémites de ces trois dernières années parce qu&#8217;elle oriente l&#8217;opinion. C&#8217;est sur la base du journal télévisé que des jeunes gens peuvent trouver très légitime de mettre le feu à une synagogue et que Pascal Boniface décide de publier son torchon, lequel contribue à cette incitation générale. C&#8217;est ainsi qu&#8217;au parti-pris et à la paresse s&#8217;ajoute l&#8217;irresponsabilité.</p>
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		<title>Au gnouf</title>
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		<pubDate>Sun, 14 Dec 2003 18:41:37 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Say No More</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Il y a des gens qu&#8217;on aime mieux voir en taule qu&#8217;en liberté. José Bové est de ceux-là, mais la pêche d&#8217;hier est probablement la meilleure nouvelle de l&#8217;année.
Donc il est au gnouf, ce qui va permettre plusieurs choses.
D&#8217;abord, il va pouvoir être jugé. Apparemment, des associations de défense des droits de l&#8217;homme s&#8217;inquiètent, d&#8217;après [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Il y a des gens qu&#8217;on aime mieux voir en taule qu&#8217;en liberté. José Bové est de ceux-là, mais la pêche d&#8217;hier est probablement la meilleure nouvelle de l&#8217;année.</p>
<p>Donc il est au gnouf, ce qui va permettre plusieurs choses.</p>
<p>D&#8217;abord, il va pouvoir être jugé. Apparemment, des associations de défense des droits de l&#8217;homme s&#8217;inquiètent, d&#8217;après l&#8217;Economist, de ce que les Irakiens mettent en place des tribunaux pour juger les personnalités de l&#8217;ancien régime. C&#8217;est, disent-elles, une cour internationale qui devrait les juger, car les Irakiens risquent de se laisser aller à la vengeance.</p>
<p>Donc les associations en questions trouvaient en mars dernier que les Irakiens étaient parfaitement capables de renverser par eux-mêmes le régime de Saddam Hussein, et qu&#8217;une intervention internationale ne s&#8217;imposait donc pas, mais trouvent aujourd&#8217;hui que les Irakiens sont incapables de faire fonctionner des tribunaux correctement. Pas la peine d&#8217;essayer de comprendre.</p>
<p>A regarder le précédent de Milosevic, le plus probable est que Saddam va d&#8217;abord être discrédité, et c&#8217;est d&#8217;ailleurs déjà en partie fait. Le simple fait de le montrer à la télévision en train de se gratter la barbe suffit à le rendre beaucoup moins effrayant. Les journalistes irakiens présents à la conférence de presse sur sa capture m&#8217;ont paru à deux doigs de lyncher l&#8217;écran de télévision.</p>
<p>Il faut comprendre que les personnages comme Saddam continuent à effrayer les gens jusqu&#8217;à ce qu&#8217;ils soient neutralisés de façon définitive. On peut a priori espérer que Saddam ne va ni s&#8217;évader, ni s&#8217;en tirer avec une condamnation symbolique. Bref, il ne reviendra pas au pouvoir. Le fait de le filmer dans des postures humiliantes est une excellente chose car les Irakiens peuvent enfin le voir sans en avoir peur. Il faut l&#8217;humilier, et il aurait fallu l&#8217;humilier depuis le début.</p>
<p>Deuxième conséquence, la guérilla va peut-être s&#8217;affaiblir. C&#8217;est difficile à dire pour l&#8217;instant parce que cela dépend de troischoses : du rôle personnel de Saddam dans ces opérations, de la place qu&#8217;il occupe dans les motivations des guérilleros et du rôle que jouera sa capture dans la motivation des Irakiens qui se battent contre la guérilla. On verra bien, mais l&#8217;impact de la capture ne sera pas négatif.</p>
<p>Troisième conséquence, il va peut-être parler. Ce serait très bien, mais c&#8217;est peu probable parce qu&#8217;on n&#8217;emploiera sans doute pas les moyens qui s&#8217;imposeraient et Saddam n&#8217;y a aucun intérêt s&#8217;il doit être jugé. S&#8217;il y a procès, ce sera sa dernière tribune et il voudra en tirer parti, ne serait-ce que parce qu&#8217;il ne lui restera plus grand-chose d&#8217;autre à faire. Son procès va d&#8217;ailleurs être une entreprise assez compliquée. Les accusés auront le droit et les moyens de préparer une défense. Il faudra réunir contre eux des témoins, et il faudra que ces témoins ne soient pas terrorisés d&#8217;une part, ne soient pas eux-mêmes des criminels d&#8217;autre part. Tout cela est très faisable, mais réclame du temps et du sérieux.</p>
<p>Il paraît que Saddam est très malade. Si c&#8217;est le cas, il faudrait se dépêcher. Les journalistes français comme Hervouët, toujours aussi malin, affirment que les Américains préféreraient que Saddam meure vite pour qu&#8217;on n&#8217;ait pas à le juger. Car, bien sûr, un procès serait terriblement compromettant pour eux.</p>
<p>Je vois assez mal en quoi. Le rapprochement qui a eu lieu dans les années quatre-vingt, avec la visite de Rumsfeld, est connu et a déjà été exploité pour critiquer les Etats-Unis. C&#8217;est un épisode qui n&#8217;est que modérément compromettant pour les Etats-Unis et je vois mal ce qu&#8217;on risquerait de trouver de plus.</p>
<p>Deuxièmement, si quelqu&#8217;un peut souhaiter faire taire Saddam, ce serait plutôt les Etats comme la France ou la Russie. Nous nous sommes plus compromis auprès de l&#8217;Irak que les Etats-Unis, et nous l&#8217;avons fait jusqu&#8217;à une date plus récente. Si des personnalités françaises se trouvaient inquiétées en raison de leurs liens avec le régime de Saddam Hussein, je trouverais personnellement cela très réjouissant.</p>
<p>En réalité, il serait très dommage pour tout le monde qu&#8217;il meure maintenant. Son procès, surtout s&#8217;il est mené plus adroitement que celui de Milosevic (il ne le sera pas devant une cour internationale, ce qui est déjà une bonne chose) sera une occasion de consolider le nouveau régime irakien et de refermer cette période de l&#8217;histoire de l&#8217;Irak, voire du monde arabe. Les Américains y ont tout intérêt, contrairement à ce que croient nos complotistes de LCI, parce que ce sera une étape relativement importante de la mise en oeuvre du projet politique américain dans la région.</p>
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		<title>Notre belle France, terre de liberté</title>
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		<pubDate>Sat, 13 Dec 2003 18:40:40 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Say No More</dc:creator>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>

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		<description><![CDATA[La nouvelle loi de bioéthique transmise par le Sénat à l’Assemblée nationale le 31 janvier 2003, en vue de sa deuxième lecture et de son vote définitif les 9, 10 et 11 décembre 2003, stipule notamment :
Article 21 bis A (nouveau)
Après l&#8217;article 511-1 du code pénal, il est inséré un article 511-1-2 ainsi rédigé :
“Art. [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>La nouvelle loi de bioéthique transmise par le Sénat à l’Assemblée nationale le 31 janvier 2003, en vue de sa deuxième lecture et de son vote définitif les 9, 10 et 11 décembre 2003, stipule notamment :</p>
<p>Article 21 bis A (nouveau)</p>
