La pacification ne s’arrête jamais
Il se murmure à Washington que l’administration Obama s’apprêterait à “imposer une solution” au conflit israélo-palestinien. Comme toujours quand il est question d’imposer quelque chose dans ce contexte, il est entendu que c’est à Israël qu’il faudra l’imposer puisque c’est Israël qui empêche ce conflit de se terminer.
En général, quand on veut mettre au point un compromis entre deux parties antagonistes, il est recommandé de s’enquérir d’abord de ce que demande chacune des deux parties. Mais curieusement, la démarche des “processeurs de paix” occidentaux consiste à ne s’intéresser qu’aux demandes israéliennes et à chercher un moyen d’obliger Israël à y renoncer en partie.
Par exemple, après la guerre du Liban de 2006, les génies de la “commission Baker” (qui voulaient imposer une solution à Israël afin de régler leur problème irakien, apparemment) estimaient que les difficultés politiques d’Olmert étaient un atout parce qu’il n’aurait pas les moyens de refuser quoi que ce soit aux Etats-Unis.
Du reste, Olmert a effectivement proposé un compromis aux Palestiniens peu avant de quitter le pouvoir, et sa proposition était très proche de ce que souhaitent les promoteurs de la paix occidentaux. Malheureusement, Abbas n’a pas jugé les propositions d’Olmert suffisantes. Les pacificateurs occidentaux ont cependant expliqué son refus par la précarité de la position politique d’Olmert, Abbas craignant qu’une alternance politique en Israël ne remette en cause un éventuel traité de paix.
Lorsque le gouvernement Barak négociait à Taba en janvier 2001, peu avant que le gouvernement Sharon ne lui succède, sa position politique était encore plus précaire que celle d’Olmert mais les négociateurs palestiniens ne se privaient pas pour autant d’essayer d’obtenir le plus possible de concessions de sa part. A la fin, ce sont les négociateurs israéliens qui ont estimé qu’ils n’avaient plus la légitimité requise pour continuer les pourparlers. Mais les Palestiniens n’ont pas tout perdu puisque les “accords de Taba” de 2001 (qui n’ont jamais existé) sont régulièrement brandis par un pacificateur occidental cherchant à montrer que le compromis israélo-palestinien existe et qu’il n’y a plus qu’à le signer.
Donc on comprend mal pourquoi Abbas aurait refusé d’approuver le compromis que lui proposait Olmert, même si ce dernier lui paraissait politiquement menacé, si ce compromis lui paraissait par ailleurs satisfaisant. Un successeur d’Olmert aurait eu d’énormes difficultés à refuser d’appliquer un traité signé, même s’il ne l’avait pas signé lui-même.
Il faut donc croire que les propositions d’Olmert ne convenaient pas à Abbas, mais c’est évidemment ce que refusent d’admettre les pacificateurs occidentaux, et ce pour une raison extrêmement simple : si Abbas ou les autres dirigeants palestiniens ne veulent pas d’un tel compromis, alors il est impossible d’obtenir que soit signé un traité de paix selon les termes voulus par les pacificateurs occidentaux, parce que ces termes ne conviennent pas aux Palestiniens.
Mais se demander ce que veulent les Palestiniens ne fait pas partie de ce que les pacificateurs occidentaux sont disposés à faire. Leur problème est qu’ils veulent être “généreux” vis-à-vis des Palestiniens, “généreux” étant entendu ici dans son sens politique qui renvoie au fait de forcer quelqu’un à donner quelque chose à quelqu’un d’autre. Donc ils sont disposés à essayer de forcer Israël à leur donner des choses, mais s’ils demandent trop à Israël, ils n’obtiendront rien. S’ils demandent aux Palestiniens ce qu’ils veulent, les Palestiniens, s’ils répondent franchement, répondront qu’ils veulent Israël. Dès lors que les Occidentaux ne peuvent pas leur donner Israël, les Occidentaux sont considérés comme offrant à Israël un “soutien inconditionnel”.
Le plus simple serait peut-être de soutenir Israël de façon inconditionnelle. Concrètement, cela revient à ne rien faire parce qu’Israël n’a pas vraiment besoin d’un soutien quelconque. Il lui suffit d’entretenir des relations normales avec les pays occidentaux en matière de commerce et de coopération militaire. Ne pas mettre Israël sous embargo suffit largement à combler les besoins israéliens, donc il est inutile d’en faire plus. Quant aux Palestiniens, ils pourraient éventuellement essayer de se débrouiller seuls, éventuellement en jouissant d’un “soutien inconditionnel” semblable – dont ils jouissent déjà, en fait.
Bref, nous n’en sommes pas là. Pour l’instant, l’idée d’une “solution imposée” est de retour. Ce qui est un peu dommage est que la période actuelle est plutôt calme – il y a relativement peu de tirs de roquettes, il n’y a pas d’attentats, l’économie de la Cisjordanie fonctionne correctement. Sans rentrer dans les détails, la situation a plutôt tendance à se normaliser et les territoires palestiniens pourraient se stabiliser progressivement. Les relations entre Israël et les Palestiniens peuvent évoluer vers une coexistence à peu près pacifique et finalement satisfaisante pour tout le monde sans qu’il y ait besoin de signer le moindre traité. Quand les problèmes politiques sont insolubles, comme c’est souvent le cas, on peut toujours les mettre de côté et rechercher une situation transitoire satisfaisante, laquelle peut se prolonger indéfiniment sans que cela ne pose de problème quelconque. C’est ce qui se passe à Chypre.
Si l’administration Obama essaye d’”imposer la paix”, le plus probable est qu’elle obtiendra la guerre parce qu’elle poussera les Palestiniens à essayer d’obtenir plus par la confrontation. C’est ce qui s’est passé dans les années quatre-vingt dix et c’est ce qui se passera à nouveau.
Mais cela ne pose pas vraiment de problème puisque Obama a déjà son prix Nobel.