Il y a peu de temps, encore, je ne connaissais que les pages perso, et je ne considérais les blogs que comme une version modernisée, simplifiée de ces dernières. D’ailleurs, c’est d’abord pour raisons professionnelles que j’ai découvert les blogs: s’il y a bien un domaine où les pages perso sont présentes depuis longtemps, c’est bien l’informatique – je suis chef de projets informatiques – et les blogs ne me semblaient donc être que des pages perso améliorées, une espèce de mix entre pages perso, sites de news et forums, avec les outils qui vont bien. En général, la transition n’était pas claire, et je surfais sur des blogs sans vraiment le savoir.
L’autre point de vue était celui colporté par les médias: soit des “journeaux intimes publics” type skyblog – soit une alternative à l’édition à compte d’auteur, que ce soit son premier roman ou un essai sur la disparition progressive du g cédille dans la littérature française. Cette présentation, pour réelle qu’elle fût, faisait une autre erreur, en se focalisant sur le nombrilisme des auteurs: l’arrogance – je reviendrai sans doute là-dessus. En gros, si ces gens avaient vraiment des choses à dire, ils seraient publiés dans des vrais journeaux/livres. L’avantage de cette vision des choses est qu’elle collait bien avec ce que j’en pensais, puisque les pages perso avaient aussi des exemples de ce genre de choses; les blogs permettant de simplifier la création de pages perso, le phénomène ne ferait que s’amplifier.
Bref, je me plantais. Et pourquoi me plantais-je? Deux raisons principales ont fait dériver la chose à un point tel que certains parlent d’Internet 2.0. Certes, ce sont des raisons “techniques”, mais elles dépassent largement la simplification liée au weblog.
D’une part, la “démocratisation” de l’accès à Internet. Je n’aime pas ce terme, mais il résume plusieurs choses:
- la simplification de l’outil informatique, en termes d’ergonomie, de stabilité, de facilité d’utilisation, etc.: qui a connu Windows 98, 95, voire 3.1 me comprendra; c’est encore loin d’être parfait, mais le chemin parcouru est immense
- sa généralisation: via le monde professionnel, l’école, la grande distribution, etc. la présence de l’ordinateur est exponentielle et la “révolution numérique” y participe: appareil photo numérique, lecteur MP3, etc. rendent l’utilisation de l’ordinateur, sinon nécessaire, du moins fortement recommandée
- la baisse des coûts et l’augmentation des débits des accès Internet rendent l’utilisation d’Internet plus simple, plus confortable, plus accessible
- le basculement de nombreux services quotidiens vers Internet: déclaration d’impôts, pages jaunes, itinéraires, e-mail, voyages, etc. créent un appel d’air, qui draine de plus en plus de monde en ligne.
D’autre part, je l’ai déjà évoqué, la simplification permise par les outils de weblog: c’est peut-être pas sorcier, mais avant cela, concevoir un site ex-nihilo, l’écrire, le publier, etc. ça ne s’improvisait pas. Il fallait vraiment être mordu pour se lancer: lire des livres et/ou surfer des heures sur le web pour apprendre l’HTML, le FTP, voire le PHP, apprendre à coder, tester, recommencer. Bref, la technique était très contraignante et occupait une place prépondérante dans les préoccupations du moindre créateur de site web.
Avec les outils actuels, c’est fini! N’importe qui peut publier ses écrits sur Internet, c’est aussi simple qu’écrire un mail ou écrire un texte dans Word. Enfin, presque, mais voir plus haut: celui qui sait se servir d’un appareil photo, déclarer ses impôts et commander des billets de train en ligne est en mesure de créer un blog et de le faire vivre.
Et enfin, un peu de “mood” pour lancer le truc.
Et avec ça, on obtient quoi? Que n’importe qui peut publier n’importe quoi. Et là, vous vous demandez: et alors?
La réponse dans un prochain post qui expliquera comment j’ai découvert que je m’étais planté.