<p>Après l&#8217;article 511-1 du code pénal, il est inséré un article 511-1-2 ainsi rédigé :</p>
<p>“Art. 511-1-2. &#8211; Est puni de trois ans d&#8217;emprisonnement et de 45 000 € d&#8217;amende le fait, par don, promesse, menace, ordre, abus d&#8217;autorité ou de pouvoir, de provoquer autrui à se prêter à un prélèvement de cellules ou de gamètes, dans le but de faire naître un enfant génétiquement identique à toute autre personne, vivante ou décédée.</p>
<p>“Est punie des mêmes peines la propagande ou la publicité, quel qu&#8217;en soit le mode, en faveur de l&#8217;eugénisme ou du clonage reproductif.”</p>
<p>Fin de citation.</p>
<p>Donc, si j&#8217;ai bien compris, en écrivant que je n&#8217;ai toujours pas compris ce qu&#8217;il y a d&#8217;intrinsèquement mal dans le fait de cloner un être humain, ce que je pense, je suis passible de 45 000 € d&#8217;amende et de trois ans d&#8217;emprisonnement.</p>
<p>Quant on sait ce que signifie en France le terme d&#8217;emprisonnement, cela donne envie d&#8217;opter pour l&#8217;amende, mais ce n&#8217;est pas à la carte : on risque les deux.</p>
<p>Que dit la constitution ?</p>
<p>Article 4 de la Déclaration des droit de l&#8217;Homme et du citoyen :</p>
<p>&#8220;La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi, l&#8217;exercice des droits naturels de chaque homme n&#8217;a de bornes que celles qui assurent aux autres membres de la société la jouissance de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la loi.&#8217;<br />
Article 5 : &#8220;La loi n&#8217;a le droit de défendre que les actions nuisibles à la société. Tout ce qui n&#8217;est pas défendu par la loi ne peut être empêché, et nul ne peut être contraint à faire ce qu&#8217;elle n&#8217;ordonne pas.&#8221;</p>
<p>Pierre-André Taguieff devrait peut-être quitter le pays, puisqu&#8217;il a pris position il y a longtemps en faveur de la forme atténuée d&#8217;engénisme négatif qu&#8217;est le fait d&#8217;admettre l&#8217;élimination des foetus souffrant de malformation à la naissance.</p>
<p>Quant au clonage reproductif, j&#8217;imagine que le législateur &#8220;pensait&#8221; aux givrés de la secte raélienne. Seulement le législateur avait le droit de penser un tout petit peu plus plutôt que de laisser libre cours à ses penchants totalitaires. Peut-être a-t-il pensé qu&#8217;il y avait là un &#8220;vide législatif&#8221; qu&#8217;il fallait combler de toute urgence.</p>
<p>Un slogan célèbre de mai 1968 disait qu&#8217;il était interdit d&#8217;interdire. C&#8217;est faux : il n&#8217;est pas interdit d&#8217;interdire. En revanche, il n&#8217;est permis d&#8217;interdire que dans un certain nombre de cas, et ces dernier sont décrits par la Constitution. Le législateur a le droit d&#8217;interdire les actes qui nuisent à autrui, pas les autres. Se prononcer en faveur de l&#8217;eugénisme ou du clonage reproductif humain ne nuit pas à autrui, à moins bien sûr d&#8217;adopter une définition de la nuisance très extensive qui revient à faire du terme &#8220;nuire&#8221; un synonyme du terme &#8220;importuner&#8221;. Malheureusement, beaucoup de gens semblent croire, de nos jours, que ce qui les importune devrait être interdit.</p>
<p>Voilà donc où nous en sommes. Je suppose que si soixante députés ou soixante sénateurs contestait cette loi devant le Conseil constitutionnel, ce dernier serait obligé, en principe du moins, de la censurer. Seulement il est probable que trop peu de parlementaires la contesteront, voire que personne ne le fera. Ce serait impopulaire.</p>
<p>Dans quels pièges la démocratie peut-elle tomber ? Entre autres dans la démagogie ou dans la dictature de la majorité. Nous sommes aujourd&#8217;hui dans la deuxième de ces situations (et, accessoirement, depuis longtemps dans la première). On ne peut pas dire qu&#8217;il n&#8217;y ait pas eu débat sur le clonage, mais le débat n&#8217;a porté que sur le caractère souhaitable ou non de de dernier, et pratiquement tous ceux qui se sont exprimés ont soutenu que le clonage ne l&#8217;était pas. De là, on en est venu à l&#8217;interdiction, conformément au principe non écrit mais en voie d&#8217;adoption selon lequel tout ce qui n&#8217;est pas souhaitable doit être interdit.</p>
<p>Dans la même série, le Figaro a rapporté qu&#8217;un éditorialiste anglais a demandé l&#8217;interdiction du tabac.</p>
<p>Il ya quelques années, on pouvait encore entendre des gens soutenir que, souhaitable ou non, le fait de fumer n&#8217;était pas un acte répréhensible puisqu&#8217;il ne mettait en danger que celui qui le commettait. A cela, deux arguments ont été opposés.</p>
<p>D&#8217;abord l&#8217;argument du caractère nocif de la tabagie passive, argument très commode mais non appuyé sur des faits établis ; ensuite celui selon lequel les fumeurs coûtent cher à la collectivité, argument qui se heurte au fait que les fumeurs payent déjà une facture salée, au fait qu&#8217;ils ne lui coûtent cher que parce que la protection sociale est obligatoire, au fait qu&#8217;il lui font économiser de l&#8217;argent en mourant jeunes et au fait qu&#8217;en mourant plus tard, ils mourraient quand même de maladies qui seraient également susceptible de coûter très cher. Evidemment, ces derniers arguments sont d&#8217;un tel cynisme que l&#8217;on devrait avoir honte d&#8217;y avoir recours ; tandis, bien sûr, que celui selon lequel les fumeurs coûtent cher à cause de leurs cancers est un argument parfaitement compassionnel. C&#8217;est évident.</p>
<p>Aussi n&#8217;entend-on absolument personne rappeler que le fait de fumer n&#8217;est que l&#8217;un des modes d&#8217;exercice de la liberté de se comporter et de diriger sa vie comme on l&#8217;entend et que ces taxes sur le tabac et ces débats à propos d&#8217;une éventuelle interdiction ne devraient même pas exister, si toutefois le principe de liberté avait encore un sens aux yeux de la plupart des Français. Et cela ne concerne pas seulement les Français.</p>
<p>Les lois Gayssot sont inefficaces. C&#8217;est un point de vue que l&#8217;on entend exprimer de temps à autres, mais qu&#8217;en serait-il si elles étaient efficaces, ce qu&#8217;elles étaient plus ou moins lorsque l&#8217;Internet ne permettait pas d&#8217;avoir accès en quelques secondes aux textes de Faurisson ou de Garaudy ? La Ligue des droits de l&#8217;homme, pourtant l&#8217;un des organes les plus actifs parmi les promoteurs du totalitarisme contemporain, faisait valoir que ce n&#8217;était pas aux juges de déterminer la vérité historique, argument fort judicieux. Mais la Ligue des droit de l&#8217;homme userait-elle de cet argument si elle n&#8217;était pas l&#8217;un des défenseurs les plus acharnés, ou plutôt l&#8217;un des négateurs les plus vigilants, de l&#8217;antisémitisme contemporain ? Peut-être défendrait-elle la même position, mais je n&#8217;en suis pas sûr.</p>
<p>La loi Gayssot est également attaquée par ceux qui trouvent, à juste titre, qu&#8217;elle traite inégalement les crimes nazis et les autres crimes, notamment communistes. Mais qu&#8217;en serait-il si le communisme n&#8217;avait pas existé ? Est-ce que personne ne dirait tout simplement qu&#8217;il s&#8217;agit d&#8217;une loi totalitaire parce que contraire au principe de liberté d&#8217;expression ?</p>
