Ça y est, je crois que c’est clair, la véritable solution de la crise grecque a enfin été décidée. Non, ce n’est pas l’aide exceptionnelle des autres Etats européens, ni celle du FMI, car ces solutions ne font que reculer un peu le problème; elles sont de toute façon quasiment inapplicables pour la plupart des voisins de la Grèce qui sont quasiment dans la même situation financière qu’elle (conseil: l’article de Vincent Bénard qui est lié est assez long et fouillé, mais abordable et extrêmement éclairant sur le sujet). Non, ce n’est pas une réforme drastique de l’Etat grec, dont tout le monde sait qu’elle est non seulement inenvisageable en l’état, mais surtout qu’elle nécessite une ampleur encore beaucoup plus importante.
La seule vraie solution, celle qui résout tout, qui est validée par les marchés (il suffit d’écouter BFM aujourd’hui pour s’en rendre compte) et qui est du pain bénit pour les hommes politiques, c’est ce qu’on appelle le quantitative easing – bon, OK, c’est interdit par les traités européens, mais il y a des techniques permettant de contourner l’interdiction formelle qui ont déjà été officialisées.

C’est quoi ce truc?

C’est simple, c’est la “planche à billets” adaptée à une Banque Centrale “indépendante” – pour ceux qui pensent encore que la BCE est indépendante, voici la démonstration du contraire, même si les apparences sont sauves. Au lieu d’émettre de la monnaie en masse pour payer ses factures, les Etats émettent des dettes en masse, qui sont achetées par la BCE qui va émettre de la monnaie en masse (elle n’a pas d’autre choix) pour les payer. En termes plus savants, on parle de dévaluation. Pour ceux qui s’interrogent, la Fed fait pareil depuis deux ans, mais le dollar ayant son statut de monnaie de réserve, ça ne se voit pas trop. L’euro ayant le même statut, mais de manière beaucoup plus précaire et récente, le risque d’entraîner une dévaluation est important.
Vous me direz, et alors? On risque quoi? D’avoir un euro plus faible? Super! Ça aidera les exportations! Sauf que ça, c’est ce qu’on voit. Ce qu’on ne voit pas, c’est que les importations coûteront plus cher: trois fois rien, juste le pétrole, ainsi que les trucs que les pays susceptibles d’acheter nos exportations vendent. Si l’Airbus est moins cher, et la Barbie chinoise plus chère, croyez-vous que les Chinois qui ne vendent plus de Barbie achèteront l’Airbus?

Et encore, ça c’est rien. Le problème, c’est l’inflation, voire l’hyper-inflation, et le risque est énorme. Et ça, c’est grave. Car l’inflation, c’est un impôt masqué et c’est le vol de vos économies. Et l’hyper-inflation, c’est la ruine pour tout le monde.

“Mais ne vous inquiétez pas, on vous dit!” Je suis prêt à parier que les prochaines semaines vont voir refleurir les thuriféraires de l’inflation. Et les économistes vont être mis à contribution pour expliquer à quel point l’inflation, c’est le bien, et que l’hyper-inflation, ça n’arrivera pas, avec l’Euro et la BCE indépendante, il n’y a aucun risque. Et tout le monde sera content:
- les politiques car l’inflation fait disparaître les dettes, notamment des Etats – bon, tant pis pour vos assurances-vie car une dette qui disparait, c’est toujours une faillite
- les syndicats, car l’inflation permettra de demander sans risques des augmentations conséquentes – bon, tant pis si vos 10% annuels ne compensent pas complétement les 15% d’inflation

Le titre de l’article évoque Milton Friedman, qui a démontré le lien entre création de monnaie et inflation:

L’inflation est toujours et partout un phénomène monétaire en ce sens qu’elle est et qu’elle ne peut être générée que par une augmentation de la quantité de monnaie plus rapide que celle de la production.

Ce texte a quarante ans, il est public, mais inconnu en Europe, et considéré comme dangereux par l’intelligentsia française. Et pourtant, il a raison.