J’ai franchi le pas

Finalement, je suis parti. Avec ma famille, nous avons choisi de nous installer en Suisse centrale. C’est un nouveau chapitre de notre vie qui commence, peut-être un nouveau départ pour ce blog, ou pas.

Brève: crise financière vs. crise de la dette vs. crise énomique

Un excellent éditorial.

En résumé: le terme de crise économique galvaudé depuis trois ans pour décrire tout ce qui est arrivé est un faux-nez trompeur. Nous sommes passés d’une crise financière (provoquée par les banques et les institutions financières, malgré les différentes autorités de régulation qui existaient déjà, preuve manifeste de l’incapacité de l’Etat à réguler ces activités) qui a provoqué une crise économique (en particulier par l’arrêt brutal de l’activité de crédit, bloquant l’économie “réelle”) et incité les Etats à accroître de manière extraordinaire leurs dépenses (à la fois pour renflouer les banques – merci pour elles – mais aussi pour contrecarrer la crise économique – bonjour Keynes). Or, lesdits Etats étaient déjà formidablement endettés pour plein de raisons qui n’avaient rien à voir avec cette crise, et c’est donc désormais le troisième étage qui arrive: la crise de la dette qui ne va se régler que d’une seule manière: le sang (la réduction drastique des dépenses de l’Etat, et partant le nombre de fonctionnaires), la sueur (travailler plus longtemps à la fois chaque semaine mais aussi sur l’ensemble de la carrière) et les larmes (au revoir Keynes).

Alternative

Un article de l’excellent site Stratfor intitulé Europe, Nationalism and Shared Fate fait une bonne suite au commentaire de L, notamment sur la notion de nation en Europe. La crise actuelle mettrait en lumière le fait que l’Europe n’est qu’une association de nations, rien d’autre, et on pourrait alors penser que la course en avant de la Commission est plus un chant du cygne, avant une remise en cause (violente?) de l’Union Européenne.

Personnellement, j’ai toujours considéré la vision britannique (et en particulier thatchérienne) de l’Europe comme un espace de libre-échange comme la plus pertinente, même si j’avoue que l’euro me plaisait bien sur le plan pratique, au quotidien s’entend – même si l’argent électronique (les cartes de crédit internationales) rend le même service et évite de se préoccuper de la devise dans laquelle on paie…

Brève: confirmation

La vache, ils sont pressés! C’est allé encore plus vite que ce que je pensais: la Commission veut avoir son mot à dire sur le budget des Etats, et a également proposé que le dispositif temporaire de prêt aux Etats devienne permanent.

Bon, ça se défend: Bruxelles a la main, autant la garder et renforcer sa position. A court terme, ils vont sans doute se faire bouler (ce sera la deuxième fois après le “pacte de stabilité”), mais la prochaine sera la bonne… Nous avons donc 50 à 70% de la production législative qui découle de la Commission Européenne – sans compter la jurisprudence de la CJCE qui fait progressivement primer le droit communautaire sur le droit national -, une (grosse) partie des politiques qui est “coordonné” par Bruxelles, bientôt le budget.

A la question, qui vote pour ces gens?, les “ouistes” vous répondront que si vous aviez répondu “oui” à la Traité Constitutionnel, ce serait réglé, les “nonistes” vous répondront que, euh, ils avaient raison et vous rappelleront que vous avez voté “non”, avec ce résultat. Conclusion: le référendum était bien une fumisterie, et le Traité de Lisbonne un déni démocratique, vu qu’il va bien contre la volonté exprimée du peuple français.

CPEF

Les nouvelles sont nombreuses et d’importance, et le choix du titre de ce billet est cornélien…

Déjà, j’avais raison. Oui, je sais, ça fait un peu auto-congratulation, mais contrairement à ce que Jean-Claude Trichet avait laissé entendre la semaine dernière, la solution finale est lancée. Que s’est-il passé entre jeudi et dimanche? Je ne sais pas, mais j’imagine deux scénarios:
- soit la solution européenne n’était pas encore prête, et il a été jugé préférable de ne pas anticiper l’annonce de la BCE seule mais de l’inclure dans un plan plus vaste – le “no comment” de M. Trichet jeudi dernier (au lieu de “non”) me font préférer celui-ci
- soit la pression politique s’est encore renforcée – n’oublions pas que les gouverneurs de la BCE sont tout sauf des gens indépendants…
Enfin bref, c’est fait, la “solution nucléaire” a bien été choisie, et les justifications en faveur de l’inflation commencent à fleurir. L’article lié est un panégyrique de Keynes, auquel je répondrai par une de ses citations les plus connues (la première phrase de l’article d’ailleurs):

le monde est régi par les idées d’économistes morts depuis longtemps

Et oui, ça s’applique aussi aux idées keynésiennes… Pour ceux qui cherchent une bonne source d’analyse économique, je conseille l’Asian Times, (malheureusement?) en anglais, avec notamment cet article judicieusement intitulé Waterloo keynésien.