<p>Cela fait trois exemples, et on peut en citer d&#8217;autres. Dans tous ces cas, personne ne défend la liberté contre l&#8217;autoritarisme. Autrefois, il y a eu en France des révolutionnaires et des contestataires qui prétendaient défendre la liberté. La défendaient-ils ? Sans doute, peut-être pas toujours, mais il s&#8217;agissait essentiellement de quatre types de libertés : celles qui touchaient à la politique, à l&#8217;économie, à la religion  et aux moeurs. Dans ces deux derniers domaines, on se pose aujourd&#8217;hui quelques questions. Peut-être les lois contre la pédophilie vont-elles un peu loin lorsque l&#8217;on interdit la possession de bandes dessinées mettant en scène des mineurs non vêtus, ou lorsqu&#8217;un instituteur anglais se suicide en raison d&#8217;une accusation de cet ordre qui se révèle par la suite infondée. Quant aux religions, nous avons la commission Stasi qui se fait des noeuds au cerveau pour interdire le morceau de tissu que les jeunes musulmanes portent parfois sur leur tête dans les établissement d&#8217;enseignement secondaire. Effectivement, un danger présent et immédiat.</p>
<p>Qu&#8217;est est-il dans les autres domaines ? Il y a des domaines importants, qui concernent une partie notable des activités d&#8217;un être humain, et dans lesquels la liberté est également une notion qui a un sens. Ecouter la musique que l&#8217;on aime plutôt que celle que l&#8217;on n&#8217;aime pas est un exemple parmi beaucoup d&#8217;autres. Or, des quotas de musique française sont imposés aux radios depuis plusieurs années. Il est agréable de choisir le moyen de transport que l&#8217;on préfère pour se déplacer dans Paris. Or, les Verts du Conseil de Paris ont mis en oeuvre une politique consistant à désinciter à l&#8217;usage de l&#8217;automobile en faveur de la Bicyclette. Pourquoi &#8220;inciter&#8221; et &#8220;désinciter&#8221; les gens dans des domaines qui ne regardent qu&#8217;eux ? Parce qu&#8217;on veut leur bonheur ? Je suppose que la plupart des gens veulent déjà leur propre bonheur ; ils devraient donc être capable de s&#8217;&#8221;inciter&#8221; eux-mêmes à faire ce qui est bon pour eux, et cela pourrait consister à fumer tout en conduisant une automobile et en écoutant de la musique étrangère, tout cela en trouvant que le clonage reproductif humain peut être une bonne chose.</p>
<p>Le fond du problème me paraît plutôt être que la liberté est devenue dans l&#8217;esprit des gens un luxe. Or, le luxe est suspect. Il est d&#8217;ailleurs taxé, ou du moins il l&#8217;était avant que la TVA sur les produits de luxe ne perde cette dénomination &#8211; tout en subsistant par ailleurs, ce qui fait qu&#8217;on la paye encore, mais sans savoir désormais pourquoi.</p>
<p>En France, de nos jours, on passe pour un imbécile pompeux quand on réclame quelque chose au nom de la liberté. On vous opposera des arguments &#8220;techniques&#8221;, c&#8217;est-à-dire sérieux, par exemple. Comment fait-on pour transformer un Français en pragmatique méprisant les discours intellectuels ? Il suffit de lui parler de liberté.</p>
<p>La liberté est un luxe que seuls réclament les individualistes. Or, l&#8217;individualisme est lui-même suspect. Et taxé, dans une certaine mesure, puisque la politique fiscale vise à appauvrir les célibataires plus que les autres. Le Larousse fait du terme &#8220;individualiste&#8221; quasiment un synonyme d&#8217;&#8221;égoïste&#8221; (contrairement au Robert, mais ne faudrait-il pas légiférer contre le Robert ?)</p>
<p>On pense ce que l&#8217;on veut de la liberté. On peut même écrire ce que l&#8217;on veut contre la liberté, et on le fait, surtout quand il s&#8217;agit du volet économique de la liberté. C&#8217;est toujours moins grave qu&#8217;écrire en faveur du clonage reproductif humain.</p>
<p>Seulement la liberté figure dans notre constitution, ce qui n&#8217;est pas le cas du non-clonage reproductif humain. Et alors ? La Constitution n&#8217;est jamais qu&#8217;un obstacle technique aux lois de plus en plus délirantes qu&#8217;on vote en France. La loi sur la parité est une loi discriminatoire et contraire au principe &#8211; pourtant unanimement loué, celui-là &#8211; d&#8217;égalité ? Pas de problème : on modifie la Constitution à Versailles (surtout pas de référendum, on ne va quand même pas donner la parole à ces électeurs potentiels du Front national) et le travail est fait. On a levé l&#8217;obstacle technique.</p>
<p>Il existe vaguement un principe de hiérarchie des normes qui veut, en gros, que les lois soient conformes à la constitution et que les réglements soient conformes aux lois. C&#8217;est un peu plus compliqué que cela, mais dans l&#8217;ensemble, c&#8217;est à ça que cela revient. On pourrait penser que cela signifie que la Constitution n&#8217;est pas seulement une série de dispositions &#8220;techniques&#8221; plus ou moins pénibles qu&#8217;on se retrouve à devoir modifier tout le temps (ce qui en plus coûte cher), mais plutôt un certain nombre de principes auxquels on devrait se référer avant de légiférer, pas après pour les modifier quand l&#8217;envie nous en prend.</p>
<p>Bref, je recommande deux choses. D&#8217;abord, plus de modification de la constitution par la procédure des deux chambres réunies en Congrès à Versailles. Si l&#8217;on modifie la constitution, qu&#8217;on le fasse par référendum. C&#8217;est ainsi qu&#8217;elle a été approuvée, et je ne vois pas pourquoi elle pourrait être modifiée par l&#8217;ensemble formé des députés et des sénateurs, les derniers n&#8217;étant même pas élus au suffrage universel direct.</p>
<p>Deuxième recommandation : que l&#8217;on instaure un contrôle constitutionnel a posteriori. Aujourd&#8217;hui, on peut promulguer une loi contraire à la constitution, du moment qu&#8217;il ne se trouve pas soixante députés ou sénateurs pour en contester la constitutionnalité &#8211; ce que peut également faire l&#8217;exécutif, pour mémoire.</p>
<p>Ces deux dispositions seraient bénéfiques et me paraissent même indispensable si l&#8217;on veut que la France ne devienne pas un endroit qu&#8217;il sera très désagréable d&#8217;habiter.</p>
<p>Changeraient-elles quelque chose sur le fond ? Je n&#8217;en suis pas sûr. D&#8217;une manière ou d&#8217;une autre, il faudrait que les Français tiennent à la liberté, et je ne suis pas sûr que ce soit le cas.</p>
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		<title>Que se passe-t-il ?</title>
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		<pubDate>Sun, 23 Nov 2003 18:44:14 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Say No More</dc:creator>
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		<description><![CDATA[La guerre antiterroriste qui a commencé le 11 septembre 2001 n&#8217;est pas très rassurante. Elle l&#8217;est plus que le terrorisme lui-même, évidemment, et la plupart des guerres ne sont pas très rassurantes, mais celle-ci charie avec elle un certain nombre de mystères qui ne devraient peut-être pas rester mystérieux aussi longtemps.
