Ça y est, “la mère de toutes les réformes” est lancée, la “réforme majeure” du quinquennat de Nicolas Sarkozy, sur le sujet qui inquiète une majorité de Français. Autant dire que les négociateurs ont la pression, et qu’il n’en sortira rien.
Oh, il y aura bien des changements, sans doute des prélèvements supplémentaires par ci, un ajustement à la marge des aménagements pour les seniors en fin de carrière, mais ne rêvez pas, ça ne fera que repousser le problème au quinquennat suivant (conseil politique: si vous voulez savoir si Sarkozy compte se représenter ou gagner en 2012, calculez combien d’années la réforme permet de gagner). Mais au final, ça ne changera rien. Car on sait qu’il y a un problème, sérieux, grave, mais les bornes posées par le gouvernement (les fameux “curseurs”) ainsi que sa méthode (consultation des partenaires sociaux) bloquent de fait toute réforme d’envergure.
Les curseurs ne remettent rien en cause. Car la retraite à la française, c’est quoi: c’est une pyramide de Ponzi, c’est le système Madoff. On a beaucoup décrié Madoff, mais son système n’était qu’une épargne par répartition. C’était le même principe que les retraites: vous payez aujourd’hui, et quand vous avez besoin de votre épargne, vous récupérez une somme fixée à l’avance, payée par les nouveaux entrants. Bien évidemment, ça ne marche pas. Et ça n’a jamais marché. On me dit que le système français marchait: non, il ne marchait pas, mais tant qu’il y avait un rapport retraités/cotisants très faible, ça ne se voyait pas, c’est tout.
La méthode, parlons-en: qui sont les partenaires sociaux? Les syndicats principalement, qui ne représentent rien à part les fonctionnaires, et qui sont les principaux bénéficiaires du système actuel: ils ont une manne à gérer (car la gestion paritaire, c’est ça: vous confiez votre argent à la CGT et autres FO), de manière très autonome, et peu de responsabilités. En fait, on tape sur les traders, qui prennent une commission sur les sommes énormes qu’ils ont à gérer, mais les syndicats, c’est la même chose, c’est juste qu’ils sont beaucoup plus nombreux.
Comme en plus la situation budgétaire de l’Etat est catastrophique, et celle du régime des retraites aussi faute de réforme il y a 20 ans, la situation n’est pas rose. Car les pistes, on les connait, et il n’y en a qu’une: la voie chilienne, autrement dit la capitalisation. Mais le hic, c’est qu’une transition vers ce système coûte cher: les retraités actuels ne peuvent évidemment pas migrer (et les cotisants actuels ne cotisent plus pour eux) et les 35-60 ans encore en activité ne peuvent pas migrer simplement, ils ont besoin d’une compensation quelconque. Une vraie réforme va donc ponctionner un peu plus les caisses de l’Etat, et j’avoue me demander comment ça va être possible paisiblement…