Ensuite, il est piquant de constater que le jour anniversaire de l’Europe a été choisi pour annoncer la fin des Etats-nations. Je sais, c’est un peu exagéré, en tout cas pas dit comme ça. Mais clairement, que dit ce plan européen? Il dit que les Etats “en difficulté” n’emprunteront plus aux marchés, mais à la Commission, contre une politique sérieuse d’austérité, et la Commission pourra, elle, emprunter directement sur les marchés, et sinon, un fonds de garantie alimenté par les Etats les moins nécessiteux prendra le relais.
Les conséquences, rapidement:
- la Commission a l’argent. Prenez-le comme vous voulez, mais c’est ça: la Commission était une coquille avec peu d’argent, qui ne vivait que de ce qui lui concédaient les Etats et qui se battait pour augmenter son budget; désormais, c’est elle qui a l’argent et qui le donnera aux Etats en fonction de ses considérations à elle. C’est un basculement total, surtout vers un organisme non démocratique, et comme partout, celui qui a l’argent a le pouvoir. Le gouvernement économique de l’Europe est né, il est à Bruxelles, il n’est pas élu, mais il a votre argent. Ma première idée de titre vient de là: “l’Europe des Nations est morte aujourd’hui”
- les impôts vont augmenter: en gros, la France va voir ses dettes honorées, contre une politique de rigueur accrue, et comme la France est un des pays sains, elle devra avancer l’argent pour les autres. Ben oui, la Commission a l’argent, mais elle va le prendre là où il est: dans les poches des citoyens
- car le fonds de garantie est une fumisterie: il va être utilisé, et les pays “riches” se verront forcés de l’alimenter, avec votre argent

“Cochons de politiques!” (idée de titre n° 2). Que dire d’autre sur ces gens qui ont bradé le pays, dilapidé notre argent… Car ce ne sont pas les pays qui font faillite, mais les Etats (lisez cet article, tout y est).
Et ça ne va certainement pas s’améliorer. J’avais déjà évoqué le fait qu’en cas de problèmes économiques majeurs, l’Etat jouerait de sa capacité à vous voler à main armée, mais là, ça va plus loin: étant donnés l’entente citoyenne qui règne déjà dans le pays et l’optimisme quant à son avenir, certains proposent une interdiction totale du port d’armes en dehors des représentants de l’Etat.

En hommage à h16 pour l’ensemble de son oeuvre, le titre s’impose de lui-même: ce pays est foutu.

Reviens Milton, ils sont devenus fous!

Ça y est, je crois que c’est clair, la véritable solution de la crise grecque a enfin été décidée. Non, ce n’est pas l’aide exceptionnelle des autres Etats européens, ni celle du FMI, car ces solutions ne font que reculer un peu le problème; elles sont de toute façon quasiment inapplicables pour la plupart des voisins de la Grèce qui sont quasiment dans la même situation financière qu’elle (conseil: l’article de Vincent Bénard qui est lié est assez long et fouillé, mais abordable et extrêmement éclairant sur le sujet). Non, ce n’est pas une réforme drastique de l’Etat grec, dont tout le monde sait qu’elle est non seulement inenvisageable en l’état, mais surtout qu’elle nécessite une ampleur encore beaucoup plus importante.
La seule vraie solution, celle qui résout tout, qui est validée par les marchés (il suffit d’écouter BFM aujourd’hui pour s’en rendre compte) et qui est du pain bénit pour les hommes politiques, c’est ce qu’on appelle le quantitative easing – bon, OK, c’est interdit par les traités européens, mais il y a des techniques permettant de contourner l’interdiction formelle qui ont déjà été officialisées.

C’est quoi ce truc?