Un problème inhérent à ce [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>La guerre antiterroriste qui a commencé le 11 septembre 2001 n&#8217;est pas très rassurante. Elle l&#8217;est plus que le terrorisme lui-même, évidemment, et la plupart des guerres ne sont pas très rassurantes, mais celle-ci charie avec elle un certain nombre de mystères qui ne devraient peut-être pas rester mystérieux aussi longtemps.</p>
<p>Un problème inhérent à ce conflit est que d&#8217;un côté, le secret est un élément essentiel de la lutte antiterroriste, tandis que le terrorisme est par nature médiatisé. La couverture des événements est donc abondante et superficielle. Cela est dans une certaine mesure vrai de toute crise terroriste, et notamment de celle-ci qui est la plus importante qu&#8217;on aie connue jusqu&#8217;à présent. La couverture journalistique va par exemple mettre l&#8217;accent sur les victimes et sur des cérémonies en leur mémoire, c&#8217;est-à-dire des aspects de la guerre qui ne sont pas essentiels à son déroulement.</p>
<p>Le terrorisme se caractérise également par le fait que des événements importants, les attentats, sont souvent le résultat d&#8217;événements peu importants, comme le fait qu&#8217;une dizaine de déséquilibrés ont conspiré pendant quelques semaines ou quelques mois. Un mouvement terroriste peut exister et devenir très menaçant sans que cela ne soit le reflet de phénomènes sociaux particulièrement profonds. La secte Aoum n&#8217;est pas grand-chose en elle-même et son existence n&#8217;est pas l&#8217;indice d&#8217;une crise profonde qui secouerait la société japonaise. De même, Action directe n&#8217;était pas l&#8217;avant-garde d&#8217;une grande vague révolutionnaire en France. Néanmoins, Aoum a été l&#8217;auteur du premier attentat, ou de l&#8217;un des premiers attentats, à l&#8217;arme chimique, tandis qu&#8217;Action directe a fait un ou deux coups qui l&#8217;ont rendu célèbre.</p>
<p>Or, le public veut débattre du terrorisme et les débats publics sont toujours faits de généralités. Le débat sur le terrorisme tend à se porter sur des phénomènes sociaux ou politiques connus, qui permettent à chacun de donner son avis &#8211; et d&#8217;en avoir un pour commencer &#8211; alors que le terrorisme n&#8217;a souvent qu&#8217;un rapport lointain avec ces phénomènes. Mieux, les terroristes cherchent à faire croire qu&#8217;ils sont l&#8217;expression, ou l&#8217;avant-garde, de phénomènes importants. Ben Laden veut, ou voulait, évidemment persuader le reste du monde que son mouvement était l&#8217;avant-garde d&#8217;une grande révolution musulmane. Les attentats du 11 septembre ont en tout cas eu pour effet de lancer de grands débats sur l&#8217;Islam ou sur la &#8220;guerre des civilisations&#8221;, grands débats qui n&#8217;ont probablement pas pas appris grand-chose à grand-monde sur l&#8217;Islam ou sur les civilisations en général, et qui ont par ailleurs tenu lieu de réflexion fondamentale là où quelques réflexions un peu plus concrètes n&#8217;auraient pas été inutiles. Le public ne peut sans doute pas faire la différence entre &#8220;guerre contre l&#8217;Islam&#8221; et &#8220;guerre contre des gens qui se réclament de l&#8217;Islam&#8221;, ou alors le simple fait d&#8217;essayer d&#8217;epliquer la nuance entre les deux expressions suffit à nourrir deux ou trois ans de débat public.</p>
<p>En bref, ce conflit se prête particulièrement bien au développement de la confusion intellectuelle, laquelle débouche inéluctablement sur le mauvais journalisme et la publication de livres grand public sans grande valeur.</p>
<p>Mais il y a autre chose, et j&#8217;avoue que je ne sais pas très bien de quoi il s&#8217;agit. Cela peut être dû aux quelques questions non résolues ou mal résolues. Où est Ben Laden ? Où est Saddam Hussein ? Où sont les ADM de Saddam Hussein (il serait rassurant de conclure qu&#8217;ils n&#8217;existaient pas, mais ce serait faux) ? D&#8217;où venait l&#8217;anthrax ? Que sait-on exactement, aujourd&#8217;hui, sur le 11 septembre ? Les autorités américaines doivent en avoir une idée relativement précise, du moins je l&#8217;espère, mais il est assez frustrant de ne pas disposer d&#8217;une sorte de récit définitif sur la question.</p>
<p>L&#8217;invasion de l&#8217;Irak, entre autres utilités, a sans doute eu celle de rediriger l&#8217;attention du public et de l&#8217;administration vers un objectif clair et justifiable dans le contexte de la guerre antiterroriste. Indépendamment des questions concernant l&#8217;Irak proprement dit, les Etats-Unis avaient de toute façon intérêt à mettre fin à cette histoire qui traînait depuis 1991. La stupéfaction horrifiée des Français a été ce qu&#8217;elle a été, mais on pourrait déjà soutenir que les relations franco-américaines sont sur un point meilleures aujourd&#8217;hui qu&#8217;il y a cinq ans : il n&#8217;y a plus de divergences majeures sur ce qu&#8217;il convient de faire vis-à-vis de Saddam Hussein ; et cela n&#8217;était pas une mince divergence en décembre 1998.</p>
<p>En outre, plus la guérilla se poursuit en Irak, plus ou a affaire à quelque chose de relativement clair : les terroristes et les guérilléros sont au moins à peu près identifiables et on comprend un peu mieux ce qu&#8217;ils veulent, même s&#8217;ils ne nous y aident pas beaucoup puisqu&#8217;ils présentent cette particularité d&#8217;attaquer sans rien demander et sans chercher très sérieusement à obtenir un soutien populaire de la part des populations, soutien qui serait sans doute limité, en Irak comme en Afghanistan.</p>
<p>Donc l&#8217;Irak était sans doute une bonne idée, mais c&#8217;est quand même une façon de contourner le problème. Il va peu-être falloir à un moment prendre tout cela en main et créer un vrai front contre le terrorisme, autrement dit essayer de garder une idée un peu claire de ce qui se passe.</p>
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		<title>Théorie des dominos</title>
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		<pubDate>Wed, 05 Nov 2003 18:45:23 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Say No More</dc:creator>
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		<description><![CDATA[La perte d&#8217;un hélicoptère et de ses passagers en Irak serait un événement semblable à l&#8217;épisode analogue de Mogadiscio si la situation était la même en Irak aujourd&#8217;hui qu&#8217;en Somalie à l&#8217;époque. Ce n&#8217;est pas le cas.
En Somalie, l&#8217;anarchie régnait et la présence américaine ne répondait qu&#8217;à un objectif humanitaire. Or, les guerres humanitaires sont [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>La perte d&#8217;un hélicoptère et de ses passagers en Irak serait un événement semblable à l&#8217;épisode analogue de Mogadiscio si la situation était la même en Irak aujourd&#8217;hui qu&#8217;en Somalie à l&#8217;époque. Ce n&#8217;est pas le cas.</p>
<p>En Somalie, l&#8217;anarchie régnait et la présence américaine ne répondait qu&#8217;à un objectif humanitaire. Or, les guerres humanitaires sont peut-être des guerres justes et idéalistes, mais ce sont des guerres qu&#8217;on perd parce qu&#8217;on n&#8217;a pas vraiment besoin de les gagner.</p>
<p>En Irak, l&#8217;ordre civil s&#8217;est en grande partie installé et la présence américaine répond à un objectif vital. L&#8217;opinion américaine va peut-être réagir très négativement, et peut-être même se retourner contre le président, mais je crois que ce sera pour lui reprocher la manière dont il aura dirigé la politique américaine en Irak, pas pour lui reprocher de s&#8217;être attaqué au problème.</p>
<p>Si les Etats-Unis se retiraient d&#8217;Irak, ils abandonneraient non seulement leurs objectifs humanitaires (ce que l&#8217;ONU semble capable de faire assez facilement), mais également la non-prolifération en général, ce que j&#8217;ai déjà dit il y a quelques mois.</p>
<p>Le lien principal entre l&#8217;Irak et le 11 septembre tient surtout à ce que cette date marque la mutation du terrorisme contemporain. Le terrorisme était autrefois une façon violente de faire parvenir un message diplomatique. Les Iraniens trouvaient désagréable que la France arme l&#8217;Irak, il bombardait la France. la Syrie voulait mettre la main sur le Liban et la France essayait de l&#8217;en empêcher, elle en faisait autant. Le terrorisme contemporain vise surtout à tuer le plus de gens possible.</p>
