Les nouvelles sont nombreuses et d’importance, et le choix du titre de ce billet est cornélien…

Déjà, j’avais raison. Oui, je sais, ça fait un peu auto-congratulation, mais contrairement à ce que Jean-Claude Trichet avait laissé entendre la semaine dernière, la solution finale est lancée. Que s’est-il passé entre jeudi et dimanche? Je ne sais pas, mais j’imagine deux scénarios:
- soit la solution européenne n’était pas encore prête, et il a été jugé préférable de ne pas anticiper l’annonce de la BCE seule mais de l’inclure dans un plan plus vaste – le “no comment” de M. Trichet jeudi dernier (au lieu de “non”) me font préférer celui-ci
- soit la pression politique s’est encore renforcée – n’oublions pas que les gouverneurs de la BCE sont tout sauf des gens indépendants…
Enfin bref, c’est fait, la “solution nucléaire” a bien été choisie, et les justifications en faveur de l’inflation commencent à fleurir. L’article lié est un panégyrique de Keynes, auquel je répondrai par une de ses citations les plus connues (la première phrase de l’article d’ailleurs):

le monde est régi par les idées d’économistes morts depuis longtemps

Et oui, ça s’applique aussi aux idées keynésiennes… Pour ceux qui cherchent une bonne source d’analyse économique, je conseille l’Asian Times, (malheureusement?) en anglais, avec notamment cet article judicieusement intitulé Waterloo keynésien.

Ensuite, il est piquant de constater que le jour anniversaire de l’Europe a été choisi pour annoncer la fin des Etats-nations. Je sais, c’est un peu exagéré, en tout cas pas dit comme ça. Mais clairement, que dit ce plan européen? Il dit que les Etats “en difficulté” n’emprunteront plus aux marchés, mais à la Commission, contre une politique sérieuse d’austérité, et la Commission pourra, elle, emprunter directement sur les marchés, et sinon, un fonds de garantie alimenté par les Etats les moins nécessiteux prendra le relais.
Les conséquences, rapidement:
- la Commission a l’argent. Prenez-le comme vous voulez, mais c’est ça: la Commission était une coquille avec peu d’argent, qui ne vivait que de ce qui lui concédaient les Etats et qui se battait pour augmenter son budget; désormais, c’est elle qui a l’argent et qui le donnera aux Etats en fonction de ses considérations à elle. C’est un basculement total, surtout vers un organisme non démocratique, et comme partout, celui qui a l’argent a le pouvoir. Le gouvernement économique de l’Europe est né, il est à Bruxelles, il n’est pas élu, mais il a votre argent. Ma première idée de titre vient de là: “l’Europe des Nations est morte aujourd’hui”
- les impôts vont augmenter: en gros, la France va voir ses dettes honorées, contre une politique de rigueur accrue, et comme la France est un des pays sains, elle devra avancer l’argent pour les autres. Ben oui, la Commission a l’argent, mais elle va le prendre là où il est: dans les poches des citoyens
- car le fonds de garantie est une fumisterie: il va être utilisé, et les pays “riches” se verront forcés de l’alimenter, avec votre argent

“Cochons de politiques!” (idée de titre n° 2). Que dire d’autre sur ces gens qui ont bradé le pays, dilapidé notre argent… Car ce ne sont pas les pays qui font faillite, mais les Etats (lisez cet article, tout y est).
Et ça ne va certainement pas s’améliorer. J’avais déjà évoqué le fait qu’en cas de problèmes économiques majeurs, l’Etat jouerait de sa capacité à vous voler à main armée, mais là, ça va plus loin: étant donnés l’entente citoyenne qui règne déjà dans le pays et l’optimisme quant à son avenir, certains proposent une interdiction totale du port d’armes en dehors des représentants de l’Etat.

En hommage à h16 pour l’ensemble de son oeuvre, le titre s’impose de lui-même: ce pays est foutu.