C’est simple, c’est la “planche à billets” adaptée à une Banque Centrale “indépendante” – pour ceux qui pensent encore que la BCE est indépendante, voici la démonstration du contraire, même si les apparences sont sauves. Au lieu d’émettre de la monnaie en masse pour payer ses factures, les Etats émettent des dettes en masse, qui sont achetées par la BCE qui va émettre de la monnaie en masse (elle n’a pas d’autre choix) pour les payer. En termes plus savants, on parle de dévaluation. Pour ceux qui s’interrogent, la Fed fait pareil depuis deux ans, mais le dollar ayant son statut de monnaie de réserve, ça ne se voit pas trop. L’euro ayant le même statut, mais de manière beaucoup plus précaire et récente, le risque d’entraîner une dévaluation est important.
Vous me direz, et alors? On risque quoi? D’avoir un euro plus faible? Super! Ça aidera les exportations! Sauf que ça, c’est ce qu’on voit. Ce qu’on ne voit pas, c’est que les importations coûteront plus cher: trois fois rien, juste le pétrole, ainsi que les trucs que les pays susceptibles d’acheter nos exportations vendent. Si l’Airbus est moins cher, et la Barbie chinoise plus chère, croyez-vous que les Chinois qui ne vendent plus de Barbie achèteront l’Airbus?

Et encore, ça c’est rien. Le problème, c’est l’inflation, voire l’hyper-inflation, et le risque est énorme. Et ça, c’est grave. Car l’inflation, c’est un impôt masqué et c’est le vol de vos économies. Et l’hyper-inflation, c’est la ruine pour tout le monde.

“Mais ne vous inquiétez pas, on vous dit!” Je suis prêt à parier que les prochaines semaines vont voir refleurir les thuriféraires de l’inflation. Et les économistes vont être mis à contribution pour expliquer à quel point l’inflation, c’est le bien, et que l’hyper-inflation, ça n’arrivera pas, avec l’Euro et la BCE indépendante, il n’y a aucun risque. Et tout le monde sera content:
- les politiques car l’inflation fait disparaître les dettes, notamment des Etats – bon, tant pis pour vos assurances-vie car une dette qui disparait, c’est toujours une faillite
- les syndicats, car l’inflation permettra de demander sans risques des augmentations conséquentes – bon, tant pis si vos 10% annuels ne compensent pas complétement les 15% d’inflation

Le titre de l’article évoque Milton Friedman, qui a démontré le lien entre création de monnaie et inflation:

L’inflation est toujours et partout un phénomène monétaire en ce sens qu’elle est et qu’elle ne peut être générée que par une augmentation de la quantité de monnaie plus rapide que celle de la production.

Ce texte a quarante ans, il est public, mais inconnu en Europe, et considéré comme dangereux par l’intelligentsia française. Et pourtant, il a raison.

Brève: CO2

Une image vaut mieux qu’un discours, et quand c’est un petit film, c’est encore mieux. La video ci-dessous montre la différence de croissance d’un végétal selon qu’il est placé dans une atmosphère renforcée – à droite – ou non -à gauche – en CO2 (dioxyde de carbone, le fameux “carbone” qu’on veut taxer et diminuer). Regardez la video, et après, demandez-vous si:
- la diminution la quantité de CO2 va vraiment faire du bien à la planète et en particulier aux végétaux
- l’augmentation de CO2 ne va pas être tout simplement absorbée par les plantes, avec un impact positif sur les rendements agricoles (“achetez un 4×4 pour nourrir la planète”…)

Retraites (suite)

Un article très instructif sur le blog de l’institut Turgot, expliquant pourquoi les solutions financières sont inopérantes, m’incite à compléter mon article précédent. Tout d’abord, une remarque ou deux quant à cet article: oui, il a raison, la démographie étant ce qu’elle est, une solution strictement financière ne résoudra rien, c’est d’ailleurs la raison de mon pessimisme à la fin de mon article précédent, et un bon exemple supplémentaire de ce que confier ce genre de choses à des politiques est l’erreur à ne pas faire, le problème démographique étant connu depuis plus de 30 ans…
En revanche, je reviens sur la comparaison répartition-Madoff. Elle est tout à fait justifiée aujourd’hui, mais force est de reconnaître qu’elle ne l’était pas lors de la mise en place du système, et c’est la démographie qui a changé cela. Car il y a un changement fondamental qui concerne la retraite, et qui la distingue du reste de la Sécurité Sociale. Qu’est-ce que la Sécurité sociale? C’est de l’assurance, contre les risques liés à la maladie, au chômage et à la vieillesse. Sur ce dernier point, c’était effectivement l’idée qu’à partir d’un certain âge, on n’était plus en mesure de travailler, mais encore vivant. Or, le métier de l’assurance, son principe de fonctionnement, est justement la répartition, et ça reste tout à fait pertinent pour la santé et le chômage – même si suis convaincu que cela pourrait être mieux géré et pour moins cher par des entreprises privées, le principe de fonctionnement serait exactement le même.
Le bouleversement qu’a connu la retraite, c’est justement celui-ci: ce n’est plus un risque, c’est même devenu une (quasi-)certitude, et sur une longue durée qui plus est. Et ce n’est donc plus une question d’assurance, mais une question individuelle: que ce soit l’âge de départ, les modalités, l’aspect financier, etc. ce sont des questions individuelles, et qui ne ressortent pas du domaine de l’assurance, mais (pour la partie financière) de l’épargne. Et c’est justement ce glissement de l’assurance vers l’épargne qui rend la répartition caduque, car justement, c’est Madoff.
Je suis bien conscient que ça ne règle pas la question de la transition, mais le principe de la capitalisation ne peut plus être discuté. Et je le répète, la question de la transition est devenue critique à cause de l’incurie de notre classe politique.