<p>Après tout, les terroristes et les guérilléros qui opèrent aujourd&#8217;hui en Irak n&#8217;ont aucune existence médiatique autre que leurs attentats. Il y a quelques communiqués signés Saddam ou Ben Laden, mais ils ne s&#8217;associent même pas directement aux attentats, lesquels semblent plus ou moins se suffire à eux-mêmes.</p>
<p>Les attentats palestiniens ont généralement lieu là où le kamikaze arrive à agir. Apparemment, une fois infiltrés, ils vont généralement là où il semble y avoir du monde et font leur office sans se poser plus de questions.</p>
<p>Quant au 11 septembre et à ses répliques plus limitées, comme  Bali, ce sont des attentats qui visent surtout à massacrer. 4 000 morts forment un bilan très lourd, mais s&#8217;il y a une chose dont on peut être sûr, c&#8217;est que les terroristes n&#8217;avaient pas décidé de se limiter à ce chiffre. S&#8217;ils avaient pu afficher 4 millions, ils l&#8217;auraient évidemment fait. De la même façon, les Palestiniens se considèrent comme victorieux quand ils tuent des Israéliens, et plus ils en tuent, plus ils sont contents. Les clandestins irakiens voient probablement les choses de la même façon.</p>
<p>Il est sans doute inutile d&#8217;essayer d&#8217;interpréter plus subtilement que cela le terrorisme contemporain. En un sens, ce n&#8217;est même pas du terrorisme. Le terrorisme vise à terroriser. L&#8217;activité dont il est ici question vise à tuer.</p>
<p>A quoi est due une telle évolution ? Peut-être d&#8217;abord au fait que le terrorisme ne marche pas aussi bien que les terroristes le voudraient. Dershowitz a raison de dire que le terrorisme marche, en ce sens qu&#8217;il a été et est encore encouragé par la faiblesse de nombreux Etats occidentaux, ce qui a pour effet d&#8217;inciter un certain nombre de personnes à en faire usage. Néanmoins, les mouvements terroristes trop ambitieux sont souvent déçus. Les Palestiniens n&#8217;ont pas brisé la volonté israélienne, l&#8217;IRA n&#8217;a pas démoralisé les Anglais, Action directe n&#8217;a pas obtenu un quelconque effet démultiplicateur qui lui aurait permis de remporter des succès avec les moyens assez dérisoires dont le mouvement disposait. En fin de compte, les terroristes ont obtenu quelques faiblesses diplomatiques et des voyages aériens rendus encore plus pénibles, mais pas tellement plus.</p>
<p>C&#8217;est peut-être pour cette raison que le terrorisme actuel s&#8217;est transformé en entreprise d&#8217;extermination. Les terroristes auraient renoncé à influer sur le comportement des sociétés ennemies après avoir réalisé qu&#8217;ils n&#8217;y parvenaient pas, et auraient décidé à la place de les détruire.</p>
<p>Cela paraît irréaliste. Tout d&#8217;abord, leurs moyens sont limités. Ensuite, cela signifie que les terroristes passent en quelque sorte d&#8217;une stratégie indirecte à une stratégie directe, ce qui d&#8217;une certaine manière nous soulagerait. Plus besoin de réfléchir sur la façon dont ils vont influencer l&#8217;opinion publique, ni sur le jeu diplomatique compliqué qu&#8217;il faudra mener afin d&#8217;esquiver leurs coups sans avoir l&#8217;air de céder devant eux. En principe, cela devrait constituer pour nous un avantage.</p>
<p>D&#8217;un autre côté, même d&#8217;un point de vue médiatique, cette stratégie a un sens. Ben Laden ne séduit pas beaucoup les opinions occidentales, mais il remporte un certain succès du côté des opinions arabes ou musulmanes, et ce sans avoir à élaborer des campagnes médiatiques compliquées. Et pour ce qui est de troubler les opinions occidentales, les Occidentaux font très bien cela eux-mêmes.</p>
<p>Quant aux moyens, c&#8217;est évidemment le point qui nous ramène à l&#8217;Irak. Le raisonnement est connu et à mon avis assez irréfutable : autant il était possible de laisser les Iraniens ou les Syriens poser une bombe rue de Rennes et de réagir ensuite pour que cela ne se reproduise plus (il n&#8217;est pas sûr que cela ait été fait), autant il n&#8217;est pas très envisageable d&#8217;en faire autant avec des terroristes d&#8217;aujourd&#8217;hui. La seule réponse possible consiste à prévenir de tels événements. Pour se faire, il faut priver le terroriste de l&#8217;arme dont il rêve ; et pour l&#8217;en priver, il faut s&#8217;attaquer aux fournisseurs. Ces derniers ont été identifiés par Bush lors de son discours sur l&#8217;état de l&#8217;Union de 2002 : l&#8217;Irak, l&#8217;Iran, la Corée du Nord.</p>
<p>Les Européens pensent que dissuader ces trois Etats (et, éventuellement, quelques autres) peut ou aurait pu suffire. Les Américains estiment avoir déjà essayé cette solution jusqu&#8217;au 11 septembre 2001. La différence de perception entre les deux continents tient quant à elle à la différence entre leurs expériences récentes. Les Israéliens raisonnent comme les Américains, et pour les mêmes raisons. L&#8217;expérience du terrorisme génocidaire conduit les Etats à des politiques que l&#8217;on peut parfaitement justifier par le raisonnement mais qui sont surtout motivées par les émotions collectives. Les Américains et les Israéliens peuvent être très favorables aux politiques assez fermes de leurs gouvernements sans être capables d&#8217;expliquer très clairement les raisons de ce soutien. Cela tient à mon avis à ce qu&#8217;ils ressentent plus qu&#8217;ils ne déduisent de leurs réflexions le bien-fondé de ces politiques. La nécessité d&#8217;envahir l&#8217;Irak est aux yeux de nombreux Américains une évidence, comme l&#8217;est également le lien entre l&#8217;Irak et le 11 septembre, même si la nature exacte de ce lien n&#8217;est pas totalement claire.</p>
<p>La guerre actuelle est compliquée et déroutante. Elle est compliquée parce que nous voulons tout faire à la fois : assurer notre sécurité, aider les pays en difficulté, éteindre des conflits sur lesquels nous n&#8217;avons pas beaucoup d&#8217;influence ; et tout cela n&#8217;est pas toujours très facile à faire simultanément. Elle est déroutante parce qu&#8217;elle se déroule sur des théâtres d&#8217;opérations très variés, extérieurs ou intérieurs, parce que chaque année apporte de nouvelles énigmes qui confinent à l&#8217;absurdité (où sont Ben Laden et Saddam ? Y a-t-il des ADM en Irak ? Y en a-t-il eu ?) et parce que l&#8217;ennemi est totalement fuyant, en grande partie invisible et assez imprévisible.</p>
<p>Les opérations de contre-prolifération comme la guerre d&#8217;Irak sont à la fois nécessaires et rassurantes parce qu&#8217;elles sont visibles et que leurs résultats sont en principe tangibles, même si cela peut prendre plus de temps que prévu. Elles peuvent cependant échouer. Dans un tel cas, nous serons en présence d&#8217;une nouvelle théorie des dominos : les pulsions prolifératrices des autres Etats dangereux seront accentuées et la situation deviendra plus difficilement contrôlable. Pendant la guerre froide, la théorie des dominos avait fini par perdre de sa validité à partir du moment où les Soviétiques avaient de façon relativement visible atteint leurs limites, c&#8217;est-à-dire pendant les années soixante-dix et quatre-vingt, soit assez tardivement. Il était apparu d&#8217;abord que le communisme ne se répandait pas aussi spontanément qu&#8217;on avait pu le craindre, c&#8217;est-à-dire de façon plus ou moins automatique dans les pays pauvres ; ensuite que si son expansion supposait des invasions militaires soviétiques plus ou moins déguisées en révolutions, alors l&#8217;URSS ne serait pas assez puissante pour imposer le communisme à l&#8217;ensemble du monde, et à plus forte raison au monde développé. Dès lors, il n&#8217;y avait plus qu&#8217;à attendre la disparition du communisme et, éventuellement, à l&#8217;accélérer, ce qui a été fait.</p>
<p>Les dominos d&#8217;aujourd&#8217;hui sont d&#8217;une autre nature. Ce ne sont plus les peuples ou une partie d&#8217;entre eux qui risquent de faire la révolution, ce sont les gouvernements autocratiques qui risquent de nous poser des problèmes, avec ou sans l&#8217;accord de leurs populations. Ce que nous devons craindre n&#8217;est pas le retournement de la plus grande partie du monde, mais seulement le comportement d&#8217;une dizaine d&#8217;Etats et de quelques centaines de déséquilibrés mentaux. Pour faire face à ce risque de proliférations en chaîne, il fallait placer un barrage quelque part et l&#8217;Irak était un choix judicieux. Maintenant, il faut que le barrage tienne.</p>
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		<title>Chirac et Mahathir</title>
