Pourquoi nous détestons Israël

Les politiciens européens ont apparemment décidé de façon à peu près unanime de condamner Israël pour des raisons apparemment assez indépendantes des faits.
Ce qui s’est passé sur le Marmara ne les obligeait absolument pas à réagir comme ils l’ont fait. Les opinions publiques internes ne les mettaient pas plus sous pression. En France, tout le monde s’en fout et c’est probablement la même chose dans le reste du continent, à l’exception des populations musulmanes, probablement, mais elles sont encore assez fortement minoritaires.
Pourtant, les politiciens européens se sont précipités comme si chacun craignait d’être le dernier à condamner Israël. Comme Lellouche hier à l’Assemblée qui se sentait manifestement obligé de répéter “je condamne, la France condamne, la France exige” un certain nombre de fois.
Donc que se passe-t-il exactement ? Est-ce qu’ils avalent simplement les compte-rendus de France Inter ou du Monde ? Ce n’est pourtant pas très difficile de se renseigner un peu plus, et c’est surtout facile d’attendre un peu et de réserver son jugement jusqu’à ce que des informations plus complètes soient disponibles. De plus, c’est loin d’être la première fois qu’une “atrocité israélienne” est rapportée et les précédentes se sont toujours révélées fausses (al-Dura, les deux Qana, Jenine et beaucoup d’autres).
Est-ce qu’ils subissent une sorte de pression ? Plus ou moins, mais je ne vois rien d’autre qu’une pression qu’ils se mettent mutuellement les uns aux autres. Il est exact que les médias poussent dans ce sens, ainsi qu’un certain nombre de gentilles ONG, et il est également exact que le parti “pro-israélien” est squatté par des timides (Finkielkraut, le CRIF) ou des gens aux motivations plus que douteuses, mais tous ces aspects de la situation se nourrissent également entre eux et n’expliquent finalement pas grand-chose.
Donc on peut imaginer des explications très générales comme la peur des arabes et des musulmans (qui deviennent plus puissants à l’intérieur comme à l’extérieur), le masochisme historique des Occidentaux qui détestent l’Occident ou une sorte d’antisémitisme plus ou moins refoulé. Pour ma part, j’ai l’impression qu’on a affaire à un réflexe de négation du danger. Les Israéliens sont plus ou moins les seuls parmi nous à faire usage de la violence face à un danger commun, ce qui est logique puisqu’ils y sont les plus directement exposés, mais cela nous déplait profondément parce que cela nous oblige à contempler le danger en question, donc nous avons tendance à souhaiter qu’ils arrêtent de combattre comme si cela allait faire disparaître le danger.
Les gens qui ont ce genre de réflexe se rallient assez facilement à ceux qui souhaitent très consciemment faire du tort à Israël et à l’Occident en général. Ce faisant, ils abandonnent Israël, mais ils se privent également de la possibilité de défendre l’Occident, à commencer par leur propre pays. Concrètement, si nous nous interdisons les moyens d’actions dont Israël fait usage aujourd’hui, nous seront désarmés lorsqu’il nous faudra faire face à des dangers analogues.
Pour cette raison, le conflit israélo-arabe, bien qu’ils ne nous concerne pas directement, joue un rôle stratégique dans nos débats internes. Prendre la défense de la politique israélienne revient concrètement à faire savoir que nous sommes prêts à agir de la même façon si cela devient nécessaire, ce qui pourrait être un jour le cas sur le territoire national et l’est déjà en grande partie en Afghanistan.
S’il en est ainsi, les choses deviennent un peu plus claires. Un journaliste ou un politicien français qui s’empresse de condamner Israël fait implicitement mais clairement savoir qu’il ne se considère pas comme faisant face à un danger analogue à celui auquel Israël est confronté. Du reste, ce politicien ou ce journaliste affirme généralement qu’Israël ne fait face à aucun danger particulier, ou éventuellement à un danger limité que les dirigeants israéliens exagèrent ou amplifient du fait de leurs propres actes, volontairement ou non.
Pour les militants anti-israéliens, arabes ou non, obliger les élites européennes à nier le danger que représente l’islamisme est une grande victoire. C’est la garantie qu’ils seront très embarrassés s’il leur faut un jour mobiliser leurs citoyens contre cette menace.
L’hostilité vis-à-vis d’Israël s’ajoute donc à d’autres affirmations dont la répétition depuis une dizaine d’années peut finir par intriguer : le soutien au terrorisme n’est le fait que d’une infime minorité de musulmans ; al-Qaida n’est pas lié aux Palestiniens mais les causes du terrorisme d’al-Qaida sont en partie les mêmes que celles du terrorisme palestinien ; Saddam Hussein n’a jamais été lié au terrorisme bien qu’il ait soutenu des terroristes palestiniens ; et ainsi de suite.
La politique française vis-à-vis de la meance islamo-arabe est beaucoup plus fondée sur des déclarations de principe de ce type que sur une analyse de la réalité et des moyens d’en tenir compte.

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