Retraites

Ça y est, “la mère de toutes les réformes” est lancée, la “réforme majeure” du quinquennat de Nicolas Sarkozy, sur le sujet qui inquiète une majorité de Français. Autant dire que les négociateurs ont la pression, et qu’il n’en sortira rien.
Oh, il y aura bien des changements, sans doute des prélèvements supplémentaires par ci, un ajustement à la marge des aménagements pour les seniors en fin de carrière, mais ne rêvez pas, ça ne fera que repousser le problème au quinquennat suivant (conseil politique: si vous voulez savoir si Sarkozy compte se représenter ou gagner en 2012, calculez combien d’années la réforme permet de gagner). Mais au final, ça ne changera rien. Car on sait qu’il y a un problème, sérieux, grave, mais les bornes posées par le gouvernement (les fameux “curseurs”) ainsi que sa méthode (consultation des partenaires sociaux) bloquent de fait toute réforme d’envergure.
Les curseurs ne remettent rien en cause. Car la retraite à la française, c’est quoi: c’est une pyramide de Ponzi, c’est le système Madoff. On a beaucoup décrié Madoff, mais son système n’était qu’une épargne par répartition. C’était le même principe que les retraites: vous payez aujourd’hui, et quand vous avez besoin de votre épargne, vous récupérez une somme fixée à l’avance, payée par les nouveaux entrants. Bien évidemment, ça ne marche pas. Et ça n’a jamais marché. On me dit que le système français marchait: non, il ne marchait pas, mais tant qu’il y avait un rapport retraités/cotisants très faible, ça ne se voyait pas, c’est tout.
La méthode, parlons-en: qui sont les partenaires sociaux? Les syndicats principalement, qui ne représentent rien à part les fonctionnaires, et qui sont les principaux bénéficiaires du système actuel: ils ont une manne à gérer (car la gestion paritaire, c’est ça: vous confiez votre argent à la CGT et autres FO), de manière très autonome, et peu de responsabilités. En fait, on tape sur les traders, qui prennent une commission sur les sommes énormes qu’ils ont à gérer, mais les syndicats, c’est la même chose, c’est juste qu’ils sont beaucoup plus nombreux.
Comme en plus la situation budgétaire de l’Etat est catastrophique, et celle du régime des retraites aussi faute de réforme il y a 20 ans, la situation n’est pas rose. Car les pistes, on les connait, et il n’y en a qu’une: la voie chilienne, autrement dit la capitalisation. Mais le hic, c’est qu’une transition vers ce système coûte cher: les retraités actuels ne peuvent évidemment pas migrer (et les cotisants actuels ne cotisent plus pour eux) et les 35-60 ans encore en activité ne peuvent pas migrer simplement, ils ont besoin d’une compensation quelconque. Une vraie réforme va donc ponctionner un peu plus les caisses de l’Etat, et j’avoue me demander comment ça va être possible paisiblement…

Apparence

Comme j’ai un peu plus de temps pour alimenter ce blog – j’espère que ce n’est pas qu’un intermède – j’en ai profité pour avancer sur le chantier de mise à jour de l’apparence de ce blog. Par contre, j’ai abandonné pour le moment l’option visant à customiser moi-même l’apparence, la bibliothèque de thèmes WordPress étant de toute façon suffisamment riche pour trouver mon bonheur, au point qu’il m’en reste trois que je n’arrive pas à départager. Vous pouvez donc choisir parmi les trois, plus le mien pour l’historique… Il me reste quelques ajustements à faire, mais c’est clair que les nouveaux ont plus de gueule, tout en étant très différents entre eux, les critères communs étant une attention particulière portée sur la lisibilité et le soin apporté à la typographie. Pour les quelques lecteurs qui passent encore ici (ça remonte à une trentaine par jour quand même, mais l’inactivité prolongée de 2009 a divisé ce chiffre par vingt), n’hésitez pas à me faire part de votre avis en commentaire.

Prochaine étape: revoir la blogroll, et il y a du boulot, car mes lectures ont évolué, j’ai trouvé des petits nouveaux et d’autres ont abandonné, ou du moins se sont lassés…