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		<pubDate>Fri, 24 Oct 2003 18:46:02 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Say No More</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Comme le fait remarquer le Figaro ce matin, Chirac n&#8217;a pas exactement empêché l&#8217;Union européenne de condamner les propos de Mahathir, qui avait prononcé devant l&#8217;OCI un discours obsessionnellement antisémite qui paraîtrait (ou qui devrait paraître) insensé en Occident mais qui a été applaudi avec enthousiasme par les personnes présentes. Inutile d&#8217;en dire plus sur [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Comme le fait remarquer le Figaro ce matin, Chirac n&#8217;a pas exactement empêché l&#8217;Union européenne de condamner les propos de Mahathir, qui avait prononcé devant l&#8217;OCI un discours obsessionnellement antisémite qui paraîtrait (ou qui devrait paraître) insensé en Occident mais qui a été applaudi avec enthousiasme par les personnes présentes. Inutile d&#8217;en dire plus sur ce sujet-là.</p>
<p>Chirac a simplement rappelé à la procédure normale qui consiste à n&#8217;inclure dans la déclaration commune que ce qui touche au sujet principal du sommet. Soit, mais la question n&#8217;est peut-être pas là.</p>
<p>Si l&#8217;on veut se montrer mesquin, on peut faire remarquer que c&#8217;est de l&#8217;unilatéralisme. La France ne fait pas comme les autres. On peut trouver cela très normal, mais il se trouve simplement que la France n&#8217;aime pas, depuis quelques années, les Etats qui ne font pas comme les autres. Surtout celui qu&#8217;on sait.</p>
<p>Autre curiosité, on ne savait pas la France si procédurière. Les dirigeants européens ont dû être les premiers surpris, mais pas les seuls. Après tout, on a bien voté une loi pour &#8220;reconnaître&#8221; le génocide arménien. C&#8217;est sûrement très bien de &#8220;reconnaître&#8221; le génocide arménien, mais est-ce que les lois ont vocation à &#8220;reconnaître&#8221; les événements historiques ? Sans doute ni plus ni moins que les déclarations communes des sommets européens n&#8217;ont vocation à exprimer des positions communes sur des sujets sans rapport direct avec les sommets en question.</p>
<p>Les dirigeants européens sont par ailleurs probablement au courant de l&#8217;usage normal des déclarations communes de sommets. C&#8217;est probablement en connaissance de cause qu&#8217;ils ont voulu faire exception à l&#8217;usage afin de souligner le caractère exceptionnel (ne les privons pas de leurs illusions) du discours de Mahathir. D&#8217;une façon ou d&#8217;une autre, ils ont manifestement souhaité donner une &#8220;force&#8221; particulière à leur condamnation. C&#8217;est cela que Chirac a empêché.</p>
<p>Chirac, d&#8217;après le Monde, a également adressé une lettre à Mahathir pour condamner ses propos antisémites, tout en relevant qu&#8217;il était &#8220;intéressant&#8221; que Mahathir ait condamné le terrorisme.</p>
<p>C&#8217;est effectivement intéressant : Mahathir dit que le terrorisme n&#8217;est pas le meilleur moyen de lutter contre les Juifs. Si ce genre de condamnation du terrorisme suffit pour que Chirac contrebalance le propos principal de sa lettre, soit Chirac est quelqu&#8217;un de très généreux, soit c&#8217;est quelqu&#8217;un dont l&#8217;esprit est assez confus sur tout ce qui touche à l&#8217;antisémitisme et au terrorisme. Je choisis la deuxième option.</p>
<p>Le Figaro nous rappelle que Chirac a prononcé en 1995 un discours reconnaissant la responsabilité de l&#8217;Etat français dans le génocide de la Seconde guerre mondiale. Cela prouverait que Chirac n&#8217;est pas antisémite. Il y a plusieurs remarques à faire.</p>
<p>La première est que c&#8217;est très aimable de lutter contre l&#8217;antisémitisme d&#8217;il y a cinquante ans, mais que le problème principal est l&#8217;antisémitisme contemporain. Or, sur ce sujet, Chirac s&#8217;est contenté de condamner mollement et tardivement les incidents antisémites, lesquels, curieusement, ne semblent pas rappeler à grand-monde &#8220;les heures les plus sombres de notre histoire&#8221;. Hormis les intéressés, évidemment, mais on sait grâce à Pascal Boniface et à Dominique Vidal à quel point ces gens sont suspects de mauvaise foi.</p>
<p>La deuxième observation est que l&#8217;on ne voit pas forcément très bien en quoi on est moins antisémite quand on dit que le responsable de l&#8217;holocauste n&#8217;est pas quelqu&#8217;un mais quelqu&#8217;un d&#8217;autre. Chirac est contre l&#8217;holocauste, effectivement, et c&#8217;est très gentil de sa part, mais &#8220;reconnaître&#8221; la responsabilité de l&#8217;Etat français n&#8217;y change pas grand-chose. D&#8217;ailleurs, pourquoi ne vote-t-on pas une loi sur ce sujet ?</p>
<p>La troisième et dernière remarque, qui porte d&#8217;ailleurs sur l&#8217;ensemble du débat est la suivante : que Chirac soit on non antisémite n&#8217;a aucune importance. Ce qui compte n&#8217;est pas ce qu&#8217;il pense, mais ce qu&#8217;il fait, ce qu&#8217;il dit et ce qu&#8217;il ne dit pas. Ce qu&#8217;il dit se limite aux discours obligatoire sur l&#8217;antisémitisme, discours qui consiste en gros à être contre et à ne parler que de l&#8217;antisémitisme hitlérien. Ce qu&#8217;il ne dit pas, c&#8217;est un certain nombre de choses qu&#8217;il aurait dû dire s&#8217;il souhaitait réellement s&#8217;opposer à l&#8217;antisémitisme contemporain. La première consisterait à &#8220;reconnaître&#8221; son existence, notamment dans le monde arabe et musulman, y compris sur le territoire français. Le problème est extrêmement réel et à peu près totalement ignoré en France. Quand on montre à un Français un extrait de sermon palestinien ou d&#8217;émission télévisée égyptienne, on a l&#8217;impression de rendre la vue à un aveugle.</p>
<p>Chirac tenait une occasion de souligner ce phénomène d&#8217;une manière relativement prudente et diplomatique en s&#8217;associant tout simplement au projet de condamnation du discours de Mahathir. Par son comportement, la seule réalité qu&#8217;il a soulignée est que la politique étrangère commune européenne se définit par un alignement commun sur la position la plus lâche. La subsidiarité par la trouille, en quelque sorte.</p>
<p>Enfin, qu&#8217;est-ce que Chirac a fait ? Dans l&#8217;ensemble, il a surtout été pro-arabe. Il a fondé ses remontrances à Barak en invoquant le journal télévisé avant de dissuader Arafat de signer le cessez-le-feu qui venait d&#8217;être négocié. Il s&#8217;est opposé à l&#8217;inscription d&#8217;une certaine &#8220;branche politique&#8221; du Hamas sur la liste européenne des organisations terroristes. Est-ce que c&#8217;est également par le journal télévisé qu&#8217;il a entendu parler de cet organisme ? En bref, Chirac a maintenu une ligne consistant à faire d&#8217;Israël la partie en tort dans le conflit qui l&#8217;oppose aux Palestiniens. Sachant l&#8217;effet de ce type d&#8217;analyse sur le comportement des gens qui, en France, s&#8217;identifient aux Palestiniens, il aurait peut-être été envisageable de compenser ces prises de positions diplomatiques par un discours &#8220;fort&#8221;, comme il sait si bien les faire aux dires de ses admirateurs, et précoce contre les incidents qui ont commencé à avoir lieu à partir de septembre 2000. Il aurait pu renforcer immédiatement les dispositifs policiers autour des organismes juifs et faire quelques exemples. Il n&#8217;a rien fait de tout cela, sinon mollement et tardivement.</p>
<p>Rien de tout cela ne prouve que Chirac soit antisémite, ni qu&#8217;il ne le soit pas. Le fond du problème n&#8217;est de toute façon pas là. Chirac est un démagogue et un politicien de petite envergure qui sait comment accéder au pouvoir, même si cela prend du temps, et qui a pour l&#8217;instant trouvé le moyen d&#8217;y rester. La &#8220;question juive&#8221; est probablement dans son esprit un vieux serpent de mer historique qu&#8217;il aurait préféré éviter. Chirac peut se permettre de faire comme si le problème ne se posait pas, et c&#8217;est en gros ce qu&#8217;il a choisi.</p>
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		<title>La paix toujours plus proche</title>
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		<pubDate>Mon, 13 Oct 2003 18:46:38 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Say No More</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Certains Israéliens d&#8217;un côté, quelques Palestiniens de l&#8217;autre, ont négocié à Genève, avec l&#8217;aide du gouvernement suisse, un traité de paix israélo-palestinien. Il y a du côté israélien une partie de la gauche (dont Beilin et Mitzna) et du côté palestinien quelques personnalités connues et réputées modérées.
