L’antiracisme est un totalitarisme
11 March 2010Une caractéristique du totalitarisme est qu’un ennemi du régime le reste éternellement. On ne peut pas se rallier à un régime totalitaire quand on a été son adversaire, parce que si on a été un jour son adversaire, on peut toujours le redevenir. De même, quelqu’un qui ne fait a priori pas partie des soutiens attendus du régime sera toujours suspect, et un suspect est un ennemi, donc il le reste. En un mot, dès lors qu’on n’est pas quelqu’un de sûr, on peut faire ou dire ce que l’on veut, on ne s’attirera jamais la confiance du régime.
Longuet vient de faire une expérience du même ordre avec le totalitarisme antiraciste. L’antiracisme n’a pas pris la totalité du pouvoir à ce jour, mais il en a pris une partie.L’idéologie antiraciste est obligatoire. Il est interdit d’être raciste, du moins publiquement. Les propos racistes sont sanctionnés par la loi. L’antiracisme a investi le droit, ce qui est déjà un problème puisque le racisme est du domaine de la pensée et que le droit n’a pas vocation, en principe, sous un régime autre que totalitaire, à régir la pensée des gens.
Mais en dehors du droit, l’antiracisme exerce également une hégémonie sur la société. Dénoncer quelqu’un pour racisme semble plutôt bien vu. Un raciste doit être traité comme un paria. C’est du moins ainsi que le débat public se déroule en France. Est-ce que la société obéit aux mêmes règles ? Non. Les gens qui sont racistes émettent leurs opinions discrètement, voilà tout.
Mais surtout, dans le cadre des débats publics, on est traité comme un raciste dès que l’on est suspect de racisme. Longuet vient d’en faire l’expérience. Il a voulu suggérer qu’on nomme à la tête de la Halde un blanc, non pas parce qu’il préfère les blancs mais parce qu’il trouve qu’un blanc serait bien placé pour prendre la direction d’une organisation censée, paraît-il, faciliter l’accueil des non-blancs. Ou quelque chose comme ça. L’expression qu’il a employée est : « issu du corps français traditionnel », ce qui ne veut rien dire en français et signifie quelque chose comme « blanc ». C’est le même genre d’expression que « issu de la diversité » sauf que cette dernière expression signifie « non blanc ». Longuet voulait dire : « non issu de la diversité », mais quelque chose l’a retenu de s’exprimer ainsi, peut-être le souhait de s’exprimer dans quelque chose qui se rapproche encore un peu de la langue française.
Pour en revenir au fond, Longuet a remarqué que si c’est un arabe qui se retrouve à la tête d’un organisme dont la mission est de favoriser les non-blancs, les blancs risquent de commencer à trouver que tout cela va un peu loin. La Halde n’est évidemment pas censée être un tel organisme, si on prend au sérieux les discours officiels et les textes juridiques, mais on passe un peu pour un benêt quand on fait cela.
Bref, Longuet ne pensait manifestement pas à mal. Pour déduire de ses propos qu’il est raciste, il faut également supposer qu’il est très sournois, qu’il pense que les blancs ont intérêt à contrôler la Halde pour la rendre inefficace ou avec des intentions du même ordre.
Il est parfaitement évident pour n’importe quelle personne dotée d’un cerveau que Longuet n’a pas prononcé de propos raciste, du moins dans le sens où ce terme est aujourd’hui employé. En réalité, son propos était évidemment raciste puisqu’il proposait d’adopter la race, quoique de façon sous-entendue, comme critère de choix pour une nomination. Mais ce racisme-là n’est pas celui visé par l’antiracisme, au contraire. L’antiracisme aujourd’hui consiste à choisir les gens, à les favoriser ou les défavoriser en fonction de leur race. L’antiracisme revendique des statistiques ethniques, des quotas, des réparations financières pour l’Afrique, et ainsi de suite.
En revanche, pour ce qui concerne le racisme « traditionnel », celui qu’est censé combattre l’antiracisme, Longuet en est innocent de façon absolument évidente. Il n’a pas prononcé de propos raciste de type “heures-les-plus-sombres”.
Mais on pouvait avec beaucoup de mauvaise foi faire semblant de le croire, ce qu’on fait un certain nombre de gens, et cela a suffi pour que Longuet devienne suspect. C’est ainsi qu’il a rejoint un club dont l’effectif devient assez important. Dès lors que Longuet est suspect, beaucoup de gens l’attaquent parce qu’ils sentent que ce n’est pas risqué et parce qu’ils en ont envie par ailleurs. Longuet est censé être un libéral, ce qui justifie aux yeux de beaucoup de gens son annihilation.
Finkielkraut a fait à peu près la même expérience : en mettant des mots bout à bout, les médias s’étaient débrouillés pour produire une déclaration qui aurait vaguement pu sembler comporter des sous-entendus racistes si le contexte avait été complètement différent. Ce pauvre Finkielkraut a donc été transformé du jour au lendemain en icône raciste. Les recherches Google donnaient du “Finkielkraut le négrophobe” ou ce genre de choses. Un bouquin sur l’histoire du racisme en France le faisait figurer sur sa couverture (et même peut-être dans le sous-titre, “de X à Finkielkraut”). Et ainsi de suite. Quand on est suspect, c’est ainsi. D’ailleurs, Finkielkraut avait quelques années auparavant pris la défense de Renaud Camus qui était accusé d’antisémitisme, accusation complètement idiote, mais qui avait abouti à la production de dizaines d’articles d’opinion d’une grande gravité sur la bête immonde. Les volontaires pour prendre la défense de Camus avaient été d’une très grande discrétion. Finkielkraut avait été un des seuls et c’est probablement l’une des raisons pour lesquelles il a quelques années plus tard subi le même sort que Camus.
Intervenait également dans son cas le fait d’avoir défendu Israël, et surtout d’avoir constaté l’existence d’un antisémitisme étroitement mêlé à l’opposition à Israël. Or, cet antisémitisme-là ne fait pas partie de ce que l’antiracisme se propose de combattre. Au contraire, l’antiracisme en fait généralement la promotion. L’antiracisme a donc sanctionné Finkielkraut.
L’antiracisme est une idéologie totalitaire. Cette idéologie n’a pas grand-chose à voir avec la lutte contre le racisme, dont elle fait au contraire la promotion. En bonne idéologie totalitaire, elle se révèle nuisible à ce qu’elle prétend défendre. L’antiracisme est une idéologie autoritaire, qui engendre des lois autoritaires et des comportements autoritaires. C’est une idéologie dangereuse pour tout le monde parce que plus cette idéologie est dominante, plus chaque individu devient a priori suspect, et celui qui oublie de rappeler au détour d’une phrase qu’il est antiraciste risque d’être sourdement et sournoisement mis à l’écart. C’est ainsi que l’idéologie antiraciste a progressé. Pas du tout en cherchant à convaincre les gens de ne pas être racistes, mais en leur désignant des racistes à bannir et en faisant comprendre que quiconque ne participait pas au bannissement devenait lui-même suspect. L’antiracisme est une idéologie de guerre civile. Et cette idéologie est en train de gagner.