En gros, l&#8217;accord en question, qui devrait être &#8220;signé&#8221; [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Certains Israéliens d&#8217;un côté, quelques Palestiniens de l&#8217;autre, ont négocié à Genève, avec l&#8217;aide du gouvernement suisse, un traité de paix israélo-palestinien. Il y a du côté israélien une partie de la gauche (dont Beilin et Mitzna) et du côté palestinien quelques personnalités connues et réputées modérées.</p>
<p>En gros, l&#8217;accord en question, qui devrait être &#8220;signé&#8221; prochainement, prévoit le renoncement au retour des réfugiés contre des concessions importantes de la part d&#8217;Israël sur Jérusalem et les implantations. Ariel deviendra territoire palestinien mais Israël pourra échanger d&#8217;autres grosses implantations en échange de morceau de territoire israélien. En gros, ça se présente de cette façon.</p>
<p>Le contenu de l&#8217;accord est assez banal : ce qu&#8217;on appellera probablement, et de façon impropre, l&#8217;&#8221;accord de Genève&#8221; est proche de ce qu&#8217;un certain nombre de gens n&#8217;ayant pas la moindre idée de ce dont ils parlent appellent l&#8217;&#8221;accord de Taba&#8221;.</p>
<p>La plupart des leaders de la gauche israélienne ainsi que ceux qui, hors d&#8217;Israël, partagent leurs idées, estiment depuis janvier 2001 que le contenu d&#8217;un traité de paix israélo-palestinien sera inéluctablement calqué sur ce qui avait été envisagé lors de cette négociation. A Taba, des pourparlers avaient eu lieu sur la base des propositions faites par Clinton, approuvées par Barak et rejetées par Arafat, en décembre 2000.</p>
<p>Les deux parties s&#8217;étaient mises d&#8217;accord sur un certain nombre de points, mais pas sur la question des réfugiés, sinon sur le fait que tout le monde allait faire des efforts pour trouver une solution (satisfaisante pour tout le monde, conforme à tout ce que l&#8217;on voudra, et ainsi de suite). Depuis lors, il s&#8217;est agi pour la gauche israélienne et pour ses partisans de faire croire que la question des réfugiés n&#8217;est qu&#8217;un détail sans grande importance et qu&#8217;elle aurait été réglée en quelques semaines si les négociations s&#8217;étaient poursuivies. Les négociations en question se sont arrêtées quelques jours avant l&#8217;élection présidentielle israélienne, Barak estimant que sa légitimité n&#8217;était plus suffisante pour les poursuivre ; et Sharon a décidé de ne pas les reprendre.</p>
<p>Lorsque les pourparlers de Taba avaient lieu, on a pu croire pendant un moment que si une &#8220;percée&#8221; décisive avait lieu lors de ces pourparlers, Barak aurait à nouveau une chance d&#8217;être réélu. Plus on s&#8217;approchait de l&#8217;élection, plus une &#8220;percée&#8221; aurait manqué de crédibiilté. Tant que rien n&#8217;était signé, tout pouvait être annulé. De toute façon, la négociation elle-même manquait de plus en plus de crédibilité. La guerre continuait d&#8217;avoir lieu pendant ces pourparlers et les cessez-le-feu successifs ne s&#8217;appliquaient pas. Or, si les dirigeants palestiniens ne peuvent pas faire appliquer un cessez-le-feu pendant plus de quelques heures, ils ne seront pas plus capables de faire appliquer un traité de paix.</p>
<p>C&#8217;est pourquoi l&#8217;&#8221;accord de Genève&#8221; est un peu moins crédible que l&#8217;&#8221;accord de Taba&#8221;. Cette fois-ci, on n&#8217;a même pas pris la peine de le négocier avec des gens officiellement investis d&#8217;un pouvoir de négociation quelconque, ce que ne sont pas non plus, évidemment, les négociateurs israéliens, parmi lesquels figure Yossi Beilin, principal négociateur israélien à Taba. En gros, les négociateurs de Taba ont continué à négocier alors qu&#8217;ils avaient perdu le pouvoir et ont mis trois ans à aboutir à ce à quoi ils estimaient avoir déjà abouti à Taba.</p>
<p>Il y a tout de même une différence majeure avec Taba : les réfugiés. Les Palestiniens y renonceraient et se contenteraient de quelques retours n&#8217;entrant pas dans ce cadre (probablement une extension du programme de réunification des familles qui a déjà permis à quelques centaines de milliers de Palestiniens de rentrer en Israël). Si cela est vrai, c&#8217;est évidemment assez intéressant. Le problème est que cela n&#8217;est sans doute pas vrai.</p>
<p>Pour aller vite, le destin de l&#8217;&#8221;accord de Genève&#8221; sera probablement le même que celui de l&#8217;&#8221;initiative arabe&#8221;. Cette dernière avait été &#8220;complétée&#8221; d&#8217;une référence au retour des réfugiés qui la rendait nulle et non avenue. L&#8217;&#8221;accord de Genève&#8221; connaîtra sans doute le même destin. Peut-être pas : on peut toujours imaginer qu&#8217;Arafat va déclarer publiquement qu&#8217;il renonce officiellement au retour des réfugiés et qu&#8217;il est d&#8217;accord pour reconnaître officiellement le caractère juif de l&#8217;Etat d&#8217;Israël (ce qui fait aussi partie de l&#8217;&#8221;accord&#8221;, paraît-il). Il paraît simplement plus plausible d&#8217;imaginer que la question sera, au mieux, incomplètement résolue, et que deux versions différentes seront présentées, l&#8217;une pour les Israéliens, l&#8217;autre pour les Arabes.</p>
<p>Par parenthèse, présenter deux textes différents comme un seul peut être un expédient un peu bizarre mais pratique. C&#8217;est le cas avec la résolution 242, par exemple, même si cette résolution était tellement bien rédigée que personne ne sait très bien ce qu&#8217;elle signifie un peu moins de quarante ans plus tard.</p>
<p>Par ailleurs, l&#8217;&#8221;accord de Genève&#8221; prévoit que l&#8217;Etat palestinien luttera contre le terrorisme.</p>
<p>Que Beilin et ses amis nourrissent des illusions sur le retour des réfugiés est peut-être compréhensible : après tout, ces gens ont dépensé beaucoup d&#8217;énergie ces dernières années pour remplir des objectifs qui n&#8217;ont de sens que s&#8217;ils ont raison sur ce point. C&#8217;est le problème des diplomates qui ont contribué au processus d&#8217;Oslo : ils ne pourront sans doute jamais croire que c&#8217;était le processus lui-même qui était mal conçu.</p>
<p>Accorder en revanche la moindre valeur à une signature palestinienne, même officielle, en bas d&#8217;un document garantissant que l&#8217;Etat palestinien luttera contre le terrorisme avec toute la bonne volonté dont il est capable est surréaliste. Cette démarche ne peut pas être totalement honnête.</p>
<p>En premier lieu, qu&#8217;est-ce qui obligerait l&#8217;Etat palestinien à remplir cette obligation ? Absolument rien. Un certain nombre de mécanismes pourraient l&#8217;y inciter, mais c&#8217;est déjà le cas aujourd&#8217;hui. Si l&#8217;objectif des Palestiniens, le peuple comme ses dirigeants, est de démanteler Israël, et s&#8217;ils pensent que cela est faisable, c&#8217;est cela qu&#8217;ils essaieront de faire. Tout le processus d&#8217;Oslo reposait sur l&#8217;idée que les autorités palestiniennes allaient lutter contre le terrorisme anti-israélien. Il n&#8217;en a rien été, et il n&#8217;existe aujourd&#8217;hui aucune raison pour qu&#8217;un Etat palestinien se comporte autrement, quels que soient les engagements qui auront permis sa création.</p>
<p>Concrètement, si l&#8217;&#8221;accord de Genève&#8221; entrait en application, il y aurait un Etat palestinien qui contrôlerait en gros la bande de Gaza et la Cisjordanie ainsi qu&#8217;une petite moitié de Jérusalem, et sur le territoire duquel Israël aurait plus de mal à opérer que dans ces mêmes territoires aujourd&#8217;hui. Le gouvernement palestinien serait le prolongement de l&#8217;actuelle Autorité palestinienne avec les mêmes structures administratives et les mêmes forces de sécurité (c&#8217;est-à-dire une &#8220;police légèrement armée&#8221;). Les groupes terroristes, islamistes ou non, n&#8217;auront plus à craindre que cette &#8220;police&#8221;, laquelle ne leur a jamais inspiré qu&#8217;une terreur très limitée. Les moyens d&#8217;opérer contre Israël seront en gros les mêmes, c&#8217;est-à-dire essentiellement des kamikazes et des roquettes. En bref, rien dans cet &#8220;accord&#8221; ne garantit que l&#8217;Intifada s&#8217;arrêtera.</p>
<p>Le plus probable est donc que cette initiative sera rejetée par l&#8217;opinion israélienne, transformée discrètement en renonciation au sionisme par les dirigeants palestiniens et chaleureusement accueillie par les diplomates européens, à condition toutefois qu&#8217;ils aient décidé d&#8217;oublier leur respect religieux du principe de non ingérence, ce dont ils sont capables. Après tout, depuis quand donne-t-on plus de crédit à un gouvernement démocratiquement élu qu&#8217;à des individus dont le chef de file n&#8217;a même pas réussi à décrocher un siège aux dernières élections (malgré le scrutin proportionnel) ?</p>
<p>Un dernier mot : l&#8217;équipe d&#8217;Israël a été copieusement sifflée au Stade de France par le public français. Ce public est-il représentatif de l&#8217;opinion en France ? Peut-être. En tout cas, il a bien appris sa leçon. Ce qu&#8217;il faut retenir ce cet incident est que lorsque la France affronte l&#8217;Algérie, le public du Stade de France siffle la France ; et lorsque la France affronte Israël, le public de ce même stade siffle Israël. Le mieux serait peut-être de supprimer le football.</p>
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		<title>Que veulent les Palestiniens?</title>
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		<pubDate>Fri, 12 Sep 2003 18:48:07 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Say No More</dc:creator>
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		<description><![CDATA[La presse française continuera à traiter la guerre israélo-palestinienen sous le titre &#8220;la feuille de route&#8221; pendant encore un certain temps, de la même façon qu&#8217;elle a persisté à parler de &#8220;processus de paix&#8221; alors que la guerre était ouverte depuis des mois. Ce n&#8217;est pas grave : tout le monde comprend de quoi l&#8217;on [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>La presse française continuera à traiter la guerre israélo-palestinienen sous le titre &#8220;la feuille de route&#8221; pendant encore un certain temps, de la même façon qu&#8217;elle a persisté à parler de &#8220;processus de paix&#8221; alors que la guerre était ouverte depuis des mois. Ce n&#8217;est pas grave : tout le monde comprend de quoi l&#8217;on parle et Orwell se serait senti chez lui.</p>
<p>En attendant, le destin de cette feuille de route est une confirmation supplémentaire du fait qu&#8217;en général, une guerre doit être gagnée par quelqu&#8217;un, sans quoi elle n&#8217;aurait pas eu lieu. Ce n&#8217;est pas qu&#8217;une victoire totale de quelqu&#8217;un soit la condition nécessaire à la fin d&#8217;un conflit, mais en général, il faut au moins une victoire partielle. D&#8217;ailleurs, la plupart des victoires sont partielles.</p>
<p>Les Palestiniens ne veulent pas entendre parler d&#8217;un Etat juif. Lorsque Bush a prononcé cette expression, il a provoqué un sursaut d&#8217;horreur dans le monde arabe. Les Israéliens pour leur part ne veulent pas entendre parler d&#8217;un Israël non juif. Ils ont raison : Israël n&#8217;est ni une théocratie, ni un Etat ethnique ; c&#8217;est un Etat &#8220;de tous ces citoyens&#8221;, comme ne le croit pas Azmi Bishara, mais c&#8217;est un Etat juif parce que la majorité de sa population est juive au même titre que la majorité de la population française est chrétienne. Or, un Etat doit être ce que ses citoyens veulent qu&#8217;il soit. Dans ce monde-ci, en tout cas, le débat est clos.</p>
<p>Les Palestiniens sont-ils capables de s&#8217;accomoder de cette réalité ? Pas pour l&#8217;instant. On sait mal ce que pense le Palestinien moyen, et lui-même éprouve probablement des sentiments mêlés. On peut supposer qu&#8217;un Palestinien veut à la fois bien vivre, comme tout le monde, et voir réalisées ses aspirations politiques, comme à peu près tout le monde également. Ces dernières pourraient aller à l&#8217;encontre de ses aspirations personnelles. Beaucoup de gens dans le monde aimeraient que leur pays soit grand et puissant, et c&#8217;est probablement le cas des Palestiniens, mais leur pays à eux peut au mieux aspirer à être petit et très peu puissant. Remettre en cause cet état de choses aurait &#8211; et a &#8211; pour résultat une vie quotidienne plus difficile et ne donnera probablement aucun résultat. Simplement, les Palestiniens n&#8217;ont peut-être pas complètement fait leur choix.</p>
<p>Pour qu&#8217;un tel choix soit fait, il faut un système politique capable de transformer la volonté populaire en choix politique. C&#8217;est à cette condition que les choix fondamentaux peuvent être faits et que des concessions peuvent être acceptées si les contreparties en valent la peine. Or, les Palestiniens ne sont pas gouvernés mais régis par une clique de terroristes mafieux qui tiennent leur pouvoir d&#8217;une reconnaissance internationale arrachée par la force et le consolident en fanatisant leur population. Les Israéliens pour leur part sont gouvernés par des gens responsables qui savent parfaitement que leur mandat consiste à se montrer fermes jusqu&#8217;à ce qu&#8217;un compromis politique soit possible. Aujourd&#8217;hui, il ne l&#8217;est pas et tout le monde le regrette.</p>
<p>Les Israéliens cherchent le moyen d&#8217;amemer les Palestiniens à un compromis. La fermeté à elle seule n&#8217;y suffira sans doute pas, mais les concessions unilatérales non plus. Aujourd&#8217;hui, toute concession est perçue comme un bénéfice des campagnes terroristes dont l&#8217;opportunité se trouve du même coup confirmée. Ce mécanisme est parfaitement simple et on ne peut en nier l&#8217;existence que losqu&#8217;on ne se trouve pas sur place. Les Israéliens se trouvent sur place.</p>
<p>Les Israéliens doivent obtenir une diminution des attentats. Jusqu&#8217;à présent, l&#8217;Autorité palestinienne a explicitement refusé de poursuivre les terroristes &#8211; et c&#8217;est Abbas qui a formulé ce refus, sinon à des conditions inacceptables pour Israël, notamment la libération de milliers de prisonniers, et sans la moindre garantie qu&#8217;un tel engagement serait honoré.</p>
<p>La barrière de sécurité devrait protéger Israël contre une partie importante des attentats, mais le Hamas développe une capacité balistique artisanale, avec les roquettes Kassam, qui risque de leur permettre de menacer le territoire israélien à la façon du Hezbollah, mais en visant les secteurs les plus sensibles, au premier rang desquels l&#8217;aéroport de Lod. Les Israéliens ne pourront protéger leur unique aéroport international qu&#8217;en restant présents en Cisjordanie. La &#8220;communauté internationale&#8221; sera évidemment mécontente, mais ce sera ainsi.</p>
<p>Bref, on ne sait pas très bien aujourd&#8217;huii comment ce conflit prendra fin. Les Palestiniens ne peuvent pas vraiment gagner ; tout ce qu&#8217;ils peuvent espérer est une paix temporaire un peu avantageuse, par exemple avec la création d&#8217;un Etat indépendant sans garanties de sécurité sérieuse pour Israël, ce qui leur permettrait de lancer une nouvelle guerre un peu plus tard. Les Israéliens auront du mal à obtenir une victoire totale, dont les termes seraient un arrêt complet de la menace terroriste. Qu&#8217;ils cèdent tous les territoires en jeu ou qu&#8217;ils ne cèdent rien, le résultat sera à peu près le même si les Palestiniens ne font pas leur deuil une fois pour toutes de leurs délires irrédentistes. Les Israéliens placent aujourd&#8217;hui la sécurité en tête de leurs priorités, bien avant des ambitions territoriales devenues nettement minoritaires en Israël. Le leadership palestinien voit les choses autrement et ne renonce à rien.</p>
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